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vendredi, 22 avril 2016

Dis-moi dix mots 2016

Comme chaque année, notre première consigne est en rapport avec la semaine de la langue française.

 Les dix mots choisis nous invitent à partir à la découverte du français parlé dans les différents territoires de la Francophonie :

Chafouin/ine (France) : nom -> Personne qui a une mine sournoise, rusée : Un chafouin, une chafouine.

Adj. -> rusé, sournois : air chafouin, mine chafouine.

Champagné (Congo) : n.m. -> Personne d’influence aux nombreuses relations.

Dépanneur (Québec) : n.m. -> Petit commerce, aux heures d’ouverture étendues, où l’on vend des aliments et une gamme d’articles de consommation courante.

Dracher (Belgique) : verbe -> pleuvoir à verse. Il drache depuis le matin : il tombe une pluie battante.

Fada (France, régional) : n.m -> simple d’esprit, fou. Adj -> un peu fou, cinglé.

Lumerotte (Belgique) : n.f. -> 1) source de lumière de faible intensité : mettre une lumerotte dans la chambre du bébé / je n’arrive pas à lire avec cette lumerotte 2) légume (betterave, citrouille…) évidé et percé de petites ouvertures, dans lequel on place une source lumineuse : faire des lumerottes pour Halloween (lumignons).

Poudrerie (Québec) : n.f. -> Neige poussée par le vent pendant qu’elle tombe / Neige déjà au sol qui est soulevée et poussée par le vent.

Ristrette (Suisse) : n.m. -> Petit café très fort fait à la vapeur au percolateur : boire un ristrette au bar à café.

Tap-tap (Haïti) : n.m. -> En Haïti, camionnette servant au transport en commun dont la carrosserie s’orne de peintures naïves représentant des scènes de la vie quotidienne.

Vigousse (Suisse) : adj -> vigoureux, vif, alerte (personne) / vigoureux, fort, robuste, résistant (animal, plante).

 

En 25 minutes, utiliser le plus possible de ces mots pour un texte commençant par

" En Avril, ne te découvre pas d'un fil"

et se déroulant dans un des pays francophones cités.

 

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Flag of Canada (Pantone)

wikipédia

 

En Avril

 

« En Avril ne te découvre pas d’un fil » me dit mon voisin belge à la descente d’avion sur le sol canadien. Que veut-il celui-là avec son air chafouin, je ne lui ai rien demandé !

Il redit sa formule magique d’entrée en matière à la jeune femme qui me précède et qui lui décoche un regard noir sans répondre. Il doit être un peu fada me dis-je. Le couloir d’accès à l’aérogare est interminable. Enfin, voici le hall fourmillant d’égarés à la recherche de famille ou d’amis. J’y découvre mes cousins, Céline et René, sachant toujours accueillir les bras ouverts. La poudrerie nous rentre dans les os me disent-ils. On te prévient, rien ne marche à part les tap-taps de quelques exilés d’Haïti. On va boire un petit ristrette bien fumant pour nous réchauffer, nos amis suisses nous attendent à la cafétéria, on pourra y avaler une petite craquette, dit René. Le voyage a été super-long et je suis ankylosée. Pourtant, le remplacement du taxi par un tap-tap me séduit, même par ce temps-là. Le conducteur vigousse au teint café au lait, joyeux comme un pinson, n’engendre pas la mélancolie. Nous nous arrêtons cinq minutes chez un dépanneur pour acquérir quelques victuailles et les cartes postales rituelles pour envoyer aux amis. Ça sera ça de fait pour les faire un peu baver. Une lumerotte ballotée par le vent signale ce petit commerce aux entrailles sympas. Une caverne d’Ali-baba : de tout et n’importe quoi, effectivement de quoi dépanner. Dépêchons-nous me dit Céline, il va dracher, nous devons passer chez un ami, conseiller municipal, c’est un champagné qui va nous aider à parfaire ton séjour.

