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lundi, 03 avril 2017

la réunion tourne mal

Un jeu nous a permis de trouver les six mots suivants

irrespectueuse   adrénaline   correction

irrationnellement   dégraisser

 

Sur un papier, écrire trois mots d’objets pouvant se trouver dans un salon (meubles, bibelots, objets décoratifs…) puis tirez-en un au sort et choisir un des objets qui s’y trouvent.

 

En 20 minutes imaginez un texte raconté par l’objet choisi, comportant les mots trouvés, dont le thème sera le suivant :

Une réunion de famille ou d’amis dégénère en drame

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The Lady and the unicorn Touch

wikimédia

 

TEMOIN *

Les Riches Heures du Duc de Berry. C’est mon nom. La moindre des corrections, n’est-ce-pas, étant de commencer par se présenter. Oui en effet, je suis une tapisserie. Oh, pas l’original, évidemment, une simple reproduction, mais plutôt réussie ( au niveau des couleurs, je veux dire). Celle où l’on voit la licorne blanche…qui ne s’en remet pas d’ailleurs, la pauvre, depuis le drame. Elle est si sensible !

     Parce que oui, j’ai assisté à un drame. J’en suis, je me dois de le préciser, le seul témoin.

      Hier soir Jérôme, propriétaire des lieux et le mien en l’occurrence, réunissait, comme chaque mardi, dans son salon, trois de ses amis pour faire une partie de  poker. D’habitude, ça se passe bien. Irrationnellement pas hier. Pourquoi ? On est encore à s’interroger, la licorne et moi. L’alcool, bien sûr…

     A cause d’une parole irrespectueuse sans doute, émise par le dénommé Marcel ? : « Oh Gégé, tu espères nous dégraisser, avec ta minable petite paire de huit ? »  Il est indéniable que le Marcel en question est un tantinet vulgaire, mais de là à prendre la mouche comme l’a fait Gégé !! « C’est moi que tu traites de minable, tête de c.., tu t’es regardé ? », bref, ils se sont mis à s’insulter, des mots que je ne peux décemment pas répéter, pas devant une licorne ! Quoiqu’il en soit, le ton a beaucoup monté, l’adrénaline aussi.... Des mots, ils en sont venus aux mains et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le salon est devenu un véritable champ de bataille. Tout était saccagé. Une horreur.

    C’est alors que le pauvre Pierre-Henri, celui que je préfère, tant il est distingué, lui,  en a pris plein la tête, tandis qu’il tentait de trouver un abri sous ce qui restait de table. Plein la tête de chevrotines. Car Jérôme était allé chercher son fusil de chasse. Après, ce fut le tour de Gégé. Puis de Marcel. Mais ce dernier, bien que touché à mort, eut le temps de lancer son cran d’arrêt …qui transperça le cou de Jérôme. Les deux amis ont expiré en même temps, ce qui est bien émouvant, quand on y pense.

     Et voilà. Il est maintenant huit heures. Le soleil s’est levé. La femme de ménage ne va pas tarder à arriver.

        Elle va hurler en découvrant le carnage.

 L’avantage d’être une tapisserie est sans conteste le self control que notre statut nous enjoint de garder en toutes circonstances. Et puis finalement, mon cher Duc, n’est-ce-pas tout simplement une scène de chasse ? Ordinaire.

 

  El Pé

*En hommage à «  WHITNESS », avec ce cher, cher Harrison Ford que j’adore.

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pixabay

 

Mondanités et pugilat

Je savoure mes derniers instants de tranquillité avant la réception. J’ai été nettoyé, dégraissé – et oui, les enfants goûtent souvent sur moi et vous savez ce que c’est, une tartine beurrée est si vite tombée –et j’attends avec courage et résignation tous les postérieurs qui vont m’écraser pendant des heures.

