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mercredi, 06 novembre 2013

Trois choix pour une fin imposée

 

 

Choisir une des phrases suivantes

« Le froid l’éveilla ; ou plutôt une chaleur lui manquait »  Mauriac   « l’Agneau »

« Ce fut une simple nuit, en automne, il y a sept ans, mais je ne l’ai pas oubliée »  J.C. Ruffin  « sept histoires qui reviennent de loin »

« Il était près de midi et elle n’avait toujours pas donné signe de vie » J. Rouaud  « les champs d’honneur »

En 20 minutes, écrire un texte dont le thème sera l’automne et qui devra se terminer par une de ces trois phrases.

                   --------------------------------------------------------------- Bouquiniste Paris

wikimédia

 

L’AUTOMNE


Jean-Marc se fit un café corsé. Habituellement, il se contentait de celui de la veille dont l’arôme éteint lui rappelait le café de sa grand-mère. Aujourd’hui, dès neuf heures, il en était à son troisième bien serré après être sorti s’acheter des croissants.

Mathilde était partie en catimini dès qu’il se fut endormi la veille au soir, après qu’il eut passé une journée terne dans son foutu boulot de merde qui lui donnait maintenant des cauchemars. Il rentrait chez lui comme un zombie depuis quelques temps, sans descendre à la station de métro précédant son terminus pour faire quelques pas le long de la Seine.

Jean-Marc avait rencontré Mathilde chez un bouquiniste. Ils avaient vite sympathisé. A la cinquième rencontre il l’avait invitée à prendre un verre dans son petit appartement pour terminer cette soirée d’automne. D’autres verres succédèrent au premier. Ils furent bientôt suivis de petits repas achetés à la va-vite chez le traiteur du coin. Les nuits ne tardèrent pas à se passer aussi chez lui, avec les départs précipités au petit matin.

Ce matin-là, Jean-Marc trouva la place froide à côté de lui. Décontenancé, il se leva avec peine. Il arriva devant le miroir de la salle de bains, sur lequel il découvrit, tracé au rouge à lèvres : A DEMAIN.

Une lueur d’espoir vint lui donner du cœur au ventre. Cependant, à dix heures, pas de nouvelles de Mathilde. Pas de numéro de portable, ni de fixe d’ailleurs. A onze heures, toujours rien.

Il était près de midi et elle n’avait toujours pas donné signe de vie.

Mouty

                                                                

 

bateau yvon.jpg

 

freepik

   

   

 

Truffe

Yvon avait un bateau de pêche, « Le Courageux », et on peut dire que ce nom allait comme un gant, tant au patron qu’au bateau. Il allait contre vents et marées, pour ramener le poisson qui valait de l’or puisqu’il lui permettait de les nourrir, lui et son chien, Truffe, beau Berger au fin museau noir et à la robe beige clair.

Yvon était taciturne. Célibataire, il vivait avec Truffe et la complicité entre l’homme et l’animal était palpable. Tout le monde connaissait sa haute stature, appréciait sa discrétion et avait toujours une caresse pour son compagnon. Yvon et Truffe ne se quittaient pas, excepté certaines nuits de pêche, quand la mer était grosse, car Yvon craignait qu’une tempête ne fasse chavirer « Le Courageux » et il ne voulait pas que Truffe coure le moindre danger. Alors, c’était moi, son voisin retraité, qui le gardais, ces nuits-là, le chien m’ayant, si l’on peut dire, choisi comme maître de substitution. Et justement, c’est par une nuit de tempête d’automne que le bateau et son capitaine furent portés disparus. La mer ne rejeta aucun débris et Yvon dut périr car les recherches furent vaines.

Je recueillis alors Truffe qui passa toutes les nuits qui suivirent ce drame, dehors, au bord de l’océan, couché, à attendre. Impossible de le faire rentrer avant l’aube où, la tête basse, il s’asseyait, les oreilles aux aguets, scrutant l’horizon.

