Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

samedi, 15 juin 2013

La lettre qui change tout

 

Trouver des mots qui,  en changeant une lettre, donne un nouveau mot

 Choisir un couple de mots  pour soi,  donner deux couples de mots à sa voisine

 En 25 minutes, écrire un texte sur un thème tiré au sort, en y incluant les six mots retenus

-------------------------------------------------------------------

 

inondations,paysan,biens,mal,acquis,village,cirque,panthère

freepik



INONDATIONS


La mer s’était colorée d’ocre apporté par les eaux boueuses des petits fleuves côtiers qui érodaient leurs rives et débordaient sur les terres argileuses ou ferrugineuses.

J’avais dû arrêter ma voiture devant un mur de sacs de sable empilés au travers de la route pour endiguer les flots. Je descendis de ma Deudeuche dont le plancher laissait déjà passer des jets de flotte à l’aspect inquiétant. Sur un tertre voisin, un âne en train de braire me fendit le cœur. Je ne pouvais rien pour lui. Après tout, il pouvait monter le versant situé derrière son are de terrain au lieu de rester planté sous son arbre.

Un paysan, juché sur son tracteur, fut le bienvenu. Les roues de son engin ne craignaient pas les cinquante centimètres d’eau recouvrant cette route souvent inondable. Il avait l’habitude. Cela arrivait pratiquement tous les ans depuis quelques décennies. Il eut tôt fait d’arrimer ma voiture à son tracteur bien que ce fut tout un art : ma Deudeuche avait l’esprit d’indépendance et ses pare-chocs n’avaient plus la solidité d’implantation d’une prime jeunesse. Il parvint néanmoins, malgré force soubresauts, à la tirer vingt mètres en arrière, pratiquement au sec.

Après les remerciements et civilités d’usage, je remontai dans mon carrosse qui redémarra derechef. Quelle fidèle compagne ! Bonne pour le musée me direz-vous ? Que nenni ! Nous avons encore quelques années devant nous, elle et moi, pour en faire usage et peut-être vivre encore quelques aventures…

 Mouty

_____________________________________________

 

inondations,paysan,biens,mal,acquis,village,cirque,panthère                                         wikimédia  Par Évrard Bapst, Frédéric Bapst


Biens mal acquis...

Le train avait du retard en arrivant à Paris, et pourtant j’étais parti au chant du coq pour être sûr de ne pas le rater. Le trajet en bus s’était passé sans problème, arrivée à la gare pile à l’heure, et voilà qu’à cause d’un abruti qui avait décidé de terminer là son passage sur terre, sous les roues de MON train, je me retrouvais avec six heures de retard sur l’horaire prévu. Mon manque de chance me laissait coi et je commençais à rire jaune. Qu’est-ce que j’allais faire ? Il n’était plus question de prendre le RER pour aller à Roissy puisque mon avion était tout juste raté et mon rendez-vous avec sa majesté Bogada III, riche Empereur du petit état bien connu d’Afrique Centrale,  bien compromis. Je n’allais pas pouvoir lui fournir le diadème d’émeraudes et de diamants destiné à son épouse préférée, la plus jolie et la plus jeune de ses 32 femmes.

Qu’est-ce que j’allais devenir ? J’aurais beau lui dire, avec une profonde révérence et de la manière la plus obséquieuse qui soit : « Sire, je suis vraiment désolé de ce malheureux contretemps », il ne voudrait rien entendre et me ferait jeter à bas de son Palais, dans ces horribles prisons où l’on meurt de faim et de soif dans le meilleur des cas, ou pire, dans un raffinement de cruauté dont l’idée me faisait déjà dresser les cheveux sur la tête de frayeur.

Et bien, m’étais-je dit alors, puisqu’inexorablement je me dirige vers ce triste destin, je veux profiter de mes derniers jours de liberté et de vie. Aussitôt pensé, aussitôt fait ! J’allai vendre le diadème et avec tout cet argent, je fis une fête énorme, visitant tous les lieux de plaisir de la capitale : Maxim’s, la Tour d’Argent, le casino de Paris, Pigalle et ses petites femmes, jusqu’à avoir tout dépensé dans des achats aussi onéreux qu’inutiles dans mon état : montre en or, Lamborghini, appartement aux Champs Elysées….etc.