Après le rush des amis, les politesses d’usage, les compliments sur la bonne mine des hôtes, les cadeaux traditionnels, fleurs pour elle et bouteille de Johnnie Walker pour lui, la conversation s’engage, le verre à la main. On mange, on rit, on commente les dernières nouvelles et….. on boit. Armand, comme à son habitude, raconte la dernière blague à la mode, et Noémie, sa femme, comme à son habitude, coupe ses effets et se met à parler sérieusement de sa maison d’édition, des dernières corrections qu’elle a apportées au manuscrit de Ludivine, ennuyant tout le monde. Je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, irrationnellement, je me sens saisi par une terrible angoisse. J’avais raison, l’alcool aidant, le ton monte. Paul accuse Noémie d’être irrespectueuse avec Armand qui lui rétorque qu’il n’a rien à dire à sa femme et se lève d’un bond, saisi d’une bouffée d’adrénaline. J’ai l’impression qu’il n’est pas dans son état normal car il retombe lourdement sur moi, m’étouffant de son poids au passage avant de se remettre debout. A mon avis, le pugilat n’est pas loin.

Les deux hommes face à face se toisent et tout à coup le bras d’Armand se détend et son poing va s’écraser sur le nez de Paul qui s’écroule, heurtant de la tête la table basse en face de moi. Du sang coule de son nez, de son front, il l’essuie, tente de s’appuyer sur moi pour se relever, me maculant de trainées rouges et dégoûtantes, avant de retomber sur le sol, inerte. J’ai des nausées, je ne supporte pas la vue du sang. Alors, en avoir sur moi, vous pensez ! Le chat et le chien, affolés par les cris me sautent dessus, l’un bavant, l’autre griffant ma peau délicate. Avec abnégation, je supporte tout car je m’inquiète pour le pauvre Paul, jusqu’à ce qu’enfin, il ouvre les yeux. Ouf, il n’est pas mort, le vrai drame a été évité de justesse. On le relève, on l’allonge sur moi, on le panse puis finalement on l’emmène pour le ramener chez lui. A mon avis, il aura besoin d’un bon repos. Puis ceux qui restent commentent, analysent, critiquent d’un air sentencieux, avant, ENFIN, de quitter les lieux.

Maintenant que tout le monde est parti, que cette soirée affreuse est terminée, je suis au calme mais je crois quand même que j’aurai du mal à m’en remettre car je reste écœuré, meurtri, maculé et je me demande si je retrouverai mon lustre d’antan.

Gill

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mercredi, 09 janvier 2013

Un moment de douceur en Languedoc

 

                   Une balade, un repas, une dégustation, des vendanges, etc....

                                              dans le Languedoc

                                                  En trente minutes

décrire un moment de douceur grâce aux révélations subtiles des cinq sens

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vigne 1.JPG

free2use-it.com

 

 

BALADE EN LANGUEDOC

L’itinéraire de ma balade estivale est guidé par mon pas nonchalant,  errant entre vignes et garrigue. Mon regard parcourt un tableau coloré où la verdure des haies d’arbustes festonne les champs. Le soleil est déjà haut en cette fin de matinée languedocienne qui présage un après-midi caniculaire. Les ceps attendent de pied ferme cette chaleur qui rougit le raisin tandis que les feuilles s’ourlent d’une frange ocrée. Des chants d’oiseaux encore un peu partout, annonciateurs du silence de la sieste. Seule, l’alouette restera figée dans le ciel turquoise, là-haut, égrenant son babil de petite sirène.

La terre exhale son parfum d’été, odeur âcre mais légère, entrecoupée de celles de lavandes et de rosiers plantés au bout des rangs. La brise maritime y ajoute son air iodé en caressant mes cheveux. Chaque instant est magique.

Je grappille au passage quelques grains mordorés, annonciateurs d’un succulent breuvage.

Ce doux moment m’imprègne pour une éternité.

