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mercredi, 07 mars 2018

L'inspiration vient de Sempé

Un dessin humoristique de Sempé représente un homme consultant une voyante.

En 20 minutes, écrivez l’histoire que vous inspire ce dessin.

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voyante rouge liliane.jpg

pixabay

 

             Edmond Bouchard est comptable de son métier. C’est dire si la fantaisie ainsi que le doute, sont des concepts très éloignés de sa perception du monde. Il s’en défie. Les exècre même. Et jusqu’à aujourd’hui, s’en est fort bien porté.

          Cela fera quarante-six ans le mois prochain qu’il vit dans la même maison : celle de ses parents devenue la sienne après leur décès. Et jusqu’ici, sans même avoir changé un seul rideau,  il s’y trouvait parfaitement bien.

             Comme dans sa vie d’ailleurs. Toute faite d’habitudes-de repères dirait un psy sans imagination- on ne peut plus satisfaisantes :

Levé chaque jour à la même heure(paresser au lit le dimanche entraine immanquablement à son avis tous les autres vices) ; toujours le même café noir, avec deux sucres et deux biscottes sans gluten(il y est allergique) ; toujours le même bus, le 143, qui le mène au même bureau, une pièce aux murs vert bronze qui n’a plus été repeinte depuis ses débuts dans  l’ entreprise, il y a bientôt vingt trois ans ; toujours les mêmes collègues qu’il salue d’un simple « bonjour/bonsoir » quand il les croise dans les couloirs, il n’aime pas les familiarités. Edmond Bouchard n’a pas d’ami et encore moins de petite amie. Pour quoi faire ?

                Cette question existentielle, il ne se l’est jamais posée…jusqu’à ce matin ; et elle lui est tombée dessus comme ça, sans prévenir : le café a soudain un goût infect, la maison lui sort par les yeux et pour commencer elle pue le moisi ; et rien qu’à l’idée de retrouver son sinistre bureau, il en a la nausée. Alors Edmond Bouchard fait une chose impensable : au lieu de prendre le 143 qui arrive, il se met à marcher sans but, le long des rues, cherchant une réponse à une question qui se dérobe. Il marche, marche, et s’arrête brusquement devant une plaque de cuivre sur laquelle est écrit en gros les mots « voyante extralucide ». Il ne lit pas le reste, pousse la porte de l’immeuble, grimpe à toute vitesse un étage, appuie sur un bouton de sonnette, est aussitôt introduit dans ce qui lui parait être l’antre d’une sorcière. Une femme imposante, à la chevelure rouge luxuriante est assise derrière une table recouverte d’un tapis rouge. Le rouge est d’ailleurs la couleur dominante de la pièce, cela l’impressionne fortement. La femme, d’un geste empreint de majesté, lui fait signe de s’assoir face à elle. Il obtempère. Avant qu’il ait pu ouvrir la bouche, elle se met à raconter, d’une voix très grave, penchée sur sa boule de cristal. Et toute la vie de son client y passe, sans la moindre  erreur, puis elle termine par ces mots : « Alors Monsieur Bouchard, que puis-je pour vous ? ».

              Puis éclate de rire quelques secondes plus tard quand lui parvient la réponse, énoncée d’une voix timide et tremblante : « Je...je voudrais connaitre mon avenir… »

El Pé

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pixabay

 

Chez Madame Irma

«  –   Bonjour Monsieur, asseyez-vous et surtout taisez-vous.

    -  Mais madame….

    -  Non, non, pas un mot. S’il y a le moindre bruit, je ne peux pas me concentrer sur ma boule de cristal. Elle reste muette. Je n’y vois rien de ce que l’avenir vous réserve.

    -  Mais justement Madame….

    -  Enfin, silence je vous prie. Attendez, les choses commencent à s’éclaircir. Je vois, je vois….un stéthoscope, un marteau à réflexes, une armoire à pharmacie. Je vois la maladie. Vous êtes malade mon ami, mon pauvre ami. Vous êtes très malade.

    -  Mais pas du t’…….

    -  Chut, chut, ma boule devient de plus en plus claire. Je vois  distinctement des billets de banque, une somme très appréciable que vous allez recevoir d’une minute à l’autre. Je vois que vous avez l’air réjoui, cela ne m’étonne pas avec le beau soleil qu’il y a dehors, cela nous rend tous très gais.

