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jeudi, 02 juin 2016

A chaque auteur ses phrases

Après avoir écrit une phrase incluant un mot concernant la nature et faisant ressortir un sentiment ou une émotion, on passe la feuille à son voisin. On écrit une nouvelle phrase en utilisant un mot de celle qu’il a précédemment écrite, et ainsi de suite.

 Quand le tour de table est terminé les phrases sont remises à leurs auteurs respectifs.

 En 20 minutes, écrire un texte en les utilisant.

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Louisiana

wikimédia

 

Besoin de quoi ?

 

Besoin de quoi ? De rien… ou de tout ? Besoin de nature surtout. Bienfaits des grands espaces boisés ou parsemés de fleurs champêtres, de rivières qui dansent et d’oiseaux qui chantent. La forêt se joint à cette harmonie par le chant de ses branchages, de ses buissons, et m’enveloppe de bien-être. Châtaigniers aux allures princières, j’attends l’automne pour vous apprécier encore plus. Après m’avoir gâtée au travers des abeilles butineuses, j’attends avec impatience vos châtaignes goûteuses et vos feuilles dorées craquant sous les pieds. Blottis près de leur mère, les marcassins savourent son lait gouleyant et sa douce chaleur. Rêves de fleurs et de fruits succulents, confitures : fraises, myrtilles, mirabelles. Framboises ou pêches de vigne sont aussi un délice.

Au loin, dans le flou, noyé dans l’horizon, se découpe l’hôpital avec sa grande cheminée vomissant une fumée noire. L’hôpital, antichambre de la mort ou de la vie ?

Portés par la brise, quelques sons diffus me parviennent. Sont-ils issus de l’autre rive de l’Atlantique ? Banjo et guitare, un rythme de Louisiane.

 

Mouty

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pixabay

 

         « Indiquez, en vingt mots maximum, quelle est votre représentation de l’univers » dit le professeur

 Evidemment, personne ne se tint à ces vingt mots et le prof lui-même ne s’y attendait pas. Il ne s’attendait pas non plus au texte, qu’après avoir corrigé plusieurs copies plutôt moyennes, il eut alors sous les yeux :

« L’univers, c’est la pluie qui tombe, tombe tandis que l’eau de la rivière monte, monte dangereusement…et pendant ce temps l’oiseau, joyeux, salue le printemps.

Mais il chante faux, ce pauvre piaf, car forcement il est un peu enrhumé, avec toute cette pluie. Alors, on l’opérera des végétations, et dès lors, il ne manquera plus jamais l’école. L’école du village, cela va sans dire, dirigée par Mademoiselle Santini, une jolie fleur dans une peau de vache, une jolie vache déguisée en fleur, celle-là, comme quoi il ne faut jamais se fier aux apparences. C’est comme les renards ; ils sortent de préférence la nuit, surtout pour piller les poulaillers et c’est vrai qu’elles sont craquantes comme tout, ces bestioles avec leurs jolis petits museaux et leurs pattes bicolores. Mais il ne faut pas s’y fier.

    Bref, l’univers est un tout dans tout et moi aussi, finalement, en y regardant bien. Ce qui rationalise énormément toute représentation et rend vaine toute discussion. En revanche, « être ou ne pas être se pose toujours avec autant d’angoisse et nous n’avons toujours pas de réponse. »

     La copie fut transmise à BHL qui la trouva fascinante.

 

           El Pé

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pixabay

 

Joe rêvait au bord de la rivière qui bondissait d’un rocher à l’autre en éclaboussures d’argent. Il voulait imprimer en lui toutes les images et les odeurs de son village : regarde les fleurs qui s’épanouissent comme la tendresse, tendresse des mousses, tendresse des monts. Il devait partir ailleurs, laisser ce coin de terre qu’il aimait tant.

Les joyeux ramoneurs venus de Savoie chantaient sur les toits de Paris. Joe était parmi eux. Il aimait être sur les toits : la hauteur, l’escalade lui rappelait son pays. Il fredonnait souvent « Armstrong, je ne suis pas noir, je suis blanc de peau ». Il se demandait : « Et moi, je suis blanc ou je suis noir ? Blanc le matin, noir le soir, quelle importance ? » Il se croyait un jeune talent de l’opéra. Sa popularité ne faisait que croître dans les guinguettes du bord de Marne où il participait à des concours de chant. Joe voulait sa revanche, le kid ne pouvait pas rester invaincu. S’il le fallait, il ferait exploser le cristal pour le battre. C’était une question d’honneur et de fierté devant Juliette. Pour cette jolie rousse, il avait exprimé sa préférence, cela était loin d’avoir plu à tous. Mais lui, le savoyard ne voulait pas se laisser impressionner.

