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jeudi, 04 mai 2017

j'ai trouvé dans la malle......

Dans une malle vous trouvez une photo et deux objets.

Sur deux papiers, notez le contenu de deux malles en décrivant succinctement la photo.

Faire un pot avec tous les papiers puis procéder à un tirage au sort

En 20 minutes écrivez un texte en mettant en scène le contenu de la malle tiré au sort

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Villiers-en-Désoeuvre - Grande rue01

wikimédia

 

La malle diabolique

Et voilà. La curiosité est un vilain défaut, dit-on. C’est bien vrai.

   Je suis curieux de nature, et mon loisir favori consistait depuis toujours  à parcourir les vide-greniers, en quête du passé, certes, mais aussi d’insolite.

  Ce dimanche matin je me promenais donc dans la brocante à ciel ouvert qui vient s’installer une fois par mois dans ma ville, lorsque je suis tombé en arrêt devant une malle. Superbe. Recouverte de cuir noir et cerclée de cuivre. Demandant au vendeur ce qu’elle contenait, je me suis vu répondre qu’il lui avait été impossible de l’ouvrir sans risquer de l’endommager gravement, ce qu’il ne s’était jamais résolu à faire. La tentation était trop grande, je l’ai achetée.  Arrivé chez moi, je réussis à l’ouvrir sans la moindre difficulté… ce que bien sûr je trouvai particulièrement étrange, mais dont je me félicitai  sans excessive modestie.

    Sur le moment, je fus, je l’avoue, un peu déçu. La malle était vide à l’exception de trois objets, dénués à l’évidence de toute valeur : une photo, un stylo et un vieux réveil.

   La photo, couleur sépia, représentait un bébé nu, à plat ventre sur un coussin à pompons. Elle avait été prise, sans aucun doute possible, lors de la première décennie du siècle précédent. L’enfant était hilare, même qu’à ce point, ce détail m’a paru quelque peu bizarre.

    Je saisis le stylo, d’un modèle plutôt…  vintage  cette fois, du genre Souvenir de Paris car je pouvais discerner la Tour Effel dans une petite bille de verre grossissant, incluse au centre de l’objet.

    Quant au réveil, c’était, à peu de choses près, le même que celui qui trôna sur ma table de nuit durant de nombreuses années , mécanique et à clochetons. Mécanique dis-je, sauf qu’il n’était pas nécessaire de le remonter car il marchait parfaitement et donnait l’heure exacte à la minute près. Ma déception du début disparaissait pour laisser place à un étonnement joyeux. Mais je n’étais pas au bout de mes surprises. Au dos de la photo, en effet, était inscrit un message pour le moins surprenant : « Prends le réveil, fais le sonner à 11H12 précises (les aiguilles marquaient alors 11H11). Puis prends le stylo et écris ton nom au dos de la photo. »

      Ce que j’ai fait après m’être demandé : « Pourquoi pas ? Qu’est-ce-que je risque ? ». Je le répète, j’ai toujours été très curieux de nature…

     A l’instant où le réveil a sonné, tout à disparu. Je me suis retrouvé tout nu, à plat ventre sur le tapis de ce qui me semblait bien être un salon, bien que tout y paraissait démesurément grand.

      Que faire, appeler ? Je m’y emploie, mais je ne parviens à prononcer un seul mot. Seuls des cris stridents s’échappent de ma gorge, suivis aussitôt par le bruit de pas pressés dans un escalier de bois. Une porte s’ouvre. Je ne distingue d’abord qu’une énorme paire de chaussures lacées s’approchant de moi, puis une femme se penche et me saisis dans ses bras. Elle est immense, jeune, jolie et vêtue d’un corsage en dentelle et d’une longue jupe à tournure. Bouleversée, elle me couvre de baisers en s’écriant : « Augustin mon petit ange, qu’est-ce-que tu fais là ? Encore une bêtise de cette incapable de Mélanie, bien sûr ! Pauvre Augustinou chéri ! »

                     J’ai soudain très, très peur. Mon arrière grand-père se prénommait Augustin.

         El Pé

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mercredi, 02 décembre 2015

Le sac: un visage, une vie

Les objets suivants sont sortis d’un sac noir qui n’est pas à vous.

