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lundi, 16 octobre 2017

Trois prétendants au Paradis, une seule place!

Trois personnes se présentent à la porte du Paradis qui est en travaux pour agrandissement.

Il ne reste qu’une place.

Lequel des trois pourra entrer ?

en 20 minutes, imaginer ces trois personnes et faire un texte les mettant en scène.

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     Juliette, Pierre et Renaud: c’était leur jour, leur destin, on dira ce qu'on voudra, bref: les voilà aux portes du paradis. Surprise : ici pas de ciel infini, pas de vieillard à la barbe blanche, pas d'anges ailés ! Des grues ! Oui oui ! Des grues gigantesques, des camions, des engins de chantier, des bétonnières et des nuées d'ouvriers vêtus de jaune fluorescent : une sorte de cabane type Algéco de chantier, une pancarte : « entrée »

« Bonjour

        –Bonjour, c'est pour qui ?

        –Comment, pour qui ? Pour nous trois, on a eu un accident dans la même voiture, on est ensembles.

        –Désolé... les travaux, il ne reste qu'une place.

        –Une place, et les deux autres alors ?

        –Au purgatoire, permettez, je consulte l'ordinateur céleste

        –Pierre… voyons... (le préposé pianote sur son ordinateur) : des vols à l'étalage, des jurons, des fêtes un peu beaucoup arrosées : hum, quelque chose à déclarer ?

        –Euh, j''étais bénévole aux restos du cœur, pendant plus de cinq ans !

        –Hum, madame, Juliette ? C'est bien ça ? Pas de péchés avérés mais par contre des tenues, disons, provocantes ! Mini jupes, corsages échancrés, démarche lascive … hum hum pas bon tout ça.

        –Et vous, Renaud ? C'est comme ça que vous vous présentez ? Blouson de cuir noir, foulard rouge, cheveux en bataille ? Hou là là , regardez vous-même! Alcool drogues, langage vulgaire, provocations multiples ! Désolé, aucun de vous trois n'est admissible !... Euh... attendez !

        –«Pi donner à manger à des pigeons idiots ,

et leur filer des  coups de pied pour de faux

et entendre ton rire qui lézarde les murs

et qui sait surtout guérir mes blessures... »

        –C'est vous qui avez écrit ça ?

        –Ben ouais !

        –Ah … bon ! Allez-y soufflez dans le ballon, fort, à fond.

        –Hum !! c’était vous le conducteur de la voiture ?

        –Ben ouais !

        –Hum, mais vous êtes encore complètement bourré !

        –Ben ouais, Baudelaire disait : « Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l’or », ben quoi, faut bien de la boue pour faire de l’or !

        –Bon allez, entrez ! »

Louis

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smiley marron.jpg

pixabay

 

S’il n’y a plus de place au paradis, retourne-t-on au purgatoire ? demande le premier

S’il n’y a plus de place au paradis, va-t-on directement en enfer ? demande le second

Je ne crois ni au paradis, ni au purgatoire, ni à l’enfer, dit le troisième.

Et, bien entendu, c’est au troisième que l’on ouvre la porte ! Histoire de le convaincre de l’existence de….

Valérie

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pixabay

 

Qui aura la dernière place ?

Le Paradis n’a jamais changé depuis qu’il existe, et même s’il ne s’est pas rempli très rapidement, l’homme n’étant pas spécialement bon, il va manquer de place à plus ou moins longue échéance. C’est pourquoi de grands travaux d’agrandissement ont été entrepris, supervisés par un Saint-Pierre surbooké. C’est donc le concierge, un ange de 10ème catégorie, qui accueille les nouveaux arrivants. Il est un peu inquiet car actuellement, il ne reste plus qu’une place.

Ce matin-là, ils sont trois devant la porte, trois à prétendre entrer : un célèbre magicien victime d’un infarctus du myocarde, qui manie l’hypnose à merveille et qui a fait rêver et diverti des milliers de spectateurs, une femme qui s’est occupée toute sa vie, sans un mot de rébellion, de sa maison, sa famille, son travail, ses bonnes œuvres, s’oubliant elle-même et oubliant surtout de regarder en traversant l’avenue…et un SDF accompagné de son chien, tous deux morts de froid.

Qui, plus que les deux autres, va gagner ce Paradis tant espéré ? Notre ange est perplexe, comment les départager ?

D’abord le SDF, se dit-il, ce sera facile :

« – Dites, Monsieur, vous savez que le Paradis est interdit aux chiens, même tenus en laisse. Si vous voulez entrer, vous laissez le chien.

– Jamais de la vie, il m’a tenu chaud pendant quinze ans, je ne l’abandonnerai pas. C’est tous les deux, ou je préfère l’enfer. Je sais qu’ils ne nous sépareront pas, ils ne sont pas regardants, eux ! »

Parfait, éliminé le SDF ! Il n’en reste que deux. La femme est effacée, elle a été effacée toute sa vie, notre ange se dit qu’il ne sera pas difficile de la convaincre qu’elle a commis deux ou trois petits péchés passibles du Purgatoire. En attendant, il se tourne  vers le magicien dont le regard accroche immédiatement le sien. Il se sent petit à petit convaincu que cet homme est le plus digne des trois d’entrer au Paradis. Il le voit auréolé de lumière, bref, il s’apprête à convaincre la femme quand, précédé d’un éclair aveuglant, apparaît le Seigneur en personne fort courroucé, qui sait tout, qui devine tout, c’est bien connu.

« Malheureux, tonne-t-il, c’est comme cela que tu essaies de rendre la justice, en te laissant hypnotiser, manipuler par un malhonnête homme. Qui de ces trois-là a le plus souffert et mérite de se reposer en paix ? C’est celui qui préfère se sacrifier pour le compagnon qui lui a voué sa vie, donné sa chaleur, qui l’a peut-être défendu. Désormais, je vous le dis, les chiens pourront accompagner leurs maîtres au Paradis et jouir d’un bonheur éternel.

Notre maîtresse de maison qui, soit dit en passant, n’a rien fait pour essayer de sortir de sa triste condition – ne dit-on pas ? Aide-toi, le ciel t’aidera – sera quand même accueillie dès que possible au jardin d’Eden, mais notre magicien ira hypnotiser Lucifer en réfléchissant à sa dernière malversation. »

 

Gill

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jeudi, 23 mars 2017

Quel Au-delà?

En 30 minutes, écrire un texte sur le sujet :

Si l’au-delà existait, pour vous que serait-il ?

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Un de nos jeune lecteurs, Mark, a été inspiré par notre consigne et c'est avec plaisir que nous vous invitons à découvrir son texte.

 

patient sur lit.jpg

 

PEETAYABLE,

VIENS

 

Une nouvelle de Mark K.

 

    Je me réveille, puis je vois que je suis allongé sur un lit d’hôpital. Mais soudain, j’ai du mal à respirer. J’entends le son continu émis par la machine qui indique mon pouls, ce qui veut dire que mon cœur a cessé de battre. Je pousse un long souffle, je sais que tout est fini, et tout disparait.

      Je suis à présent de nouveau allongé, mais sur un sol à la fois dur et tendre. Je ne sais pas comment, mais je me trouve dans une position assez confortable, très confortable même. Je peux, si je le veux, rester en cette position pendant des heures, des jours, des années peut-être … mais je décide d’ouvrir les yeux. Je vois que je me trouve dans un endroit familier, je le sais, mais je n’arrive pas à le reconnaître. En tout cas, il est doté d’étranges modifications. Il n’y a que la tendre herbe du printemps et les arbres autour. Soudain, une révélation m’apparait. Je reconnais la clairière. Ma clairière. Je m’y étais souvent rendu quand j’étais encore un enfant. Les balançoires, les bancs et les constructions alentour ont pourtant disparu. Il n’y a cependant aucune couleur, aucune ombre, ni aucune nuance. Tout est d’un blanc si éblouissant que j’ai difficulté à voir le contour des arbres et de l’herbe. Je me rends compte que je n’ai plus mes lunettes de vue et que je vois parfaitement de mes propres yeux. J’essaye de comprendre ce qui se passe quand je vois que je porte une vieille robe miteuse. La première chose que je remarque, c’est qu’elle ne me va pas du tout. Malgré mon agréable position, je décide de me lever afin de regarder ce qu’il y avait derrière moi. En me levant, je remarque que je n’ai éprouvé aucune difficulté à exécuter ce mouvement contrairement au moment où je me trouvais à l’hôpital. Derrière moi se tient une jeune femme, une très charmante jeune femme, je la reconnais tout de suite : c’est Marie, ma fille.

      Marie se tient droite, ses longs cheveux auburn ondulant sur ses magnifiques vêtements d’un goût exquis. Je vois qu’une rose blanche est posée dans ses cheveux, elle est magnifique et semble être en tellement bonne santé qu’on aurait cru qu’elle ne fanerait jamais. Mais un détail m’intrigue beaucoup :

-  Mais … tu es morte !