 

Mouty

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Coat of arms of Haiti

wikipédia

 

En avril ne te découvre pas d’un fil, Catherine n’avait pas oublié ce dicton. Au lieu de se morfondre sous les draches de la métropole, elle avait pris un congé pour découvrir les îles lointaines et ensoleillées. Le jour de son départ, elle avait été confortée dans son choix par la poudrerie qui avait retardé le décollage de son avion.

Dès son arrivée, elle n’avait pas manqué la visite de la fabrique de chocolat, quel plaisir de goûter sur place à son met préféré. Le soir, elle était passée chez le dépanneur acheter quelques babioles. Le marchand avec son air chafouin, l’avait surement prise pour une champagnée. Il ne tarissait pas d’éloges sur sa camelote. Mais Catherine n’aimait pas qu’on la traite comme tous les touristes, ces fadas prêts à acheter n’importe quoi. Elle avait tout de même craquée pour une lumerotte, cette petite citrouille décorée et sculptée qu’elle offrira à son neveu pour halloween.

Aujourd’hui à bord du Tap-Tap, elle parcourt les routes défoncées qui mènent à l’ancienne mission. Avec elle, une foule bruyante a envahi le véhicule. Ces dames en habits chamarrés s’interpellent, les messieurs fument en rêvant. Elle s’amuse à la lecture du petit écriteau, au dessus du bouton d’arrêt « Tu appuies quand tu veux, je m’arrête quand je peux ». Il reflète bien la vie sur l’île, pas de stress.

En tout cas, ce soir, après tous ces chaos, si elle veut encore être vigousse, elle aura bien besoin d’un bon ristrette.

Claudie

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freepik   par sxc

 

Le printemps d’Hippolyte

« – En avril, ne te découvre pas d’un fil. Ah ça, on peut dire que le dicton se vérifie cette année !  dit Hippolyte, l’air bougon, en entrant dans le petit troquet caché au fond d’une ruelle de Belleville. Malgré les cartons, les vieilles couvertures et la chaleur de mon bon Malko, je n’ai pas eu chaud cette nuit sous la porte cochère qui m’a servi de chambre. Et maintenant il drache à vous tremper la couenne. En décembre, avec la poudrerie, on se serait cru au Canada, à Halloween, on avait peine à distinguer les lumerottes dans le brouillard à couper au couteau, et là, au printemps, c’est pas mieux et ça ne me rend pas très vigousse. T’es pas de mon avis, patron ?

    – Allez Hippo, cesse de grogner, tu ne changeras rien au temps. Si tu voulais bien dormir dans un centre d’hébergement comme on te le propose, tu serais mieux.

    – Rien à faire ! Je les vois venir, les bénévoles avec leur air chafouin, pour m’embobiner. Moi, je sais que je ne peux pas y aller avec Malko et je ne le laisserai pas. On sera ensemble jusqu’à mon dernier souffle…ou le sien.

    – Tu es fada, Hippo, comme on dit chez moi, dans le sud, mais je t’aime bien. Allez je t’offre un ristrette bien chaud. N’empêche que si tu continues à vivre dehors, tu y laisseras ta peau. Tiens, je connais un gars qui a une casse automobile en banlieue et je crois qu’il a un vieux tap-tap haïtien déglingué qui te fournirait un toit en attendant mieux.

    – Ah non merci, pas la banlieue, c’est Belleville ou rien ! Tiens, t’as pas un morceau de pain avec du jambon pour me lester l’estomac, le dépanneur du coin ne me fait plus crédit et Malko et moi, on n’a rien dans le ventre depuis hier midi. Me reste peut-être un ou deux euros »

Hippolyte se met alors à sortir de sa poche décousue un amas de choses innommables : un vieux mégot, une noix, un euros, une médaille militaire, un bout de ficelle, un briquet….. un papier froissé… qui attire immédiatement le regard du cafetier qui s’en saisit.

«  – Mais où as-tu eu ça ? C’est un ticket de loto.

    – j’ai dû le ramasser par terre dit l’autre en continuant l’inventaire de sa poche.