Claudie

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samedi, 17 janvier 2015

Ecrire la suite

Après un jeu qui nous a permis de trouver cinq mots

Mensonge/melon/beuverie/bicyclette/refaire

nous devons, en 20minutes, écrire un texte qui va commencer par :

« elle (il) avait tellement insisté que j’avais fini par accepter de la (le)  remplacer »

qui comprendra les cinq mots 

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dromadaire,cuite,fantôme,opéra

 

Elle avait tellement insisté que j’avais fini par accepter de la remplacer. Evidemment, tout reposait sur un mensonge si énorme que tout le monde et elle en particulier y avait crû. Je m’étais inventé des diplômes obtenus dans le lointain pays du Kazakstan, le plus éloigné de nos propres facultés. Moi qui pour expérience professionnelle ne connaissait que le ramassage des melons deux mois par an, je m’attribuais un niveau d’études supérieures quatre étoiles.

C’était un soir de beuverie, alors qu’après quelques vodkas coupées de coca-cola, elle pleurait après une remplaçante qui lui permettrait de réaliser son rêve : l’apprentissage de l’équitation à dos de dromadaire en Egypte. Mes idées n’étaient pas claires, loin de là. Assise, je tanguais sur ma chaise comme lorsque enfant, j’apprenais l’art de monter à bicyclette, une belle rouge offerte par un oncle généreux. Le lendemain, au réveil, je paniquais. Pas moyen de revenir en arrière, j’avais signé mon contrat, elle était partie par un avion low-cost, arriverait-elle jusqu’aux Pyramides ? Un verre d’eau gazeuse et un cachet illuminèrent mon cerveau. Je tenais la solution : je ferai mes cours inspirés de la lecture de l’annuaire que plus personne ne consultait car on préférait internet, je donnerai mes cours, enfin la lecture des pages jaunes au 1er semestre, les pages blanches au 2ème semestre, en espéranto prononcé avec l’accent cockney américain. Et cela marcha.

S’étant amourachée du conducteur de dromadaire, elle ne revint pas. J’eus un CDI, la considération de mes supérieurs, le respect de mes étudiants qui tous furent reçus, et pour moi, une retraite assurée.

Si c’était à refaire, bien sûr que je le referais.

Line

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dromadaire,

freepik

 

Elle avait tellement insisté que j'avais fini par accepter de la remplacer.

Et oui! Je l'ai remplacée, elle a tellement insisté...

Je n'en pouvais plus de ses mensonges réguliers, de ses non-dits, de ses évitements, de ses jugements sur mes breuveries entre amis.

Pourtant, elle en avait eu aussi des beuveries, des soirs d'ivresse, l'été, couchée sur le canapé extérieur, titubante, délirante.

Que de mauvais souvenirs! Les siens, les miens. Ma première cuite, jeune, trop jeune! Je ne pouvais même plus rentrér, c'est ma bicyclette qui me portait.

Je reproduisais ses comportements.

Puis, des années plus tard, j'en ai eu assez, je lui ai exprimé par courrier mes douleurs, mes souffrances, mon désarroi face à ce passé si triste, si douloureux. Mon courrier, elle l'a mal vécu. Elle n'a pas supporté, supporté ces vérités si vraies et si ignorées, enfouies. Elle m'en a voulu, énormément! Comment pouvais-je dire tout ça, tout haut. J'étais une ingrate, je devenais une ennemie, une folle qu'il fallait enfermer. Alors je me suis enfermée, moi, comme une grande, une grande que je voulais devenir. 7 mois, plus qu'une moitié d'année. Je suis revenue sereine et affirmée, délivrée de mon passé, délivrée de la mélancolie, délivrée de mes angoisses, emplie d'envies et de projets.

Elle a commencé à exiger une explication, exiger encore et encore à me bourriner le melon. Elle a tellement insisté que j'ai coupé, tout coupé et je l'ai remplacée dans mon coeur. Elle ne me le brisera plus!

Et si c'était à refaire, je le referais.

