Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

dimanche, 12 février 2017

Des titres pour un texte

En 20 minutes, écrire un texte en utilisant des titres de romans ou de chansons, avec le moins possible de texte de liaison et faisant référence

au "voyage"

-----------------------------------------

20000 squid Nautilus viewbay

wikimédia

 

C’est vrai que j’aime voyager, mais pas comme, zut, j’ai oublié le nom de l’auteur « voyage autour de ma chambre ». Je n’entreprendrai pas, comme Céline, « un voyage au bout de la nuit », j’aurais trop peur de me retrouver dans « un compartiment tueur » même avec Yves Montand. Mais si j’avais une ânesse, je l’appellerais Madestine, et sur les pas de Stevenson, je referais « le voyage dans les Cévennes » couchant non dans les granges ou sous la tente, mais dans des gîtes confortables. Et puis, puisqu’à présent c’est possible et qu’on peut retenir sa place dans une fusée auprès d’une agence américaine, je m’envolerai pour « le voyage dans la lune » et ensuite je prendrai le bathyscaphe pour « un voyage sous les mers » avec le Capitaine Nemo de Jules Verne et pourquoi pas « un voyage au centre de la terre ». J’accomplirai « le voyage de Gulliver » avant d’entamer mon dernier voyage, sans escale, dont on ne revient pas, vers le ciel ou l’enfer.

Line

______________________

 

Szene aus Gulliver's Reisen - Gulliver in Brobdingnag

wikimédia

 

Gulliver voulait voyager. Mais où irait-il ?

Je ferais bien un Voyage autour de ma chambre, se dit-il, mais c’est trop court, un parcours Manhattan Kaboul, c’est trop loin,  un Voyage au centre de la terre, trop dangereux, La traversée de Paris, trop ordinaire.  En Petite diligence, ce serait trop long, A bicyclette, trop fatigant. Alors pourquoi pas Le tour du monde en 80 jours ? non, trop limité dans le temps. Alors j’irai jusqu’à La porte des larmes ! mais que trouverai-je derrière ? Trop incertain.

Que faire alors, se dit-il, indécis mais plus que jamais motivé. Ah, Voyage, voyage, quand tu nous tiens !

Gill

________________________________________

jeudi, 03 novembre 2016

Un thème libre, trois fins au choix

En 20 minutes, écrire un texte sur un thème libre et

se terminant par une de ces trois phrases:

 

"j'en fus persuadé(e) en le(a) voyant arriver"

 

"je ne le savais pas encore quand je la(e) vis partir"

 

"je ne savais pas encore ce que j'allais trouver"

--------------------------------

Advokat, Fransk advokatdräkt, Nordisk familjebok

wikimédia

 

 

Monsieur le juge, nous voilà devant vous, dans ce tribunal, ma cliente, et moi-même son avocat. Oui, Monsieur le juge, je suis commis d’office, donc peu payé, mais je défendrai madame avec conviction. Ma conviction c’est qu’elle est innocente, douce comme l’agneau qui vient de naître. Regardez son maintien modeste, la clarté de ses yeux bleus, la finesse de ses mains effilées et vous voudriez qu’elle ait tué son mari comme l’affirment les inspecteurs ? Mais non, l’erreur est humaine, d’autant plus si ce sont des policiers qui la commettent. Son mari voulait divorcer car il avait découvert les infidélités de sa femme. Il ne lui aurait pas donné un sou, l’aurait chassé de la maison, mais ce ne sont pas des raisons pour tuer quelqu’un. Ma cliente est profondément croyante, elle s’en remet à la justice de dieu, car elle est au-dessus de la vôtre. Monsieur le juge, ne commettez pas l’irréparable en envoyant cette femme en prison. Le remords vous rongera, le visage angélique de l’accusée hantera votre sommeil à tout jamais. Je vois une rayonnante bonté couvrir votre visage, laissez-vous aller Monsieur le juge à la compassion. Rendez la liberté à cette noble femme. C’est oui ? Madame vous êtes libre, rentrez chez vous, faites retraite loin des turbulences de la vie. Innocente ? Coupable ? Je ne la savais pas encore quand je la vis partir.

Line

______________________________

 

Boat People from Haiti

wikimédia

 

Tout plutôt que cette misère de tous les jours, cette terre stérile, cette sécheresse qui sévit d’année en année, ces maigres récoltes. Chaque matin, C’est ce que je me disais en ouvrant les yeux.

La vie est dure pour nous, paysans de ce pays dont personne ne se soucie. Le gouvernement prend nos terres, nous affame, nous réduit au silence, nous empêche de manifester, nous réprime cruellement, quand il ne nous tue pas tout simplement, sans que personne, nulle part dans le monde, ne s’en émeuve. Il bloque les réseaux sociaux, nous empêchant de communiquer avec nos semblables, de nous unir, de nous rebeller. Une minorité qui muselle une majorité, est-ce possible ?