    – Est-ce que…par hasard…ce ne serait pas le ticket gagnant ! Je sais que c’est moi qui l’ai vendu mais personne ne s’est présenté… Attends, je vais vérifier…ça alors ! Hippolyte, tu es millionnaire. »

Ne réalisant pas très bien la situation malgré les nombreuses explications que le patron s’évertue à lui seriner, Hippolyte comprend quand même qu’il n’aura plus besoin d’aller dans un centre d’hébergement pour dormir dans un vrai lit. Il se penche alors vers Malko, lui embrasse le museau et lui dit d’un air complice :

«  – Mon brave toutou, avec cet argent providentiel, je suis sûr que je vais devenir un vrai champagné et toi et moi, nous dormirons maintenant où nous voudrons. Allez patron, j’offre une tournée générale.

Gill

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samedi, 06 décembre 2014

Mode et couture

 Trouver un objet en rapport avec la couture. Le noter et le dire à l’assemblée

Ecrire sur des papiers des mots en rapport avec la couture ou la mode et mélanger tous les papiers.

En 20 à 25minutes, écrire un texte commençant par :

   « le (la)  objet trouvé en premier par chacune  est (était) devant moi »  (on peut choisir le présent ou l’imparfait)

                 et finissant par :

  « finalement cela s’est bien passé »                  

Y introduire au début puis toutes les 5 minutes un mot tiré au sort dans les

papiers communs

 

Voici les mots tirés au sort 

 petite mainrobe/ défilé de mode/ soie

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fermeture éclair.jpg

freepik

 

La fermeture éclair

      La fermeture éclair était devant moi. Que pouvais-je en faire ? Avec mes mains couvertes d’engelures, pas question que je puisse actionner la tirette du haut en bas de mon anorak. Je me creusais la tête, considérant l’ouvrage sur la table. Il fallait pourtant achever le travail, sinon le froid me gèlerait les os en sortant.

      Tout-à-coup la lumière jaillit, illuminant mes neurones en déroute. La voisine du quatrième avait travaillé comme petite mainchez Dior, avant de prendre sa retraite dans mon immeuble. Je pris l’anorak, la fermeture éclair, les fournitures, et je grimpai en soufflant l’escalier, prenant garde à ne pas perdre mes pantoufles avachies par un trop long usage, je frappais à la porte et elle me dit ; « Tirez la bobinette, la porte s’ouvrira ». J’ouvris les yeux de stupéfaction : « Avait-elle perdu la tête ? », elle ajouta : « Mais non c’est pour rire, entrez. ».Quand je fus dans la pièce, je m’arrêtais éblouie : elle portait un long fourreau crème, une robe de star. « Eh oui, dit-elle,  c’st la copie de celle que portait la femme de l’émir du Qatar et qu’elle avait achetée chez nous. J’avais faufilé l’ourlet, je n’étais que la cinquième cousette dans l’ordre hiérarchique. Je restais dans l’ombre, à l’atelier, et je n’admirais les défilés de mode que le soir à la télé. »

      Je restais médusée. Enfin je voyais, j’entendais, celles qui créent des merveilles mais qui ne signent jamais leur chef-d’œuvre. Elle drapa ses épaules dans une étole de fourrure blanche et devant ma bouche ouverte, elle précisa : « Ce n’est pas du vison mais du synthétique, mais le faux chauffe autant que le vrai. Ce n’est pas tout, que puis-je faire pour vous ? ». Je lui montrai l’anorak et les accessoires. « Pourriez-vous mettre cette fermeture éclair à sa place ? C’est un travail délicat qui requiert du talent.

_ Bon, voyons voir. Evidemment, je travaillais dans la soie et pas dans la toile, mais je veux bien vous rendre service, en échange, vous monterez le sac que j’ai laissé dans le couloir. »

        Je sentis des tiraillements dans mes épaules, le sac m’avait paru bien lourd. Qu’importe, je mobiliserai le voisin du troisième, bien serviable, avec un merci  il sera satisfait, elle et moi aussi.

      Finalement, ça s’est bien passé.