      Mouty

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haies,arbustes,caniculaire

 

Journée d’été en famille

Il est breton, elle est savoyarde, ils n’auraient pas dû se rencontrer ; Mais les hasards de la vie ont fait que ces deux là n’en ont plus formé qu’un, et cela dure depuis plus de cinquante ans ! Qu’allaient-ils choisir, leur vie devenue commune, l’Ouest iodé ou le pied des montagnes enneigées ? Après bien des voyages, bien des paysages ensoleillés, bien des escales colorées, leur choix pour se reposer entre deux aventures fut ce coin de colline, dans le beau Languedoc, isolé, un peu sauvage, loin de toute agitation. Et là, bien des années après, installés dehors, dans la douceur d’un soir d’automne, ils se rappellent ce jour de bonheur, ce moment de douceur où la famille en vacances était venue les voir dans ce havre de paix, ce repas partagé, ce court instant dans une vie qu’on aurait voulu voir durer une éternité.

Elle avait encore sa mère chérie, un peu fragile déjà, qu’elle avait installée confortablement sous le chêne pour la protéger du soleil ardent. Le chat, béat, ronronnait sur ses genoux. La colline mauve offrait au regard un spectacle reposant qui contrastait avec la lumière éblouissante de la mi-journée. L’air embaumait, mélange subtil des parfums de la garrigue toute proche et des arômes des quelques fleurs qu’elle avait plantées et des petits arbustes amoureusement cultivés, pêchers, abricotiers dont on avait mangé les fruits juteux et  savoureux au dessert. Ses neveux et nièces couraient avec leurs cousins autour de la maison aux murs blancs, toute simple, qui s’intégrait si bien dans le paysage ; les enfants, les joues rougies par le jeu, dont les visages brunis ressemblaient à ceux des petits africains qu’elle avait côtoyés, mêlaient leurs cris de joie et leurs rires au crissement incessant des cigales ; Lui, encore en bonne santé, bien loin de cet accident qui allait transformer leur vie, discutait joyeusement avec son beau-frère tout en surveillant attentivement les sardines grillées dont les effluves agressaient les délicates senteurs de la nature. Non loin, sa chère sœur tentait d’installer une nappe fleurie sur la grande table que  le sol caillouteux et inégal rendait un peu bancale ; mais les coins indisciplinés remontaient, mutins, soulevés par un vent léger bienvenu mais à peine rafraîchissant. Le chien, allongé à l’ombre, surveillait d’un œil mi-clos les préparatifs.

Puis on avait déjeuné, joyeusement, bu un vin rosé bien frais, en devisant. On s’était reposé pendant que le soleil déclinait, doucement, et la journée s’était terminée, comme à regret. Maintenant, la maison était toujours là, toujours à sa place près de la garrigue, eux aussi dans leurs fauteuils, mais un peu vieillis, lui ne pouvant plus guère marcher et elle souffrant pour lui ; certains avaient grandi, d’autres étaient partis et l’insouciance aussi. Ne restait que le souvenir, rangé discrètement dans un tiroir de leur mémoire, d’une belle et douce journée d’été.

   GILL 

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Photos de Gorges d'Heric, Mons la Trivalle
Cette photo de Gorges d'Heric est fournie gracieusement par TripAdvisor

 

 

