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samedi, 17 janvier 2015

Dans la malle du grenier

Chacun écrit 4 objets dont un vêtement  sur un papier. Donne le papier à sa voisine.

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Vous ouvrez la malle du grenier de votre grand-mère. S’y trouvent ces quatre objets.

En 20 minutes, écrire un texte à partir de ces quatre objets.     

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La malle de VALERIE

              Louche/lunettes/lampe/chemise

 

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Dans la malle de ma grand-mère

 

Ma grand-mère maternelle, Mamy, habitait avec ses parents, mes arrière grands-parents, à Provins dans une très grande maison. J'aimais beaucoup cette maison, jolie et pleine de coins et recoins, ce qui nous permettaient, à mes sœurs, mes cousins et moi de disparaître au grand dam de nos aïeuls, toujours cherchant et criant après nous.

 

Quelques années plus tard, j'avais une douzaine d'années, mes arrière grands-parents décédèrent, ma grand-mère décida de vendre la maison et il fallut la vider. Mes parents m’emmenèrent avec eux, pour mon plus grand bonheur, et, pendant qu'ils remplissaient caisses et cartons, je filais au grenier dans l'espoir d'y retrouver des trésors.

 

J'y trouvais, en effet, quantité d'objets hétéroclites, empilés là au fil des années. Berceaux, parcs, trottinettes, bicyclettes, ballons, cerceaux, tous les vestiges de mon enfance. Et puis, dans un coin, une malle. Je m'empressais de l'ouvrir, et reconnut immédiatement des objets ayant appartenu a ma chère grand-mère. Chapeaux de paille, étoles, sacs, quelques robes, de vieilles lettres. Certains retinrent particulièrement mon attention, tant ils ravivaient mes souvenirs.

 

Les lunettes, rondes et en écaille, de mon arrière grand-père, qui lui donnaient l'air sévère, voire rebutant, ce qu'il aimait, c'était le garant de sa tranquillité. La lampe de chevet, en faïence blanche et bleue, de ma grand-mère. Tout me plaisait dans cette lampe, sa taille, plutôt petite, son pied en métal doré, son joli abat-jour blanc, et le dessin de sa faïence, fin et délicat.

 

La chemise de nuit, ainsi que son bonnet, de mon arrière grand-mère, en baptiste blanche, très longue, très stricte, comme elle, et sur laquelle elle mettait une liseuse en dentelle rose. Plus incongru, une louche, une louche en argent qui, dans mes souvenirs, servait à servir le potage chaque soir, potage traditionnel et obligatoire que, nous les enfants, rechignions à manger.

 

A ma demande, mes parents m'autorisèrent à prendre la petite lampe bleue. Je l'ai toujours. Elle est trop petite, dispense peu de lumière, a conservé son fil et son interrupteur d'origine. En un mot, elle n'est pas « efficace », comme tout doit l'être aujourd'hui.

 

Peu m'importe, elle me tient chaud au cœur !

 

Valérie

                                                           

 

La malle de DEDOU

              manteau/casserolle/voiture/cloche

 

fantôme dedou.jpg

 Vecteur de Fond conçu par Freepik

 

Elle vient de s'éveiller, la vieille maison inhabitée qui abritait nos jeux d'enfants. Nous nous y cachions pour attendre le fantôme qui, disait-on, vivait dans les combles. Mais aucun fantôme ne se manifesta.

Au détour d'un couloir, une vieille malle attira notre attention: quel trésor pouvait-elle contenir? Et si le fantôme  s'était dissimulé à l'intérieur? Avec maintes précautions nous avons soulevé le couvercle. Hélas, toujours rien !

De vieux cadres dissimulaient un manteau, un vieux manteau de drap marron, une sorte de houppelande, comme en portaient ces bergers d'antan lorsque ils partaient vers les hauts pâturages lors de la transhumance.

Sous le manteau, une petite voiture modelée et ciselée à la main était à coup sûr l'œuvre du berger durant ses longues journées de solitude.

Parmi ce tas d'objets hétéroclites jetés là au hasard, une casserole de cuivre recouverte de vert de gris ; a-t-elle servi au repas frugal d'un homme de la campagne?

Tout au fond de la malle, une petite cloche bousculée par ce remue-ménage tinta. Elle était oxydée, bien sûr, mais en frottant, on pouvait lire un nom gravé au couteau: biquette ! Etait-ce le doux nom d'une petite chèvre? Le souvenir d'une jeune bergère aperçue un court instant ?

