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jeudi, 23 mars 2017

Quel Au-delà?

En 30 minutes, écrire un texte sur le sujet :

Si l’au-delà existait, pour vous que serait-il ?

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Un de nos jeune lecteurs, Mark, a été inspiré par notre consigne et c'est avec plaisir que nous vous invitons à découvrir son texte.

 

patient sur lit.jpg

 

PEETAYABLE,

VIENS

 

Une nouvelle de Mark K.

 

    Je me réveille, puis je vois que je suis allongé sur un lit d’hôpital. Mais soudain, j’ai du mal à respirer. J’entends le son continu émis par la machine qui indique mon pouls, ce qui veut dire que mon cœur a cessé de battre. Je pousse un long souffle, je sais que tout est fini, et tout disparait.

      Je suis à présent de nouveau allongé, mais sur un sol à la fois dur et tendre. Je ne sais pas comment, mais je me trouve dans une position assez confortable, très confortable même. Je peux, si je le veux, rester en cette position pendant des heures, des jours, des années peut-être … mais je décide d’ouvrir les yeux. Je vois que je me trouve dans un endroit familier, je le sais, mais je n’arrive pas à le reconnaître. En tout cas, il est doté d’étranges modifications. Il n’y a que la tendre herbe du printemps et les arbres autour. Soudain, une révélation m’apparait. Je reconnais la clairière. Ma clairière. Je m’y étais souvent rendu quand j’étais encore un enfant. Les balançoires, les bancs et les constructions alentour ont pourtant disparu. Il n’y a cependant aucune couleur, aucune ombre, ni aucune nuance. Tout est d’un blanc si éblouissant que j’ai difficulté à voir le contour des arbres et de l’herbe. Je me rends compte que je n’ai plus mes lunettes de vue et que je vois parfaitement de mes propres yeux. J’essaye de comprendre ce qui se passe quand je vois que je porte une vieille robe miteuse. La première chose que je remarque, c’est qu’elle ne me va pas du tout. Malgré mon agréable position, je décide de me lever afin de regarder ce qu’il y avait derrière moi. En me levant, je remarque que je n’ai éprouvé aucune difficulté à exécuter ce mouvement contrairement au moment où je me trouvais à l’hôpital. Derrière moi se tient une jeune femme, une très charmante jeune femme, je la reconnais tout de suite : c’est Marie, ma fille.

      Marie se tient droite, ses longs cheveux auburn ondulant sur ses magnifiques vêtements d’un goût exquis. Je vois qu’une rose blanche est posée dans ses cheveux, elle est magnifique et semble être en tellement bonne santé qu’on aurait cru qu’elle ne fanerait jamais. Mais un détail m’intrigue beaucoup :

-  Mais … tu es morte !

-  Papa … répondit Marie d’un ton calme

-  Alors … ça veut dire que moi aussi, je suis mort ?!

Marie ne répond pas. Elle se contente d’esquisser un léger sourire. Mais j’interromps le silence :

-  Mais … qu’est-ce que je dois faire ? Où suis-je ?

-  C’est une bonne question. D’après toi, où sommes-nous ?

Eh bien … on est dans la clairière où j’étais quand j’étais petit, mais pourquoi ? Tout est blanc, il n’y a que la nature, il n’y a aucune construction.

Je suis tellement désappointé que j’ai la grande maladresse de lui dire :

-  Explique-moi comment tu as fait ça !

Ce n’est pas moi qui ai fait tout ça. On ne se situe pas réellement au milieu de la clairière en ce moment même. On est là-haut. Là où tu sais. Nous sommes tous deux au paradis.

J’ai comme l’impression que le silence s’amplifie à une vitesse effrayante. Je crois que je suis resté bouche bée, mais qu’importe, mon grand bouleversement ne peut y remédier de toutes façons.

« Ce n’est pas possible … non … tout cela n’est pas réel, c’est sûrement un rêve que je suis en train de faire … » marmonnai-je.