                                                                                      LINE

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bobines-de-fil_21276335.jpg

freepik

 

Le fil

       Le fil était devant moi. Magnifique. Argenté. Déjà je me réjouissais de la broderie qui allait naitre sur la soie blanche de cette robe de mariée….Mais avant tout je crois qu’il faut que je me présente : Anita, petite main chez Balmain… depuis vingt ans et une semaine et pas un jour d’ennui. De stress oui. La Haute Couture, évidemment ! Métier de stress et de strass comme je dis toujours…parce que j’aime rire. Comme tous les catalans ; vous l’ignorez peut-être mais nous sommes réputés pour ça.

      Je pourrais parler pendant des heures de la Catalogne et de ses habitants mais j’ai une toute autre histoire à vous raconter, alors j’y vais :

  La robe était presque terminée. Quelques retouches à faire sur le mannequin au dernier moment, pratiquement rien. Il ne manquait plus que la guirlande de roses argentées qui allait garnir le bas du modèle. Ce serait une merveille. Je saisis donc le fil qui glissa docilement à travers le chas de mon aiguille, fine, fine, piquai le taffetas neigeux et lançai le premier point de la première rose. En chantant-les catalans, on est connus pour aimer chanter- je me souviens, c’était, bien sûr les « Roses Blanches ». Chanson aussitôt reprise en chœur par tout l’atelier. Contrairement à d’autres que je ne citerais pas (vêtements noirs, queue de cheval), Monsieur Balmain encourageait plutôt ce genre de choses.

    Le défilé de modeaurait lieu demain. Inutile de préciser, par conséquent, que nous finirions toutes tard cette nuit. Chacune d’entre nous portant la dernière touche à un modèle différent. C’était le meilleur moment des collections, ces veilles fébriles et laborieuses. Le temps passait, le soleil s’était couché depuis longtemps et l’atelier était à présent éclairé a giorno par les néons…lorsque soudain, paf, tout s’éteignit brusquement. Les cris d’impatience ne tardèrent pas à succéder aux rires tandis que le nom de « Manu, Manu » retentissait dans les couloirs obscurs. Appels s’adressant à notre homme à tout faire et Dieu sait si aucun homme sur cette terre n’a autant mérité ce titre. Alors que (bien que ce fut formellement interdit) quelques bougies s’allumaient ici et là, Manu apparut, la mine défaite et une lampe torche à la main. « J’peux rien faire, c’est une panne de secteur, faut attendre » nous assena-t-il avant de tourner les talons.

     Nous avons attendu toute la nuit, sommeillant par intervalles dans la soie et la dentelle.

Le retour du soleil revenant avant celui de l’électricité nous trouva à pied d’œuvre. Sans prendre le temps de boire ou de manger, sans pause café ou pipi, nous avons travaillé toute la matinée. A midi, nos grandes filles anorexiques sont arrivées et l’on put procéder aux ultimes essayages.

     Bref, que vous dire de plus ? Que la collection Printemps Eté de Balmain fut un franc succès ? Que la robe de mariée qui clôtura le défilé  reçut une standing ovation ? En un mot comme en cent, et essentiellement grâce à la prière à Santa Mercedes- la sainte patronne de Barcelone, voyons, tout le monde sait cela- prière que j’ai répétée à chaque heure de la nuit, finalement tout ça s’est bien passé .

El Pé

                                                                     

 

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freepik

 

Le dé

Le dé est devant moi. Je l’avais posé là ce matin après avoir terminé l’ourlet de ma robe –ourlet digne d’une petite main-  mettant une touche finale à mon œuvre. Je pensais ne plus en avoir besoin et je m’aperçois que tout est à refaire ! Après lavage, le tissu a rétréci et je dois défaire l’ourlet pour rallonger la robe autant que je le pourrai. C’est déjà difficile de confectionner un vêtement de fête dans ce camp de brousse, mais avec un tissu qui joue les accordéons, cela devient carrément une prouesse. Pourtant l’africain qui me l’a apporté d’Abidjan m’a garanti sa qualité.