On peut s'imaginer mille choses, faire siens les souvenirs des autres. Ce berger était-il mon grand-père ?

Après tout, pourquoi pas.

Dedou

                                                      

La malle de LILIANE

              veste/carafe/poupée/boîte

clochette,berger

freepik

 

… malle y pense…

       Et voilà : Mémé partie, la maison est à vendre. Il faut donc en faire l’inventaire  afin de conserver-ou non- certains objets. En souvenir exclusivement, vu que la pauvre Mémé ne possédait rien qui vaille même la peine d’aller le vendre Aux Puces. Chacun de mes quatre cousins s’est vu attribuer une pièce, et comme personne ne veut y aller (ça va certainement être pire que tout le reste), c’est moi qui suis désignée volontaire pour le grenier.

0K.  A priori je n’ai rien contre, à l’exception des araignées, mais la curiosité étant la plus forte, je me glisse dans la peau de La Pérouse et part pour l’aventure.

 Je ne suis pas déçue. Au milieu d’un fatras de chaises bancales et de lessiveuses en tôle galvanisée, toutes trouées, je distingue aussitôt une malle en métal, dont la rouille a amplement grignoté la peinture verte, sans toutefois l’avoir totalement dévorée. Pas de cadenas. Chance !! Sitôt ouverte, j’aperçois sur le dessus, impeccablement pliée, une veste. Oui, juste une veste, mais d’uniforme de la Police Montée Canadienne, s’il vous plait ! Que fait-elle donc là ? Et soudain me reviennent à l’esprit les histoires que me racontait Mémé quand j’étais petite, au sujet  de son village natal libéré par des troupes canadiennes, lors de la Première Guerre Mondiale. Alors que mon aïeule, n’est-ce-pas, était une accorte jouvencelle… Quelles intéressantes révélations concernant notre arbre généalogique offre ainsi  cette magnifique découverte, à commencer par le mystère enfin résolu de mon indéfectible attirance  pour Léonard Cohen !

  Encouragée par ce premier succès, je ne tarde pas à mettre à jour ma troisième découverte, à savoir une carafe en cristal ciselé, une vraie splendeur qui avait sans nul doute orné la table de moult gentilshommes…Mais non, je plaisante ! En fait, il s’agit d’une carafe en pyrex que Mémé avait rangé là-dedans je ne sais pourquoi, à coup sûr un jour où elle battait un tantinet la campagne…

    Suit tout un fouillis de draps et serviettes, nettement moins bien conservé que la veste-relique, rien de bien folichon, en tout cas… ce qui l’est davantage, en revanche, c’est la poupée qui apparait soudain. Très style victorien, avec ses anglaises et son teint de porcelaine, ce qui ne l’empêche cependant pas de fermer les yeux quand on la couche, la coquine. Une poupée qui possède un de ces visages dont se sont inspirés de nombreux auteurs de romans et  films d’épouvante (et l’un d’entr’eux est assez récent d’ailleurs). Elle, c’est juré, je vais la garder. Dans ma chambre, afin de m’offrir des cauchemars en technicolor.

      Ah tiens ! Tout au fond de la malle se cache une boîte. Je dis : « se cache » car c’est bien ce que semble faire cette vulgaire boîte à chaussures, consciente à l’évidence de son insignifiance. Que referme-t-elle donc ? Une vieille paire de pantoufles ? Un élevage de vers à soie depuis longtemps trépassés ? M’attendant au pire, je soulève le couvercle…

Ô divine surprise ! La boîte en carton se révèle être un coffret à bijoux, renfermant colliers en or et pierreries, ce n’est pas le moment de détailler. Bien décidée à rester seule maîtresse du trésor, donc à n’en soufflet mots à ces quatre cousins  qui me snobent, bien fait pour eux, je m’emplis les poches de ces joyaux, en bénissant ma Mémé cachottière et si merveilleusement avare !

       Allez va ! Ne vous offusquez pas ! Bien sûr que je vais partager avec ces cousins qui pourtant ne le méritent pas.

       Mais uniquement pour sauvegarder l’honneur de la Police Montée Canadienne !

 

               El Pé

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La malle de LINE

              chemisier/carafe/stylo/casserole

 

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Ma mémé centenaire dort, elle a enlevé ses appareils, elle n’entend rien, je peux monter au grenier et ouvrir sa malle. Faut dire, en temps ordinaire, je n’ai pas le droit d’y toucher. Mais j’ai pris son trousseau de clés et puis hier, elle a un peu forcé sur le champagne que tonton Georges lui versait. Elle a chanté, on a bien ri.