Mots croisés / cigale en céramique / carnet / pense-bête / flacon de parfum / petit paquet de gâteaux / lettre déchirée / lettre froissée / paquet de mouchoirs / brosses à dents / rouge à lèvres / poudrier / petit cœur avec l’inscription « maman » / ombre à paupières / miroir-brosse / stylo / étui à lunettes

 

contenu sac.jpg

En 20 à 25 minutes, écrire un texte nous éclairant sur la propriétaire du sac et ce qu’elle faisait avant qu’il ne soit entre vos mains.

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cigale,carnet,lettre,poudrier,coeur,stylo

freepik        par sxc

 

Inventaire

 

-Je vous jure, m’sieur le Commissaire, que je l’ai trouvé ce sac !

-Ouais, bien sûr Jojo. Je sais bien que tu ne vas pas me dire le contraire…Mais dis-moi un peu, quand l’agent Blanchard t’a arrêté, avec ce sac à la main, t’allais où ? Hein ?

-Mais au commissariat, je me tue à vous le dire !

-Admettons. Et tu l’as trouvé où, ce sac ?

-Cela fait trois fois que je vous le dis, M’sieur le Commissaire ! Sur un banc du Plateau des Poètes…Abandonné, qu’il était…

-Bon. Robert, vide-donc le sac sur la table. Là, voyons un peu : de quoi se coiffer, se maquiller : OK, une jeune femme. Carnets, agendas, stylo : employée de bureau à l’évidence. Cigale en plâtre, petit cœur avec « maman » écrit dessus : sentimentale à coup sûr la gazelle. Une midinette, quoi. D’ailleurs, le sac lui-même, style fillette, en dit long à ce sujet, pas besoin d’aller chercher les psys de la PJ. Ah oui, des crackers : tout le repas de midi de la midinette, manière de garder la ligne en faisant des économies.

     Bon. Passons aux choses sérieuses : deux lettres. L’une déchirée, l’autre chiffonnée ; Robert, toi qui aimes ça, reconstitue le puzzle de la première pendant que j’essaie de déchiffrer la seconde… Mais avant tout, dis-donc, Jojo, tu ne remarques rien d’anormal ?

-Non, M’sieur le Commissaire, je ne vois pas…- -

-Tu ne vois pas ce qui manque ? Ça ne te saute pas aux yeux ?

-Ben non M’sieur…

-Il manque le portefeuille et le porte-monnaie, abruti ! Allez, avoue ! Tu les as chourés en route, pas vrai ?

-Non, j’vous jure, M’sieur le Commissaire !!

-Tu parles ! Allez Robert, fouille le.-

-Y avait pas de portefeuille. Juste un porte-monnaie en pastique rouge avec un billet de cinq euros dedans. J’ai pris l’argent et j’ai jeté le porte…

-Ouais. On verra ça plus tard. La lettre. Passe-moi mes lunettes, Robert. Alors : « Ma chérie, bla blabla, bla bla, bla », en fait, le mec lui annonce qu’il se barre. Et toi, Robert, le puzzle ?

-Ca y est, Commissaire. Regardez, ça ressemble à une lettre d’adieu : « Je demande pardon … » Quoi, qu’est-ce-qu’il y a? Oh ! C’est Garcia, il veut vous dire quelque chose Commissaire.-

-Oui Brigadier, je vous écoute

-Commissaire, c’est pour vous prévenir qu’on vient de découvrir une femme décédée au Plateau. Elle avait la tête enfoncée dans le bassin aux poissons rouges. Avec toute la vase et les saletés que balancent les touristes, c’était pas beau à voir…

-Je m’en doutais. Alors Jojo, tu ne dis-rien ? Va falloir te mettre à table bonhomme, et fissa !

-Mais que voulez-vous que je dise, M’sieur le Commissaire ? Cette pauvre fille, se foutre en l’air pour un mec, si c’est pas malheureux ! En pleine jeunesse, et belle comme tout…

-Ah ! Tu viens de te trahir, crapule ! Comment tu le sais qu’elle était belle, hein ? C’est toi qui lui as flanqué la tête sous l’eau !!

