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samedi, 21 juin 2014

Les trois options

Vous êtes journaliste reporter d’images. Vous pensez tenir le scoop du siècle mais vous avez affaire à un nouveau chef qui n’a jamais mis les pieds sur le terrain et va vous imposer l’uniformisation de votre article et le choix de vos photos qui ne vous semblent aucunement les meilleures.

Comment réagissez-vous ?

1 - Vous vous taisez et le laissez décider.

2 - Vous poussez une « gueulante » en le coinçant alors qu’il est seul et lui dîtes que c’est vous qui rédigez l’article et choisissez les photos.

3 - Vous reprenez article et photos et allez les présenter à un autre journal, concurrent de préférence.

 

En 30 minutes dîtes quelle est votre option

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croyez,vous,oui,non

freepik

 

Déconvenue de journaliste

Comme d’hab., je trouvai mon chef auprès de la machine à café, la clope au coin des lèvres, l’air revenu de tout, un brin goguenard. Depuis son arrivée dans le service - en promotion parait-il - il toisait ses subalternes de façon désagréable, voire provocante. Ce qui lui permettait de se sentir à sa place de chef.

Je lui présentai mon reportage sur le concours régional de Tir à l’arc, accompagné de photos de gamins concentrés sur la visée des cibles placées au fond du terrain, ou gravissant fièrement les marches du podium.

Il ignorait totalement cette discipline sportive où il n’avait jamais mis les pieds.

Et pourtant, fidèle à ses attitudes de Monsieur Je-sais-tout tout en ne sachant rien, il balaya d’un geste mes photos et mon papier en déclarant que ce sport n’intéressait personne.

Je ramassai l’ensemble des documents, balayai à mon tour sa tasse fumante et son cendrier, et lui lâchai qu’il avait de la veine d’être pistonné pour occuper un poste qu’il ne méritait pas. A bon entendeur, salut !

Je tournai les talons et me dirigeai d’un pas décidé vers le « Canard déchaîné » qui publiait volontiers les articles bien tournés et documentés, en insérant au passage quelques piques à l’encontre du journal qui avait refusé mon travail, histoire de pointer son manque de culture.

Je remerciai le rédacteur en chef qui me reçut, réjoui de l’accueil qui me fut réservé, en savourant avec délice ma petite vengeance.

Mouty

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Vingt ans en arrière

Assis derrière mon bureau du journal « la Liberté des mots », j’étudie un papier et des photos qu’un jeune pigiste m’a proposés. Le moins qu’on puisse dire, c’est que je ne l’aurais pas écrit comme cela et surtout pas illustré de ces photos parfaitement choquantes. Nos lecteurs ne vont pas apprécier, c’est sûr. Je crois que je vais être obligé de le lui dire et de remanier complètement son article.

Prêt à noter les modifications à effectuer, je reste le stylo en l’air et me remémore ce qui m’a conduit derrière ce bureau, il y a une vingtaine d’années. J’étais alors moi-même un jeune journaliste et j’avais couvert en Afrique un conflit sanglant qui m’avait laissé des traces tant j’y avais vu des horreurs. Je revenais avec des images dures mais j’étais persuadé qu’elles devaient être étalées sur du papier et que le monde devait les voir. C’est pourquoi mon article ne faisait pas dans la dentelle. Malheureusement, le rédacteur en chef du journal où je devais le faire paraître était très timoré et avait voulu modifier totalement ce que j’avais rédigé et illustré, ce qui donnait un article plat qui n’aurait aucun impact sur les lecteurs et serait oublié aussi vite qu’il avait été lu. Trois options s’offraient à moi : 1/ je ne dis rien et le laisse décider ; ainsi j’abandonne toutes mes convictions, mon indépendance mais je suis tranquille. 2/ Je me rebiffe, je crie, je dis que c’est moi qui décide; Alors connaissant l’homme, je sais que je perds mon énergie et mon temps. Et enfin 3ème option, je prends mon article et je le propose à un concurrent et là je remets ma tranquillité et la stabilité de ma vie en question. Et bien, devinez ce que j’ai fait. Vous vous en doutez, n’est-ce-pas ? J’ai claqué la porte et j’ai tapé à d’autres dont une s’est ouverte toute grande, celle que je franchis tous les matins depuis ce jour. J’ai gravi tous les échelons avant de m’asseoir ici. C’est vrai, il y a longtemps que je ne vais plus sur le terrain et j’ai un peu oublié tout ce que cela implique. Mais voir son travail reconnu, c’est le voir publié en totalité, sans coupe ni changement.

Alors, c’est parce que je repense à ce jeune homme plein de fougue que j’étais que je repose mon stylo et que je décide de ne pas toucher à un seul mot et à une seule photo de l’article que j’ai devant moi.

Gill

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mardi, 03 décembre 2013

Une seule scène, plusieurs récits

 


DRAME DE LA JALOUSIE

Après une partie de chasse, en rentrant chez lui un homme trouve sa femme avec son amant. Il tire sur ce dernier et le blesse très sérieusement.