Voyons cette malle. Bof, elle est presque vide. Mais quel beau chemisier rose pâle, transparent, avec un ruban dans les trous-trous, col haut et manches au coude ; Je le prends, je le secoue, la poussière volette. Je suis persuadée qu’elle le portait quand sa mère lui a présenté pépé. Sûr qu’il est tombé amoureux de ce que suggérait le coquin chemisier. Faudra que je vérifie dans l’album photo et que je lui demande de me le donner, la mode rétro est d’actualité. Cette carafe, je me souviens, maman m’en parle avec regret car elle la croit cassée. Qu’est-ce qu’elle va être contente ! Elle va encore me parler des repas d’antan, des dimanches à la campagne et patati, et patata. Passons. Et cette casserole  dont l’émail a sauté ? C’est pour familles nombreuse, c’est vrai, mémé a eu huit enfants, on ne connaissait pas la pilule, un peu Ogino. Quand on videra la maison, direct la déchetterie, rien ne vaut l’inox, quoique, pour mettre des fleurs, elle pourrait servir. Quoi encore ? Ah, un stylo, un des premiers, ceux qui coulaient souvent, tachaient les doigts et le papier. Mémé m’envoyait porter à la poste les lettres qu’elle écrivait à son fils parti faire fortune en Argentine ; je ne l’ai jamais connu, il n’est jamais revenu ; dans le tiroir de sa table de nuit, mémé conserve ses lettres avec de beaux timbres sur les enveloppes,  j’espère que quand on règlera la succession, maman les réclamera pour moi. Je passe la main dans les coins, que du vide. C’est décevant. Dans les romans, on trouve toujours des trésors dans les malles oubliées dans les greniers. Pas dans la mienne, dommage, quelques louis d’or nous auraient bien aidés pour partir en vacances.

Remettons nos trouvailles dans la malle, les clés dans la poche du tablier de mémé. Je vais lui préparer sa camomille. Je l’aime bien, ma mémé, et la malle, extérieurement n’est pas mal…Elle fera un bon coffre à chaussures.

Line

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La malle de NANOU

              chemise de nuit/pipe/clé/lettre

               

Shortnightiewikimédia

 

Je me souviens, par un très chaud après-midi, vous ne me croirez pas, de décembre, pendant les vacances de fin d'année, alors que les adultes faisaient la sieste, certainement accablés par cette canicule hivernale, je volais la clédu garage de mon grand-père, celui qui fumait la pipe et qui habitait en Savoie.

L'ennui m'avait poussé à partir à l'exploration de ce lieu si fermé.

Dans un premier petit réduit, j'y trouvais tous les outils du jardin. Mon grand-père était un passionné à la main verte (d'ailleurs, je me demandais toujours pourquoi car ses mains, elles me semblaient pas vertes du tout).

Dans une deuxième étroite pièce, je découvrais sa réserve d'alcool, vin, génépi, gniole frelatée.

Peut-être  était-ce là la raison de ce garage clos tel un coffre-fort!

Dans le plus vaste espace, de loin le plus intérressant, j'avais tout un univers propice à la fouine qui s'ouvrait à moi. Boites, cartons, tubes, objets divers et variés... Bref de quoi occuper un après-midi d'enfant fantasque.

Au cours de mes pérégrinations de curieuse, je découvris une lettre au fond d'une boite à sucre métallique. Après observation plus détaillée, je m'aperçus que cette lettre était une sorte de message codé, une piste au trésor.

Qu'avait donc mon grand-père de si précieux à cacher?

Mes talents de limière et mon esprit de logique me permirent de dévoiler le contenu de ce papier qui m'amena jusqu'au grenier; jusqu'à une malle dans laquelle je trouvais la chemise de nuit de ma grand-mère, qui avait disparue depuis leur nuit de noce.

