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lundi, 21 novembre 2016

Avec un livre au choix

Plusieurs livres sont proposés. Choisissez-en un et ouvrez-le à la première page.

Notez la première phrase.

 

         En 20 minutes, écrivez un texte commençant par cette phrase              

et ayant pour thème le titre du livre que vous avez choisi.

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silence mer Liliane.jpg

 

Thème : Le silence de la mer (Vercors) choisi par El Pé

    

     Je n’ai pas encore très bien compris comment cela s’est fait, mais je vais néanmoins tenter de relater cette aventure, même si je sais d’ores et déjà que personne ne me croira.

     Le 24 Décembre de l’an de grâce 1775, je me trouvais, à titre de géographe, à bord de l’une des frégates royales chargées de cartographier les océans. Nous faisions route vers l’Est, venions de doubler le cap de Bonne Espérance et nous dirigions toutes voiles dehors vers l’île Bourbon ce jour là lorsqu’advint un bien curieux phénomène.

      La mer, très calme depuis plusieurs jours commença brusquement à s’agiter alors qu’en même temps tombait un épais brouillard qui empêchait de voir à plus d’une encablure.

      Etait-ce dû au brouillard ? Un silence pesant accompagnait ce qui se mit à ressembler à une forte tempête, à en juger toutefois par la violence et la hauteur des vagues qui déferlaient  sans  bruit sur le pont. Environ une minute plus tard, une dizaine de feux de Saint Elme s’allumèrent dans les haubans, ce qui eut pour effet de transformer l’effroi de l’équipage en panique. Certains couraient en tous sens, d’autres priaient à genoux, tandis que le commandant de bord et son second, pétrifiés, regardaient depuis leur passerelle, impuissants, ce chaos.

      Soudain, l’océan s’apaisa comme par magie et le brouillard s’effaça d’un seul coup. Nous vîmes alors, filant à nos côtés, un vaisseau immense, grand comme une ville. Il était composé de plusieurs étages, dont les derniers devaient sûrement atteindre le ciel, et des milliers de gens, accoudés aux différents bastingages, nous faisaient  des signes en poussant des cris joyeux….

J’eus tout juste le temps de lire, sur le drapeau flottant à la poupe, ces mots étranges : « Costa Croisières » lorsque brouillard et tempête silencieuse firent de nouveau irruption. Lorsqu’ils se dissipèrent, peu de temps après, le navire-ville avait disparu.

    Trois jours plus tard, nous accostâmes à l’île Bourbon ; mais avant  que nous débarquions, le commandant nous fit prêter serment de ne jamais dire un mot de cette aventure, par crainte d’une quarantaine plus que probable sinon.

    Si je parle aujourd’hui, depuis le coin de nuage que j’occupe depuis plus de deux siècles, c’est parce que je viens d’apprendre qu’un phénomène à peu près semblable s’était  produit il y a quelque temps à bord d’un navire appelé « Nimitz ». C’est merveilleux ! Ainsi, je n’étais pas fou !!! Je m’en doutais évidemment, mais ça fait du bien de le savoir…

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Thème : La chute (Albert Camus)   choisi par Line

*humour noir garanti

 

Puis-je, Monsieur, vous proposer mes services ? Vous gisez sur le sol, aplati comme une sole sur l’étal du poissonnier, les yeux vides comme ceux des poissons dans la nasse. Pourquoi sortez-vous la langue de votre bouche tordue ? Franchement, pour un homme de votre âge, c’est inconvenant. Vous me dîtes que vous avez glissé sur le sol mouillé ? articulez, je ne vous comprends pas, faites un effort, sinon je m’en vais et vous laisse tremper dans la flaque boueuse. Voilà que vous me tendez la main, je veux bien vous la serrer, comme cela nous ferons connaissance. Oui ? vous voulez que je vous aide à vous lever ? mais comment une faible femme comme moi soulèverait vos cent kilos ? car à vous considérer, je suis sûre que vous pesez un quintal. Croyez-vous que je vais attraper un tour de reins pour hisser sur ses jambes un inconnu ? et encore, peut-être que vous vous êtes cassé une jambe, vous ne le savez même pas vous-même. Que j’appelle les pompiers ? mais enfin, soyez raisonnable, il fait trop froid pour que je sorte les mains des poches. Le temps passe, cela va être l’heure de mon feuilleton « plus belle la vie ». Pardon ? votre vie n’est pas belle en ce moment ? et alors, vous c’est vous, moi c’est moi, à chacun son destin. Au revoir, portez-vous bien, enfin portez-vous le mieux possible.

