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vendredi, 06 mars 2015

Rite de l'enfance

Pensez à un rite de votre enfance, ou de quelqu’un d’autre, ou imaginez-en un  (rite détesté ou adoré). En 20 minutes, écrivez un texte sur ce rite en y incluant les cinq mots suivants trouvés après un jeu :

 

organiste / tendresse / éperdument / ancre marine / rouge

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cabane-en-bois_19-97230.jpg

freepik

 

Va faire pipi…

 

« Va faire pipi avant d’aller au lit ! » était la dernière phrase qui m’était régulièrement adressée le soir, lorsque j’étais enfant. Régulièrement, méthodiquement, tous les soirs !  C’était devenu un rite qui avait le don de m’exacerber. Il ne fallait surtout pas que je me le fasse répéter deux fois, car j’aurais pris la porte plus vite que je n’aurais voulu.

Dès les premiers mots, ma patience se cabrait, j’y voyais rouge, je serrais les poings. Je précise qu’il fallait se soulager dans « la cabane au fond du jardin ». Celle-ci était à moins de cent mètres, mais c’était dans le noir. Au passage on prenait la lampe électrique sur l’étagère derrière la porte, où trônait une ancre marine depuis des lustres, souvenir sans doute d’une épopée d’un aïeul aventureux. La lampe n’éclairait pas très loin, d’autant plus que la pile montrait souvent des signes de fatigue.

J’allais donc à pas prudents, puis cadencés, en entonnant éperdument une chanson. Assez fort pour faire fuir les bêtes sauvages ou les fantômes qui froissaient les buissons. Les nuits sans lune, je chantais encore plus fort, continuant dans la cabane sans me soucier du temps qui passait. Dans ma tête j’entendais l’accompagnement d’un organiste.

Tout à coup, une voix tonitruante venait de la maison : « Alors ! Qu’est-ce que tu fabriques ? T’es tombée dedans ? »

Dare dare je prenais le chemin du retour, ayant hâte de retrouver mon lit bien chaud où m’attendait une bouillotte les nuits d’hiver, laquelle m’accueillait avec tendresse.

Ces fins de soirées étaient les moments qui m’irritaient et me plaisaient le plus à la fois.

 

Mouty

                                                                                        

 

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freepik

 

Chaque dimanche après-midi, ma mère et moi allions au cinéma. Mon père était au rugby ou à la chasse, mon frère avec ses copains. Ma mère, éperdument inquiète, craignait toujours de me perdre quand elle attendait au guichet. Aussi avais-je toujours un chapeau ou un béret rouge avec une plume pour mieux me voir et une ancre marine brodée sur le côté pour faire joli. Elle emportait des bonbons pour l’entracte, les acheter coûtait trop cher. Avec tendresseet fermeté, elle emprisonnait ma main dans la sienne et me protégeait des malotrus qui voulaient passer avant nous. Je me souviens particulièrement d’un film où le frêle Charlot, musicien des rues, tournait la manivelle d’un orgue énorme qui ne laissait voir que son melon et sa chevelure frisée. En sortant, je dis « maman, je serai organiste », « on verra me répondit-elle, on verra ».  Hélas, vocation avortée, j’ai appris la flûte à bec.

Line

                                                              

 

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La promenade du jeudi

Le rite du jeudi, je l’adorais ! C’était l’époque où nous n’allions pas à l’école ce jour-là et ma mère et moi en profitions pour nous promener dans le centre de Paris ; je me moquais éperdument de tout, je ne pensais qu’à cette sortie. Je vouais une tendresse infinie à ma mère, j’étais encore à l’âge où sa seule présence me comblait, n’étant pas encore entrée dans la préadolescence où l’on ne se satisfait plus de rien.

Tous les jeudis, nous prenions l’autobus, celui à plate-forme où l’on pouvait respirer l’air si particulier de Paris, pour nous retrouver sous les arcades de la rue de Rivoli où les boutiques riches et variées m’émerveillaient. Je me souviens d’une chapellerie où l’on vendait des casquettes avec une ancre marine brodée au dessus de la visière. Je me souviens aussi des vitrines des parfumeries où les rougesà lèvres de grandes marques étalaient leurs couleurs flamboyantes. Et puis il y avait cette pâtisserie, unique pour moi, tant les gâteaux que nous y mangions étaient succulents. Un jour, nous y avons même rencontré l’organiste de Saint-Eustache. Pour terminer notre promenade, avant de rentrer, nous longions le Louvre et flânions dans le jardin des Tuileries.

De ces promenades, je garde un souvenir merveilleux. Si j’aime tant Paris, c’est grâce à ce que ma mère m’en a fait découvrir, c’est grâce à elles.