Je ne peux pas croire à une telle chose, cela peut paraître bête, mais l’idée d’y penser m’effraie.

- Tu es morte ! Tu ne peux pas te tenir comme ça devant moi ! Et pourquoi moi je suis soi-disant mort si là je suis vivant ?! criai-je

- Je suis morte, oui. Toi aussi tu es mort à présent. Le paradis est réel, je t’assure. La seule chose fausse, c’est que les catholiques pensent que Dieu nous fait passer le jugement dernier avant de connaître notre destination. Comme tu le vois, tu es allé directement au paradis. C’est la même chose pour ceux qui sont allés en enfer, si néanmoins il existe. Il y a une rumeur qui circule parmi les gens d’ici, ils pensent que les gens qui sont censés aller en enfer ne bénéficient peut-être pas d’une seconde vie éternelle comme celle qu’on a. C'est-à-dire que dès qu’ils meurent, ils ne réapparaissent pas comme toi dans un autre endroit, c’est qu’ils ne sont plus rien, ils ne voient plus rien, ne sentent plus rien. Mais tu as la chance d’être venu au paradis, et cela ne m’étonne pas.

Je suis littéralement figé. Cette nouvelle me rend très heureux, tout joyeux. Et dire qu’il y a seulement quelques secondes, j’étais effrayé, pris de panique.

- C’est merveilleux ! Le paradis … il existe vraiment ! C’est fantastique ! Mais dis-donc ! Pourquoi as-tu de magnifiques vêtements, tandis que moi je porte une robe miteuse ?

- Il suffit de penser … de vouloir … me répond Marie

Qu’est-ce que Marie veut-elle dire par là ? Que veut-elle dire par penser ou vouloir ? Penser ? Comment faut-il le penser ? Qu’est-ce qu’il faut penser ? Cependant, le vouloir parait beaucoup plus facile que de le penser. Alors je dis ces mots dans ma tête :

« Je veux de beaux vêtements. »

Pourtant, rien n’apparait, aucun changement, j’ai toujours ma robe ridicule sur moi. Je jette un coup d’œil derrière moi, aucun vêtement en vue sur le sol. Je me demande alors comment faut-il le vouloir … je n’ai peut-être pas été assez poli ou précis. Je pense qu’il faut que je visualise les vêtements dans ma tête, je vais commencer par le haut. Le chapeau … j’aimerais avoir un béret noir surmonté d’un pompon blanc. Le haut … peut-être qu’une chemise blanche en lin à manches courtes m’irait bien, je n’en doute pas. Ensuite je porterai un jean et pour les chaussures … je pense que des mocassins d’un bleu pâle seraient une merveille ! Alors je visualise l’ensemble sur moi pour voir ce que cela donne. Soudainement, ma robe miteuse est remplacée par une chemise blanche en lin avec des manches courtes, par un jean et par des mocassins d’un bleu pâle, sans oublier mon joli béret noir avec un pompon blanc.

- C’est vraiment fantastique ! m’exclamai-je

- Ah … Il ne te manque plus que les lunettes ! répond Marie avec un petit gloussement

- Oh tu sais … Il est temps que je change d’apparence, je pense que mon visage sans lunettes n’est pas si terrible tout de même, il faudrait que je me voie !

Mais je me rends compte que je n’avais pas de miroir à portée. Alors je demande dans ma tête :

« Je souhaiterais avoir un petit miroir de poche et pratique. »

Alors un petit miroir apparait sur le sol à mes pieds. Il semble léger. Le contour du miroir est blanc, sûrement de l’argent mais extrêmement blanchi. Il est orné de pierres précieuses de toutes les couleurs, il y a de l’or, du Rubis, il y a également du diamant d’un bleu marin accompagné de quelques saphirs d’une exquise couleur violette, et pour finir de l’émeraude d’un vert printanier. C’était exactement le miroir que je rêvais d’avoir durant ma vie entière ! Il est luxueux et pratique. Alors je me regarde, je contemple mon visage sans lunettes.