 Une ballade dans les gorges de l'Heric

 Il y a un bout de temps que j'avais envie de les voir, ces gorges si grandioses, si pittoresques, si impressionnantes, et bien là j'y suis, et je vais les faire découvrir à mon petit fils en vacances, Mel. C'est avec fébrilité et joie qu'on se prépare, ce matin de juillet où la chaleur n'est pas encore trop insupportable, et il faut essayer de ne rien oublier car c'est une grande journée qui va commencer ;  je scrute le ciel souhaitant que le temps soit clément et l'air agréable ; comme à chaque randonnée nous pratiquons le covoiturage, nous montons avec Danielle et en route pour une journée très tonique. Arrivés sur le parking déjà bien plein, nous cherchons une place ; heureusement le parking n'est pas éloigné de l'entrée des gorges, nous pouvons rejoindre tout de suite le départ ; l'étroit chemin, entouré de murailles gigantesques taillées en forme de feuilles d'ardoises très fines me font frissonner, j'ai l'impression de me trouver tout au fond d'un gouffre d'où je vais devoir monter toujours plus haut pour enfin découvrir la lumière, le soleil bienfaisant, l'air vivifiant , mais ce n'est qu'une fugitive , courte  impression  qui dure si peu , car passé un petit pont d'où monte un murmure , puis un bourdonnement assez intense  faisant penser à un essaim de guêpes qui voltige autour de nos oreilles  mais qui reste invisible, c'est l'eau des gorges qui dévale  en cascade , courant , sautillant, se faufilant à travers les grosses pierres, se frayant un chemin; éclaboussant au passage les plantes colorées qui sont autour , profitant d'un bienfait rafraîchissant , lissant les cailloux , jaillissante , impétueuse , elle doit passer coûte que coûte , jusqu'à un élargissement où elle se calme pour former un baignoire ou pataugent des enfants , à certains endroits les roches sont énormes et le serpent se rétrécit ne formant plus qu'un étroit goulot où même les kayaks doivent être tirés par les conducteurs qui soufflent et peinent pour avancer ; des familles entières s'interpellent, plongeant, barbotant plus que nageant , puis s'installent sur des roches pour prendre le soleil ; nous admirons des ados, qui, tous fiers nous montrent leur exploit en se lançant du plus haut rocher quitte à se fracasser tout en bas, mais heureusement , ils remontent hilares sous les applaudissements des spectateurs ;  nous grimpons toujours allègrement entre les failles surmontées de roches, tantôt grises, tantôt rougeâtres , où, par endroits sortent hirsutes des arbustes rabougris , accrochés par miracle entre les pierres et le peu de terre , ils se balancent offrant leur minuscule fleur à nos yeux , il y a peu de végétation ici , c'est la roche, la pierre qui est reine et domine , avec l'eau verdâtre tout en bas , la vie fourmille tout au long de cette ballade , la répercussion des sons monte et va très loin, les  clameurs nous suivent dans cette ascension , nous abordons un escalier qui semble se perdre dans un virage dont on ne peut savoir où il va nous mener , mais si , il va à un petit hameau , nous en sommes loin , nous faisons halte  pour un rafraîchissement bien mérité , et une trempette dans un petit lac , profitant de l'ombre d'un chêne vert , enfin plutôt roussâtre , le temps file,  il nous faut à présent continuer , pour enfin arriver et découvrir le grand plateau qui domine au-dessus des quelques toits du hameau, un petit air frais nous accueille , l'étendue verdoyante , ondoyant sous la brise légère , nous offre une vue époustouflante loin sous la brume de chaleur ; c'est d'une beauté !!!!!  et très impressionnant , et cet air revigorant nous donne des ailes pour le retour.

Mel et moi aussi  avons bien aimé et sommes près pour une autre ballade.

                     Rina

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John William Waterhouse - Magic Circle

wikimédia

 

 

        IL Y A DE CELA LONGTEMPS, TRES LONGTEMPS,

                QUAND L’HOMME SORTAIT A PEINE

                                EN BALBUTIANT

                                  DE             LA

                                  PREHISTOIRE…

 

          L’orage cessa au milieu de la nuit, après avoir duré, bien sûr plusieurs jours. A peu près quatre, ou plutôt trois car à l’évidence et aux dires des anciens, durée et fréquence des colères du ciel raccourcissaient d’année en année. Quoiqu’il en soit, le soleil brillait ce matin –là et Ori s’en réjouit fort.

     Elle adorait se promener après la pluie. La terre sentait si bon ! Les oiseaux chantaient si bien ! Mais surtout, herbes et champignons poussaient alors à profusion et c’était merveille d’en emplir son panier ! Car, le moment est à présent venu de le dévoiler : Ori était une sorcière. Celle d’un petit village accroché aux coteaux embrassant ce que l’on appellerait plus tard la plaine du Languedoc.