La nuit anniversaire de cette triste disparition, une tempête d’automne presque aussi forte fit rage. Truffe, comme à son habitude, resta dehors malgré les bourrasques et dans la nuit, je l’entendis aboyer mais son aboiement, mêlé au fracas furieux du vent et des vagues, me sembla joyeux. Ne le voyant pas revenir, j’allai sur la plage, mais là, personne ; la mer s’était calmée, sa surface était parfaitement étale. Quelque chose de sombre au bord de l’eau attira mon attention : il y avait un morceau de bois sur lequel on pouvait lire, en lettres de cuivre, «courage » et à côté, un morceau de tissu délavé que je reconnus comme étant la casquette d’Yvon.

Je ne revis plus jamais Truffe mais depuis ce jour, les nuits de tempête, j’entends comme des aboiements lointains et joyeux et -vous n’allez pas me croire- je crois qu’il y a même des rires d’homme. Ce fut une simple nuit, en automne, il y a sept ans, mais je ne l’ai pas oubliée.

Gill

 

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freepik

                                                                                            

    


vendredi, 14 septembre 2012

Chacun sa consigne (2)

 

 

        Trouvez des noms d’animaux commençant par chacune des voyelles.

  En 30 minutes, imaginez une histoire mettant en scène ces six animaux.

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ane mouty.jpg

 

trouve Photo

 

 

-Aliboron, mon âne, à quoi penses-tu derrière ton œil de velours ?

-Je profite du moment, mon bon petit maître. J’ai appris que je pouvais être taillable et corvéable à merci. Dans l’espoir de ne jamais connaître ces jours maudits, je profite de ta douceur, de ton innocence, souhaitant finir ma vie dans ton giron. Tu es mon prince attentionné. Je t’adore. Je suis prêt à te suivre partout sans que tu aies besoin de me brutaliser.

 

-Ephémère, je suis le minuscule papillon bleu qui inspire vos rêves quand vous me prêtez attention. Faîtes vite, je n’ai qu’une journée pour cela : ma vie est courte et légère !

 

L’iguane me regarde d’un air attentif, roulant son œil démesuré dans son orbite mobile.

-Auras-tu bientôt fini de me mater ? me dit-il. On dirait que tu n’as jamais rien vu. Tu ne fréquentes pas beaucoup les zoos apparemment, ni les pays tropicaux. Il faut sortir, ma fille, ton regard sera un peu moins idiot. Et puis, basta ! Je me tire !

 

Le Père-Noël souhaiterait changer son caribou fatigué. Il hésite entre l’orignal, l’ure et le yack.

L’orignal du zoo, se redressant dans la savane reconstituée : - Pas de blague avec moi, je suis habitué aux pays chauds, et non aux hivers nordiques. Je n’ai pas envie de finir ratatiné comme un glaçon !

L’ure, depuis sa vitrine du musée préhistorique où il trône depuis bon nombre d’années, l’interpelle : - Hé, Père Noël, ne cherche pas trop ! Il y a longtemps que je ne suis plus sur terre. Sans descendant, de surcroît ! Laisse-nous dormir en paix. Nous avons fait notre temps. Je crois bien que toi aussi d’ailleurs…

Le Yack, quant à lui, s’enfuit à toute bringue : - Trop peu pour moi, je n’ai pas envie de m’éreinter pour d’affreux gamins qui ne savent plus apprécier les choses simples et sont imbus d’un orgueil mal placé par rapport à la taille ou au prix des cadeaux reçus. Pas envie de me transformer en larbin de petites fripouilles. ET puis, j’ai à faire au Népal. Salut Père Noël, je ne te dis pas « A la prochaine » !

 Mouty

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freepik

 

 

 

Kidnapping

« Mais il fait noir comme dans un four ici ! Et je me cogne partout ; on ne peut même pas voler ! » Glapit une voix éraillée. L’ara vient de se réveiller et il a l’impression d’être brinqueballé d’un côté à un autre à tel point qu’il en a mal au cœur. Est-il seul dans tout ce noir ? En tout cas, il n’y a rien en hauteur, il le sentirait.