    -  Mais chère Madame, vous n’y êtes pas du tout ! il pleut dehors et mon parapluie goutte sur votre sol.

    -  Ah non ! ne m’interrompez pas. Je vois, je vois, une grande détresse malgré votre sourire. Il faudra que vous veniez régulièrement me voir et je vous éclairerai sur votre avenir, mon cher Monsieur, car vous savez comment on m’appelle, madame Irma, œil de Lynx. Ça fait 50 euros !

    -  Bon, vous allez m’écouter maintenant Madame ! Ce n’est pas moi, mais vous qui allez me donner, non pas 50 comme vous l’avez prédit, mais 80 euros pour m’avoir fait perdre mon temps. Je suis le Docteur Germain, vous m’avez appelé il y a une heure pour une visite à domicile. Vous vous plaigniez de ne plus rien voir du tout, ce qui, pour une voyante, m’avez-vous dit – et j’en conviens - est un comble !  »

Gill

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La voyante

 

  «88 ans! Vous avez 88 ans! Vraiment vous ne les faites pas!

-Merci , je dois dire que je n’ai jamais fumé ni bu de l’alcool et j’ai une vie sans excès: j’espère que cela va durer encore longtemps , c’est pour cela que je viens vous consulter.

-Vous avez bien fait, c’est une sage décision, bon, ne bougez pas, pour le moment je ne vois rien mais il faut attendre un peu, je suis voyante, c’est bien ce que vous voulez ?

-Oui, oui, j’aimerais connaître mon avenir, c’est bien ça

-Votre avenir, oui, j’aperçois quelque chose... ah voilà ; une maison, une piscine, des enfants qui jouent, un chien…

-Excusez-moi madame, mais ça c’est le passé !

- Ne m’interrompez pas ! On ne peut pas savoir où l’on va si on ne sait pas d’où on vient … voilà, ça se précise... c’est encore un peu flou ...je vois une dame âgée, vêtue de blanc…

-Mais c’était mon épouse, elle est décédée maintenant ! Depuis cinq ans !

-Ecoutez je fais ce que je peux, il faut un peu de patience, ah, ça commence à se préciser ; je vous demanderais de me régler 80 euros s’il vous plait, tant que vous ne m’avez pas payée la boule est floue, vous comprenez ?

-Oui, oui, bien sûr, voilà , alors vous voyez quelque chose?

-Euh, attendez, je cherche… aie ma boule de cristal devient brulante, elle devient toute rouge, Ça ne m’est jamais arrivé, je ne vois plus rien, c’est tout noir, qu’est ce qui se passe ? Hou là la, ma boule de cristal a fondu ! Monsieur !

 

MONSIEUR ? »

 

Louis

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pixabay

 

Monsieur Dupont est désemparé, sa vie était fichue … Il avait perdu son travail, sa femme était partie avec son meilleur ami. Peut-être que Madame Claire Voitou verrait quelque chose de positif dans sa boule de cristal. Pourquoi pas ?

Le voilà installé au bord de sa chaise dans le salon de Madame Voitou, faisant tourner nerveusement son chapeau entre ses doigts. La boule de cristal trône au milieu de la table. Madame Voitou prononce une petite incantation, passe ses mains sur la boule, se concentre et tout à coup elle se met à pouffer de rire, de plus en plus fort, son rire monte dans les aigus !! Il n’en revient pas ! Qu’a-t-elle vu ?

« Oh ! Monsieur Dupont ! Excusez-moi, hoquette-t-elle , excusez-moi !!!... »

« Que se passe-t-il ? Qu’avez-vous vu ? »

« Eh bien, je vois 6 chiffres : 7 – 9 – 30 – 45 – 1 – 60. Mettez la main dans votre poche ! »

Monsieur Dupont met la main dans sa poche et en sort son billet de loterie dont le tirage a lieu ce soir : 7 - 9 - 30 - 45 - 60   !!!!   Ça alors !!!

« Je vois que vous allez remporter le gros lot ce soir !!! »

« Vous en êtes sûre ? »

Elle se remet à rire de plus belle.

« Eh oui !! Et ce qui est encore plus drôle, c’est que je vous vois dans la boule de cristal avec 2 billets d’avion Première Classe dans la main. Vous faites la queue à l’aéroport prêt à embarquer pour un tour du monde avec une femme au bras et cette femme … c’est moi !!! »

Elle se remet à rire de plus belle …

 

Christine

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dimanche, 19 octobre 2014

Que s'est-il passé ?