« Oh ! Ça va ! Je ne suis pas si terrible que ça sans mes lunettes ! »

Je vois que Marie est en train de glousser. Se moque-t-elle de ma réaction ? Je lui jette un regard sceptique.

      Soudain, le décor change de couleur, le blanc éblouissant se transforme en un rouge de sang. J’entends également un son d’alarme, tel le son du réveil qui me met debout chaque matin. Je ne sais pas pourquoi la clairière blanche est devenue rouge, mais ce changement m’inquiète fortement.

« Que se passe-t-il ? » demandai-je

Marie ne me répond pas. Elle semble tout aussi tourmentée que moi. Son visage parait si apeuré qu’on aurait cru que son sang s’est glacé.

- Il faut vite que tu fasses ton choix ! s’exclame-t-elle

- Comment ?!

- Le décor est devenu rouge ! Le son d’alarme ! Tu dois faire le choix ultime pour ta deuxième vie !

Je remarque que la clairière rétrécit. J’essaye de courir, tentant de fuir ce rapetissement progressif, en vain, Marie me retient par les épaules. La clairière se découpe en un cercle parfait, et je me trouve au milieu de ce cercle.

- Explique-moi ! criai-je

- Pour le reste de ta vie éternelle, souhaites-tu qu’elle se déroule au paradis, avec les personnes qui te sont les plus chères, ou bien que tu deviennes un fantôme et que tu regardes les vivants ainsi que l’évolution du monde ?

J’entame un long moment de réflexion, je songe aux avantages et aux inconvénients de chaque possibilité. Tandis que le cercle se resserre, mes pensées se développent et se troublent à la fois. C’est à me rendre fou. Marie essaye de me parler, seulement, je ne saisis pas un mot de ce qu’elle dit. Mais elle est projetée en arrière et tombe hors de la clairière, dans le vide.

« Marie ! » ai-je crié de toutes mes forces

La rose blanche dans ses cheveux a été ôtée par la force de la projection, elle est éjectée et se fond dans le vide, partie définitivement. Pourquoi Marie a-t-elle été repoussée hors du cercle ?  Une réponse que je n’obtiendrai peut-être jamais.

      Le volume de l’alarme s’amplifie. Je dois faire mon choix, je le sais. Vivre à jamais ou bien devenir un fantôme ? Le choix m’est impossible. Je veux voir mes amis et ma famille en vie sur Terre, je ne pourrais pas passer une journée sans eux. Je veux devenir un fantôme, c’est décidé ! Mais je n’ai pas songé aux inconvénients. Je ne pourrai pas leur parler. Je ne pourrai pas les toucher. Et par-dessus tout, je ne pourrai pas les rejoindre au paradis quand ils seront morts, ils ne seront plus là. Finalement, je conclus que ma vie se déroulera au paradis. Certes, je ne pourrai pas les voir pendant un temps indéterminé. Je vais devoir faire preuve de patience. Mais pendant combien de temps ne pourrai-je pas les voir ? Des mois ? Des années ? Des décennies ?

      Le son de l’alarme me ramène à la réalité. Le rayon du cercle ne mesure plus que deux mètres. Terrifié, je crie :

« Vite ! Je veux vivre au paradis ! »

Seulement, rien ne change, rien ne se passe. Je rajoute ridiculement :

« S’il-vous-plaît ! »

Aucune réponse. Pourtant, je l’ai bien voulu, et poliment. Ils n’ont même pas le culot de me ramener au paradis ? Toutefois, je me rappelle que Marie m’avait dit :

« Il suffit de penser … de vouloir … »

      Je suis le milieu d’un cercle de rayon un mètre quand je comprends enfin ce que je dois faire. Mais l’alarme résonne tellement fort que je fais un début de migraine. Mes tympans sont percés et ma tête me fait souffrir. Il ne reste plus qu’une chose à faire. Si je tombe dans le vide, je serai un fantôme à jamais.