Après avoir tiré au sort un personnage,

en 20 minutes, racontez cette scène par la bouche de ce personnage

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Non Monsieur l’Inspecteur ! Non, je vous assure que nous ne faisions rien de mal ! Vous imaginez ! Avec Maurice ! Que je connais depuis vingt ans ! L’ami d’enfance de mon époux ! Le parrain de mon fils ! Il faut vraiment avoir l’esprit tordu pour aller chercher des trucs pareils !

       Il était venu afin de changer le pommeau de la douche. Vous me direz, avec raison : « Normalement, cette tâche incombe à l’homme de la maison… ». Ce n’est certes pas moi qui vous contredirais, seulement voyez-vous, l’homme de la maison, au lieu de bricoler le dimanche chez lui comme tout le monde, préfère partir à la chasse pour toute la journée. Enfin bref, je téléphone à Maurice, en lui faisant part du problème. Il arrive cinq minutes plus tard et bien gentiment effectue la réparation. Mieux qu’un professionnel, pour sûr ;

« -Si tu veux bien, je vais tout de même essayer ton installation » que je lui fais.

Il est tout de suite d’accord et me propose d’essayer lui aussi, parce que, dit-il, deux avis valent mieux qu’un. Evidemment, avant d’entrer dans la douche, nous avons ôté nos vêtements. Quoi de plus naturel en somme ; vous auriez fait pareil.

C’est à ce moment là que les évènements se sont précipités. En mettant un pied sur le bac à douche j’ai glissé, Maurice m’a retenue dans ses bras pour m’empêcher de tomber et à cette seconde même, la porte s’est ouverte violemment sur mon mari fonçant comme un taureau furieux et saoul comme une vache, sauf votre respect Monsieur l’Inspecteur. Parce que la vérité vraie, c’est que ses soi-disant parties de chasse, c’est surtout l’occasion de bonnes cuites dominicales. La preuve, à part ça, il ne ramène jamais rien.

   Nous surprenant dans notre position innocente, son esprit malade a conçu le pire et aussitôt…Pan, pan, pan, le voilà qui se met à tirer de tous côtés comme un dément, ne nous laissant pas même le temps d’ouvrir la bouche. Maurice, n’écoutant que son courage, me fait un rempart de son corps, ce qui lui vaut d’être blessé (grâce à Dieu fort légèrement), au bas du dos. Oui grâce à Dieu ! Heureusement que le fusil était chargé aux petits plombs, pour les cailles ! Parce que, si cela avait été de la chevrotine…

                                                                                                El Pé (la femme)

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VracImages

 

 

Le camion du Samu file à toute vitesse sur la route de campagne ;  un blessé par balle , urgent !!!!! Et en plus le lieu dit très mal localisé : une ferme loin de toute civilisation urbaine.

- « Restons  en ligne avec la personne qui nous  guide ; ça  y est ,  je crois apercevoir la  ferme » dit le médecin .

Prenant sa sacoche il se dirige rapidement vers la porte d’entrée , mais au moment où il la pousse , il se trouve nez à nez avec le canon d’un fusil braqué sur sa poitrine . « Hé là , doucement , que se passe-t-il  ici. » Son regard fait rapidement le tour de la pièce puis s’arrête sur une forme allongée faisant entendre de faibles gémissements ; repoussant le canon , il se précipite vers la forme sous laquelle un liquide rouge forme une large flaque  ,un blessé  semblant fort mal en point  mais pouvant  tout de même, en l’invectivant , désigner l’homme au fusil .

- «  C’est lui le criminel , il a voulu me descendre, regardez, mais regardez-moi ça, je me vide de tout mon sang , je suis mort, arrêtez-le,  vite. »  Le mis en cause ne se trouble nullement , toujours brandissant son arme , éructant,  fou de rage ,  se sentant doublement outragé, réplique vertement : 

- «  Mais docteur , il profitait de mon absence pour me tromper avec ma femme , ce moins que rien ;  me faire ça, à moi , un ami de plus de vingt ans , regardez comment je les ai trouvés  tous les deux , ces minables. »  Le médecin se rends compte  alors  de la présence d’une autre personne ratatinée et toute tremblante , à moitié dévêtue dans un coin de la pièce , une femme, le visage caché dans ses mains.  Elle sanglote bruyamment.   

- « Je vais m’occuper de vous après Madame ;  calmez-vous, vous ne risquez plus rien, je suis là. »  Se tournant vers le blessé, il l’examine, se rendant compte des dégâts causés par les plombs.

- «  bon ça ne m’a pas l’air trop grave, vous l’avez échappé belle , mais je dois vous hospitaliser car je n’ai pas ce qu’il faut dans cette trousse pour enlever tous ces plombs sur place , vous règlerez vos différents plus tard ; voyons vous n’avez aucune blessure Madame ? 

- Non , non , docteur .