-  Papa … répondit Marie d’un ton calme

-  Alors … ça veut dire que moi aussi, je suis mort ?!

Marie ne répond pas. Elle se contente d’esquisser un léger sourire. Mais j’interromps le silence :

-  Mais … qu’est-ce que je dois faire ? Où suis-je ?

-  C’est une bonne question. D’après toi, où sommes-nous ?

Eh bien … on est dans la clairière où j’étais quand j’étais petit, mais pourquoi ? Tout est blanc, il n’y a que la nature, il n’y a aucune construction.

Je suis tellement désappointé que j’ai la grande maladresse de lui dire :

-  Explique-moi comment tu as fait ça !

Ce n’est pas moi qui ai fait tout ça. On ne se situe pas réellement au milieu de la clairière en ce moment même. On est là-haut. Là où tu sais. Nous sommes tous deux au paradis.

J’ai comme l’impression que le silence s’amplifie à une vitesse effrayante. Je crois que je suis resté bouche bée, mais qu’importe, mon grand bouleversement ne peut y remédier de toutes façons.

« Ce n’est pas possible … non … tout cela n’est pas réel, c’est sûrement un rêve que je suis en train de faire … » marmonnai-je.

Je ne peux pas croire à une telle chose, cela peut paraître bête, mais l’idée d’y penser m’effraie.

- Tu es morte ! Tu ne peux pas te tenir comme ça devant moi ! Et pourquoi moi je suis soi-disant mort si là je suis vivant ?! criai-je

- Je suis morte, oui. Toi aussi tu es mort à présent. Le paradis est réel, je t’assure. La seule chose fausse, c’est que les catholiques pensent que Dieu nous fait passer le jugement dernier avant de connaître notre destination. Comme tu le vois, tu es allé directement au paradis. C’est la même chose pour ceux qui sont allés en enfer, si néanmoins il existe. Il y a une rumeur qui circule parmi les gens d’ici, ils pensent que les gens qui sont censés aller en enfer ne bénéficient peut-être pas d’une seconde vie éternelle comme celle qu’on a. C'est-à-dire que dès qu’ils meurent, ils ne réapparaissent pas comme toi dans un autre endroit, c’est qu’ils ne sont plus rien, ils ne voient plus rien, ne sentent plus rien. Mais tu as la chance d’être venu au paradis, et cela ne m’étonne pas.

Je suis littéralement figé. Cette nouvelle me rend très heureux, tout joyeux. Et dire qu’il y a seulement quelques secondes, j’étais effrayé, pris de panique.

- C’est merveilleux ! Le paradis … il existe vraiment ! C’est fantastique ! Mais dis-donc ! Pourquoi as-tu de magnifiques vêtements, tandis que moi je porte une robe miteuse ?

- Il suffit de penser … de vouloir … me répond Marie

Qu’est-ce que Marie veut-elle dire par là ? Que veut-elle dire par penser ou vouloir ? Penser ? Comment faut-il le penser ? Qu’est-ce qu’il faut penser ? Cependant, le vouloir parait beaucoup plus facile que de le penser. Alors je dis ces mots dans ma tête :

« Je veux de beaux vêtements. »

Pourtant, rien n’apparait, aucun changement, j’ai toujours ma robe ridicule sur moi. Je jette un coup d’œil derrière moi, aucun vêtement en vue sur le sol. Je me demande alors comment faut-il le vouloir … je n’ai peut-être pas été assez poli ou précis. Je pense qu’il faut que je visualise les vêtements dans ma tête, je vais commencer par le haut. Le chapeau … j’aimerais avoir un béret noir surmonté d’un pompon blanc. Le haut … peut-être qu’une chemise blanche en lin à manches courtes m’irait bien, je n’en doute pas. Ensuite je porterai un jean et pour les chaussures … je pense que des mocassins d’un bleu pâle seraient une merveille ! Alors je visualise l’ensemble sur moi pour voir ce que cela donne. Soudainement, ma robe miteuse est remplacée par une chemise blanche en lin avec des manches courtes, par un jean et par des mocassins d’un bleu pâle, sans oublier mon joli béret noir avec un pompon blanc.

- C’est vraiment fantastique ! m’exclamai-je

- Ah … Il ne te manque plus que les lunettes ! répond Marie avec un petit gloussement

- Oh tu sais … Il est temps que je change d’apparence, je pense que mon visage sans lunettes n’est pas si terrible tout de même, il faudrait que je me voie !

Mais je me rends compte que je n’avais pas de miroir à portée. Alors je demande dans ma tête :

« Je souhaiterais avoir un petit miroir de poche et pratique. »

Alors un petit miroir apparait sur le sol à mes pieds. Il semble léger. Le contour du miroir est blanc, sûrement de l’argent mais extrêmement blanchi. Il est orné de pierres précieuses de toutes les couleurs, il y a de l’or, du Rubis, il y a également du diamant d’un bleu marin accompagné de quelques saphirs d’une exquise couleur violette, et pour finir de l’émeraude d’un vert printanier. C’était exactement le miroir que je rêvais d’avoir durant ma vie entière ! Il est luxueux et pratique. Alors je me regarde, je contemple mon visage sans lunettes.

« Oh ! Ça va ! Je ne suis pas si terrible que ça sans mes lunettes ! »

Je vois que Marie est en train de glousser. Se moque-t-elle de ma réaction ? Je lui jette un regard sceptique.

      Soudain, le décor change de couleur, le blanc éblouissant se transforme en un rouge de sang. J’entends également un son d’alarme, tel le son du réveil qui me met debout chaque matin. Je ne sais pas pourquoi la clairière blanche est devenue rouge, mais ce changement m’inquiète fortement.

« Que se passe-t-il ? » demandai-je

Marie ne me répond pas. Elle semble tout aussi tourmentée que moi. Son visage parait si apeuré qu’on aurait cru que son sang s’est glacé.

- Il faut vite que tu fasses ton choix ! s’exclame-t-elle

- Comment ?!

- Le décor est devenu rouge ! Le son d’alarme ! Tu dois faire le choix ultime pour ta deuxième vie !

Je remarque que la clairière rétrécit. J’essaye de courir, tentant de fuir ce rapetissement progressif, en vain, Marie me retient par les épaules. La clairière se découpe en un cercle parfait, et je me trouve au milieu de ce cercle.

- Explique-moi ! criai-je

- Pour le reste de ta vie éternelle, souhaites-tu qu’elle se déroule au paradis, avec les personnes qui te sont les plus chères, ou bien que tu deviennes un fantôme et que tu regardes les vivants ainsi que l’évolution du monde ?

J’entame un long moment de réflexion, je songe aux avantages et aux inconvénients de chaque possibilité. Tandis que le cercle se resserre, mes pensées se développent et se troublent à la fois. C’est à me rendre fou. Marie essaye de me parler, seulement, je ne saisis pas un mot de ce qu’elle dit. Mais elle est projetée en arrière et tombe hors de la clairière, dans le vide.

« Marie ! » ai-je crié de toutes mes forces

La rose blanche dans ses cheveux a été ôtée par la force de la projection, elle est éjectée et se fond dans le vide, partie définitivement. Pourquoi Marie a-t-elle été repoussée hors du cercle ?  Une réponse que je n’obtiendrai peut-être jamais.

      Le volume de l’alarme s’amplifie. Je dois faire mon choix, je le sais. Vivre à jamais ou bien devenir un fantôme ? Le choix m’est impossible. Je veux voir mes amis et ma famille en vie sur Terre, je ne pourrais pas passer une journée sans eux. Je veux devenir un fantôme, c’est décidé ! Mais je n’ai pas songé aux inconvénients. Je ne pourrai pas leur parler. Je ne pourrai pas les toucher. Et par-dessus tout, je ne pourrai pas les rejoindre au paradis quand ils seront morts, ils ne seront plus là. Finalement, je conclus que ma vie se déroulera au paradis. Certes, je ne pourrai pas les voir pendant un temps indéterminé. Je vais devoir faire preuve de patience. Mais pendant combien de temps ne pourrai-je pas les voir ? Des mois ? Des années ? Des décennies ?

      Le son de l’alarme me ramène à la réalité. Le rayon du cercle ne mesure plus que deux mètres. Terrifié, je crie :

« Vite ! Je veux vivre au paradis ! »

Seulement, rien ne change, rien ne se passe. Je rajoute ridiculement :

« S’il-vous-plaît ! »

Aucune réponse. Pourtant, je l’ai bien voulu, et poliment. Ils n’ont même pas le culot de me ramener au paradis ? Toutefois, je me rappelle que Marie m’avait dit :

« Il suffit de penser … de vouloir … »

      Je suis le milieu d’un cercle de rayon un mètre quand je comprends enfin ce que je dois faire. Mais l’alarme résonne tellement fort que je fais un début de migraine. Mes tympans sont percés et ma tête me fait souffrir. Il ne reste plus qu’une chose à faire. Si je tombe dans le vide, je serai un fantôme à jamais.