Ses yeux s’habituant au manque de lumière, il distingue par terre des formes qui commencent à s’agiter. Un ours déplie son grand corps et se dresse sur ses pattes arrière tellement vite qu’il se cogne la tête au plafond ! Poussant un grognement mécontent, il entend une petite voix qui lui dit : «Attention, gros lourdaud, tu vas m’écraser ! » Un bébé iguane, tout proche d’une de ses pattes se met à l’abri à toute vitesse dans un coin ; puis yack et ure, proches parents, se lèvent à leur tour, un peu hébétés, quand soudain une sorte de serpent vertical monte vers l’ara qui essaie toujours de voler. La trompe en l’air, l’éléphant se dresse et tous les autres se retrouvent coincés contre des parois. « Te gêne pas, prends toute la place, lui disent-ils en chœur. »

« Allons, allons », dit-il, semblant plus raisonnable que les autres, « que nous est-il arrivé ? On nous a endormis et capturés pour nous emmener en captivité dans un de ces zoos ou cirques, censés plaire aux enfants ; Nous sommes dans un camion, sur une piste, si j’en crois les chaos. Ne vous tracassez pas et unissons nos efforts. Quand ils vont venir voir si nous dormons toujours, pour passer la frontière en silence, faisons le mort pour les laisser s’approcher assez près, et sautons leur dessus. »

Ecoutant ces sages paroles, tout le monde se calma, l’ours et l’éléphant se couchèrent en essayant de se faire les plus petits possible, suivi des quatre autres, le bébé iguane n’ayant aucune difficulté à passer inaperçu. Quelques chaos plus loin, le camion s’arrêta et comme prévu, des voix se firent entendre, la lourde fermeture de la porte grinça et un rai de lumière pénétra l’obscurité. Tous leurs muscles bandés, les six compères firent silence, attendirent l’ouverture complète des portes, la confiance de leurs ravisseurs, et passèrent à l’attaque : rapide comme l’éclair, la trompe de l’éléphant s’abattit sur la tête de l’un, la patte griffue de l’ours donna une formidable gifle sur la joue de l’autre et les ruades du yack et de l’ure endommagèrent la mâchoire du troisième. Resta à l’ara à voleter autour du trio pour l’affoler tandis que le bébé iguane fila en premier entre leurs jambes.

Tout ce petit monde, libéré, s’enfuit à toutes pattes dans la forêt accueillante qu’ils n’avaient pas encore quittée, se promettant de se retrouver bientôt, une fois tout danger écarté.

Gill

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Dialogue de bêtes. 

         La tempête se déchainait, entrainant une effroyable panique à bord. Le pauvre Noé ne savait plus où donner de la tête tandis que sa femme commençait à sérieusement regretter de l’avoir suivi dans cette aventure improbable, en faisant fi des conseils de tout leur entourage…Quant aux animaux, n’en parlons pas ! Du pont à la cale, de bâbord à tribord, l’Arche en folie ressemblait de plus en plus à l’Enfer de Dante ; sauf que ce dernier ne naitrait que dans des  centaines de milliers d’années mais il n’est jamais trop tard pour bien faire.

          Seul un petit groupe, d’une douzaine de sujets, vraisemblablement gratin de cette société, se tenait à l’écart du tumulte, la poupe étant, il est vrai, l’endroit du navire le moins arrosé, au regard des circonstances.

        L’on pouvait distinguer six couples, depuis les antilopes jusqu’aux yacks en passant successivement par les éléphants, les iguanes, les ocelots et enfin les ures (que la courageuse entreprise de Noé ne sauverait pas, hélas, bien que ce dernier l’ignorât).

         Tout ce petit monde était fort occupé à disputer une partie de cartes acharnée, ancêtre de toute évidence du poker, ce qui avait pour avantage de les couper un tantinet de la réalité.

         La vérité oblige à préciser que seuls les mâles jouaient, tandis que leurs épouses devisaient gaiement, en jetant de temps à autre un œil sur la partie en cours.

          «- Alors comme ça, susurra Dame Iguane à son homologue Ocelot, vous avez franchi la barre des soixante-dix kilomètres/heure !! Mais c’est positivement fantastique !

             - Oh, c’est bien peu de choses, je suis sûre que Dame Antilope a battu ce record, n’est-ce-pas ?

              -En effet. (Et tournant aussitôt la tête) Mais dîtes-moi, Dame Eléphante, vous croyez que ce fameux Noé, que personne ne connait d’ailleurs et me parait se révéler bien piètre marin, ce Noé donc a su construire un vaisseau capable de résister à aux tempêtes bien que  transportant  des personnes assez corpulentes…ceci dit sans offense de ma part…

      - Il n’y a pas de mal, d’autant que mon mari et moi ne sommes pas les plus imposants ! Voyez les baleines !