 

LE STYLO NOIR

                                                       

 

          

Opera Garnier Grand Escalierwikimédia

 

Le fantôme de l’Opéra

Il avait tellement insisté que j’avais fini par accepter de le remplacer. En effet, Philippe, mon copain étudiant avec moi à l’école d’architecture de La Villette, effectuait des petits boulots pour avoir un peu d’argent. Il était gardien de nuit à l’Opéra. Et oui, vous ne le savez peut-être pas, mais il y a des gens qui arpentent le bâtiment, la nuit, malgré le système de surveillance sophistiqué. Ayant un empêchement pour le soir-même, mais peut-être n’était-ce qu’un gros mensonge et voulait-il simplement une nuit de liberté, il m’avait convaincu de prendre sa place au pied levé. C’est donc pour cela qu’après un court trajet à bicyclette depuis chez moi, je m’étais retrouvé, refait, devant l’Opéra Garnier.

Je suis maintenant dans la salle, surplombée du lustre gigantesque, devant l’impressionnant rideau rouge, fermé. Je me laisse envahir par la magie du lieu et, installé confortablement dans un fauteuil de velours écarlate, fermant les yeux,  je me remémore les spectacles que j’ai vus ici, quand j’étais plus jeune, avec mes parents : le chef d’orchestre qu’on applaudit tandis qu’il salue, les instruments qui s’accordent, le silence qui se fait, le rideau qui s’ouvre…

Un petit toussotement, un peu plus loin, attire mon attention ; devant mes yeux ébahis, un homme, habillé fin XIXème me regarde avec intérêt et étonnement.

« - Que faîtes-vous là ? Me dit-il

  - Et vous ? Et d’abord qui êtes-vous donc ?

  - Mais mon cher, je suis Charles Garnier, enfin son fantôme devrais-je dire. Le SEUL fantôme de l’Opéra, à ne pas confondre avec l’invention de Gaston Leroux ! En fait, quand je suis mort, je me suis demandé quel lieu serait le plus agréable à hanter de temps en temps : mon magnifique Opéra, le casino de Monte Carlo, l’observatoire de Nice ? Et bien sûr, mon cœur a opté pour cette superbe réalisation qui porte mon nom. Si vous voulez, suivez-moi, je vais vous le faire visiter ; vous allez le découvrir comme jamais personne ne l’a fait !

Je me mets donc à suivre Garnier tout en l’écoutant.

« - Regardez, nous sommes au 5ème sous-sol, là où est toute la machinerie. Savez-vous que le bâtiment central est construit sur une cuve d’eau qui le leste, où il y a des carpes et même un poisson-chat. Et la machinerie, comme je l’ai vue évoluer en près d’un siècle et demi. Rendez-vous compte, de manuelle elle est maintenant complètement informatisée. Quel progrès ! »

Et Garnier continue à me faire passer des coulisses aux loges des artistes, de la bibliothèque avec partitions et manuscrits anciens, maquettes de décors, de costumes, au restaurant. Il me fait observer, dépité, le plafond de Chagal que je connais déjà et qui n’avait pas été apprécié par tout le monde dans les années 60. Il me fait monter sur les toits où je découvre une vue époustouflante de tout Paris et ces ruches amoureusement surveillées et entretenues par un ancien accessoiriste.

« - Les abeilles trouvent dans Paris un réservoir de fleurs et de verdure et leur miel est merveilleusement bon » observe-t-il.

Enfin, il s’arrête devant la scène et ouvre pour moi le grand foyer qui la prolonge et je reste là, séduit de nouveau par cet endroit magique. J’y vois défiler des noms célèbres : Georges Skibine, Serge Lifar, Claude Bessy, Rudolf Noureev, Patrick Dupont…et bien d’autres. 

« - J’espère que le petit Millepied, qui a remplacé Brigitte Lefèvre à la direction de la danse, aura des idées de génie. » conclut Charles, pensif, avant de prendre congé.

Le matin est là et je m’apprête à partir, les yeux pleins d’étoiles. C’est alors qu’en sortant de la salle ma tête heurte un pilier, je m’écroule, sonné, puis ouvrant un œil, l’instant d’après je me retrouve allongé sur mon lit, la tête comme un melon. A côté de moi, l’ouvrage de Charles Garnier, « le nouvel opéra de Paris », que j’ai commencé à lire ; non loin, Philippe est endormi, avachi dans un fauteuil et je comprends alors, émergeant petit à petit, que tout ceci n’est que la suite d’une nuit de beuverie.

Gill

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