Je vois la scène comme si j’y étais. Il n’y avait personne à cette heure-là. Tu as remarqué la nana, et tu t’es assis près d’elle avec l’intention de lui piquer son sac et te cavaler avec. Seulement la fille, déprimée, a lié conversation, et t’a raconté un peu sa vie. Toi alors tu as saisi l’occasion de pouvoir voler sans témoin, sûr que l’on prendrait la mort de la fille pour un suicide.

             Seulement Jojo, tu as commis une erreur, une erreur colossale ! Pourquoi, si elle avait eu l’intention de mourir, aurait-elle déchiré sa lettre d’adieu ? Allez, ça s’est effectivement passé comme ça n’est-ce-pas ? Avoue !

-Oui

-Et tout ça pour cinq euros ! Robert, passe-lui les menottes.

-Voilà, c’est fait. Commissaire, vous êtes vraiment très, très fort !!

-Ouais. Je sais.

 

               El Pé

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freepik             Conçu par Kreativkolors-freepik.com

 

 

Le sac en dit long…

Mon Dieu, je vais être en retard au gala de danse de Ludivine. Impossible, elle ne me le pardonnera pas deux fois ! L’année dernière, déjà, j’ai dû déployer des trésors de diplomatie pour qu’elle comprenne que je n’avais pas oublié mais qu’une réunion de bureau m’avait retardé. Et oui, même un samedi après-midi, cela arrive. De plus, sa mère ne m’avait pas facilité la tâche. Il faut dire qu’Elodie n’a jamais supporté que je fasse passer mes réunions professionnelles avant nos enfants.

Bon, un appel sur mon portable maintenant. Ah, c’est Elodie ; qu’est-ce qui ne va pas encore ?

« Allo oui Elodie, qu’est-ce qui se passe, je suis prêt à partir. Quoi ton sac noir avec la fleur? Tu l’as oublié chez moi quand tu es venu chercher Ludivine hier soir. Non je ne l’ai pas vu ; où exactement ? Au pied du fauteuil rouge. Bon je vais voir et oui, je te le rapporte ; à tout à l’heure. »

Toujours aussi tête en l’air Elodie. Ah le voilà son sac, coincé entre le fauteuil et la table basse. Et zut, j’ai tout fait tomber, j’aurais dû me douter qu’il n’était pas fermé, comme d’hab’. Il fallait bien que ça arrive maintenant !

Quel fatras d’objets hétéroclites, elle n’a pas changé. Bon je vais tout remettre sans prendre trop de précautions : son sac est toujours mal rangé.

Les mots fléchés, son parfum préféré – toujours le même –, des gâteaux pour ses petites faims – elle a toujours grignoté –, sa brosse à dents, son rouge à lèvres, son ombre à paupières et son miroir-brosse, pour être toujours impeccable – pas comme son sac –, des mouchoirs, le petit cœur de Ludivine et la cigale en céramique de Nathan qu’elle a toujours avec elle, son stylo, son pense-bête et son carnet pour pouvoir noter la moindre idée pour écrire un jour ses mémoires, dit-elle – elle s’y prend à l’avance – et son étui à lunettes de soleil, évidemment sans les lunettes.

Tiens, des lettres. Celle-ci est déchirée et je reconnais mon écriture. Oh c’est vieux, ça, elle date d’avant notre divorce. Elle l’a déchirée et conservée ; je ne le savais pas. Et celle qui est froissée, je parie que c’est sa réponse ; je n’ai même pas besoin de regarder, je le sens.

Bon, tout est rangé. Il n’y a pas à dire, dans ce sac, il y a tout Elodie : sa vie, ses pensées, sa manière d’être. J’en ai fait l’inventaire et c’est elle que je vois, tellement complexe, aussi distraite qu'elle peut être concentrée, mélange d’élégance, de fantaisie mais aussi de rigueur, agaçante mais si attachante, sur mon canapé rouge. Et cela me rend mélancolique. Pourquoi avons-nous divorcé déjà ?

Allez, il faut que j’y aille sinon je serai vraiment en retard. Et n’oublions pas le sac !