NANOU

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La malle de GILL

              égouttoir à vaisselle/moteur/avion/chaussette

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freepik

 

Petit pilote deviendra grand

« Ouf, un peu d’air, ça se soulève au-dessus de moi. Heureusement, car depuis le temps, je commençais à étouffer sous cette espèce de tissu bleu marine qui coince une de mes ailes. On dirait une chaussette  si je ne m’abuse.

  toi, le petit curieux qui vient d’ouvrir le couvercle de la malle  à jouets, oui toi avec tes grands yeux bleus et ta tignasse blonde, écoute-moi donc ; oui, moi, juste  sous ton nez ! Je me présente : je suis l’avion de Paul, enfin ce qui reste du magnifique avion rouge qu’il avait eu pour ses 8 ans, parce que je suis un peu cassé ; tiens, mon moteur est là-bas, dans le coin, près de la deuxième chaussette ; il les portait pour cet anniversaire ; je me demande bien pourquoi on les a gardées, mais c’est sûrement pour le petit avion qui est brodé dessus.

Tu as bien fait d’ouvrir cette malle car depuis que Paul m’y a rangé, je suis un peu à l’étroit et j’ai des envies d’évasion. Il a tellement joué avec moi que je suis un peu déglingué, mais tellement fier d’être à l’origine de ce qu’il est devenu. Tu te rends compte, il est membre de la Patrouille de France. Qui l’eut cru quand il me faisait maladroitement faire des loopings et que j’atterrissais en catastrophe dans les rosiers de sa grand-mère. Et tu vois, là, je reconnais cet égouttoir à vaisselle : Paul utilisait la cuve  pour en faire un hangar à avions ; il l’avait recouverte d’une caisse en carton qu’il avait percée d’une porte ; ingénieux, le gamin ! Non ?

C’est pour cela que lorsque la vieille radio qui est tout au fond de la malle se met en route pour retransmettre de sa voix fêlée  le Salon du Bourget et que j’entends commenter les évolutions de la patrouille de France, j’en frémis  d’aise et des larmes perlent au bord de mon hélice. Je suis ému et je te le dis, à toi qui me regarde d’un air interrogatif, tu peux être fier de ton père !

Si tu me sors de là, fais bien attention à moi, je suis une vieille relique et je suis fragile. Et si tu refermes ce couvercle, pense à me faire prendre l’air de temps en temps, ça me fera plaisir. »

Gill

                                                   

samedi, 05 juillet 2014

La Nouvelle (5) : "Les cent ans de mémé Catherine"

 

Retouvez  les consignes dans la note

« La Nouvelle (1) : consignes »

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http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5e/Van_Gogh_-_Landschaft_im_Schnee_mit_Arles_im_Hintergrund.jpeg/573px-Van_Gogh_-_Landschaft_im_Schnee_mit_Arles_im_Hintergrund.jpeg


« Van Gogh - Landschaft im Schnee mit Arles im Hintergrund » par Vincent van Gogh — repro from art book. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

 

LES CENT ANS DE MÉMÉ CATHERINE      

Nous sommes en plein hiver à la campagne. Le sol gelé durci par le verglas est très glissant. Un seau de chaque côté, l’anse bien serrée dans mes doigts gourds malgré de gros gants qui sont plus gênants que protecteurs, je me dirige tout doucement vers la mare. Je cherche mentalement un endroit pour en casser facilement la glace de façon à remplir mes seaux. Il faut que j’y arrive, sinon comment mes animaux, la volaille, les petits canards, pourront boire ? Je me tourne vers ma petite sœur qui grelotte et me regarde, angoissée. Je la rassure : - « Ne t’en fais pas, n’aies crainte, nous allons y arriver, tu vas voir. Il suffit d’être très prudente. Toi, tu restes derrière, tu me regardes et tu ancres bien tes pieds au sol. Tu es là au cas où je dégringolerais la pente et tomberais dans la mare, tu irais alors prévenir maman. Mais, pour l’instant, tout va bien. On continue d’avancer. Tu vois, cette nuit j’ai rêvé du mur. Je l’ai vu ce mur de glace qui se dressait devant moi, inaccessible, infranchissable. Mais je pensais que ce n’était qu’un mauvais rêve, que ce matin le soleil serait là, et qu’il le ferait fondre avec ses puissants rayons ». - « Mais voyons, me répond Monique, le soleil en hiver ne chauffe pas assez. La bise glaciale redurcit tout  au furet  à mesure qu’il essaie de radoucir l’air ambiant et de dégeler les sols. Peine inutile et perdue.

Survient le fermier voisin, le vieux Ferdinand, à la recherche d’une chèvre fugueuse.Il est accompagné de sa femme, de son valet Basile et de son chien.