      Il faut que j’imagine ma deuxième vie. Je suis sur les nuages, auprès de Marie. Le bonheur, la satisfaction d’avoir fait le bon choix, la douceur et la saveur de cette vie seront présents même dans les temps les plus sombres. Mes pieds sont au bord du vide tandis que je suis élevé en l’air. Je me trouve comme au milieu d’une tornade. Je vole au cœur de cette tempête.  Le ciel pourpre se transforme en un vide bleuté dans lequel je suis projeté, puis tout disparait à nouveau.

      Je demeure tout à coup debout sur le sol. Je suis à deux doigts de tomber, mais je me rattrape à temps sur quelqu’un. Ce dernier pousse un petit cri puis s’écrie avec stupeur :

« Faites attention avant de vous appuyer sur une personne ! »

Marie me regarde d’un air abruti, avant de me reconnaitre et de s’excuser aussitôt.

- Tu as finalement choisi de vivre au paradis ? déclare-t-elle avec une certaine gêne

- Oui, mais j’ai failli devenir un fantôme et tomber dans le vide

Un spectre apparait devant moi, il émet un petit bruit puis déclare :

« Bonjour et bienvenue au sein du domaine des morts, dans le ciel serein, à l’Elysée céleste : le paradis. Je suis votre guide, vous allez découvrir ce somptueux monde avec moi. Je vais tout d’abord vous montrer votre maison. »

Marie prend ma main et dit au spectre :

« Amène-nous. »

      Nous sommes aussitôt transférés par téléportation. J’ai soudainement la tête qui tourne, je manque de vomir sur les souliers de Marie. Pour la première fois, je peux quand même vomir avec dignité, mais je me retiens. Nous nous trouvons dans un charmant paysage, sûrement dans un « beau-quartier ». Ma maison parait grande. Elle est entièrement blanche, comme la clairière où je me suis retrouvé auparavant. La demeure est entourée d’un jardin avec des plantes colorées, beaucoup de fleurs et un champ de roses blanches. Ces roses me frappent particulièrement, ce sont les mêmes que celle que Marie portait dans ses cheveux. J’éprouve une grande satisfaction, puis dis :

« Ensuite ? »

Le spectre commence alors son récit, il présente d’abord les jardins, les voisins, le quartier puis il précise que la nourriture est universelle, qu’il suffit de penser, de vouloir le plat pour l’avoir en main. Il présente ensuite les bâtiments dans lesquels nous pouvons apprendre ou améliorer nos pouvoirs que les vivants n’ont pas, comme la téléportation ou la demande par la pensée. Je trouve cela vraiment ingénieux, bien que je n’aie jamais assisté à une leçon. Lorsque le spectre termine ses descriptions, il finit par dire :

- Je suis disponible à tout moment, si vous ressentez le moindre besoin de ma présence, appelez-moi en disant « Peetayable, viens » et je viens vers vous instantanément.

- Merci beaucoup Peetayable, je réponds

- Au revoir, monsieur Patrice.

Le spectre disparait aussitôt en se fondant avec la couleur du paysage. Je trouve le nom du spectre vraiment amusant, même ridicule. Il n’est même pas fichu d’avoir un nom décent, son nom est même pitoyable. Je me mets à ricaner silencieusement. Je ris pendant un bon moment avant de prendre la main de Marie. Nous marchons ensemble au loin, je viens de quitter la vie, même si elle est réapparue différemment.

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Post Mortem

Oui, oui, c’est bien comme on le raconte. Au début du moins. D’abord, je veux dire juste après le grand soupir et le noir, il y a eu cette montée à toute vitesse  jusqu’au plafond du bloc opératoire, et tous ces gens s’agitant en bas, autour de ce qui me semblait bien être mon corps, mais en bien plus mauvais état que la dernière fois que je l’avais aperçu, c’est-à-dire deux secondes avant l’accident. « Ah bon, je suis morte alors ? ». Mais pas le temps de m’apitoyer sur mon sort. Re-noir, puis, aussitôt, arrivée dans ce qui paraissait bien être un gigantesque hall d’aéroport, avec des guichets, à perte de vue, tout au fond. Et d’interminables files d’attente devant.

       «_ On en a pour longtemps ? » demandai-je au mec qui me précédait, un superbe hindou surmonté d’un non moins superbe turban bleu.

- Cela dépend des files. Certaines avancent dans la journée, d’autres pas. Moi, en temps terrestre, ça fait à peu près quatre-vingts ans que je suis là.

-Quatre-vingts ans !! Ouh, ça fait long !!

-Qu’’est-ce-que ça peut bien faire ? De toute façon, on a l’éternité devant nous, hein ? Et puis, finalement, je ne suis pas tellement pressé de connaitre le verdict…

-Le verdict ?  Ah oui, vous voulez dire le jugement ?

-Ouais. Vous savez, les mots varient selon les cultures.

-Dites-donc, vous avez l’air d’en connaitre un rayon ! Alors, en gros, ça se passe comment ?

-Hé bien, en arrivant devant l’ange, celui qui est derrière le guichet (ouais, c’est un ange, même s’il est en costard-cravate), vous allez remplir un tas de formulaires, de questionnaires, tout ça quoi, qu’un ordi va tout de suite analyser ; et de là, vous serez dirigée vers une des milliers de salles d’attente.

-Encore attendre ! Et ensuite ?

-Ensuite, une commission va statuer sur votre cas.

-Une commission. Composée de ?

-D’archanges, de prophètes de toutes les religions, de philosophes et même de quelques leaders politiques, je me demande bien pourquoi, d’ailleurs… et puis à la fin du débat, c’est le président qui décidera de votre sort en première instance. La décision finale revenant à Saint Pierre ou quelque soit le nom qu’on lui donne. Pour moi, je suppose que ce sera Vishnou…

-Et alors, et alors ?

-Hé bien, comme vous ne l’ignorez pas, l’Enfer, n’est-ce-pas, étant les Autres, soit vous faites le circuit en boucles, pour l’Eternité, soit vous revenez dans les files d’attente pour une période déterminée : c’est le Purgatoire, soit vous allez directement au Paradis…

-Au Paradis !!! Mais, attendez un peu, comment vous savez tout ça, vous ?

-Le mec devant moi, là, dans la file, il a écopé de six mille ans de Purgatoire, une broutille, quoi ! C’est lui qui m’a rencardé.

-Ben dîtes-donc !  Alors, vous disiez que le Paradis  existe vraiment ? Pas croyable !

-Je veux, oui ; Là-bas, on choisit sans cesse ce que l’on souhaite faire : revivre les meilleurs moments de sa vie,  rencontrer aussi les gens que l’on aime ou…

-Vous voulez dire que je pourrai revivre mon enfance …ou mes premières surprise-parties… et, quand ça me chante, aller tailler une bavette avec Mozart, Louise Michel ou Coluche, ou encore…

-Exactement. Mais dis donc, tu t’attendais à quoi, toi ?*

-Moi ? Oh, à …rien.

 

          El Pé

 

*Oui, bien sûr, le ton est devenu de plus en plus familier au cours de l’entretien, normal, non ? Comme disait Boris Vian : « Ce n’est pas une raison parce qu’on est mort.. »

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dimanche, 15 mars 2015

Les narrateurs: conte à dormir debout

Chacun tire au sort la photo fantasmagorique d’un animal, d’un légume, ou d’un fruit.

 A partir de cette image, en 25 minutes, écrire un conte où toute imagination est permise, et se terminant par une sentence ou une morale.

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Il était une fois

 

Il était une fois un renard blanc errant dans la toundra, au sud de Novossibirsk. Fougueux et vigilant, il veillait sur ses petits en bon père de famille, leur rapportant maints gibiers à plumes ou à poils.

Un jour, alors qu’il était tapi derrière un buisson épineux, à l’affut d’un lapin imprudent, il n’entendit pas l’arrivée feutrée dans la neige d’un chasseur. Il n’eut pas le temps d’esquiver la balle de ce prédateur qui courait après les fourrures. Il sentit une brûlure, fut aspergé de giclures rouges, puis ne vit plus rien.

Au ciel chargé de grisaille, tournoyait l’aigle blanc, seigneur de la contrée. Planeur infatigable à l’œil acéré, il enregistrait les moindres détails des évènements qui se passaient sur le plancher des terriens. Son regard perçant se fixa sur la scène du chasseur et du renard. Il fonça sur eux, mais en arrivant à portée de fusil, il ressentit dans ses flancs la trajectoire d’une cartouche qui accéléra sa descente en piqué, droit sur le chasseur.