      Une jolie sorcière cependant, comme les aimaient déjà les autochtones : yeux de braise, taille souple et allure délurée…Extrêmement compétente toutefois dans sa spécialité ; l’on venait de loin pour la consulter ! Justement ce jour-là, une femme l’avait accostée, en larmes : « Ori, par pitié, avait-elle supplié, fais quelque chose pour moi ! Malgré mes œillades et mes bracelets, Yoko ne me regarde pas, il ne s’intéresse qu’à la chasse ! Même que ça en devient désespérant !! » Ori avait relevé la pauvre délaissée tombée à ses genoux et souriant, lui avait promis un philtre d’amour, autrement dit une boisson qui rendrait fou amoureux le distrait Yoko. Aussi, tout en s’acheminant vers le sommet de la colline, elle cueillit les grains d’un arbuste sauvage qu’elle avait découvert récemment : sucrés, délicieux.

     Une fois là-haut, elle admira comme à l’accoutumée le paysage boisé qui s’étendait jusqu’à cette ligne bleue, féérique, qu’elle ignorait être la mer. Et comme à l’accoutumée, ce fut à cet endroit précis qu’apparut le dieu des forêts pour lui souffler l’un de ses secrets ; cette fois-ci, celui de la confection du philtre d’amour.

       Aussitôt rentée, Ori s’employa à appliquer la recette. Le résultat fut d’une efficacité stupéfiante ! Tant et si bien que tout le monde voulut tester le philtre d’amour. Encore, encore et encore…

      Ainsi naquit le vin. Vous pariez que c’était un Faugères ?

                   ElPé

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dimanche, 11 mars 2012

la vitrine de l'antiquaire

 

Choisir une couleur.

                 Choisir une étoffe

                             Choisir un chiffre.

                                         Choisir une époque.

  Donnez votre sélection à votre voisine

  Vous (ou un personnage de votre choix) êtes face à la vitrine d’un antiquaire, un

objet provoque un souvenir. Racontez en utilisant les qutre paramètres reçus.

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wikimédia

mariage médiéval.jpg

je déambule, flânant sans but aucun à Paris,  dans le onzième arrondissement, jetant ici et là un regard dans les vitrines que je dépasse sans m'arrêter  mais soudain mon regard se pose sur un mannequin paré d'un costume de couleur rouge , un beau rouge qui flamboie et lance des éclairs qui miroitent dans le reflet du soleil matinal ;  je me recule pour mieux l'admirer, tiens, je suis devant la vitrine d'un antiquaire au n°  12.  A l'intérieur, un fouillis de toute sorte d'objets mais,  c'est ce mannequin vêtu de cette si magnifique robe de satin semble-t-il, qui  me frappe ; je plonge  dans une époque si lointaine, le moyen âge, mon regard scrute et enveloppe ce tissus qui semble vivre, suit les volutes qui disparaissent dans le creux des plis plongeant sur le sol bougeant au gré d'un courant d'air tournoyant légèrement; je la vois la belle moyenâgeuse avançant  dans les longs couloirs si froid de son château tenant un pan de sa large robe d'une main, la tête haute, le regard fier, dédaignant les cavaliers qu'elle croise perchés sur les montures de leur chevaux, sabots 

claquants, résonnants dans les murs au sol nu ;  j'entends le froufrou  du satin qui bruisse affleurant le carreau puis je l'aperçois au loin qui se fait  engloutir tout entière par  un pan de tenture, le dédale des corridors s’estompent, puis le château du moyen âge et ses cavaliers et chevaux. Restent devant mes yeux le mannequin et son costume rouge qui ont su m'amener dans ce beau rêve.  

 

Rina

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gif.supertoinette.com

 

mariage adultes.jpg

Pendant un court séjour à l’Isle sur Sorgue, ville par excellence des antiquaires du sud de la France, nous baguenaudions avec mes deux filles d’une boutique à l’autre juste pour le plaisir de se replonger dans les ambiances surannées évoquées par les objets hétéroclites, de toutes provenances, de toutes matières plus ou moins précieuses et rares, de toutes natures.