       - C’est vrai, s’exclama Dame Ure, je ne vois pas du tout pourquoi elles ont été sélectionnées ! Leur bassin occupe à lui seul le tiers du navire, c’est une honte ! A cause d’elles, nous sommes tous serrés…

        - Comme des sardines ! Ne put s’empêcher d’ajouter en s’esclaffant Dame Yack dont la solide réputation de pitre et de boute entrain s’était consolidée durant le voyage. Enfin, dès que nous serons arrivés, je vous invite tous à l’énorme Garden Party que mon mari et moi comptons organiser, pour fêter l’évènement…

          - Et ce ne sera que justice, persifla Dame Iguane toujours un peu acide, car votre Yack de mari est entrain est en train d’allègrement plumer les nôtres, je vous le signale, Mesdames ! »

           Avec sa diplomatie coutumière, Dame Antilope entreprit de changer de sujet. Levant vers le ciel ténébreux ses beaux yeux alanguis elle soupira : « C’est long, long, ce voyage, vous ne trouvez pas ? Et cette maudite pluie, qui n’a pas cessé un seul instant depuis notre départ, ça fait combien de temps au fait ?

             _ Quarante jours répondit une voix profonde, provenant d’au-delà des nuages. »

                  Et le soleil apparut soudain.

                                                                                                            El Pé

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lundi, 27 février 2012

A partir d'une conjugaison

consigne

 

A partir des pronoms personnels (Je-Tu-Il ou Elle-Nous-Vous-Ils ou Elles) disposés au début de 6 lignes, écrire une courte phrase ne dépassant pas la longueur de la ligne. Temps choisi par chacun  identique pour l’ensemble  de cette conjugaison. Aucun thème imposé : chaque ligne est indépendante des autres. (10mn)

 

 

 Choisir une de ces phrases. Ecrire un texte la contenant et y introduire les données suivantes : la ville : Béziers - Une église (intérieur ou extérieur) - L’heure : Midi - Le temps : giboulées de Mars - Deux ou trois personnages qui peuvent éventuellement dialoguer. (25mn)

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Cette photo de Béziers est fournie gracieusement par TripAdvisor Photos Béziers

 

 

Nous regardons l'eau du fleuve courir sous le rideau de pluie que déverse le ciel en colère, poussées de vents violents qui soufflent, s'engouffrant sous les branches des grands platanes qui se plient et gémissent. Nous sommes en Mars , c'est la saison des giboulées ; nous marchons d'un bon pas le long de l'Orb ; peu de monde aujourd'hui, profitons de cette invitation à regarder ce jour de printemps les éléments furieux se déchaînant. 

Regards amusés, nous nous sentons animés  d'un regain de vitalité sous cette grisaille, entre deux averses le ciel semble s'éclaircir laissant apparaître la ville de BEZIERS perchée sur les hauteurs.

Pas loin, un pan de la cathédrale se découvre derrière les remparts,  bien campé, semblant défier la tempête; ici je suis tranquille vous ne m'effrayez point , ces épaisses murailles en imposent ;tout à coup, le son du carillon s'envole  annonçant les 12 coups de midi dans un tintamarre s'ajoutant au bruit du vent et de la pluie. Déjà une demi -journée passée , tiens enfin d'autre personnes qui ne craignent pas le mauvais temps, un couple se profile face à nous, échange de quelques mots, un sourire, et nous continuons notre ballade , puis le timbre à peine audible d'un cycliste nous prévient, (passage)  nous nous mettons sur le bord du chemin,  il passe filant sous les éclaboussures de ses roues  nous envoyant des giclées d'eau  inévitables sur les jambes , déclenchant un fou rire nerveux de ma part. Regarde !!!!, un bel arc-en -ciel se dessine  à l’horizon, la pluie et le vent se calment, doucement, le soleil se montre haut dans le ciel , essayant de nous réchauffer , la promenade s'achève sous la luminosité des rayons éclatants.