Mêlée mémorable. Impossible de distinguer de cet amalgame un seul des trois intervenants. A l’issue de cette bataille farouche, il en ressortit un animal au corps de renard et à la tête d’aigle. Plus de chasseur : disparu corps et fusil. Volatilisé.

Cet animal étrange fut baptisé Roi de la Toundra.

Méfiez-vous en, il veille aux incursions des prédateurs sur son territoire, prêt à foncer sur les êtres malveillants.

Qui mal y voit paie en sentences.

 

Mouty

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Sur une île déserte, loin, très loin, hors de l'imaginaire, vivait une sorcière. Elle habitait dans une cabane en roseau qu'elle avait bâtie tant bien que mal et que les vents faisaient tanguer. Elle vivait seule, avec pour compagnon un oiseau de paradis: son seul ami.

Il était comme elle, sans âge, et ses plumes éblouissantes de mille couleurs avaient pali et son chant mélodieux n'était plus qu'un cri rauque et lugubre.

La sorcière aussi avait perdu beaucoup de ses pouvoirs et ne pouvait redonner ses atouts à son oiseau.

Un jour d'orage, alors que les éclairs sillonnaient le ciel noir,  elle invoqua ses oracles et pria pour que cet oiseau qui n’avait plus rien de paradisiaque retrouve sa beauté et son chant. Mais les dieux se montrèrent  intraitables et se moquèrent d'elle : « tu nous as nargué durant des siècles et demande de l'aide ah ah ah ! » Instantanément, les plumes se fanèrent davantage et il fût transformé en un monstre cousin du crocodile dont la mâchoire ouverte laissait entrevoir des dents qui ne pouvaient plus mordre, des yeux qui ne pouvaient plus voir.

Furieuse la sorcière se jeta dans les flots déchaînés avec l'oiseau.

Il faut demander beaucoup pour obtenir peu mais surtout ne pas demander l'impossible.

 

Dedou

                                                              

 

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Bien que perché, ce n’est pas le corbeau du moraliste La Fontaine, ce n’est même pas le renard, il n’a pas de fromage. Dommage, j’aime bien le fromage surtout s’il est à point. Que faire d’une tête de renard connectée comme on dit en informatique, cousue aurait-on dit autrefois, que faire donc d’une tête de renard sur un corps grassouillet d’oiseau à longue queue. Franchement c’est de la science-fiction, un clone raté par un savant cosinus amateur de nouveauté. Mais au fond, c’est bien, cet hybride peut glapir, triller, peut-être parler comme un perroquet. Je sais qu’il est bien dans sa peu, enfin dans ses plumes, il mange de la viande puisqu’il a une mâchoire de renard, il avale des graines ou crie « vive la journée de la femme » car il me semble qu’il est du sexe féminin. Il peut courir en sortant ses pattes cachées, voler en décollant ses plumes. Il ne se trompe jamais, la queue lui sert de gouvernail. C’est l’animal de compagnie que chacun rêve de posséder. Mais où le mettre ? Sur un perchoir ? Dans une cage ? Et si je le prends quand je pars en vacances, est-ce que je dois acheter deux billets puisqu’ils sont deux en un ? Et à l’hôtel, que vais-je devoir débourser, pourrais-je le prendre dans ma chambre ? Les gens sont méfiants devant la modernité, mais je le cacherai dans un panier en osier pour qu’il respire et scotcherai son museau pour qu’il se taise. Mais quand même, un renard ça va, un corbeau ça va, mais les deux, bonjour les dégâts. Et comme aurait dit Montaigne « science sans conscience n’est que ruine de l’âme »….mais cette créature a-t-elle une âme ? Un mystère, encore une énigme. Cosinus, je vous le dis, je vous l’ordonne : »à chaque découverte, une notice, et en français ».

Line

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             La vraie histoire de Chouchou

      Cet éléphant que vous voyez là, était en réalité le frère de Jumbo, sauf que lui avait eu moins de chance. Enfin, ça se discute. Car, s’il n’avait pas eu les honneurs de la maison Walt Disney, en revanche, il avait servi de modèle à Gainsbourg pour le célèbre album intitulé : « L’homme à la tête de chou », dont les gens de ma génération se souviennent encore avec beaucoup d’émotion et que les autres devraient retrouver sur U Tube. Mais là n’est pas le propos, c’est vrai ! Mille excuses Monsieur le Conte.

        Qu’était-il donc arrivé à cette pauvre bête ?

Et bien c’est simple : Après la mort tragique du pauvre Jumbo (d’une balla dans la tête, est-il besoin de le préciser…), la maman éléphant avait opéré un transfert affectif- éminemment salutaire quoique d’une affligeante banalité- sur le frère jumeau de ce dernier, éléphanteau tout ce qu’il y a de plus normal sur le plan oreilles et QI, mais d’une grande gentillesse et très attaché à sa petite maman (l’Œdipe n’était pas loin, vous l’avez deviné).  Celle-ci, par conséquent, avait baptisé cet enfant « Chouchou », sans aucune référence, d’ailleurs à « Un gars, une fille », il faut quand même que les choses soient dites.

     Et c’était du « Chouchou par ci, Chouchou par là, si bien que peu à peu, et ce n’est certainement pas Freud qui me contredira concernant l’indiscutable relation de cause à effet-  peu à peu donc, une magnifique collerette était apparue autour du cou du petit animal ; manière crinière de lion mais matière chou breton.

       Inutile de préciser que le dit animal, une fois adulte, ne trouva jamais à se marier, les femelles décidant qu’il avait mauvais genre. Il mena donc une vie plutôt solitaire, d’autant que ses camarades et congénères ne rataient pas une occasion de lui brouter des bouts de collerette, par jeu et par gourmandise, le chou vert étant à cette époque à peu près inconnu en Afrique.

   Une vie qui, par conséquent, aurait pu être triste, mais ne le fut pas. Grâce à l’heureuse nature de Chouchou, satisfait d’un rien, ainsi qu’à son penchant pour les bons mots (certes un peu faciles, convenons-en). Tant et si bien que sa devise, qui l’amusait fort, fut : « Chourira bien qui chourira le dernier ». Et il eut en effet quelque raison de s’en réjouir car, de mémoire d’éléphant, aucun d’eux ne vécut aussi longtemps que lui. La preuve, on peut encore le rencontrer dans une réserve du Kenya. Enfin, c’est ce qu’on dit.

    Lafontaine aurait certainement une morale à ce conte plus appropriée. Mais comme il n’est pas joignable en ce moment, il faudra simplement conclure par ces mots :

  « On est ce qu’on est, ça ne sert à rien de se prendre le chou. »

                 El Pé

                                                                    

 

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Maître Escargot, sur son chemin baveux, portait sur son dos une pomme. Une pomme d'api à la peau bien verte. De ses cornes allongées, Maître Escargot avait la fâcheuse habitude de la toucher, de la tâter par le dessus de sa tête, la sentant alors douce et parfumée, ferme et juteuse, mais déformée.

Bien sûr, il ne pouvait voir sa forme exacte, mais ressentait en chaque instant le regard insistant des êtres qu'il croisait, qu'il posait sur lui. Intimidé et honteux, ne sachant pas de quoi d’ailleurs, à ces moments là, il se recroquevillait dans sa pomme, oh nid si soyeux d'humidité et si protecteur.

Un jour, alors qu'il cherchait bombance dans les rougnes du jardin de son vieil ami Crapin le crapaud à la peau en croûte de pain cramé, il tomba nez à nez avec un jeune Musarainez effronté et effondré de rire à la vue de Maître Escargot.

Ce dernier, les vieux réflexes reprenant le dessus, se réfugia à son habitude dans sa pomme.

Notre jeune moqueur n'en rigola que de plus belle. Pourtant cette attitude de rapide fuite n'échappa pas à Musarainez, qui attendrit, attendit très patiemment que Maître Escargot repointe le bout de son nez.

Il lui dit alors : "Maître Escargot, je me moque de ta pomme, mais sais-tu seulement qu'elle se finit en forme de nez ?"

Étonné, Maître Escargot comprit enfin que lui qui n'en avait pas au milieu de la figure, avait un tarin sur sa pomme.

Paraissant tellement désespéré,  Musarainez lui raconta alors ses propres difficultés par rapport au sien et finit par conclure : "Il vaut mieux une pomme sur son dos, qu'un pif en tuyau poêle en guise de museau !".

Nanou

                                                               

 

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Coup de foudre aux Galapagos

Kiko le lézard évoluait dans les sables des Galapagos, assez satisfait de son sort, ma foi. Il était suffisamment petit pour ne pas se faire remarquer et n’avait donc rien à craindre de ses gros frères, les iguanes.