« - Il a encore picolé » dis-je à ma petite sœur à demi rassurée. « - Mais chut, motus et bouche cousue, ne répète surtout pas mes propos ».

« - Vous en avez du courage les filles, avec un froid de Sibérie pareil. Attention, la glace est fragile » !

« - On prépare l’anniversaire de Mémé Catherine dis-je. Il nous faut beaucoup de glace pour conserver les charcuteries et les pâtisseries. Cent Ans ça se fête. On va mettre les petits plats dans les grands. Nous avons fait des pâtés, des saucisses à griller et des œufs à la neige. On vous invite Monsieur Ferdinand, avec votre femme et avec Basile. Ça mettra un peu plus de monde et de gaité dans la fête. Ce n’est pas tous les jours qu’on festoie par les temps qui courent ».

« - C’est d’accord, j’apporterai quelques bouteilles et mon flacon de gnole » !  

Tout le monde se retrouve autour de mémé Catherine, toujours l’œil incisif et le propos plein d’humour, malgré ses cent ans.

« - Alors mon gars », dit-elle à Ferdinand qui a un gros morceau de pâté dans la bouche et un verre de rosé bien frais dans la main, « tu tiens encore debout à c’te heure ! Pour combien de temps ? »

« - Oh Oh » dit Ferdinand, « j’crois ben pouvoir tenir jusqu’à la soupe ! Fameux ces pâtés, c’est toi qui les a faits fillette ? » me dit-il.

L’heure est à la bonne humeur, quand, tout à coup, on voit le visage de Mémé rougir, pâlir, bleuir. Une quinte de toux semble vouloir arriver mais refuse de sortir de sa bouche, ses yeux pleurent, ses bras battent l’air et tout le monde affolé se précipite vers elle. Même le chien de Ferdinand, sentant une sorte d’électricité dans l’air et une inquiétude grandissante, se met à aboyer.

C’est là que Ferdinand soulève Mémé, la secoue, lui tape dans le dos, et là, elle expulse une grosse saucisse ainsi que deux molaires. Mais les couleurs lui reviennent progressivement. Sauvée ! Ferdinand, rouge comme une tomate, se précipite avidement sur sa bouteille de gnole.

Une fois la frayeur passée, tout ce petit monde se remet à festoyer. Mémé Catherine qui a eu très peur est la première à vouloir poursuivre la fête car elle a bien cru sa dernière heure venue. Esquissant un pas de bourrée, elle invite Ferdinand.

Mais voilà que survient le fils aîné de Mémé qui était encore au travail. Voyant sa mère si excitée, il pense que la vieille dame a bu. Il se met très en colère, furieux après Ferdinand qui, un peu éméché, le prend de haut. Les deux hommes sont prêts à en venir aux mains.

Quel dommage, tout avait si bien commencé !

Mais soudain, on entend s’élever un chant dans le lointain ; on ne tarde pas à apercevoir un groupe de garçons et filles, des fleurs dans les cheveux et le sourire aux lèvres. Puis, on finit par reconnaître les gars et les filles du village voisin… La Marie-Noëlle, la Marie-Christine, le Claude, le Jean-Marie, et même le Louis-Xavier, le fils du château, pas fier pour deux sous.

« - Et alors ? On ne danse pas ici, on dirait ! Et pourtant il faut danser les soirs de fête ! » s’écrie le Joseph, chef de la bande. L’accordéon de Maurice se met à jouer. Mémé Catherine va de nouveau inviter Ferdinand. Chacun fait de même avec sa chacune…

Quant à ma petite sœur, elle regarde les braises du grand feu de cheminée dont les étincelles montent vers le ciel pour se mêler aux étoiles.

Quant à moi, je crois bien que je me suis endormie.

Finalement, peut-être tout ceci n’est-il qu’un rêve ?

                                       FIN

 

Rina             Mouty               Gill            Dedou                El Pé

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à suivre......

lundi, 14 mai 2012

J'ai croisé un regard

 

 

Ouvrir un livre au hasard et noter la première lettre en haut de la page de gauche. Recommencer l’opération afin d’obtenir 7 lettres. Trouver un mot avec ces lettres (possibilité de changer 2 lettres)

 

                               en 20-25mn, écrire un texte contenant les mots trouvés:

                             muscle, bile, doigts, lampes

   sur le thème suivant : « vous croisez un regard inconnu qui vous parle. Racontez »

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Photo  libre

 

 UN REGARD

 