      Il faut que j’imagine ma deuxième vie. Je suis sur les nuages, auprès de Marie. Le bonheur, la satisfaction d’avoir fait le bon choix, la douceur et la saveur de cette vie seront présents même dans les temps les plus sombres. Mes pieds sont au bord du vide tandis que je suis élevé en l’air. Je me trouve comme au milieu d’une tornade. Je vole au cœur de cette tempête.  Le ciel pourpre se transforme en un vide bleuté dans lequel je suis projeté, puis tout disparait à nouveau.

      Je demeure tout à coup debout sur le sol. Je suis à deux doigts de tomber, mais je me rattrape à temps sur quelqu’un. Ce dernier pousse un petit cri puis s’écrie avec stupeur :

« Faites attention avant de vous appuyer sur une personne ! »

Marie me regarde d’un air abruti, avant de me reconnaitre et de s’excuser aussitôt.

- Tu as finalement choisi de vivre au paradis ? déclare-t-elle avec une certaine gêne

- Oui, mais j’ai failli devenir un fantôme et tomber dans le vide

Un spectre apparait devant moi, il émet un petit bruit puis déclare :

« Bonjour et bienvenue au sein du domaine des morts, dans le ciel serein, à l’Elysée céleste : le paradis. Je suis votre guide, vous allez découvrir ce somptueux monde avec moi. Je vais tout d’abord vous montrer votre maison. »

Marie prend ma main et dit au spectre :

« Amène-nous. »

      Nous sommes aussitôt transférés par téléportation. J’ai soudainement la tête qui tourne, je manque de vomir sur les souliers de Marie. Pour la première fois, je peux quand même vomir avec dignité, mais je me retiens. Nous nous trouvons dans un charmant paysage, sûrement dans un « beau-quartier ». Ma maison parait grande. Elle est entièrement blanche, comme la clairière où je me suis retrouvé auparavant. La demeure est entourée d’un jardin avec des plantes colorées, beaucoup de fleurs et un champ de roses blanches. Ces roses me frappent particulièrement, ce sont les mêmes que celle que Marie portait dans ses cheveux. J’éprouve une grande satisfaction, puis dis :

« Ensuite ? »

Le spectre commence alors son récit, il présente d’abord les jardins, les voisins, le quartier puis il précise que la nourriture est universelle, qu’il suffit de penser, de vouloir le plat pour l’avoir en main. Il présente ensuite les bâtiments dans lesquels nous pouvons apprendre ou améliorer nos pouvoirs que les vivants n’ont pas, comme la téléportation ou la demande par la pensée. Je trouve cela vraiment ingénieux, bien que je n’aie jamais assisté à une leçon. Lorsque le spectre termine ses descriptions, il finit par dire :

- Je suis disponible à tout moment, si vous ressentez le moindre besoin de ma présence, appelez-moi en disant « Peetayable, viens » et je viens vers vous instantanément.

- Merci beaucoup Peetayable, je réponds

- Au revoir, monsieur Patrice.

Le spectre disparait aussitôt en se fondant avec la couleur du paysage. Je trouve le nom du spectre vraiment amusant, même ridicule. Il n’est même pas fichu d’avoir un nom décent, son nom est même pitoyable. Je me mets à ricaner silencieusement. Je ris pendant un bon moment avant de prendre la main de Marie. Nous marchons ensemble au loin, je viens de quitter la vie, même si elle est réapparue différemment.