Il menait sa petite vie bien tranquille, le nez au sol, quand un jour, entendant un bruit d’ailes inconnu au-dessus de sa tête, il leva les yeux : une perruche d’une beauté à couper le souffle évoluait dans le ciel d’azur ; son bec courbé brillait dans le soleil et ses  ailes délicates étaient les plus belles que Kiko eut jamais vues. Elle s’éloignait, revenait, faisait des cercles au-dessus de lui comme si elle était incapable de quitter cet endroit. Kiko eut un vrai coup de foudre. Mais comment faire pour lui avouer sa passion, lui cloué à terre et elle évoluant avec grâce en l’air. Ils passèrent tout le jour à réfléchir, elle n’osant s’aventurer sur cette terre inconnue et hostile et lui incapable de trouver une solution acceptable.

Enfin, quand la nuit commença à assombrir le ciel, elle osa descendre pour faire connaissance avec celui qui avait déjà pris son cœur. Ce ne fut alors que caresses et embrassades et leurs corps, bien différents pourtant, trouvèrent immédiatement une entente parfaite. La nuit les enveloppa dans une brume merveilleuse. Au réveil, ils ne faisaient plus qu’un, mais vraiment plus qu’un : une sorte d’oiseau à tête de lézard ou une sorte de lézard pourvu d’ailes. Ils pouvaient ainsi rester tous les deux en ne faisant qu’un avec toutes les qualités et les pouvoirs des deux : courir et se dissimuler dans le sable et fuir tous les prédateurs terrestres en s’envolant. Ils ne craignaient plus rien ni personne.

Partout dans le monde, malgré l’étonnement suscité par son apparence, on s’habitua à rencontrer ce drôle d’animal qui fit des voyages merveilleux d’un bout à l’autre de la Terre, ce qui montre bien que « l’union fait la force » et que pour être heureux, il faut se nourrir de nos différences.

Gill

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mardi, 02 juillet 2013

Où vais-je en tapis volant ?

 

Je pars sur mon tapis volant. Où ? Pourquoi ? Vous avez 15 mn pour nous le dire.

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wikimédia  le tapis volant par Viktor Vasnetsov

 

 

     « Alors, tu me le fais à combien ? Cinq cent dirhams ? Hé ! Dis, ça ne va pas camarade !! Tu m’as vue arriver, hein ? »

 Toujours souriant, l’indigène dodeline de la tête et répète inlassablement : « Cinq cents, prix d’ami j’te jure… »

Prix d’ami, il en a de bonnes lui ! D’accord, il n’est pas mal ce vieux tapis, authentique persan à coup sûr, mais de quel siècle avant JC ? Il en a vraisemblablement vu de toutes les couleurs, le pauvre  mais il y a bien longtemps ! N’empêche qu’il me plait bien, tel qu’il est… Dernier essai : 

«- Allez, trois cent cinquante et on n’en parle plus.

-Non cinq cents. Pas cher pour un tapis magique, pas cher du tout. Tu verras, tu seras très contente ! »

Ce coup là, on ne me l’avait jamais fait ! Moitié par amusement, moitié de guerre lasse je cède et m’achemine vers la fin des vacances, mon tapis sous le bras. Deux jours passent…

      Et voilà, les vacances sont maintenant finies et je pénètre dans mon petit chez moi. Ouf, ça fait du bien malgré tout !

      Avant même  de défaire la valise, j’ouvre grand la fenêtre afin de laisser entrer la pollution et déroule mon tapis juste devant. Finalement, l’effet est assez réussi ; les fantômes de couleurs s’harmonisent plutôt bien avec mon canapé Ikea. «  Ah Tapis Tapis, comme nous allons passer de bonnes soirées d’hiver, tous les deux !! » Manière d’en avoir un avant goût, je m’assois dessus et aussitôt…

      Aussitôt, le tapis se soulève et s’envole par la fenêtre. Je m’accroche désespérément aux bords des deux mains et j’hurle de trouille. Comment dirige-t-on un engin pareil ? Surtout qu’il va bigrement vite l’animal ! Et haut ! Il fait un froid de canard à cette altitude ! Et dire que je n’ai pas eu le temps de prendre la moindre petite laine ! Je vais m’enrhumer, ça c’est sûr et donc éternuer, quelle horreur, l’engin risque alors de partir en vrille !!

      Pensons à autre chose, comme par exemple : « Où puis-je bien être ? » Je n’ose me pencher pour me rendre compte, je préfère regarder droit devant moi. Et droit devant moi une ligne d’un joli bleu profond apparait et se met à grandir à vue d’œil. La Méditerranée sans doute (mais sans certitude non plus !). Alors, dans un accès de démence je crie : 

«- Où m’emmènes-tu ô maître ?

-Surprise surprise » qu’il répond.

                        El Pé



Le paradis des animaux

Maman vient de me lire une histoire, comme tous les soirs avant de m’endormir, et quand elle éteint la lumière, ma tête est encore pleine de génies et de lampes merveilleuses, sortis des Contes des Mille et une Nuit. Et tout à coup, devant mes yeux émerveillés, un tapis volant entre par ma fenêtre, semblant m’inviter.

Sans réfléchir, je grimpe dessus, confiant, et nous voilà partis ! Après avoir survolé  villes, mers et montagnes, nous nous retrouvons  au dessus d’une verte campagne fleurie où serpente un pont semblant flotter dans l’air, tapissé de pétales multicolores. Comme s’il devançait mes désirs, Le tapis fait alors du rase-mottes jusqu’à l’extrémité du pont, ce qui me permet d’en descendre pour me retrouver dans une clairière où s’ébattent et jouent des groupes d’animaux familiers : chiens, chats, chevaux, hamsters et que sais-je encore. Ils jouent mais leurs regards se tournent bien souvent vers le pont, comme s’ils attendaient quelque chose. Et c’est là que j’aperçois Caramel, le labrador qui était là quand je suis né ; quand il est mort de vieillesse, cela ne fait pas si longtemps, j’avais 3 ans, je me souviens très bien de mon chagrin et de mes larmes. Il court vers moi, me faisant mille joies. Ainsi, c’est donc là que vont nos compagnons à quatre pattes, quand ils nous quittent, dans un lieu qui ressemble à un Paradis des animaux où ils jouent, heureux, en attendant qu’un tapis volant nous permette de leur rendre visite.

Après maintes cabrioles et quelques gros bisous sur le museau de Caramel, je me laisse ramener à la maison par le tapis, somnolent, puis je me réveille dans mon lit, heureux d’avoir vu mon grand ami. Ma main droite est fermée ; et savez-vous ce que j’y trouve en l’ouvrant ?

Une des moustaches noires de Caramel !

Gill



Mon tapis volant

Mon cousin Ali Baba a préparé mon voyage. Tout est possible avec lui. Un tapis volant m’attend au pied de mes rêves. Laine et soie entrelacés avec art favorisent mon installation douillette.

Je m’envole vers la destination convoitée par tous : le jardin d’Eden, là-haut, là-bas, vers l’horizon où se fondent les images.

Le chant des oiseaux m’accompagne, et la brise me donne un vertige de dopée au cannabis. Je vais peut-être en trouver au bout d’un chemin. Le jardin des délices près d’une chènevière en surabondance de produits divins !...

Je m’échappe des soucis ordinaires des malheureux terriens, d’un environnement agressif, d’une foule hostile, d’animaux menaçants, de paysages antipathiques.

Je m’étire voluptueusement, espérant voir surgir un prince charmant. Et je tombe lourdement de mon hamac.

Il est permis de rêver, non ?