Gill

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samedi, 20 juin 2015

Adieu à qui vous voulez

En 20minutes écrire une lettre d’adieu à qui vous voulez en y incluant les mots ou groupe de mots suivants trouvés après un jeu :

extrême / Philip Roth / lilas / automne / saut à la perche / stylo

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saut-a-la-perche-2_21136869.jpg

freepik          par www.sxc.hu

 

ADIEU

Adieu mon chéri. Ma patience fut extrême au cours de ces longues années passées avec toi.

Tes lectures de Philip Roth que tu m’imposais tous les soirs, soi-disant pour une dégustation littéraire à deux, achevaient particulièrement mal mes journées. J’aurais préféré autre chose. Mais ton pyjama lilas ne m’inspirait pas tellement.

Quant à nos promenades dominicales d’automne pour - disais-tu - apprécier les couleurs sublimes d’une saison vouée aux peintres… Mon œil tiens ! Patauger dans la boue quand une épaisse brume vous enveloppe, c’est plutôt le merdier, pas autre chose !

L’hiver, c’était cocooner comme deux petits vieux près de la cheminée : dehors, ça caillait trop.

Au printemps, tu consacrais tes week-ends entiers à t’entrainer au saut à la perche,  sans même avoir l’idée de me payer un petit resto de temps en temps, ne serait-ce que dans cette modeste guinguette au bord de la rivière où nous nous étions connus.

Quant à l’été, n’en parlons pas ! Ou plutôt si : trop chaud ! Trop lourd ! Trop chiant ! Bref, seul  un coin de notre jardin faisait l’affaire : il abritait notre petit déjeuner à six heures du matin et notre tisane à dix heures du soir. Une demi-heure deux fois par jour… Le pied ! Le reste du temps, tu te disais tellement harassé que l’arrachage des herbes c’était pour moi ! La taille des arbustes aussi ! La plantation des fleurs et des légumes itou ! Et l’arrosage, et le bêchage, devinez pour qui ?

Marre, marre et marre !

Et comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, je prends mon stylo à deux mains pour te dire A DIEU !

Mouty

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17-10-2005-659châteaudebrest

wikimédia

 

Ma chère,

C’est avec un extrême plaisir que je te dis au revoir, adieu même, tout au moins je l’espère. J’ai pris mon stylo le plus précieux pour te dire à quel point je suis heureuse de te quitter, tant j’ai vécu avec toi des années d’automne gris et pluvieux.

De toi, je ne regretterai presque rien, sauf la merveilleuse glycine lilas qui doit toujours orner le jardin. Je me souviendrai surtout des petits matins où la bruine me trempait jusqu’aux os, des tempêtes où le vent furieux, me sifflant aux oreilles, m’empêchait d’avancer, et du son de la corne de brume guidant les bateaux aveugles dans le brouillard cotonneux des matins d’été.

Je sais, d’emblée tu partais avec un handicap ; comment aurais-tu pu me plaire après tant d’années passées dans cette capitale qui m’avait vu naître et que j’avais eu tant de mal à quitter. Tes habitants, si peu accueillants, ne m’ont jamais vraiment ouvert ni leurs portes, ni leurs cœurs. Mais peut-être est-ce moi qui n’ai pas su aller vers eux.

Tout m’exaspère chez toi, le biniou, les fest-noz, l’accent….Je n’ai pas su aimer ton port, ton océan, tes sports nautiques, même s’il est plus facile de pratiquer chez toi la natation que le saut à la perche.

Et pourtant, j’aurais pu te trouver tous les atouts ; tu ne manques pas d’espaces culturels ou l’on peut lire Philip Roth, la luminosité si particulière de ton ciel a été peinte maintes fois, tu as été chantée par de grandes voix ; tu es forte de ton passé maritime, forte de ta jeunesse étudiante ; tu as souffert et, détruite tu t’es courageusement reconstruite. Oui, j’aurais pu t’aimer, mais  toi et moi, nous ne nous sommes pas comprises. C’est ainsi.

Je vais maintenant prendre le large, voguer vers un autre ciel, et toi, protégée par le château de Vauban, tu vas demeurer, impassible, sur ta pointe de la « fin de la terre » en contemplant cette rade qu’on dit la plus belle du monde.

Adieu cité du Ponant, adieu sans désir de retour. Je ne pense pas te revoir un jour.

Mais sait-on jamais quel sera l’avenir…

Gill

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