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Post Mortem

Oui, oui, c’est bien comme on le raconte. Au début du moins. D’abord, je veux dire juste après le grand soupir et le noir, il y a eu cette montée à toute vitesse  jusqu’au plafond du bloc opératoire, et tous ces gens s’agitant en bas, autour de ce qui me semblait bien être mon corps, mais en bien plus mauvais état que la dernière fois que je l’avais aperçu, c’est-à-dire deux secondes avant l’accident. « Ah bon, je suis morte alors ? ». Mais pas le temps de m’apitoyer sur mon sort. Re-noir, puis, aussitôt, arrivée dans ce qui paraissait bien être un gigantesque hall d’aéroport, avec des guichets, à perte de vue, tout au fond. Et d’interminables files d’attente devant.

       «_ On en a pour longtemps ? » demandai-je au mec qui me précédait, un superbe hindou surmonté d’un non moins superbe turban bleu.

- Cela dépend des files. Certaines avancent dans la journée, d’autres pas. Moi, en temps terrestre, ça fait à peu près quatre-vingts ans que je suis là.

-Quatre-vingts ans !! Ouh, ça fait long !!

-Qu’’est-ce-que ça peut bien faire ? De toute façon, on a l’éternité devant nous, hein ? Et puis, finalement, je ne suis pas tellement pressé de connaitre le verdict…

-Le verdict ?  Ah oui, vous voulez dire le jugement ?

-Ouais. Vous savez, les mots varient selon les cultures.

-Dites-donc, vous avez l’air d’en connaitre un rayon ! Alors, en gros, ça se passe comment ?

-Hé bien, en arrivant devant l’ange, celui qui est derrière le guichet (ouais, c’est un ange, même s’il est en costard-cravate), vous allez remplir un tas de formulaires, de questionnaires, tout ça quoi, qu’un ordi va tout de suite analyser ; et de là, vous serez dirigée vers une des milliers de salles d’attente.

-Encore attendre ! Et ensuite ?

-Ensuite, une commission va statuer sur votre cas.

-Une commission. Composée de ?

-D’archanges, de prophètes de toutes les religions, de philosophes et même de quelques leaders politiques, je me demande bien pourquoi, d’ailleurs… et puis à la fin du débat, c’est le président qui décidera de votre sort en première instance. La décision finale revenant à Saint Pierre ou quelque soit le nom qu’on lui donne. Pour moi, je suppose que ce sera Vishnou…

-Et alors, et alors ?

-Hé bien, comme vous ne l’ignorez pas, l’Enfer, n’est-ce-pas, étant les Autres, soit vous faites le circuit en boucles, pour l’Eternité, soit vous revenez dans les files d’attente pour une période déterminée : c’est le Purgatoire, soit vous allez directement au Paradis…

-Au Paradis !!! Mais, attendez un peu, comment vous savez tout ça, vous ?

-Le mec devant moi, là, dans la file, il a écopé de six mille ans de Purgatoire, une broutille, quoi ! C’est lui qui m’a rencardé.

-Ben dîtes-donc !  Alors, vous disiez que le Paradis  existe vraiment ? Pas croyable !

-Je veux, oui ; Là-bas, on choisit sans cesse ce que l’on souhaite faire : revivre les meilleurs moments de sa vie,  rencontrer aussi les gens que l’on aime ou…

-Vous voulez dire que je pourrai revivre mon enfance …ou mes premières surprise-parties… et, quand ça me chante, aller tailler une bavette avec Mozart, Louise Michel ou Coluche, ou encore…

-Exactement. Mais dis donc, tu t’attendais à quoi, toi ?*

-Moi ? Oh, à …rien.

 

          El Pé

 

*Oui, bien sûr, le ton est devenu de plus en plus familier au cours de l’entretien, normal, non ? Comme disait Boris Vian : « Ce n’est pas une raison parce qu’on est mort.. »

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dimanche, 13 mars 2016

Le dernier jour

En 20 minutes, écrivez un texte libre sur le thème

« C’est le dernier jour »

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pixabay

 

 Le dernier jour                

       Par habitude, il a failli ranger son bleu dans le placard, ne s’en ravisant qu’à la dernière seconde, avec un sourire amer. Alors, il le jette dans un coin avec ses souliers dits « de sécurité » par-dessus.