Voilà, j’ai réussi à gagner quelques centimètres et la robe tombe très bien, frôlant le dessus du pied. Elle est un peu brillante, la couleur est chaude, mettant en valeur mes cheveux bruns et mon teint halé. Le décolleté est parfait. C’est une tenue élégante dont la simplicité est légèrement atténuée par  une pointe d’exotisme et de fantaisie, qui sied parfaitement à l’épouse du gestionnaire du camp, chargée de recevoir tous ceux qui y travaillent, en ce soir de Nouvel An. On pourrait presque la voir dans un défilé de mode. Bon, il est temps que j’aille vérifier que tout est en place.

La soirée commence très bien pour notre hôtesse, le repas préparé par les cuisiniers du camp est excellent et tous les invités ont l’air parfaitement satisfaits. Blancs et noirs, ingénieurs et ouvriers s’amusent dans la plus parfaite harmonie quand on décide d’abandonner la table pour danser. La maîtresse de maison se lève donc et se dit : « tiens, j’ai l’impression que ma robe couvre beaucoup le bout de mes pieds ; je dois me faire des idées »

Mais non, elle ne se fait pas d’idées et au fur et à mesure que le temps passe, la robe, n’ayant pas la qualité de la soie, s’étire, s’allonge lamentablement et, rejouant les accordéons, regagne petit à petit sa longueur d’origine, balayant le sol. Heureusement, au bout d’un certain temps, l’allongement maximum est atteint, et le tissu s’organise, donnant l’illusion d’une sorte de traîne du plus bel effet voulue par le couturier. On a frôlé la catastrophe, mais finalement ça s’est bienpassé.

Gill

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mardi, 02 octobre 2012

chemins étonnants

 

La photo d'un chemin particulièrement étonnant est remise à chacun avec cette consigne:


Vous êtes sur cette route ou sur ce chemin, seul(e) ou accompagné(e), à pied, ou dans un moyen de locomotion de votre choix. Décrivez, sans y réfléchir, vos sensations, vos émotions, vos élucubrations, votre rêve ou votre cauchemar. Vous pouvez vous glisser dans la peau  d’un narrateur qui n’a rien de commun avec vous.

                         En 30 mn  écrivez un texte inspiré de cette illustration

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         les illustrations de cette note proviennent du site internet slideshare.net

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chemin liliane.jpg

 

 

On the road …

 

       Le grand ciel de l’Ouest, symbole de liberté, s’ouvrait devant Jimmy. Une liberté miraculeusement acquise puisque trois heures auparavant il se morfondait encore dans l’une des cellules bordant la ligne verte, au pénitencier de Cincinnati. Il avait fallu un concours de circonstances tout-à- fait extraordinaire pour que Jimmy parvienne à s’emparer des clés et tromper la vigilance des sentinelles postées au sommet des miradors. Un concours de circonstances comme il n’en arrive qu’une fois par siècle…et encore !!

      Toujours est-il qu’il avait pu s’enfuir de la prison et que depuis il courrait. Il courrait comme un dératé sur la route poudreuse et droite comme une règle d’écolier géant, qui ne cessait de s’enfoncer dans un horizon toujours aussi lointain, parmi les vastes champs s’étendant à perte de vue, décidés à nier sans doute l’existence des quatre points cardinaux. On aurait dit qu’un Moïse déguisé en cow boy avait ouvert un chemin à travers cette mer de blé. Présage de délivrance bien sûr. Mais pas un arbre, pas un abri. Rien pour rompre l’immensité. « L’Enfer », murmura Jimmy, les lèvres sèches.

       Le soleil s’était levé depuis longtemps déjà, amenant avec lui une chaleur torride. La peau brûlante, le cœur battant à tout rompre Jimmy courrait.

        Il courrait pour échapper à la mort car, il le savait bien, c’était la Chaise qui l’attendait, à l’autre bout de la route. A chaque fois qu’il y pensait, une sueur froide l’inondait, des pieds à la tête, ralentissant son allure.