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Thème : Le bon plaisir (Françoise Giroud)     choisi par Gill

 

Elle hurla. Un chien lui répondit mais la rue nocturne ourlées de voitures assoupies était déserte.

D’ailleurs, qu’aurait fait un chien dans la rue de ce quartier résidentiel, à trois heures du matin. Celui-là, bien au chaud dans son panier douillet avait dû être réveillé en sursaut et manifester son mécontentement.

Le hurlement fut arrêté net par les mains qui serraient sa gorge. Elle les sentit mais ne vit qu’une ombre penchée au-dessus d’elle. Malgré la terreur qui l’envahit, son cerveau se mit à fonctionner à toute vitesse et elle comprit très rapidement que l’ombre, quelles que soient ses intentions, avait d’abord celle de prendre sa vie en l’éliminant vite et bien, avant d’être libre de faire ce pour quoi elle était venue. Alors elle regretta instantanément de ne jamais suivre les conseils de personne, ces conseils de prudence qui reflétaient simplement le bon sens le plus élémentaire : ne pas exposer quotidiennement ses bijoux et ne pas les garder chez soi mais plutôt dans un coffre à la banque, protéger sa vie privée, faire poser un système d’alarme dans sa maison, ne pas dormir avec ses fenêtres ouvertes….etc. Elle le regretta d’autant plus qu’elle lançait à tout bout de champ, d’un ton péremptoire qui ne laissait place à aucune discussion, cette boutade « tel est mon bon plaisir » et tant pis si cela gêne quelqu’un !

Elle commença à manquer d’air, une main cherchant désespérément à arracher l’étau qui serrait son cou et l’autre à trouver un objet suffisamment lourd pour assommer son agresseur. Ses pieds griffèrent les draps, sa défense faiblit petit à petit, un voile commença à brouiller sa vue. Elle était au bord de l’asphyxie, son visage bleuissait, elle allait succomber, quand l’ombre, émettant un râle, s’abattit sur elle de tout son long en relâchant son étreinte. Etouffant sous le grand corps inerte, les dernières forces qui lui restaient lui permirent, dans un sursaut, de repousser le corps immobile et de se dégager lentement et péniblement.

Ce qui se passa ensuite reste, encore aujourd’hui, un peu flou dans sa mémoire. Bien sûr, il y eu la police puis les secours, elle apprit que son agresseur était un prétendu journaliste auquel elle avait refusé une interview et qui, par chance pour elle, avait succombé, fort à propos, à une crise cardiaque. L’enquête avait permis de découvrir qu’il avait déjà été coupable d’agressions verbales lorsqu’il s’estimait méprisé. Mais ce qui avait déclenché cette dernière folie, personne ne l’avait su.