             Mouty



Je me trouve sur la planète des Sorcières , entourée de toute une famille Sorcière régenté par la Sorcière mère, je suis là pour un stage d'initiation , et aujourd'hui , c'est l'initiation de l'envol à cheval sur un manche à balai mais , !!!!!!, porté par un tapis volant ;
je me dis que je rêve  mais je me rends vite compte que c'est bien réel  quand la vieille sorcière s'approche de moi , ses yeux perçants me traversant de part en part , elle rentre à travers mon corps , elle est en moi , sensation terrible , je me vois la suivre sans résistance aucune , c'est elle , c'est moi , je ne sais plus , je me retrouve à cheval sur un balai serrant le manche dans mes mains , titubant, au-dessus du fameux tapis volant ,essayant de garder l'équilibre ; que va-t-on faire . Munie d'un sac de fioles quelle serre sur sa poitrine, la vieille sorcière démoniaque  semble possédée, faisant entendre un ricanement sinistre , hè , hè , hè , je vais te l'envoyer chez mon ami le diable ce sordide individu , il va se retrouver seul face à un autre individu  qui va le manipuler d'une façon telle  qu'il n'y verra que du feu , hè, hè, hè, !!!!, ça tombe très bien car en enfer le feu brûle jour et nuit , allez, en route .Essayant de rester droite , les mains agrippées sur mon manche , les pieds comme soudés  sur le tapis volant, nous prenons de la hauteur , une frousse terrible me saisit , me serrant la poitrine , toute ma volonté dictée par la vielle sorcière je n'ai qu'une seule envie , partir , fuir , mais ça m'est tout à fait impossible, le tapis vole à une vitesse vertigineuse dirigé lui aussi par cette vieille maîtresse , je suis un zombie , je vole , frappée au visage par la force de l'air qui entraîne le tapis volant dans le ciel . Soudain , une secousse violente me projette contre le manche en bois , je me rends à l'évidence , nous atterrissons sur un sol dur , le tapis volant se pause sur un plateau entouré de rochers ; au centre , je vois une ouverture disparaissant sous terre , bien sur, c'est là que  tous les sorts sont fabriqués, les bons et les mauvais , et je viens là , pour apprendre moi ? !!!!!! Tous ces secrets de sorcellerie ? J'essaie de sauter de mon tapis, comme je vois faire la très alerte mère sorcière,  et ouvrant les yeux , je me retrouve recroquevillée sur la descente de mon lit , recouvrant le sol carrelé, protégeant mes pieds du froid , mon dieu !!!!!!, je ne connaîtrai sûrement jamais les secrets de la sorcellerie , mais  quel soulagement de me retrouver dans ma chambre ; adieu planète maléfique !!!!!!!, bienvenue à toi début de journée ensoleillée.

Rina

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wikimédia  le tapis volant par Viktor Vasnetsov

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mercredi, 21 mars 2012

Devant ma tombe

 

 

Imaginez-vous devant votre propre tombe au cimetière. Vous lisez votre épitaphe.

                                 Rédigez-la. Exprimez vos sentiments.

cc by-sa  

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                     Tombe  de Chateaubriand sur le grand Bé à Saint Malo   Rémi Jouan

Wikipédia

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épitaphe pochard mouty.gif123 Gifs 

 

 

 

EPITAPHE

Gloup ! J’en reviens pas ! Après en avoir bavé de cheminer sous une pluie battante - que d’eau ! Que d’eau ! - en faisant crisser les graviers sous mes semelles usées, je tombe en arrêt, c’est le cas de le dire, sur une tombe grise en béton, moussue, discrète, secrète. Une sorte de tombe fantôme : c’est MA tombe ! Les bras m’en tombent ! C’est bien mon nom qui figure sur la plaque rouillée : Arthur BOISSANSOIF - 19 Mars 1972 / 19 Mars 2012. C’est aujourd’hui justement…

Je suis sidéré, démantibulé. Un chagrin incommensurable m’envahit. Il déborde, comme la fontaine désuète plantée au cœur du cimetière. Les larmes de pluie mêlées aux miennes obstruent mon regard. D’un revers de manche j’essuie le trop-plein. J’ai du mal à déchiffrer l’épitaphe écrite d’une main malhabile :

Ci-git le plus heureux des soudards

Celui pour qui la vie oublia la tendresse

Et qui trouva un verre par un heureux hasard,

Le remplit, le vida, recommença jusqu’à l’ivresse.

Souvenez-vous toujours de ce pilier de bar

Qui attendait dimanche pour boire le vin de messe.

Il venait du néant, et allait nulle part,

Ignorant les baisers, ignorant les caresses.

Il voyageait à pied, et quelquefois en car,

Désabusé surtout par des tas de promesses,

Usé et bousillé par de nombreux nectars

Jusqu’à la fin. C’est là que le bât blesse.

Je trouvais dans cette épitaphe ce qui me résumait le mieux. A quoi bon en rajouter ?

Adieu mon pauvre Arthur !

 

                            Mouty

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freepik

 

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« Ici gît celui qui a rempli sa vie avec du vide. »

Eh oui ! J’étais funambule et j’ai marché au-dessus des canyons et des avenues de New York d’un gratte-ciel à l’autre. Cela m’a permis de voyager dans le monde entier à la recherche des sites les plus célèbres, les gorges les plus dangereuses, de traverser au-dessus des cascades bouillonnantes, écumantes depuis les chutes du Niagara jusqu’au Zambèze.

En effet j’avais besoin de remplir ma vie avec du vide et plus le vide était vide, profond, plus je me réalisais. La poussée d’adrénaline devenait de plus en plus nécessaire et indispensable à ma vie comme un drogué à besoin d’augmenter sa dose de plus en plus souvent.

Mais qu’ai-je fait d’autre ? Rien ! Je n’ai pas eu d’épouse, de famille car qui aurait voulu d’un fou qui met sa vie en danger chaque jour ? Qui aurait accepté d’avoir des enfants d’un père toujours absent, toujours en quête de plus d’aventures périlleuses et qui risque de ne pas revenir vivant ?

 Je n’ai rien construit. J’ai été d’un égoïsme sans borne et ma vie a été un vide sidéral !

Juste des rencontres occasionnelles avec des admiratrices qui parfois, auraient bien voulu me retenir ; mais même dans leurs bras, je pensais à mon prochain défi et je m’enfuyais en courant, lâchement, sous le prétexte de ce qui m’attendait. En fait, j’ai fait tout ça pour fuir la vraie vie, fuir la réalité du quotidien avant qu’elle ne m’enchaîne. Surtout pas de routine, de soucis ou de plaisirs communs à tous !!

J’étais égoïste et aussi d’un orgueil démesuré : « Moi, je ne suis pas comme les autres, je suis au-dessus du lot, c’est le cas de le dire d’ailleurs ! »

Bon maintenant il est un peu tard pour prendre conscience de tout ça. J’aurais dû faire une psychanalyse mais il était inconcevable que je reste au même endroit, à me regarder le nombril pendant des mois et des années !

Et voilà le résultat : la vie a passé quand même et je suis « celui qui a rempli sa vie de vide. »

                       Mimi

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 Après avoir succombé à un guet-apens tendu par ceux que je gênais, me voilà devant ce qui sera désormais chez moi : une tombe toute simple, avec cette seule inscription

                                            Ici est un homme

                                             Epris de justice

                    Qui a pris aux riches pour donner aux pauvres

                             Qui a combattu au côté des opprimés

                         En utilisant toutes les méthodes à sa portée

                                  Peut-être en a-t-il blessé certains

                                     Mais la fin justifie les moyens

Oui, c’est bien moi. Je crois que j’étais prédestiné à la vie que j’ai eue. Je suis né en détestant l’injustice et tout petit, je me demandai déjà pourquoi certains avaient faim, tandis que d’autres jetaient les restes, tellement ils étaient repus. Je me demandais pourquoi certains avaient froid alors que d’autres s’emmitouflaient dans de douces et chaudes fourrures. Je me demandais pourquoi certains, se croyant supérieurs, en opprimaient d’autres.

Bien sûr, j’ai vécu à une certaine époque mais je crois que  j’aurais  pu vivre avant ou après. Je suis intemporel. Maintenant que je suis mort,  je n’ai nulle honte de ce que j’ai fait. Je n’ai pas toujours bien agi mais j’ai agi pour le bien, pour le bien de ceux qui souffrent. Ceux qui m’aiment m’ont toujours fait confiance et sont fiers de moi. Ceux qui me traquaient, les cupides, les puissants, les tyrans, ont eu raison de moi,  mais j’ai semé des graines d’idées de justice un peu partout ; elles germeront et d’autres, dans les siècles à venir auront certainement la même épitaphe que moi sur leur tombe. Nous aurons tous tenté de faire un monde plus juste.

                   Gill

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On approche de Novembre. J'aime flâner dans le vieux cimetière si beau avec ses milliers de tombes fleuries ; j'en admire une particulièrement, bien  entretenue, j'imagine que c'est moi qui suis là, vie de travail, de don de soi,  de souffrance, de joie, de quelques moments de bonheur, vie passée à la vitesse de l’éclair, 

 

2O ans, 40 ans,  60 ans et plus, on continue le chemin il faut bien le finir ce chemin, et à présent me voilà sous ces fleurs ; où est passée mon âme ?  Mais c'est le diable que je vois, il tournoie, essaie de me séduire avec des propositions mirobolantes : en enfer tu ne manqueras pas de chaleur viens faire un tour tu retrouveras des amis, vois comme on est gai ici, on chante, on rit, laisse moi te guider. Mais je refuse toute ces offres. Voilà Dieu à présent avec  ses promesses de Paradis, le ciel la paix le jardin d'éden, ses fruits ne sont plus défendus, tu peux en croquer à volonté, l'air léger la sérénité, tu seras gâtée, on saura t'apprécier et t’aimer, suis  moi, tu as fais un bon parcours sur terre, tu mérites le ciel. Ma parole c'est pire que sur terre ici, c'est à celui qui aura le plus de tour dans son sac pour attirer le client, mais j'hésite, je ne suis pas sure d'être prête, je crois que je n'ai pas terminé ma vie sur la planète terre, je veux encore voir le jour se lever le soleil la réchauffer de ses chauds rayons, la pluie faire pousser les plantes et les fleurs, je veux voir mon petit fils grandir. La panique me prends, laissez-moi partir, il me semble que j'ai crié, j’ouvre les yeux, je suis vivante, je vois des gens derrière moi me regarder d'un drôle d'air, ils  doivent penser que je suis un peu dérangée, heureusement ce n'est qu'un rêve imaginaire. Ouf, il y aura bien des levers de jour et des couchers de soleil qui vont se succéder avant que je ne sois sous une tombe, même bien entretenue. 