                Rina

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Photos Béziers
Cette photo de Béziers est fournie gracieusement par TripAdvisor

 

 

LE MARIAGE

 Je tremble d’émoi. J’admire le cortège qui sort de la cathédrale St-Nazaire sous un soleil radieux, alors qu’il avait plu pendant toute la cérémonie. Les jeunes mariés avancent lentement sous une avalanche de pétales de roses lancées par des petites mains impatientes.

Des robes aux tons pastel froufroutent aux alentours de jambes sombres et droites, marquées d’un pli de rigueur qui ne tolère pas les jeans.

Les cloches sonnent à toute volée, confiant au vent printanier la charge de répandre cet air de liesse. Des pans de robes se soulèvent. Un chapeau s’envole. Je ris sous cape en voyant le marié attirer l’attention de sa jeune épousée sur le galurin de sa mère, qui rebondit en traversant la place, et saute prestement par-dessus le parapet des remparts dominant la vallée de l’Orb.

Mon regard se tourne vers le ciel où fonce un amas de nuages, tel un troupeau de bisons. Le soleil n’est plus de la fête à Béziers. La volée festive des cloches s’est tue. Timidement, leur petite cadette égrène les douze coups de midi. De grosses gouttes commencent à me transpercer. Je constate la galanterie encore active de quelques messieurs qui ont mis leur veston sur les épaules de leur cavalière.

Les mariés donnent le signal d’une course poursuite vers les voitures. C’est le déluge. Après la pluie, le beau temps, me dis-je, ce mois de mars réserve des surprises : les giboulées font souvent partie de la fiesta. Tant pis pour la photo de groupe. Haro vers le restaurant.

« Mariage pluvieux, mariage heureux ! »

              Mouty

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Devant la fenêtre du séjour, je contemple le ciel. Derrière moi, je sens laprésence de Christophe ; il est arrivé si doucement qu’absorbée par ma rêverie, jene l’ai pas entendu. Il est midi et pourtant je n’ai pas encore préparé le déjeuner ; les horaires sont un peu élastiques quand les enfants sont là, un peu plus que d’ habitude, devrais-je dire, car nous n’avons jamais été très rigides sur ce point.

C’est la première fois que Christophe vient à Béziers. Non, pas la première, car il me semble que nous l’avions déjà traversée, il y a longtemps, quand nous venions en vacances dans la région. Mais depuis huit mois que nous sommes installés ici, il n’était pas encore venu. Il est un peu perplexe en découvrant le quartier où nous habitons. Certes, la vue dégagée avec au loin l’église de la Madeleine est agréable, ainsi que la verdure qui masque en partie les nombreux toits, mais quand on sort, c’est la rue déserte et silencieuse avec des villas à perte de vue. Heureusement que le passage des rares piétons déclenche immédiatement un concert d’aboiements. Les gardiens à quatre pattes veillent et découragent bruyamment les éventuels intrus ; cela met un peu d’animation ! Christophe  a toujours détesté les zones pavillonnaires, impersonnelles, sans commerces, sans promeneurs, sans vie. Il est tellement habitué à la vie grouillante des grandes villes  africaines, où circule tout un monde de personnages colorés, gesticulants, où voitures et piétons se partagent les grandes artères plus ou moins harmonieusement, que le silence de cette petite rue provinciale lui donne illico envie de se sauver ! Bref, il se demande bien pourquoi, nous, ses parents, sommes venus nous « enterrer » dans cette petite ville du Sud ! Connaissant nos habitudes et nos goûts, il n’aurait jamais pensé cela possible.

Tiens, justement voilà son père. Alors mon grand, comment trouves-tu Béziers ? Et oui, je sais, aujourd’hui le ciel passe du bleu au noir et il va pleuvoir. Mais que veux-tu, ce sont les giboulées de mars et dans quelques mois, il y aura un grand beau temps. Finalement, inutile de me dire ce que tu en penses car je le sais ; je te connais par cœur ! Mais tu sais, nous ne sommes pas plantés là et peut-être que dans quelques temps, nous irons voir ailleurs ce qui se  passe, ce qui te permettra de découvrir un nouvel endroit en nous rendant visite.

Et bien je l’espère conclut Christophe en embrassant son père. Allez, zou, mettez immédiatement cette maison en vente et prospectons ailleurs !

         Gill

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