Il faut partir. J’y songeais depuis longtemps déjà, pour la France, l’Italie ou l’Allemagne. Je sais que je n’aurai plus rien après avoir payé les passeurs, je sais que je vais souffrir de la promiscuité, de la peur, que je vais mourir peut-être, noyé par une meute humaine qui, comme moi, fuira la pauvreté, ou noyé dans des eaux noires et glacées tout près d’une terre d’asile. Je sais tout cela, mais si je réussis, je serai sauvé, je n’aurai plus faim, j’aurai du travail, de l’argent et je pourrai nourrir ma famille.

Que d’attentes de ce voyage que, ce soir je m’apprêtais à entreprendre. Je n’avais plus rien à perdre, sauf la vie, mais était-ce vivre que de rester là. Les dés étaient jetés, dans la nuit, j’étais prêt à embarquer, rempli d’espoir, même si je ne savais pas encore ce que j’allais trouver.

ዢሊኢኅ

__________________________________

 

 

dimanche, 15 mai 2016

Souvenirs d'une nuit insolite

Faire une liste de lits ou de lieux insolites où l’on a dormi.

Chacun fait choisir par son voisin un lieu de sa liste.

 

En 20 minutes, décrire le lieu choisi en insistant sur l’environnement, l’odeur, etc. Evoquer les sensations et les sentiments ressentis.

---------------------------

maison mouty.jpg

pixabay

 

CAMPING SUR PLANCHER

 

Voyage scolaire à la montagne : deux jours. La nuit est tombée. La grande maison bourgeoise qui nous héberge se découpe à peine sur fond de ciel sombre brassé par les nuages, accordant avec peine des rais de lune blafarde. La tramontane rugit entre les branches d’arbres : les hauts de Hurlevent. Nos piles éclairent à peine les marches du perron, le corridor noir, large et froid, ainsi que les grandes pièces vides où nous nous engouffrons après un passage obligé aux toilettes. Nous nous alignons le long des murs, enroulées dans une maigre couverture qui n’adoucit nullement la dureté du parquet. Le sac à dos sert d’oreiller.

L’accompagnatrice revêche fait le tour des lieux, ordonne l’extinction des feux, c'est-à-dire de nos lampes de poche au rayonnement ridicule, mais bienfaisant cependant quand la lampe cachée sous la couverture nous tient compagnie dans le silence de la nuit qui s’emplit alors de craquements de parquet, de vent sifflant dans les jointures des volets et d’autres bruits effrayants nous tenant éveillées, transformant la maison en lieu fantasmagorique. Quelques chuchotements, des rires étouffés, des bruits incongrus…

La nuit se passe l’œil ouvert, se fermant malgré tout de fatigue au petit matin. Le jour est plus rassurant pour dormir ici. Mais l’heure, c’est l’heure !

 

Mouty

______________________________

camping,plancher,voyage,scolaire

pixabay

 

Lit improvisé

Nous avions arrêté la 2CV en pleine campagne. Quelle campagne, celle du centre de la France, il me semble. Je me souviens que depuis notre départ de Paris, nous avions traversé deux villages aux noms évocateurs, l’Aumône et Le Portefeuille, ce qui nous avait fait rire. Nous avions cherché un hôtel pour la nuit, et n’en ayant pas trouvé, ma sœur et son mari avaient décidé que nous dormirions dans la voiture. Quant à moi, à 13 ans, j’étais toute excitée à cette idée, n’ayant jamais dormi que dans mon lit.

C’était une soirée chaude du mois d’août et nous revenions à la voiture en nous promenant à travers champs, après avoir pris un rapide repas dans le village le plus proche. Nous avions plaisanté et attrapé de gros fous-rires. Nous respirions l’odeur de l’herbe fraîche et nous nous sentions bien, nullement inquiets à l’idée de passer une mauvaise nuit. Nous partions en vacances dans le sud de la France et cette étape improvisée et inattendue pimentait notre voyage.

La voiture était garée sur une petite colline et la vue était dégagée autour de nous, laissant apercevoir un paysage bucolique et reposant. Un pré avec des vaches apportaient des odeurs animalières et rustiques qui augmentaient la sensation agréable d’être ailleurs.

Et puis la nuit venue, dans la pénombre qui nous enveloppait, après avoir retiré les sièges, nous nous sommes allongés tous les trois, trouvant une place tant bien que mal, l’un avec la tête près de l’embrayage, l’autre un peu coincé entre le frein et l’accélérateur, et la dernière, moi, la plus jeune, avec la meilleure place, côté passager. Mais même si la situation était inconfortable, il me reste le souvenir d’un moment heureux, d’un moment de franche gaité, d’un moment de bien-être. J’avais bien un peu peur des bruits extérieurs, mais pourtant, j’ai dormi comme un loir.