   Quant au placard, François (appelons-le François) a vite fait de le vider : un tee shirt de rechange  pour le cas où, trois bouquins policiers qu’il devait rendre à Manu depuis six mois et enfin une photo de sa femme et de ses deux gosses datant d’au moins dix ans. De l’époque où l’on avait le temps de les montrer aux copains, de bavarder, de rigoler pendant que l’on se changeait. Juste avant d’aller boire un coup ensemble au bistrot d’en face , manière de ne pas se séparer tout de suite, après la journée de boulot.

     C’est bien fini tout ça. Depuis un bail. La télé peut-être ? Allez savoir…

 Les autres, autour de lui, se changent en silence, gênés. Il les comprend. Il sait bien qu’ils ne peuvent rien y faire, même s’ils avaient imaginé tout autrement son départ. Avec le pot, la canne à pêche à moulinet et le discours du patron- enfin l’autre, pas le nouveau, qu’on ne voit jamais et qui parait-il, sort d’une grande école de commerce-. Bref, un départ à la retraite normal. Pas forcé. Pas avec trois ans d’avance pour cause de compression de personnel. Pas avec cette étiquette de « chômeur de longue durée » qui va lui coller à la peau sitôt passée la porte de la boite.

   Dernier jour. Après avoir bossé quarante ans dans cette usine. Dernier jour. Les yeux lui piquent un peu. Allons, faut pas s’attarder. Il remonte d’un coup sec la fermeture éclair de son blouson, lance un « Salut les gars » un peu enroué auquel répond le « Salut François » tout aussi enroué du chef d’équipe, repris par celui, à peine audible, des copains. Il les comprend. Ils sont en train de se dire : « A qui le tour demain ? »

     Il sort. Seul. Dehors il pleut. Quelle vacherie. Manquait plus qu’ça.

 

               El Pé

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pixabay

 

C’est le dernier jour

C’est le dernier jour : Ouf !

« Vive les vacances » dit-on. Et bien, moi, je dis « vive la rentrée ». C’est beau les petits anges quand ça dort, mais le reste du temps c’est souvent la galère ! Pourtant vous l’avez bien voulu puisque vous vous êtes proposée de garder la progéniture de votre descendance en dehors de la période scolaire…

A la tendresse des regards de vos enfants, vous avez constaté que vous tapiez juste dans le type de cadeaux que vous pourriez leur faire. Mais vous avez aperçu des œillades vipérines accompagnées de quelques petits gestes de désappointement, si ce n’est d’exaspération chez la deuxième génération. Pour la bande de minus ça ne voulait pas dire « vacances à la mer », mais « vacances à la campagne ». Vous les soupçonniez alors de préparer des coups fumants pour vous en faire voir des vertes et des pas mûres. Avec juste raison, la suite confirmant votre impression non avouée de temps d’esclavage.

Vous aviez pourtant organisé votre planning pour le plaisir de tous : stage de planche à voile pour les deux plus grands, stage d’équitation pour les deux suivants, dont ils revenaient avec des poux grâce aux bombes qui passaient de tête en tête, stage de natation pour les deux cadets, petits loisirs créatifs, et cocooning pour les deux derniers.

En résumé, des heures de taxi, de ménage, de courses, de préparation de bouffe, de toilette, sans compter les pipis au lit, les chamailleries, et j’en passe.

Et les activités qui se bousculaient, se chevauchaient, vous transformant en zombie avant la fin de chaque soirée, du premier au dernier jour.

A la fin, vous n’avez même plus la force de dire « Ouf ».

 

Mouty

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Statue Of 'Justice' Old Bailey

wikimédia

 

Le dernier jour du condamné

Oui, je le sais, demain, à cette heure-ci, je serai ailleurs, en Enfer sans doute. Cela ne me changera pas, je me suis habitué à la chaleur du feu.