 Je croise les doigts. Toutes les lampes de la ville viennent de s’éteindre. Je commence à me faire de la bile. Mon chien, sur le qui-vive, tend ses muscles. Une attente insupportable a succédé à un bien-être douillet et rassurant. L’écran noir de mon téléviseur reste muet. L’instant d’avant, j’avais croisé, au travers de cette fenêtre ouverte sur le monde, le regard d’une petite fille brune, belle comme une fleur. Un regard qui vous parle, dont on ne peut se détacher. Une interrogation innocente qui se scotche à votre pupille. Du velours, de l’espoir, de la confiance qui mérite d’être respectée. Son visage s’est effacé de l’écran, mais pas de ma mémoire. Il s’est imprégné sur ma rétine, dans mon cœur, sans que j’y prenne garde. « La petite fille au manteau rouge » me dis-je, ayant, malgré moi, baptisé le tableau. Elle voletait, légère, avec une grâce de libellule. Ses ailes transparentes frissonnaient au moindre souffle. Ma petite libellule, tu t’es évaporée comme dans un enchantement maléfique, mais je sens que les dieux te protègent. Je pense très fort à toi pour atténuer mon angoisse. Angoisse de la fin du jour ? De la fin du monde ? Une simple panne d’électricité ne va tout de même pas faire chavirer la terre ! Je te reverrai sûrement un jour : je demeure imprégnée de l’intensité de ton regard.

                        Mouty

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toutimages

 

 je ressens un besoin express de sortir, trouver un peu de calme de détente après cette journée chargée d'émotion , c'est vrai je me fais peut-être trop de bile pour peu de choses, je suis nouée comme un cep de vigne mes muscles tendus m'interpellent, allez, un tour au parc me fera le plus grand bien il est si apaisant ce parc avec ses parterres éclatant de fleurs ses arbres aux essences rares je l'adore et y marcher en longeant les allées bordées d'arbustes fleuris embaumant l'air m'enchante, avançant d'un pas tranquille  je vois venir vers moi une petite mémé  marchant à petits pas qui me regarde le visage tout plissé de mille petites rides, fière,  tête bien haute , dos droit mais c'est son regard vif pétillant de malice qui me scrute cherchant à me sonder qui m'interpelle plus elle s'approche et plus je remarque le bleu si intense de ses yeux accrochant les miens je me sens happée par ses yeux ils semblent ne plus vouloir me lâcher il veulent me parler ils me disent des choses mais quelles choses, je l'imagine sous une  lampe les soirs d'hiver ses doigts  tenant un ouvrage s'affairant dans sa maison à la préparation d'un bon gâteau pour la joie de ses petits enfants ,  nous nous dépassons et je me retourne pour voir si elle aussi fait la même chose  oui !!!!  l'espace d'un instant je le recroise son regard rieur puis elle disparaît au détour de l'allée j'ai l'impression que les yeux de cette mémé si expressifs me disent tout ce qu'elle a traversé durant son voyage sur terre,  sûrement  un parcours plein de joie de moments de bonheur bien rempli surement ce parcours mais aussi  avec tout  ce qu'on peut recevoir de  déception de chagrin j'ai l'impression  que tout cela  a glissé sur elle, passé sans la marquer, l'atteindre , cette femme est une sage, son regard me la dit, il faut savoir relativiser, prendre la vie comme elle vient, comme a dû le faire cette petite mémé aux regard si explicite .

                           Rina

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Regard félin

 

En attendant avec impatience que soit montée la cage aux fauves, je me remémore ma rencontre avec celui que j’ai hâte de revoir sur la piste.

 

Hier, en allant visiter la célèbre ménagerie du grand cirque de passage dans ma ville, je l’ai vu, élégamment assis à l’écart des autres, une balle jaune dans ses griffes. Sa belle tête semblait me fixer. Alors nos regards se sont croisés et ne se sont plus quittés pendant cinq bonnes minutes, le temps que j’y lise toute sa vie.       J’étais prêt à le plaindre car j’aurais compris qu’il soit déprimé, obligé de se montrer en train de faire le beau ou de sauter dans un cercle de feu, lui, le roi de la jungle, alors qu’il rêvait de courses et de grands espaces. Et bien figurez-vous que je me trompais. J’ai lu dans son regard tout autre chose. Il me disait : « Je suis né ici et n’ai jamais rien connu d’autre ; j’ai été élevé entre mon père et ma mère qui étaient déjà les vedettes du spectacle et étant lionceau, je voyais leurs yeux briller de plaisir quand crépitaient les applaudissements ; je rêvais moi aussi de devenir une vedette, de former un duo complice avec mon dompteur, un homme honnête et d’une grande patience qui savait tout obtenir par le jeu et les récompenses ». Enfin, avant que nos regards ne se quittent, ses yeux m’ont  dit qu’il était heureux et fier de ce qu’il faisait et qu’il espérait bien me voir au spectacle le lendemain afin de me faire admirer ses prouesses.