       « Je suis innocent !!! » cria-t-il aux nuages, comme il n’avait cessé de le crier depuis son arrestation. Mais personne ne l’avait cru ; et les nuages eux aussi filaient devant lui, indifférents. Un sanglot monta dans sa gorge tandis que des larmes séchaient avant même d’avoir touché ses joues. « Non !  Ils ne m’auront pas ! Melly je t’aime ! Melly attend moi, j’arrive ! Nous nous cacherons, nous passerons la frontière, ils ne nous  retrouveront jamais ! »

      Et à l’idée du bonheur futur, un sourire s’esquissa sur ses lèvres que la chaleur à présent faisait saigner.

   Soudain, un grondement se fit entendre presqu’au dessus de sa tête. Levant les yeux, il aperçut un immense nuage noir qui avançait, prêt à l’engloutir, avec le reste du monde.

            « Hourrah ! L’orage, la pluie, de l’eau enfin !! » S’écria Jimmy en éclatant d’un rire joyeux…

               A ce moment précis, l’hélicoptère du pénitencier surgit juste derrière lui.

                                                                                    El Pé

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chemin Giselle.jpg

 

 

 

 Le chemin scabreux

 

Je suis à ses pieds, ça y est, je lève la tête, j'essaie d'évaluer sa majestueuse hauteur vers le ciel, la difficulté pour aller la voir sur son sommet

Je vois le petit chemin étroit, s'étirer tourner et, disparaître entre deux failles, vraies lames effilées, ce que tu en imposes toi si sombre, si verticale, ma belle, je te respecte et t'admire en même temps, je me fais humble et toute petite pour que tu me laisse aller jusqu'au cœur de tes entrailles,  que tu m'en donnes la force, j'en ai trop envie,

Je sens monter en moi toute l'adrénaline et l'excitation, d'une formidable aventure que rien ne peut arrêter,

Je commence par descendre un escalier taillé dans la roche, pour ensuite  trouver le départ du sentier escarpé seulement protégé du vide, par des piquets en bois reliés les uns aux autres par des fils de fer, c'est bien dérisoire me dis-je !!!!!

Mais  ne regarde pas en bas, droit devant  allez !!!!! , je me sens si minuscule devant cette immensité une vraie tour sombre et tourmentée; ça et là, quelques arbustes rabougris, maigrichons,  tremblotants dans l'air frais matinal, un calme angoissant, oppressant, épaissit l'air,

Pas un chant d'oiseau n'égaye cette escalade, seule une brume s’effilochant, tournoyant, m’accompagne, le sol tantôt pierreux tantôt crayeux dérape sous mes pieds, des pierres se détachent et roulent, me faisant trébucher puis, disparaissent dans le vide si vertigineux ;

plus j'avance et ,  plus mon souffle se fait court , les pauses sont de plus en plus fréquentes et ,   longues  j'ai du mal à repartir , je n'ose plus lever les yeux  ; tant le sommet me semble inaccessible  , ça tourne  ; ça monte  , ça redescend ; le sentier s'étrécie ;  je suis  complètement coincée entre les roches qui se font de plus en plus menaçantes ; suintant d'humidité , une odeur de moisi agresse  mes narines , la poitrine serrée dans un étau , imprégnée de cette humidité froide qui envahit l'atmosphère , je sens un début de panique monter en moi , j'ai une folle envie de voir un peu de bleu du ciel , j'ai hâte de remonter , je me reprends rapidement et continue mon ascension essayant de respirer calmement , je suis bien dans ton ventre là , tu me tiens , je ne peux rien contre ta grandeur  ta force  féroce  , il faut aller  jusqu'au bout ,le cœur cognant ,  les tempes battantes , je me parle , tu ne vas pas capituler maintenant , tu y arrives ,  encore un effort final ,  pense que tu vas pouvoir respirer à plein poumon là-haut ;  admirer le paysage à couper le souffle , crier ,pour écouter l'écho se répercutant  traversant les montagnes , courant dans la vallée , sentir la joie envahir tout mon être  , saisie d'une ivresse incomparable , m'emportant à l'infini ,  au bout du monde .