Parmi des photos de ruines ou de catastrophes, choisissez-en une.

En 20 minutes, Faites un texte où vous raconterez ou imaginerez ce qui s’est passé pour arriver à ce résultat.

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marée,noire

CDTL.fr

 

Autodafé…minin

      Avant ! Avant, le grand hall du collège avait résonné de cris, d’appels joyeux. Il conservait sans doute le souvenir de bousculades plus ou moins amicales, d’amours balbutiantes et de rêves d’adolescents. Et cela lui permettait de supporter la honte, aujourd’hui.

       Avant ! Avant c’était avant…la période de troubles, d’agitation puis de guerre civile.

       Avant, c’était avant l’avènement de la dictature à laquelle, jusqu’au dernier moment, personne n’avait cru ; en tout cas pas qu’elle serait aussi impitoyable.

        Pourquoi la junte au pouvoir avait-elle choisi, justement, le hall d’un collège mixte pour collecter les livres défendus ? Et il y en avait une liste interminable…

        Pourquoi, si ce n’est pour jeter le discrédit sur la Kulture, avec un K majuscule, comme leurs hommes de main se plaisaient à dire, d’un air goguenard et méprisant à la fois.

        Tous les livres au nouvel Index s’amoncelaient, en désordre, sur le sol. On y trouvait les philosophes et les poètes, le Théâtre, le Roman, l’Art et la Science ; et pour commencer, tout ce qui, depuis des siècles, avait été écrit par des femmes.

        Les livres s’entassaient, déjà brisés, déjà vaincus. Il en était arrivé de plus en plus chaque jour. Surtout dès que l’on avait appris que la peine de mort s’appliquerait à quiconque détiendrait l’un de ces livres maudits. Leur nombre s’accroissait presque d’heure en heure, en attendant l’incendie qui les anéantirait, en même temps que le collège. La population était d’ailleurs sommée de venir assister au spectacle, afin que chacun soit bien persuadé d’une vérité première : l’instruction était naturellement réservée à une élite, choisie par le pouvoir, et inutile pour les autres.

       Aucune fille, évidemment, ne faisait partie de cette élite, est-ce nécessaire de le préciser.

Mais les mères, en grand secret, récitaient le soir à leurs fillettes, des vers de Shakespeare, de Lorca ou de Verlaine. Et de bien d’autres encore.

    En un mot comme en cent, la résistance s’organisait.

                  El Pé

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Amoco Cadiz 2wikimédia

 

Marée noire

Bien avant d’être dans l’état où vous me voyez, c’est-à-dire en pleine agonie,  j’étais un superbe tanker chargé de transporter du pétrole. Je n’étais pas vieux mais un bateau s’use prématurément en subissant l’assaut répétitif des vagues. Je ne le savais pas encore, mais c’était là ma dernière mission.

J’avais rempli mes soutes du pétrole du Moyen-Orient, notamment d’Arabie Saoudite et je voguais vers l’Europe. Un dernier ravitaillement en carburant et en avant pour l’ultime étape.

La mer était grosse, les conditions météorologiques déplorables. Je me retrouvai alors vers la Bretagne, du côté du rail d’Ouessant. Et par malheur, j’eus une avarie de gouvernail. Impossible pour l’équipage de me diriger et de lutter contre le courant qui me faisait dériver vers la côte. Un remorqueur trop peu puissant essaya à plusieurs reprises de me tirer par l’arrière mais l’élingue se rompit plusieurs fois,  ce qui m’entraîna inexorablement vers la terre toute proche. Je touchai le fond et allai me fracasser sur les rochers ; alors,  tout ce que je transportais de liquide noir et visqueux alla se déverser le long de la côte, juste devant Porstall, petit port breton très prisé des touristes. Je venais de provoquer la plus grande marée noire de toutes ces dernières années, tuant des milliers d’oiseaux et de poissons, endommageant irrémédiablement la faune et la flore. C’était un soir de mars 1978.

Pendant plusieurs mois, ma proue fut visible au dessus de l’Océan, juste en face du port, dressée vers le ciel, semblant implorer son pardon. Maintenant, il ne reste plus de moi qu’une ancre noire et brillante, exposée, face au large, pour que personne n’oublie.

Je m’appelais « l’Amoco Cadiz ».

Gill

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