En fin de compte, ruiné mais environné d’une sereine inconscience,  j’étais prêt à prendre l’avion, le lendemain, pour aller affronter mon destin, quand la radio annonça à mes oreilles stupéfaites : « de notre correspondant en Afrique : il ya une heure, l’empereur Bogada III a été renversé par un coup d’état ; Sa tête est exposé au bout d’une pique devant le Palais. »

Alors, avec un ouf de soulagement, je me préparai à jouir béatement et sans états d’âme, de mes biens si malhonnêtement acquis !

Gill

_____________________________________________

 

inondations,paysan,biens,mal,acquis,village,cirque,panthère

freepik


Petit village de campagne tranquille avec ses quelques cinq cent âmes paisibles où nous voulions passer un week end de découverte , laissant l'autoroute si monotone , nous prenons un petit chemin bordé de chênes centenaires magnifiques , et le voilà au loin qui apparait, le village, niché dans la verdure , montrant ses toits de tuiles rouges et  ses balcons fleuris ;  on commence à entrevoir sa petite place où l'on entend le glouglou rafraîchissant , mais une surprise de taille nous fais ralentir ,  « regarde , la route est carrément barrée » dis-je à mon mari ,on ne peut accéder au centre du village ,zut ; voyant un groupe de riverains sur le côté discutant avec animation , je descend me renseigner ; ils m'apprennent qu'un cirque installé dans un champ face à nous , pour donner une représentation le soir même, a laissé échapper une de ses deux panthères ; le village est bouclé jusqu' à ce que celle ci soit retrouvée .

« -Mais c'est une farce,  ce n'est pas possible » réponds-je, tournant la tête vers mon mari arrivant à son tour ,  comment est-ce arrivé ? 

- et bien la cage était paraît-il  mal  crocheté ; la panthère était très agitée, elle tournait en rond en grognant, furieuse , ces animaux sont tout en muscles, ils ont une telle force  , la cage s'est retournée et ouverte et la panthère s'est sauvée ; c'est comme ça que c'est arrivé ; elle est surement terrorisée , mais pas autant que nous le sommes .

- bon vous allez la retrouver , avec la chaleur de ce mois de Mai  , elle va avoir soif et s'approchera du bord en  bois de la fontaine pour se désaltérer non ?

-sûrement répond un homme s'avançant vers nous et se présentant comme étant le Maire du village

-que faisons-nous alors

- mais vous devez malheureusement faire demi tour , hélas , dit-il

-nous ne pouvons même pas visiter alors, dit mon mari dépité , ni boire un coup au petit bistrot

- ma foi c'est à vos risques et périls, répond ,commençant à s'impatienter le Maire

- regarde soiffard, fais comme la dame là, elle boit  à la fontaine ; l'eau est si fraîche ça étanchera ta soif et après demi tour , écoutons Monsieur le Maire , je ne suis pas tranquille moi  »

Je n'avais pas terminé ces mots que je me sentis soudain nerveuse , levant la tête je vis deux grands yeux dorés fixés sur moi , bloquant net mes paroles et comme paralysée par ce regard qui accrochait le mien , je restais statufiée , toutes les têtes se tournèrent vers le point que je fixais , il me sembla entendre des voix qui chuchotaient, mon dieu ; la Panthère !!!!!! puis un silence de mort s'établit , plus rien, seul le glouglou de la fontaine parvenait à mes oreilles tel un  grondement de torrent , je vis le Maire se pencher, saisir un gros morceau de bois , mais avant qu'il ne se relève, la belle avait, d'un bond , disparu derrière un épais taillis ; ce fut comme un signal , toutes les poitrines se soulevèrent dans un grand soupir de soulagement ouf!!!! , puis chacun se dispersa en allant s'abriter chez soi , et nous , sans demander notre reste , nous grimpâmes à toute vitesse dans le véhicule, fîmes demi tour dans un crissement de pneus et , adieu mon beau week-end , ce sera une autre fois , peut-être !!!!!!!!!.

Rina

_________________________________________________________

 

lundi, 14 mai 2012

J'ai croisé un regard

 

 

Ouvrir un livre au hasard et noter la première lettre en haut de la page de gauche. Recommencer l’opération afin d’obtenir 7 lettres. Trouver un mot avec ces lettres (possibilité de changer 2 lettres)

 

                               en 20-25mn, écrire un texte contenant les mots trouvés:

                             muscle, bile, doigts, lampes

   sur le thème suivant : « vous croisez un regard inconnu qui vous parle. Racontez »

---------------------------------------------------------------------------------------------------

chien,petite,fille,mémé,malice,ride,lion,cirque

Photo  libre

 

 UN REGARD

 