 

                                   Rina      

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Photo : cc by-nc-nd - Bruno Monginoux - www.Photo-Paysage.com

      Passants, méditez ceci :

       J’ai été ce que vous êtes

        Vous serez ce que je suis.

Quoi !! Qui a osé ? Détourner ainsi Ronsard, lui, l’amoureux de la vie et de la jeunesse ! Graver ses vers –dentelle sur une sinistre plaque de marbre mortuaire ! Quel sacrilège ! Pire, quel mauvais goût ! Je vais agripper l’objet et le jeter dans la première poubelle venue…Hélas, mes mains le traversent, impuissantes…

       Parce qu’il faut que je vous dise : je suis morte. Depuis ? Oh, est-ce-que je sais, moi ? On ne mesure pas le temps, dans l’Eternité. Mais ça ne doit pas faire bien longtemps, il reste encore quelques fleurs pas trop fanées sur ma tombe.

     Comment ça s’est passé ? Attendez que je me rappelle. C’est fou ce qu’on oublie vite l’Avant lorsqu’on a rejoint l’Après ! Ah oui, ça me revient : Le crépuscule. La pluie. Le passage clouté. La grosse voiture noire qui me fonce dessus. Un bruit infernal de freins et de tôle et puis… plus rien.

       Réveil dans un espace éblouissant de clarté qui ressemble à un hall de gare. Des queues interminables devant des guichets tout au fond. Des flics bizarres déguisés en anges et portant des brassards rouges de police…jusqu’à ce que je réalise qu’il ne s’agit pas d’un déguisement. La situation s’éclaire et même pas peur. Je demande doucement au Pakistanais à turban qui me précède : « Vous êtes mort vous aussi ? », il hausse les épaules.

 « Evidemment ! ». Il a l’air contrarié. Je parie qu’il imaginait le Passage autrement. Moi aussi. Enfin, j’arrive devant le guichet. Derrière, encore un ange. Il tape mes coordonnées sur son ordi et m’assène : « CP, à droite. »

Je me retrouve dans une sorte de grande cour pavée avec une foultitude de gens. Dont certains (et oui) de ma connaissance. Je m’approche de l’un d’eux, disparu depuis au moins cinq ans, temps terrestre. Il n’a pas l’air surpris de me voir. Tant mieux. Je m’exclame alors : « Tiens comme on se retrouve ! Mais dis-donc, ça fait un bail, toi, que t’es m…

-Mort ? Allez, n’aie pas peur des mots. D’ailleurs, il vaut mieux t’habituer à celui-ci parce que tu sais, tel que c’est parti, ce n’est pas près de finir.

-Je m’en doute. Mais on est où, là ?

-Au CP. Cour Purgatoire si tu préfères…

-Ah bon ? Et qu’est-ce-qu’on y fait ?

-Rien. Et c’est ça le pire. On s’em…nnuie que c’est rien de le dire. La Punition, tu vois. Jusqu’au test.

-Le test ?

-Ouais. Ils te renvoient un bref instant sur Terre, et là, te font subir l’épreuve.

-Oh Mama mia ! De quoi s’agit-il, tu es au courant ?

-C’est la surprise. Si tu réussis, tu entres au Paradis, sinon, tu retournes au CP. Ah excuse-moi, mais j’entends crier mon nom. Chouette, je vais descendre, souhaite-moi bonne chance ! »

        Ce que je fais en tâchant d’éluder la question, fort peu charitable, de savoir si c’était ou non sa première descente Ici-bas, puis me prépare à m’enquiquiner ferme pendant …Un siècle ? Deux ? Mille ? Mais miracle, mon nom retentit soudain. Je m’avance au hasard, sens un souffle chaud passer sur moi…et me retrouve au cimetière de Béziers, devant mon épitaphe, ce qui a le don de me mettre en boule illico presto. Ah les parents et amis, parlons-en !! D’autant que, tel que c’est rédigé, on dirait vraiment que ça vient de moi, une dernière volonté quoi ! Jamais de la vie ! Moi j’aurais dit…j’aurais dit…Et soudain curieusement je me mets à sourire, toute colère, frustration ou vanité évanouie. Allons, tout va bien, si c’est ainsi qu’ils me voyaient, les parents et amis… il faut l’accepter. Finalement,  ils ont cru me faire plaisir, les pauvres !

        Aussitôt, portée par une note de musique (un fa dièse en fait) je m’envole et n’en crois pas mes yeux ! Je suis au Paradis ! Si vous saviez comme c’est…Mais désolée, je n’ai pas le droit d’en parler. Vous aurez la surprise. A toute.

              El Pé

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dimanche, 22 janvier 2012

Derrière la PORTE

consigne:

Vous êtes chez vous, « soudain, quelqu’un  frappe à la porte » : écrivez la suite (20-25mn).

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 toutimages.com 

 

 

L’inconnu

La nuit est tombée rapidement, plombant d’un coup la vue, l’ouïe, et l’envie de travailler. Le balancier lancinant de la comtoise qui affiche dix heures tient une compagnie monotone. Pelotonnée dans un plaid, au fond de mon fauteuil, je feuillète un ouvrage sur les impressionnistes, m’attardant sur des tableaux maintes fois admirés. Mon chien s’est endormi sur son coussin, tandis que mon chat somnole à demi, clignant des yeux, sur la chaise basse devant la cheminée.
Soudain, quelqu’un frappe à la porte. Comme un coup de semonce dans ma quiétude. Chat hérissé. Aboiements du chien inextinguibles. Je ne bouge pas. Je suis paralysée.

On refrappe. Je ne bouge toujours pas, terrorisée.
On refrappe encore. Je me hasarde à demander : « qui est là ? ». Pas de réponse.
Je répète d’une voix affirmée : « qui est là ? ». Toujours pas de réponse.
Je me tire avec peine de mon confort et avance vers l’entrée. Mais je n’ouvre pas. Je suis seule, et mon sang est glacé. Je ne me hasarde pas à ouvrir une fenêtre ni les volets du rez-de-chaussée trop facilement accessible.
Les coups redoublent, marquant l’impatience. Je grimpe péniblement au grenier par l’échelle de meunier et passe ma tête par le fenestrou. Je ne vois rien. La lampe extérieure ne fonctionne pas. Je clame : « QUI EST LA ? » pendant que mon chien se déferre derrière la porte chargée de mystère ou peut-être de danger. Rien. Le silence. Une voiture démarre dans la rue.


La lourdeur du silence accompagnera ma nuit. Je n’entendrai même plus le rythme de la comtoise. Après avoir virevolté bruyamment dans la pièce, mon chien finira par se calmer, tandis que mon chat retrouvera son état de veille prêt de l’âtre.
Cet incident me rendra insomniaque pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, sans pourtant avoir eu d’issue heureuse ou malheureuse.

Mouty

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Je vis dans une très ancienne maison en pierre, dans une cité médiévale bien conservée et restaurée, dans le sud de la France, en pays cathare. Ma maison est adossée aux remparts et parfois j’imagine tous les êtres qui ont vécu là au fil du temps : au Moyen-âge  puis à la Renaissance, sous les rois wisigoths d’abord puis sous les rois de France après la défaite et la perte de l’âge d’or occitan.
Tant de vies éteintes aujourd’hui qui ont bâti ces villages, ces forteresses ; qui ont aimé, souffert….


Or, un soir, alors que je songe à mes prédécesseurs, on frappe à ma porte. Je vais ouvrir et je reçois le passé en pleine figure. J’ai devant moi un couple et une enfant tels qu’on les voit sur les enluminures médiévales ou sur le plafond peint du château de Capestang. Ils me demandent asile en occitan et heureusement que c’est ma langue maternelle. Je les fais entrer car ils ne semblent pas très dangereux mais plutôt en péril eux-mêmes. Ile regardent autour d’eux et sont très étonnés de ce qu’ils voient et surtout de la lumière si vive qu’elle les éblouit d’abord .Ils sont très gênés et apeurés par tout cet inconnu, si extravagant pour eux. La fillette se blottit dans les jupes de sa mère sans lâcher la main de son père, cherchant la sécurité. Et ils se mettent à me raconter dans un patois que j’ai du mal à comprendre à cause de l’accent ancien, qu’ils fuient les hordes de Simon de Montfort car ils sont cathares, bonshommes et doivent assurer la pérennité de leur foi en survivant à l’hécatombe.
Je leur propose de se restaurer et de coucher l’enfant et ils me raconteront leur histoire.