Ce qui est sûr, c’est que depuis cette affreuse aventure, elle s’est faite très discrète, et que plus personne ne l’a entendue dire, même pour plaisanter, « tel est mon bon plaisir »

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mercredi, 21 novembre 2012

Phrases choisies de Charles Juliet

 

       En 25 minutes, écrire un texte qui commence par :

« En entrant dans la cuisine, monsieur Germain, l’ancien maire, se décoiffe et il s’immobilise au milieu de la pièce, l’air embarrassé, pétrissant sa casquette de ses grosses mains rougies par le froid »

        Et se termine par :

« alors il se lève, et sans avoir touché à son verre, dans un silence lourd, il prend la porte. »

        Extraits de « Lambeaux » de Charles Juliet

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wikipédia par langladure

 

 

ADELE

En entrant dans la cuisine, M. Germain, l’ancien maire, se décoiffe, et il s’immobilise au milieu de la pièce, l’air embarrassé, pétrissant sa casquette de ses grosses mains rougies par le froid. Il a repris ses fonctions en l’absence de son fils, le maire actuel, pendant sa mobilisation.

Il se tait. Aucun son ne peut sortir de sa gorge. Adèle, le chignon défait, se tient debout près de la fenêtre, tandis que ses parents, Paul et Clémence, sont assis près de l’âtre. Les flammes sont la seule source lumineuse qui éclaire pauvrement la pièce. Elles projettent des fantômes inquiétants sur les poutres noircies. Adèle est pétrifiée. Elle sait. Cette histoire sans paroles se renouvelle presque toutes les semaines. M. Germain a du mal à conserver sa dignité. Des larmes coulent doucement aux coins externes de ses yeux rougis.

C’est Pierre, finit-il par articuler. Il est tombé à Verdun…

Adèle ne dit mot. Elle pince les lèvres mais reste droite comme un cierge. Tout son environnement sombre dans la grisaille. Elle ne perçoit plus rien de ce qui l’entoure.

Clémence s’est effondrée et pleure à chaudes larmes sur le destin tronqué de son gendre et celui de sa fille, sur ces pauvres jeunes envoyés là-bas  défendre nos frontières sous les canonnades ennemies.

Paul se lève, la mine défaite, va péniblement chercher deux verres derrière la porte grinçante du buffet, ainsi que la bouteille de gnole servant, bon an, mal an, à fêter les heureux évènements ou à adoucir les moments malheureux.

Il pose le tout au bout de la table et remplit aux trois quarts les deux verres en invitant M. Germain à prendre place sur le banc de bois à côté de lui. Aucun des deux hommes n’arrive à rompre le silence.

M. Germain se mouche, essuie ses yeux, jette un regard compatissant à la pauvre Adèle.

Ces visites aux familles des soldats morts pour la France sont une rude épreuve pour lui.

Alors il se lève, et sans avoir touché son verre, dans un silence lourd, il prend la porte.

Mouty

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Photos Gratuites

 

 

"En entrant dans la cuisine, Mr Germain, l'ancien Maire, se décoiffe et il s'immobilise au milieu de la pièce l'air embarrassé, pétrissant sa casquette de ses grosses mains rougies par le froid". C'est sa belle sœur  qui l'a conduit directement dans la cuisine, elle aimerait tant que les deux frères, jadis si proches, se reparlent. Et voilà, Germain s'en doutait, c'est trop tôt, Pierre  n'est pas encore prêt  à  l'écouter,  à entendre la vérité sur ce qui c'est passé le jour de cette terrible, dramatique  tragédie, mais Germain s'était  tellement dit et redit, il faut que j'y aille, il faut qu'il sache,  je ne peux pas continuer à repousser cette visite ; il était tout à fait conscient de ce qui pourrait arriver, subir l'affront  de son frère par un refus total de discussion sans un regard, un mot pour lui ; c'est ce qui arrive aujourd'hui ;il aimerait tant revenir en arrière et que cet accident maudit ne soit jamais arrivé, mais on ne peut pas, il faut essayer de vivre avec cette souffrance et espérer avec le temps qui cicatrise les plaies. 