 Je croise les doigts. Toutes les lampes de la ville viennent de s’éteindre. Je commence à me faire de la bile. Mon chien, sur le qui-vive, tend ses muscles. Une attente insupportable a succédé à un bien-être douillet et rassurant. L’écran noir de mon téléviseur reste muet. L’instant d’avant, j’avais croisé, au travers de cette fenêtre ouverte sur le monde, le regard d’une petite fille brune, belle comme une fleur. Un regard qui vous parle, dont on ne peut se détacher. Une interrogation innocente qui se scotche à votre pupille. Du velours, de l’espoir, de la confiance qui mérite d’être respectée. Son visage s’est effacé de l’écran, mais pas de ma mémoire. Il s’est imprégné sur ma rétine, dans mon cœur, sans que j’y prenne garde. « La petite fille au manteau rouge » me dis-je, ayant, malgré moi, baptisé le tableau. Elle voletait, légère, avec une grâce de libellule. Ses ailes transparentes frissonnaient au moindre souffle. Ma petite libellule, tu t’es évaporée comme dans un enchantement maléfique, mais je sens que les dieux te protègent. Je pense très fort à toi pour atténuer mon angoisse. Angoisse de la fin du jour ? De la fin du monde ? Une simple panne d’électricité ne va tout de même pas faire chavirer la terre ! Je te reverrai sûrement un jour : je demeure imprégnée de l’intensité de ton regard.

                        Mouty

________________________________________

 

chien,petite,fille,mémé,malice,ride,lion,cirque

toutimages

 

 je ressens un besoin express de sortir, trouver un peu de calme de détente après cette journée chargée d'émotion , c'est vrai je me fais peut-être trop de bile pour peu de choses, je suis nouée comme un cep de vigne mes muscles tendus m'interpellent, allez, un tour au parc me fera le plus grand bien il est si apaisant ce parc avec ses parterres éclatant de fleurs ses arbres aux essences rares je l'adore et y marcher en longeant les allées bordées d'arbustes fleuris embaumant l'air m'enchante, avançant d'un pas tranquille  je vois venir vers moi une petite mémé  marchant à petits pas qui me regarde le visage tout plissé de mille petites rides, fière,  tête bien haute , dos droit mais c'est son regard vif pétillant de malice qui me scrute cherchant à me sonder qui m'interpelle plus elle s'approche et plus je remarque le bleu si intense de ses yeux accrochant les miens je me sens happée par ses yeux ils semblent ne plus vouloir me lâcher il veulent me parler ils me disent des choses mais quelles choses, je l'imagine sous une  lampe les soirs d'hiver ses doigts  tenant un ouvrage s'affairant dans sa maison à la préparation d'un bon gâteau pour la joie de ses petits enfants ,  nous nous dépassons et je me retourne pour voir si elle aussi fait la même chose  oui !!!!  l'espace d'un instant je le recroise son regard rieur puis elle disparaît au détour de l'allée j'ai l'impression que les yeux de cette mémé si expressifs me disent tout ce qu'elle a traversé durant son voyage sur terre,  sûrement  un parcours plein de joie de moments de bonheur bien rempli surement ce parcours mais aussi  avec tout  ce qu'on peut recevoir de  déception de chagrin j'ai l'impression  que tout cela  a glissé sur elle, passé sans la marquer, l'atteindre , cette femme est une sage, son regard me la dit, il faut savoir relativiser, prendre la vie comme elle vient, comme a dû le faire cette petite mémé aux regard si explicite .

                           Rina

_____________________________

                                        

chien,petite,fille,mémé,malice,ride

freepik

 

 

Regard félin

 

En attendant avec impatience que soit montée la cage aux fauves, je me remémore ma rencontre avec celui que j’ai hâte de revoir sur la piste.

 

Hier, en allant visiter la célèbre ménagerie du grand cirque de passage dans ma ville, je l’ai vu, élégamment assis à l’écart des autres, une balle jaune dans ses griffes. Sa belle tête semblait me fixer. Alors nos regards se sont croisés et ne se sont plus quittés pendant cinq bonnes minutes, le temps que j’y lise toute sa vie.       J’étais prêt à le plaindre car j’aurais compris qu’il soit déprimé, obligé de se montrer en train de faire le beau ou de sauter dans un cercle de feu, lui, le roi de la jungle, alors qu’il rêvait de courses et de grands espaces. Et bien figurez-vous que je me trompais. J’ai lu dans son regard tout autre chose. Il me disait : « Je suis né ici et n’ai jamais rien connu d’autre ; j’ai été élevé entre mon père et ma mère qui étaient déjà les vedettes du spectacle et étant lionceau, je voyais leurs yeux briller de plaisir quand crépitaient les applaudissements ; je rêvais moi aussi de devenir une vedette, de former un duo complice avec mon dompteur, un homme honnête et d’une grande patience qui savait tout obtenir par le jeu et les récompenses ». Enfin, avant que nos regards ne se quittent, ses yeux m’ont  dit qu’il était heureux et fier de ce qu’il faisait et qu’il espérait bien me voir au spectacle le lendemain afin de me faire admirer ses prouesses.