 

Voilà pourquoi aujourd’hui je suis si impatient et que mes doigts tapotent fébrilement mon genou.  La cage est enfin montée et seules quelques lampes restent allumées ; la musique s’arrête et je le vois entrer, majestueux, ses muscles souples entraînant son corps magnifique, ses yeux tournés vers moi, l’air triomphant. Je ne me fais pas de bile car je sais qu’il sera récompensé par un tonnerre d’applaudissements. Mais en le regardant évoluer, je me demande, l’espace d’un instant, si j’ai bien lu toute cette histoire dan son regard, ou celle que j’ai voulu y lire.

 

                 Gill

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     C’était pourtant un jour tout-à-fait ordinaire. Je m’en souviens très bien ; même si je n’avais  alors que deux ans.

      Ordinaire dans la mesure où à cet âge-là, tous les jours de l’année se ressemblent plus ou moins, sauf Noël et les anniversaires. Ce n’était ni l’un ni l’autre, rien qu’un Dimanche d’automne, mi-bile mi-gaîté, comme il en existe tant à Paris, tout au long de l’année.

       Qu’est-ce-qui a pris à mes parents de m’emmener au Jardin des Plantes cet après-midi là ? Alors que je jouais si bien avec Socrate, notre Berger des Pyrénées, entre les pattes duquel j’adorais disparaître, bien pelotonnée dans sa fourrure blanche. Socrate ! Ma cabane à moi, ma nounou, mon garde du corps, mon meilleur copain ! Oui, qu’est-ce-qui leur a pris ? Mais c’est toujours comme ça avec les grandes personnes : c’est lorsque l’on s’amuse le mieux qu’ils viennent nous enquiquiner ! Bref, c’est une gamine hurlante, puis chouineuse qu’ils trainèrent de force le long des allées du Jardin des Plantes. Une gamine que rien ne parvenait à dérider ; ni le manège, ni la barbe à Papa, ni le ballon rouge échappé d’ailleurs sournoisement juste après son acquisition. De guerre lasse, mon père proposa de visiter la Ménagerie, au grand dam de ma mère qui, de nature délicate, en redoutait particulièrement les odeurs musclées.

       Le destin prit soudain une accélération brusque.

La cage était située  au fond de la galerie (éclairée hélas par des lampes au néon), mais j’aperçus tout-de-suite son occupante. Ou plutôt le regard de celle-ci. Happée par ses yeux d’émeraude, je lâchai subrepticement la main de ma mère et courus vers la Panthère Noire. Là, les doigts agrippés aux barreaux, je plongeai mes yeux dans deux yeux verts magnifiques, tandis qu’une langue gigantesque me râpait doucement le visage. L’entrevue dura à peine trois ou quatre secondes. Je fus saisie par des tas de mains appartenant, entre autres, à ma famille, aux gardiens, au public, puis tirée violemment en arrière, parmi les cris d’effroi de tout ce beau monde. Mais ces quelques secondes avaient suffi.

       Le regard du fauve s’était imprégné en moi. Je pouvais voir désormais la jungle et la savane, les chasses excitantes et les siestes alanguies mais surtout je vivais le bonheur inouï de ressentir la parfaite élasticité, la parfaite puissance d’un corps splendide qui me hissait au rang des plus belles créatures du monde. Oui, car depuis lors, chaque nuit de pleine lune, je me transforme en panthère noire et parcours avec ivresse les rues de la ville. Jusqu’ici, personne ne s’est douté de quoi que ce soit. Sans doute parce qu’il ne m’est pas encore permis de chasser.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Ma mère chérie, ma mère féline avait eu le temps de me prévenir, autrefois : « Quand tu auras quatre ans, pas avant. »

         J’aurai quatre ans la semaine prochaine.

                              El Pé

 

  PS Avec un grand merci aux films : La Féline et Cat People qui eux, pour le coup, m’ont beaucoup imprégnée.

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