Soudain, je tombai en arrêt, comme un chien de chasse devant le gibier, en voyant dans une vitrine une robe en jersey léger, bleu-roi, d’un beau bleu profond et lumineux à la fois. Et je plongeai dans mon enfance. J’avais neufans. C’était après la dernière guerre et pour la fête du village, fin mai, ma mère m’avait confectionné une petite robe à mes mesures avec les restes de tissu de la sienne. Ainsi nous avions la même tenue. J’étais très fière de l’arborer sur les manèges et j’appréciais les remarques des gens sur ma ressemblance avec ma mère accentuée par cet effet vestimentaire. Aujourd’hui nous dirions que j’étais son clone. Et mon père était fier aussi de tenir à son bras les deux femmes de sa vie.

J’expliquai tout cela à mes filles ce jour-là.

Un an plus tard, ma seconde fille se mariait et j’eus une agréable surprise, parmi beaucoup d’autres, comme sait en réserver une telle fête. La mariée et sa fille de 9 ans- quelle coïncidence !-portaient la même robe, le même bouquet ; et le marié avait aussi son petit clone dans un costume trois pièces : mon petit-fils de 11ans.

Et bien sûr, les photos sont très belles.

 

Mimi

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gif.supertoinette.com

 

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Gian Lorenzo Bernini

Musée national du Château de Versailles et des Trianons, salon de Diane, Versailles

 

 

La statuette

 

 

 

 

 

Ah ! Ces brocantes porteuses d’histoires, de souvenirs. Je flâne devant les boutiques. L’étalage des objets triture mon imagination. Un bibelot, une étoffe, une couleur me font voyager dans le temps. Méli-mélo d’évènements heureux ou malheureux. Une bribe accrocheuse me plonge dans le passé. Je me laisse engloutir par un amas d’objets disparates qui, simultanément, m’émerveillent, me parlent, me font revivre des bouts de puzzle de ma vie.

 

Je tombe en arrêt devant une statuette représentant Louis XIV, étiquetée N° 6, d’époque récente semble-t-il. La porcelaine, cependant, est d’un vécu affirmé. Quelques éraflures. Rhingrave et justaucorps, bien qu’élimés, arborent encore leur couleur violette sur une chemise de soie blanche au tour de cou élégamment noué.

 

Le fard a disparu, mais le souverain devait en être badigeonné à souhait pour présenter un visage avenant sous sa perruque poudrée.

 

J’imagine les jeux d’épaules et de nuques des donzelles de la cour, jouant de leurs charmes, poitrine offerte sous un décolleté généreux pour capter l’attention de Sa Majesté. L’histoire est là, dans cette vitrine. Cependant, j’imagine aussi un passé récent. Un cadre romantique lorsque la statuette fut offerte à sa destinataire pour marquer un heureux évènement, ou bien dramatique quand elle fut mise au rebut après des obsèques où il fallut se débarrasser de tout ce qui encombrait… Son voyage n’était pas terminé. Elle pouvait encore faire rêver.

 

 

 

Mouty

 

 

 

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lampe 2.jpg

wikipédia

 

 

Michèle habite tout près d’Aix en Provence, très jolie petite ville où elle aime flâner dans les rues piétonnières, et c’est ainsi qu’elle se retrouve aujourd’hui devant la vitrine de son antiquaire préféré. Son regard gourmand glisse sur les objets divers disposés avec art sur des étoffes chatoyantes et elle imagine autant d’histoires survenues au cours des siècles ; soudain, ses yeux sont attirés par une lampe à pétrole installée sur un tissu de satin bleu joliment plissé : cuve en cristal agrémentée de petites feuilles délicatement gravées, surmontée d’une cheminée à renflement permettant à la flamme de s’épanouir et reposant sur un pied de marbre gris clair et un socle presque noir.

Immédiatement elle se sent transportée à paris, dans les années 50, chez sa meilleure amie, Noëlle. Un soir sans électricité car les coupures de courant sont assez fréquentes, et toute la famille autour de la table avec cette lampe au milieu, éclairant de sa faible lueur des visages souriants et aimés. Famille idéale : accueillante, unie, joyeuse, pour elle dont les parents ne s’entendent pas très bien, très occupés par leurs activités  professionnelles, ce qui la laisse souvent livrée à elle-même. En un instant ce seul objet la transporte dans ce monde de l’enfance puis de l’adolescence dont elle est bien loin maintenant et qu’elle a presque oublié. Coïncidence d’ailleurs, hier elle a projeté de donner à sa petite-fille de sept ans un collier d’ivoire reçu de la mère de Noëlle pour sa communion. Elle a l’impression que ces objets veulent l’amener à se souvenir de ces moments joyeux.