 

Voilà pourquoi aujourd’hui je suis si impatient et que mes doigts tapotent fébrilement mon genou.  La cage est enfin montée et seules quelques lampes restent allumées ; la musique s’arrête et je le vois entrer, majestueux, ses muscles souples entraînant son corps magnifique, ses yeux tournés vers moi, l’air triomphant. Je ne me fais pas de bile car je sais qu’il sera récompensé par un tonnerre d’applaudissements. Mais en le regardant évoluer, je me demande, l’espace d’un instant, si j’ai bien lu toute cette histoire dan son regard, ou celle que j’ai voulu y lire.

 

                 Gill

________________________________________________________

 

chien,petite,fille,mémé,malice,ride,lion,cirque

freepik

 

 

     C’était pourtant un jour tout-à-fait ordinaire. Je m’en souviens très bien ; même si je n’avais  alors que deux ans.

      Ordinaire dans la mesure où à cet âge-là, tous les jours de l’année se ressemblent plus ou moins, sauf Noël et les anniversaires. Ce n’était ni l’un ni l’autre, rien qu’un Dimanche d’automne, mi-bile mi-gaîté, comme il en existe tant à Paris, tout au long de l’année.

       Qu’est-ce-qui a pris à mes parents de m’emmener au Jardin des Plantes cet après-midi là ? Alors que je jouais si bien avec Socrate, notre Berger des Pyrénées, entre les pattes duquel j’adorais disparaître, bien pelotonnée dans sa fourrure blanche. Socrate ! Ma cabane à moi, ma nounou, mon garde du corps, mon meilleur copain ! Oui, qu’est-ce-qui leur a pris ? Mais c’est toujours comme ça avec les grandes personnes : c’est lorsque l’on s’amuse le mieux qu’ils viennent nous enquiquiner ! Bref, c’est une gamine hurlante, puis chouineuse qu’ils trainèrent de force le long des allées du Jardin des Plantes. Une gamine que rien ne parvenait à dérider ; ni le manège, ni la barbe à Papa, ni le ballon rouge échappé d’ailleurs sournoisement juste après son acquisition. De guerre lasse, mon père proposa de visiter la Ménagerie, au grand dam de ma mère qui, de nature délicate, en redoutait particulièrement les odeurs musclées.

       Le destin prit soudain une accélération brusque.

La cage était située  au fond de la galerie (éclairée hélas par des lampes au néon), mais j’aperçus tout-de-suite son occupante. Ou plutôt le regard de celle-ci. Happée par ses yeux d’émeraude, je lâchai subrepticement la main de ma mère et courus vers la Panthère Noire. Là, les doigts agrippés aux barreaux, je plongeai mes yeux dans deux yeux verts magnifiques, tandis qu’une langue gigantesque me râpait doucement le visage. L’entrevue dura à peine trois ou quatre secondes. Je fus saisie par des tas de mains appartenant, entre autres, à ma famille, aux gardiens, au public, puis tirée violemment en arrière, parmi les cris d’effroi de tout ce beau monde. Mais ces quelques secondes avaient suffi.

       Le regard du fauve s’était imprégné en moi. Je pouvais voir désormais la jungle et la savane, les chasses excitantes et les siestes alanguies mais surtout je vivais le bonheur inouï de ressentir la parfaite élasticité, la parfaite puissance d’un corps splendide qui me hissait au rang des plus belles créatures du monde. Oui, car depuis lors, chaque nuit de pleine lune, je me transforme en panthère noire et parcours avec ivresse les rues de la ville. Jusqu’ici, personne ne s’est douté de quoi que ce soit. Sans doute parce qu’il ne m’est pas encore permis de chasser.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Ma mère chérie, ma mère féline avait eu le temps de me prévenir, autrefois : « Quand tu auras quatre ans, pas avant. »

         J’aurai quatre ans la semaine prochaine.

                              El Pé

 

  PS Avec un grand merci aux films : La Féline et Cat People qui eux, pour le coup, m’ont beaucoup imprégnée.

________________________________________________________