Je suis ce qu’on appelle communément un tueur en série. Quoique !  Quand on dit tueur, on dit mort, et quand on dit mort, on dit corps. Et personne n’a jamais retrouvé les corps des personnes que j’ai censément tuées. Bien sûr, on a retrouvé un petit carnet noir, des restes calcinés dans des villas que j’ai occupées, mais pas de corps, j’insiste.

Demandez à ma femme, je suis un bon père, je suis un bon époux qui subvient très correctement aux besoins de sa famille. Demandez à mes parents, j’ai été un enfant désiré, d’où mon prénom d’ailleurs, chéri de son père et de sa mère.

Certes, je suis un escroc, mais entre le vol et l’assassinat, il y a de la marge. Quant à mes nombreuses conquêtes, ces femmes qui m’ont offert leur argent, je n’y peux rien si je les ai séduites. Je n’ai pas un physique attrayant et pourtant, je plais. Et grâce à Monsieur le Président de la Cour d’Assises, ma femme sait maintenant que je l’ai trompée !

Lors de mon procès, j’ai bien senti que mon éloquence remplie d’ironie et de bons mots m’attirait la sympathie du public et je pensais qu’il en serait de même pour les jurés qui parviendraient à un autre verdict. Cela n’a pas été, je ne les ai pas séduits, j’ai joué, j’ai perdu. La peine de mort…..ils ont prononcé la peine de mort….. et mon recours en grâce a été rejeté.

Aussi, aujourd’hui, c’est mon dernier jour. Demain, à l’aube, j’emporterai mon secret avec moi. N’ayant jamais avoué les crimes dont on m’accuse, je partirai « avec mon petit bagage », laissant les questions sans réponses, alors, je sais qu’on parlera longtemps de moi.

Mon prénom, c’est Henri Désiré, mon surnom, « le Barbe-Bleue de Gambais »

Gill

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dimanche, 05 octobre 2014

Chemin de rêve ou de cauchemar

SUR LE CHEMIN DE MON RÊVE OU DE MON CAUCHEMAR

 En 25 minutes, écrire un texte sur une feuille comportant une illustration de chemin. Le narrateur est sur ce chemin et livre son admiration ou son effroi en décrivant le paysage, ce qu’il lui suggère, et peut-être son cheminement intérieur ou ses souvenirs. Fiction ou réalité, au choix.

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L’OASIS DE L’ERRANCE

Je marche depuis des heures. Je ne sens plus la plante de mes pieds. Mes vertèbres se tassent douloureusement sous le poids de mon sac à dos et m’exaspèrent. Ma tête est prise dans un vertige qui fait tanguer l’horizon. Je ne sais où je vais. Je n’ai pas de but. La chaleur harassante me transforme en zombie. Le soleil a fixé ses rayons sur la prairie qui offre une palette nuancée de jaune d’or. Il commence pourtant sa fin de course journalière. Quelques légers nuages ouatent le cobalt du ciel d’été.

Tout à coup, un arbre, là-bas, dans l’immensité uniforme. Un arbre, donc une ombre. Ah ! Mon sauveur ! Instantanément, je tombe amoureuse de toi, de ta prestance, de ton abri de rêve. J’enlacerai sans tarder ce tronc rugueux, et goûterai la douceur des  feuilles caressantes. Je serai  ragaillardie par ta couche d’herbes fraîches. Tu es mon oasis.

Un souvenir m’envahit : celui d’une forêt froide et sombre où je m’étais perdue. J’y avais subi une humidité malsaine qui m’avait anéantie, réduite à l’état d’éponge flasque.

Ici tu es MON arbre, mon seul et unique, mon réconfort.

Je suis enfin à tes pieds. Je jouis de ta présence dans ce monde austère. Je t’ai enfin trouvé, Oasis de l’errance.

Mouty

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Chemin…de fer

     « Le p’tit train, s’en va dans la campagne… », Enfin, « s’en va » !, Un présent pas du tout d’actualité, en l’occurrence !