Gill

_________________________________________

camping,plancher,voyage,scolaire,vacances,sud,voiture,campagne,portefeuille,

pixabay

 

                                  La Cabane au Canada

          Elle sent bon le bois coupé et les cigarettes clandestines. Et un peu aussi la ratatouille réchauffée sur un camping-gaz, notre cabane. Baptisée « au Canada » grâce à une Line Renaud, très en vogue, et faite de bric et de broc avec tout ce qu’on a pu trouver : vieilles planches, branches d’arbres et autres matériaux de récupération ramenés triomphalement. Elle n’a pas de fenêtre, mais on y voit beaucoup le ciel, au travers du toit et des murs et c’est bien. Même quand il pleut. On y entre à six, serrés comme des sardines, mais on ne peut y dormir qu’à deux, à tour de rôle. Grâce à la bienveillance de notre grand-mère commune qui, sans jamais avoir lu Françoise Dolto, est une fervente militante de la liberté pour les enfants. A commencer par les siens. Un bonheur sans nom envahit donc les six cousins chaque année, à l’approche des grandes vacances, rien qu’à l’idée de retrouver la Cabane au Canada, qu’il faudra d’ailleurs retaper un peu, après les rigueurs d’un hiver très peu canadien pourtant.

      Oh les nuits ! Et les étoiles juste au dessus de mes yeux. ! Et le cri de la chouette, monotone sans doute mais bien rythmé ! Et la terreur, interdite, refoulée (pas trop), muette en tout cas, en pensant à toutes ces araignées qui ne vont pas manquer de se balader sur moi toute la nuit ! Mais peu importe.  La respiration du cousin ou de la cousine allongé près de moi me rassure, m’apaise, me berce, m’endors…

       Oui Cabane, tu sentais bon. Le bois coupé, le vieux tabac et la ratatouille…mais aussi l’enfance, avec ses fous-rires complices et ses grandes aventures, immobiles, rêvées…

 

        El Pé

_____________________________

mercredi, 09 avril 2014

Un Printemps pas comme les autres

 En 25 minutes, écrire un texte sur le thème « Un printemps pas comme les autres »

                             -----------------------------------------------------

 

coeur,année,voyage,printemps,mai,1968

freepik

 

 

Un Printemps pas comme les autres

 

Il vient, il va, ce personnage.

Il apporte tant de bonheur

Qu’il remonte à fond tous les cœurs

Après une année de voyage.

 

Et oui, vous l’avez deviné :

Qui vous met sur l’escarpolette,

Verdit le pré de la guinguette ?

C’est le PRINTEMPS tout satiné.

 

Arrivé dès Janvier, la chance !

Ouvrant les portes des maisons,

Eteignant les derniers tisons,

Il a installé son ambiance.

 

Va-t-il durer ou capoter ?

Devenir saison malheureuse ?

Transformer les sentes visqueuses

En allées pour y cahoter ?

 

Son arrivée est-il présage

D’un été plutôt ambitieux

Ou bien maussade et pluvieux 

Qui met fin à tous les ramages ?

 

Mais les oiseaux braillent en chœur

La chanson « Que la vie est belle »,

Du pinson à la tourterelle

Ils s’époumonent avec bonheur.

 

Un « printemps » c’est le temps qui passe.

Il n’a cure de nos tourments.

Alors, profitons du moment.

Il faudra bien que je m’y fasse…

 

Mouty

________________________________

 

coeur,année,voyage,printemps,mai,1968

freepik

 

 

       Les fleurs des marronniers  avaient poussé en avance, cette année-là, et c’était un régal de voir leurs chandelles roses et blanches égayer (entre autres) les avenues de Bagneux et du XVème. Il faisait tellement beau ! Avec un ciel si bleu, si joyeux depuis la mi-avril ! Ce qui m’avait permis d’étrenner ma robe de grossesse « demi-saison », rose pâle et plissée devant, qui ne laissait rien ignorer de mon état. Dont d’ailleurs j’étais très fière ! Un premier, vous pensez… Aussi chaque jour je me promenais, hum, disons plutôt que j’arpentais le trottoir à grandes enjambées, depuis mon domicile jusqu’à la Porte d’Orléans. Quatre bons kilomètres aller et retour. On m’avait dit :(le dit-on encore ?) : « Les derniers mois, il faut marcher, c’est important ! ».Alors j’y allais de bon cœur, j’y passais des heures.