Le regard toujours sur la lampe, elle revient à la réalité. Pendant un instant, l’envie de l’acheter est très forte puis finalement, elle reprend sa route se disant qu’il n’est pas nécessaire de posséder un objet pour se souvenir. Tout est là, dans le cœur.

Gill

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              Le Marais dix heures du matin. Heure délicieuse pour flâner dans une ville quand il fait beau ! C’est le cas aujourd’hui. Le soleil a choisi ce quartier de Paris pour égayer place et arcades. Quelques uns de ses rayons parviennent même à redonner un petit coup de jeune aux vitrines des antiquaires. D’ordinaire, chiner n’est pas, tant s’en faut, mon hobby favori ; à la rigueur, la visite des musées et encore ! Que voulez-vous, les objets du passé ne me parlent pas, désolée…mais ce matin, allez savoir pourquoi, je m’attarde aux devantures, souris à quelque vestige de siècles révolus…Tiens, en voilà un justement : un coffret, à peine plus grand qu’une boîte à chaussures et recouvert de satin, d’un bleu un peu fané. Il aurait  appartenu à Madame de Maintenon, indique une vignette très discrète. Je le crois volontiers. La simplicité de l’objet dénonce le Jansénisme de la royale compagne, ennemie, comme on le sait, de toute forme de bling-bling.

              Qu’a donc bien pu contenir cette boîte ? Quels secrets, Quelles tendresses peut-être ? Et pendant que je m’interroge, ma mémoire, elle, décide de faire l’école buissonnière et de remonter le temps loin, loin, jusqu’à redécouvrir un autre coffret. Modeste également mais d’un tout autre style, un peu plus petit aussi. Lui est recouvert de minuscules coquillages et sur son couvercle on peut lire : Souvenir de Marseille. Ma grand-mère l’avait ramené d’un de ses rares voyages en métropole et depuis il trônait sur l’étagère du « cosy », meuble indispensable à toute chambre des années 50,  se dressant fièrement à la tête du lit. Vintage en diable, le coquin.

            Les Jeudi et Dimanche après-midis, allongée près de ma Mémé sur (et non dans) le lit, j’étais sensée faire la sieste. Il faisait si chaud dès le mois de Mars en Algérie ! Aussi tout le monde y allait de son petit somme. Tout le monde sauf moi. Car, dès que ma grand-mère était endormie, je me saisissais du coffret marseillais et m’employais à en détacher une petite dizaine de coquillages. Ils devenaient, selon les jours, enfants diablotins, héros de Nous Deux (que je dévorais la nuit en cachette) ou armée du débarquement en Normandie. Ainsi, grâce à mes contes des mille et une siestes, je passais de façon fort agréable cette heure  sacrosainte…mais tant détestée des enfants.

   Ma grand-mère a toujours fait semblant de ne s’apercevoir de rien, même quand son joli souvenir s’est mis à ressembler de plus en plus au cou déplumé d’un dindon. Il est vrai toutefois que pour elle, l’Art d’être Grand-Mère n’était pas de la littérature…

             Et me revoilà devant la vitrine de l’antiquaire, imaginant mes petits coquillages s’égrenant au fil des ans, comme les cailloux du Petit Poucet…Il me vient alors curieusement le désir de rassembler leurs fantômes, dans une boîte, plus gentille que celle de Pandore, puisqu’elle me ferait voyager dans le temps, dès que j’en soulèverais le couvercle…

            Tiens, je vais entrer demander le prix du coffret de satin bleu. Je sens, derrière mon dos, Madame de Maintenon qui sourit déjà.

 

                                                                 El Pé

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