Mais ce n’est pas possible ! Que font ces ancêtres chez moi, en plein XXI° siècle ? Que vais-je faire d’eux ? Comment faire coïncider ces deux mondes si différents ? Il va falloir que je regarde le film « Les visiteurs » ! Mais je vais enfin résoudre plusieurs énigmes en les questionnant. Est-ce bien Simon de Montfort qui a brûlé le château de Puisserguier, qui a traversé notre Biterrois en semant la désolation sur son passage ? A-t-il dit « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ?» Je tiens à portée de voix la vérité historique ! Soudain, mon chat saute sur mes genoux, je me réveille, je suis seule dans mon fauteuil.

Mimi

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« Soudain, quelqu’un frappe à la porte ». C’est par ces mots que commence le cahier que nous avons trouvé, ma sœur et moi, dans une malle inexplorée jusqu’ici, du grenier de bonne maman. Reconnaissant sur la couverture le nom de notre arrière grand-père, Jean-Marie L’……, nous continuons fébrilement notre lecture, impatients de connaître une nouvelle histoire sur nos ancêtres.


Ainsi se poursuit le récit : « Je me demande qui est ce visiteur si matinal alors que le soleil se lève à peine, et en maugréant, fatigué de mes frasques de la veille, je me lève en traînant les pieds et ouvre la porte. Surprise ! Ce n’est pas un mais deux visiteurs qui se tiennent dans l’embrasure. Tous deux sont jeunes et d’une éclatante beauté. L’un, habillé de blanc, les yeux clairs, les cheveux blonds et la barbe soyeuse a, tout autour de lui,  une sorte d’ auréole brillante et argentée. L’autre, à la beauté plus insolente,  tout de rouge vêtu, a un regard perçant, des cheveux de jais et de petites flammèches rougeoyantes sautillent autour de lui. Je me frotte les yeux, ne comprenant rien à ce que je vois, et tandis que je me souviens vaguement d’images de ciel et d’enfer datant du temps où je fréquentais le catéchisme, l’apparition immaculée me dit : « Comptes-tu continuer à mener cette vie de débauché, ne pas travailler et voler pour te nourrir ? Ou as-tu l’intention de t’assagir et de mener une vie d’honnête homme ? Car un jour, je te le dis, tu seras jugé par le seigneur. Si tu veux gagner le Paradis, je t’engage à changer de voie » Avant même que je ne puisse répondre, l’apparition flamboyante, sourire aux lèvres, prend la parole : « n’écoute donc pas cette voix trompeuse, continue ta vie de loisirs, vautre-toi dans la facilité et je te promets pour l’avenir une chaleur dont tu seras entouré pour l’éternité. » Joignant le geste  à la parole, levant le bras tendu,  il s’avance vers moi, précédé de flammèches agressives ; me poussant vers l’arrière, il me force à reculer jusqu’à mon lit, à m’allonger, pointe un doigt écarlate vers ma joue, me touche, et Aïe !, me brûle.  Une lumière vive m’éblouit et stoppe le cri que j’allais pousser. Ouvrant un œil, je m’aperçois que le soleil levant chauffe ma joue et éclaire mon visage à travers la petite fenêtre ; terrorisé par ma vision, en sueur, je promène mon regard autour de la pièce ; point de visiteurs, tout est calme et paisible. J’ai rêvé, oui, j’ai rêvé mais ce rêve ne va plus me quitter. Il me faut prendre conscience de la mauvaise pente sur laquelle je glisse et m’entraîner à abandonner mes mauvais penchants. Je vais devenir honnête pour que mes descendants soient fiers de moi. »


Sabrina et moi n’en revenons pas. Ainsi, ce riche marchand de tissus que nous avons pour ancêtre est un voleur repenti ! Quelle aventure excitante ! Et bien, il sera encore plus cher à notre cœur………………….A moins que ce lointain grand-père de notre mère soit tout simplement un bon conteur désirant laisser à la postérité quelques histoires à faire courir l’imagination de ses petits, petits, petits enfants!


Gill    

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       C’était la veille du Jour de l’An, vous pensez si je m’en souviens ! Mais commençons par le commencement.


       Yves Le Guerrec, tel est mon nom, quarante-trois ans et gardien de phare depuis toujours. Sur une petite île située à deux encablures d’Ouessant. Ne cherchez pas sur une carte, vous ne la trouverez pas ; c’est juste un gros, très gros rocher que les grandes marées recouvrent deux fois l’an. Ce qui était le cas ce soir-là, bien qu’il ne s’agissait pas à proprement parler d’une grande marée mais d’une tempête carabinée comme on en voit peu dans une vie de marin. Bref, bien à l’abri et au chaud dans la pièce occupant l’avant dernier étage du phare, une bonne bouteille de rhum près de moi, j’attendais la nouvelle année en même temps que la relève qui arriverait dans la matinée…avec un peu de chance.


  Je méditais,  tout en écoutant la radio afin de me présenter mes meilleurs vœux à minuit pile quand soudain…
    J’entendis frapper à la porte du phare, tout en bas. Cinq coups, comme ceux du destin du cher Ludwig Van. Stupéfait, mon premier mouvement, au bout de quelques longues secondes fut d’éteindre la radio, et le deuxième de me vriller l’index gauche sur la tempe (gauche) en m’écriant : « Mon pauv’ gars, tu d’viens marteau !! Si tu supportes plus la solitude, va falloir songer à te recycler, mec ! » Je me mettais à rigoler lorsque les quatre coups ont retenti à nouveau : « Pom PomPomPom ». Pas de doute cette fois, on frappait bel et bien à la porte. Qui ? Un naufragé certainement ! What else ? Je dévalai quatre à quatre les escaliers en colimaçon, et parvenu en bas, j’ouvris grand la porte du phare. A part une énorme vague qui me transforma illico en éponge, je ne vis rien. Tout d’abord. Parce qu’ensuite, en baissant les yeux…
     La belle était nue et se tenait là, flottant gracieusement sur le seuil. Sa peau d’une blancheur de porcelaine, ses longs cheveux blond très pâle illuminaient la nuit. Un visage, un corps de rêve, de la tête à la queue ! Dieu qu’elle était belle, ma sirène ! Qui me souriait, malicieusement et tendrement à la fois. Je ne cherchai pas à comprendre et tombai sur le champ éperdument amoureux.
La saisissant dans mes bras, je grimpai les escaliers plus vite encore que je ne les avais descendus jusqu’à la pièce à vivre, au sommet (heureusement que j’avais fait le ménage le matin en prévision de la relève !), déposai délicatement mon trésor sur le lit et embrassai doucement ses lèvres d’un rose affolant.
    Il y eut alors comme une sorte de sifflement accompagné d’une étrange fumée verte…et je pus aussitôt constater que ma sirène venait de troquer sa queue contre la plus ravissante paire de gambettes qu’on puisse imaginer. Devant mon air ahuri, elle éclata de rire et j’entendis pour la toute première fois le son de sa voix : « Hé oui tu vois mon chéri, l’histoire de le Petite Sirène est basée sur un fait bien réel ! Nous pouvons  nous métamorphoser en femmes grâce à l’amour d’un homme (elle eut alors un sourire appuyé) en vraies femmes, tu sais… Mais le soleil ne doit jamais au grand jamais nous surprendre sous cette forme, sinon !!! Qu’importe, nous avons le temps, n’est-ce-pas mon amour ? »
     Nous nous sommes aimés, passionnément, à la folie, des heures durant. Confiants en la durée des nuits d’hiver nous avons ensuite décidé, d’un commun accord, de nous octroyer un peu de repos dans les bras l’un de l’autre, afin de prolonger ces merveilleux instants…


     C’est un rayon de soleil traversant la lucarne qui m’a réveillé. La tempête avait cessé, laissant les vagues à leur musique habituelle. Un temps radieux et près de moi, sur l’oreiller, une tache d’écume grisâtre, parfumée au varech. Je n’osais  comprendre mais sanglotais déjà. Cherchant désespérément mon aimée dans la pièce, mes yeux se posèrent par hasard sur la bouteille de rhum. Vide. Aucun rapport bien sûr.
         Et l’on frappait à la porte, en bas. La relève venait d’arriver.


       El Pé

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