 Rina

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chemin monique.jpg

 

 

 

CHEMIN ETONNANT


Les murs de ma chambre d’hôpital me pèsent. J’étouffe dans ce clapier. La cloison, face à mon lit, est éclairée d’un poster aux teintes vertes et bleutées. Ce sont mes couleurs justement. Mais a-t-on idée d’exposer ici un tel sujet : une paroi montagneuse d’une verticalité angoissante. Le sommet de cette falaise sans pied ni tête est découpé d’une grande ouverture oblongue qui éclaire les lieux. On y accède par un escalier monumental dont on ne voit pas la base. Cette trouée vers le ciel est certainement l’entrée du Paradis, et cet escalier-purgatoire doit remonter de l’Enfer. On le monte, ou on le descend : c’est selon…

Ce poster est-il une représentation prémonitoire de l’issue de mon passage à l’hôpital ? Me prépare-t-il à un réveil dans un monde meilleur ? Ou pire ? En bas, la masse incandescente des malotrus qui n’ont rien respecté durant leur vie sur terre. En haut, le bout du tunnel, lumineux, attrayant, d’où s’écoule une musique enchanteresse.

Je regarde d’un œil torve le médecin anesthésiste venu m’ausculter et m’interviewer.

J’en viens à le soupçonner d’avoir eu le mauvais goût de coller ce poster au milieu du mur gris souris, couleur soi-disant apaisante… Couleur du temps bardé de brume qui étouffe le paysage extérieur.

Bruine, grisaille, poster, tout m’oppresse. Demain matin, on m’emmène au bloc à huit heures.

Avez-vous d’autres questions ? me dit l’anesthésiste.

Non, pas d’autres questions !

Je suis coincée dans une bulle dépourvue d’oxygène. La paralysie me gagne.

Alors, à demain peut-être…

Mouty

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Entre terre et ciel

Alors que mes mains s’accrochent aux deux rambardes qui m’entourent, juste la pointe de mon pied droit déborde sur l’entrée du chemin. « Chemin », dis-je ? Il n’en a que le nom ; je dirais plutôt « passerelle » s’envolant entre deux mondes, terre rassurante et ciel infini. Je suis terrorisé par le vide que je sens en dessous de moi, plus  que je ne le vois. Il m’attire et m’effraie à la fois. J’ai l’impression d’être en suspension dans une immensité qui m’entoure tout entier, loin du sol, au milieu du ciel, entouré d’un enfer vert, apercevant droit devant moi une petite plate-forme hexagonale semblant s’enrouler autour d’un majestueux tronc d’arbre, salvatrice à mes yeux, je ne sais pas pourquoi.

J’entends une voix douce me dire : « Ecoute –moi, n’entends que moi ; lance-toi, avance les pieds ». Alors, précautionneusement, comme un enfant qui fait ses premiers pas, je m’avance sur les lattes de bois. Par la fente de mes paupières mi-closes et derrière le rideau rassurant de mes cils, je regarde ce qui m’entoure : la cime des grands arbres, sous le chemin, m’apparait alors comme un moelleux tapis vert sur lequel mon corps pourrait tomber sans se blesser. Au dessus de ma tête, je vois le ciel comme un dôme immense et sans fin où je pourrais voler comme un oiseau aussi loin que mes ailes pourraient me porter. J’ai l’impression d’évoluer sur une souple liane jetée d’arbre en arbre dans la forêt tropicale, d’où montent des parfums et des bruits qui laissent deviner une vie inconnue sous mes pieds. Et je marche alors d’un pas assuré, presque rapide, vers la plate-forme qui s’approche de plus en plus. Je suis bien, je n’ai plus peur de rien, le vide est devenu un élément maitrisé, presque naturel.

J’arrive sur la plate-forme, détendu, les yeux grands ouverts, regardant calmement autour de moi, quand j’entends la même voix chaude et rassurante : « Ecoute toujours ma voix, rien que ma voix et maintenant…    réveille-toi ! ». Le Docteur F…. est là, à côté du fauteuil où je suis allongé, et je réalise que c’était ma dernière séance d’hypnose et que sa voix accompagnait ma guérison ; alors, je souris intérieurement, je vais revivre car je n’aurai plus peur du vide. C’est important quand on veut être  parachutiste !

Gill

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