Gill

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dimanche, 10 juillet 2011

bientôt les vacances

Après avoir tiré 8 lettres d' un jeu de scrabble, chacun a formé un mot. Les mots trouvés  ont été mis en commun:

Titres / Maison / Rasez / Jungle / Râteau / Ligues / Rate / Asseyez.

consigne:

 

Faire un texte contenant ces 8 mots et se terminant par « Vive les vacances ! »  (20mn)

 

perso journal 1.JPG

 

Les titres de la une m’horripilent. Rien de bien réjouissant : les frasques des politiques et les crashs financiers me hérissent. Un coup de sonnette fait sursauter la maison. Tiens, c’est le jardinier, accouru à se fouler la rate pour combler un léger retard.

Asseyez-vous cinq minutes, lui dis-je en lui servant un café, et donnez-moi donc quelques nouvelles fraiches du quartier, ça me changera de ce foutu journal.

L’avais-je trop branché ? Je dus interrompre sa jungle de cancans. « Je vous ai préparé la tondeuse : rasez-moi toutes ces herbes avant qu’elles grainent. Le râteau est contre le mur, à côté de la brouette. Vous mettrez également du répulsif dans chaque taupinière. Des ligues de taupes viennent faire leurs meetings dans ma pelouse depuis quelques temps. Tout doit être nickel avant l’arrivée de ma tribu ».

Le jardinier m’assura de sa compréhension par un superbe clin d’œil, connaissant les déboires qu’il aurait à réparer après l’invasion familiale. Et il ajouta malicieusement : « Vive les vacances ! ».

 

Mouty

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Depuis le début de l’été, un air de fête me trotte dans la tête, même quelques titres de chansons.

A la maison règne l’effervescence, les enfants ne vont plus à l’école et le jardin ressemble àune véritable jungle, c’est d’ailleurs un excellent terrain de jeux pour mes garnements.Je sais, il faudrait raser toutes ces herbes folles et à l’aide d’un râteau, les liguer en tas.  J’ai une idée qui plaira aux petits et aux grands. «  Asseyez-vous, écoutez moi bien,  nous allons vite  ramasser feuilles et branches sèches, et ce soir nous les utiliserons pour un grand feu de camp, nous les regarderons bruler placés tous en rond en nous racontant à tour de rôle des histoires sous les étoiles. »

Des histoires drôles bien sur, à avoir mal aux cotes et à la rate.

Qu’importe l’heure du coucher, le temps est doux, la nuit se prolonge, les flammes crépitent au centre du jardin, nous mangeons ensemble les sandwichs préparés rapidement, et nous profitons de ces instants de bonheur, de rires et de chansons. Nous avons au cœur et à l’espritun je ne sais quoi qui murmure « vive les vacances ! ».

 

Sylvaine

 

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Elles peuvent être noires ou blanches, rondes ou croches, doubles ou même triples. Dès que vous vous asseyez devant elles et que vous lisez, studieuses, cette écriture bizarre, aux signes cabalistiques posés sur des lignesnoires qu’on appelle « portée », la maison retentit de sons plus ou moins mélodieux, ponctués d’arrêts, de « zut » ou autres interjections désagréables, de gros soupirs exaspérés, de coups d’œil désespérés vers le métronome qui fait exprès de ne pas faire passer le temps.

Les voisins vont bien se dire : « vous nous rasez à ânonner toujours les mêmes refrains, à répéter inlassablement les mêmes titres ». Mais non, inutile de se mettre « la rate au court bouillon », selon l’expression chère à notre mère, les voisins ne se plaindront pas et la leçon de piano aura bien lieu tous les mercredis à la même heure. Et je vais même vous dire plus, les voisins, traitreusement, conforteront nos parents dans leur idée : inculquer à leurs filles l’amour de la Musique et du Travail, juste pour arriver un peu au dessus de la semelle de Chopin, car inutile de viser la cheville, c’est bien trop haut !

Mais savez-vous, il y a quand même une justice, c’est la fin de l’année scolaire. Nous partons à la campagne pendant les mois d’été et vous l’avez deviné, il n’y a pas de piano. Point n’est besoin d’aller dans la jungle pour lui échapper, un simple râteau dans la main suffit à laisser le piano se reposer de toutes ses émotions. A nous la liberté, les pieds nus dans les sandales, le chant du coq à portée d’oreille. Adieu les noires, les blanches, les pauses et les soupirs ; Mais non, pas adieu, car dans un petit coin de notre tête, nous savons que nous l’aimons, cet élégant instrument trônant dans le salon, capable de produire des sons si mélodieux. Il nous manquerait, s’il n’était pas là, souffrant sous nos mains malhabiles. Mais si seulement, d’un coup de baguette magique, la musique pouvait naître sans effort sous nos doigts ! Allons, foin de rêveries, disons-nous qu’après cette parenthèse campagnarde, nous le retrouverons, notre imposant ami citadin et j’ose à peine le dire, avec plaisir.

Aussi,  nous  lui disons « à bientôt » et  en  attendant, « vive

les vacances ! ».

Gill