- Alors relevez-vous et  allez vous rhabiller s’il vous plait, je vous prescris un calmant à prendre ce soir »  puis se tournant vers le chasseur :

«  Quand à vous Monsieur donnez-moi cette arme,  ça suffit  pour  aujourd’hui, d’ailleurs je vous la confisque  pour l’instant. »

Se débattant comme un beau diable , celui-ci finit par céder en maugréant.

« Allez ;  on peut à présent  embarquer  le blessé. »

Rina (le médecin)

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VracImages

 

 

Mauvais plan

Sur le chemin du retour, je pense à cette partie de chasse et je me dis –déformation professionnelle oblige- qu’il n’y a rien à en dire ; pas le moindre petit papier à faire ; aucun fait divers à raconter ; pas de chien pris pour un sanglier, pas de balle perdue, rien qui puisse faire un article digne de ce nom. Une chasse ordinaire, quoi. En arrivant chez moi, pas un bruit, une ambiance de calme et de détente, peut-être le calme qui précède la tempête.

C’est alors qu’en entrant dans le salon s’offre à mes yeux cette scène : volets baissés, musique douce, deux verres en cristal à moitié vides sur la table basse, couple enlacé sur le canapé, mon épouse adorée abandonnée dans les bras infâmes de mon ami Gilbert, chroniqueur vedette du journal et familier de la maison depuis de nombreuses années. On le comprendra, je vois rouge, lève mon fusil, vise et tire sur Gilbert qui ‘écroule.

Tandis que ma femme s’enfuit en hurlant, je m’approche du blessé qui gît à terre et me fixe d’un regard interrogateur : « Mais qu’est-ce-que tu ?.... ». Une flaque de sang s’élargit autour de lui. « Zut, je crois que je t’ai blessé plus que je ne devais le faire ; j’ai mal visé, cela ne devait pas se passer ainsi, nous avons mal répété. Tu ne devais pas être dans cette position mais plus à gauche sur le canapé pour que ma balle atteigne le haut de ton bras, provoquant une simple éraflure. Tu devais être très légèrement blessé, évidemment ne pas porter plainte, étant très compréhensif pour mon coup de colère et je pouvais alors l’accuser, elle, d’adultère, divorcer sans problème et récupérer pas mal de fric dans l’histoire. Ce n’est pas ce que je devais te donner pour ce service qui aurait beaucoup amputé mes gains. Mais maintenant tu as l’air vraiment mal en point et l’enquête sera très sérieuse ; d’ici que les flics découvrent notre accord, il n’y a pas loin. Peut-être que je devrais te faire taire complètement. Au point où j’en suis, c‘ est la meilleure solution. Cela passera pour un crime passionnel »

Alors je lève mon fusil et m’apprête à tirer quand soudain, j’ai l’impression d’une présence derrière moi. Faisant volte-face, je la vois, elle, un gros cendrier dans ses mains levées, et puis j’ai l’impression que ma tête éclate et puis…….plus rien.

Gill (le journaliste)

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dinosoria.com

 

 

La nuit est chaude. « Supercaliente » à tous points de vue. Pierre serre Adeline dans ses bras en comptant les étoiles par la fenêtre grande ouverte. Jean - le grand absent - n’est pas rentré de sa journée de chasse. Adeline est tranquille : ce type de sortie avec les copains se termine toujours par un repas pantagruélique bien arrosé qui se prolonge jusqu’au petit matin.

Soudain, un crissement de pneus sur l’allée gravillonnée. Claquement de portière. Des pas gravissent le perron avant que Pierre ait eu le temps de bouger. Irruption de Jean dans la chambre, canon pointé sur le lit. Coup de feu et plus rien.

Pierre se réveille avec peine sur son lit d’hôpital, torse bandé, un pansement sur l’œil gauche. Deux agents de police sont plantés devant lui. Il est HS mais il doit raconter : traditionnelle déposition…

« J’ai du mal à me souvenir. Je revois la scène en grisaille. Adeline m’avait fait part de l’absence de Jean, me demandant si ce jour-là, faute de moyen de locomotion, je pourrais la conduire en ville pour diverses urgences. Je suis arrivé sur le coup de quinze heures. Nous avons fait le tour du potager pour des conseils de jardinage. Nous avons ramassé quelques légumes, puis nous avons pris un café sur la terrasse. Là, le temps est devenu menaçant et a tourné vite à l’orage. Notre sortie a donc été reportée. Nous avons passé la soirée ensemble. Adeline, effrayée par les grondements, s’est jetée dans mes bras quand la foudre est tombée sur le paratonnerre. Les éclairs inondaient les alentours de flambées intempestives. Pourquoi me suis-je retrouvé dans son lit ? Pierre est si gentil que, délibérément, je ne lui aurais jamais fait un coup pareil ! Et pourtant j’ai été noyé dans la chaleur du corps et des caresses… Et soudain : Pierre ! Le coup de feu ! Et puis plus rien… »

Mouty  (l'amant)

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