       Parce que, pour tout dire, je n’avais aucune envie de rester enfermée à la maison. D’abord il faisait trop beau pour ça ; ensuite j’avais tricoté assez de brassières pour habiller toute la crèche municipale ; et surtout…je m’ennuyais, seule, toute la journée, mon jeune mari ne bénéficiant, lui, d’aucun congé-maternité.

       Alors je me promenais. Et mes pas me conduisaient chaque jour un peu plus loin, dépassant la Porte d’Orléans jusqu’à parvenir, un beau jour, à Denfert-Rochereau. Sauf que ce beau jour-là, le célèbre lion avait visiblement du mal à sommeiller comme d’habitude, à cause du vacarme et de l’agitation qui régnaient autour de lui.

        J’avais vingt ans, j’étais ravie. Un peu effrayée certes, mais ravie quand même. Une porte cochère m’ayant fourni un abri jugé imprudemment suffisant, j’assistai dès lors à un spectacle fantastique : des centaines de jeunes couraient, criaient, lançaient des pavés arrachés aux rues avoisinantes…aussitôt poursuivis par un bataillon de CRS bottés, casqués, armés de matraques, de boucliers et de bombes lacrymogènes. « Est-ce une révolte ? Non Sire, une révolution. » Génial.

       La révolution se rapprochant dangereusement de mon abri et l’ambiance se faisant de plus en plus chaude, je décidai d’opérer une retraite stratégique et de rentrer chez moi. Ce qui me prit pas mal de temps à force d’essayer d’éviter le théâtre des combats, très étendu cependant.

 Le soleil venait de se coucher lorsque j’arrivai enfin, complètement crevée, et prête à recevoir un bon savon-somme toute mérité- par mon mari, rentré du boulot depuis longtemps. Ô surprise il n’en fit rien, bien trop impatient qu’il était de m’apprendre la grande nouvelle : « Tu sais quoi ? A partir de demain, c’est la Grève Générale ! Et elle durera jusqu’à la Victoire ! »

      Chic ! Je ne l’écoutais plus que d’une oreille me raconter les meetings et AG qui avaient occupé sa journée, jubilant en revanche en mon for intérieur. Chic chic chic ! Il allait rester avec moi et nous irions désormais ensemble aux manifs !! Que de moments exaltants en perspective ! Sauf…

         Sauf que le lendemain matin, à cinq heures et avec quinze jours d’avance comme les marronniers  naissait mon fils aîné, qui, dès cet instant, dormirait toujours un poing serré posé près de sa tête.

            C’était le 13 Mai 1968.

 

         El Pé

__________________________________

 

Odeon-Mai1968

wikimédia

 

Un nuage de gaz autour de moi, le nez qui pique, les yeux qui pleurent, une énergie hors du commun, des rêves de changement, une excitation jamais ressentie depuis et une tendresse particulière, gardée dans mon cœur depuis 45 ans pour ce Printemps-là, un printemps pas comme les autres.

Jeune fille sérieuse, élève appliquée et consciencieuse à l’école, au lycée, à la fac, je commençais tout juste à travailler. Ma famille m’avait appris à ne pas revendiquer tout le temps et pour tout, mais simplement pour ce qui en valait la peine. J’avais le goût du travail bien fait ancré dans l’âme et je faisais ce que j’avais à faire sérieusement, sans contester.

Quand soudain, en ce printemps-là, la revendication commença sur les bancs de la faculté, pour courir partout dans les usines, les bureaux, les familles, bref, partout dans Paris, puis peu à peu dans toute la France. Et je réfléchis à tout ce que j’entendais et je me dis, moi aussi, qu’il y avait des choses, beaucoup de choses à changer. Et je fis la grève, comme tout le monde, et c’est ainsi que je me retrouvai au Quartier Latin, dans les rues dépavées, pleurant dans les effluves des gaz lacrymogènes, la main dans la tienne, devant des rangées de militaires casqués chargés de maintenir l’ordre dans un Paris devenu anarchiste.

J’ai vu la Sorbonne menacée d’incendie, le théâtre de l’Odéon abritant un ramassis de militants aux discours enfiévrés et revendicateurs. J’ai écouté bien des orateurs ventant les mérites de changements et de vie meilleure. J’ai vécu des embouteillages monstrueux sur la place de la République où l’on voyait la police capituler et l’automobiliste lambda régler la circulation.

La révolution prenait des allures de fête en ce magnifique mois où le soleil brillait autant que les idées nouvelles.

Puis les esprits se sont calmés et la vie a repris avec quelques changements quand même. Maintenant j’ai vieilli et j’ai vu d’autres grèves, entendu d’autres revendications, mais je n’ai jamais plus ressenti un tel élan collectif qu’en ce drôle de printemps, qu’en ce mois de mai 1968.

Gill

______________________________________