 C'était il y a trois mois, Germain revoit le film de cette journée se dérouler, la chasse, sa passion, non partagée par Pierre qui était contre, mais par son filleul, le  fils de Pierre, oui; il  le harcelait sans cesse voulant à tout prix l'accompagner ; connaissant les idées de Pierre, Germain avait toujours refusé mais là, Jean avait été si convaincant, lui assurant que son père avait donné son accord  lui prêtant même son fusil, lui faisant confiance ; Germain ne pouvait se dérober puisque Pierre avait donné sa bénédiction, pourquoi lui ne ferait pas pareil ; comme il regrette aujourd'hui d'avoir été si naïf, de ne pas avoir demandé à son frère avant d'amener Jean avec lui, Jean qui avait menti à son oncle et aujourd'hui il le payait lourdement avec son handicap à porter, traînant sa jambe blessée  par ce malheureux coup de fusil, reçu à cause de son inexpérience qui l'avait fait mal se positionner. Pierre rendait Germain entièrement responsable, refusant tout dialogue, toute explication comme aujourd'hui. Mais Germain continuera de revenir, il laissera le temps passer, il sait que seul le temps lui donnera raison, qu'il pourra un jour expliquer à son frère, lui dire ses regrets et  combien il voudrait partager avec lui le poids de cette douleur, "alors il se lève, et sans avoir touché à son verre, dans un silence lourd, il prend la porte".

Rina

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Photo: www.Photo-Paysage.com (CC BY-NC-ND)

 

Photo : cc by-nc-nd    Bruno Monginoux
Photo-Paysage.com

 

« En entrant dans la cuisine, monsieur Germain, l’ancien maire, se décoiffe et il s’immobilise au milieu de la pièce, l’air embarrassé, pétrissant sa casquette de ses grosses mains rougies par le froid ». Combien de fois n’ai-je pas entendu Gilbert prononcer cette phrase quand il parle de cette histoire qui a longtemps fait partie des secrets de famille, ceux qui restent enfouis dans les mémoires avec leurs lots de non-dits, de silence, d’œillades gênées, de bouches closes sur ce qui aurait tant intérêt à être mis à jour et discuté pour éviter les ragots .

Cette histoire concerne sa grand-tante, la sœur de son grand-père paternel, Julien, dont la famille détenait alors en Touraine une petite exploitation agricole. Il y avait là, autour des parents, six garçons et quatre filles, dont Rose, de deux ans plus âgée que Julien. Celle-ci, magnifique jeune fille de 17 ans, était très amoureuse d’un fils de fermier du village, mais malheureusement les deux familles étaient brouillées à mort pour une histoire de terrain. Néanmoins les jeunes gens étaient si amoureux qu’ils vivaient sur un petit nuage et qu’ils commirent l’horrible faute, celle qui faisait perdre, à cette époque, l’honneur aux jeunes filles honnêtes. Jusque là, personne ne savait rien tant ils étaient prudents, mais quand le ventre de Rose s’arrondit, quel scandale ! La pauvre fille fut enfermée, rabrouée et surtout privée de son amour ; on lui raconta qu’il avait accepté de ne plus la revoir et de l’oublier, ce qui était faux, bien sûr, mais que dans son désespoir, elle avait cru. Alors un jour, la pauvre Rose s’était échappée et était allée se noyer, emportant avec elle son enfant, dans la rivière à la sortie du village. Lors des recherches, l’un des habitants avait trouvé son bonnet et son fichu accrochés à une souche d’arbre. C’était cela que Monsieur Germain, qui était leur ami, venait annoncer à ses parents.

Puis on ne parla plus de cette histoire qu’à voix basse, puis on n’en parla plus du tout pour cacher le déshonneur. Et la pauvre Rose fut bannie, sinon oubliée, dans les conversations. Seul Julien continua à l'évoquer et la livra, par bribes, à son petit-fils  Gilbert.

Immuablement, il termine cette histoire, l’air triste et la tête basse, comme s’il se mettait à la place de Monsieur Germain, accablé, un verre de vin plein devant lui, en disant : « alors il se lève, et sans avoir touché à son verre, dans un silence lourd, il prend la porte ».

      Gill

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