   La voie ferrée est désaffectée depuis longtemps : des herbes folles poussent entre les rails, et les traverses de bois manquantes la font ressembler à un sourire édenté.

   Un chemin de fer désaffecté dans un paysage bucolique si paisible, si lumineux qu’on le dirait peint par Cézanne. Mais où donc menait cette voie ? Ah !!

     Spontanément, on dirait : « Aux vacances bien sûr ! ». Dans quelque village pittoresque, blotti au creux d’un vallon fleuri, refuge béni de citadins chanceux, épris d’air pur et de lait de ferme… Ou bien encore vers quelque camp scout, fréquenté par nos parents dans l’entre deux guerres ! Et on les verrait presque, ces gamins en shorts kakis et chemises rouges, groupés autour d’un feu de camp et chantant sous les étoiles…

      Et bien non, malheureusement. Cette voie désaffectée, glissant dans ce décor champêtre conduit tout droit vers un lieu qui n’existe plus et avait nom : Dachau.

PS : Il s’agit du petit train des Rita Mitsuko, bien entendu.                

El Pé

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Le pont

Sur le chemin, les arbres sans feuilles m’entourent de leurs hautes statures et semblent désolés en attendant une saison plus clémente. Des branches et des souches jonchent le sol, m’obligeant à regarder par terre pour ne pas me buter. De la mousse et des feuilles d’un beau vert longent le sentier apportant une note de fraîcheur et de vivante nature. Il règne une atmosphère mélancolique mais pas désagréable, sereine pourrait-on dire.

Ce n’est pas un bois d’été, mais il me fait quand même penser aux promenades de l’enfance, pendant les grandes vacances à la campagne. Joyeuses promenades qui regroupaient toute la famille, où nous chantions pour ne pas sentir les kilomètres défiler sous nos pieds, où nous marchions en cadence d’un pas allègre, où nous cueillions noisettes ou fruits de ronciers et où nous avions parfois la chance d’apercevoir une famille de faisans.

Mais revenons à la réalité. Pour l’instant le chemin arrive à l’entrée d’un petit pont qui n’a pas l’air bien solide. Qu’enjambe-t-il d’ailleurs ? Un ruisseau ? Il ne semble pas y avoir d’eau mais un enchevêtrement de branches sèches qui masque la profondeur peut-être plus importante qu’elle n’en a l’air. J’hésite ; le pont a l’air vermoulu ; s’il s’écroulait sous mon poids ? Mais si je ne passe pas, je suis obligée de rebrousser chemin et je ne pourrai pas poursuivre ma promenade. Alors, après quelques secondes de réflexion, en me disant : « advienne que pourra », je m’élance et traverse le pont en trois sauts pour me retrouver, saine et sauve, de l’autre côté, ravie de pouvoir continuer mon chemin.

Il en est ainsi dans la vie. Il faut savoir prendre des risques pour pouvoir avancer. Sinon, le temps passe sans qu’on n’ait jamais rien accompli.

Gill

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Sur le chemin de mon imagination

 

Le vent souffle et fait chanter mes oreilles, je marche tranquillement sur ce chemin désert où tout semble calme et reposant ......

Mais pourquoi mon imagination me joue -t-elle des tours ? , impossible de la juguler , elle ne court pas elle galope à la vitesse d'un animal apeuré .... Je me vois tel l' acteur vedette dans le film Ben Hur , attelée à un chariot en donnant des coups de cravaches à un cheval furieux bavant et fumant par ses efforts désespérés .

Complètement prise par cet enfer, je décolle du chemin avec le chariot et le cheval se met à rire en montrant ses deux rangées de dents blanches comme de la nacre.

Je vole ! ... et oui je vole ! ... les cheveux dans le vent ... je passe au dessus des pins et je m'enfonce dans les nuages floconneux du ciel du midi.

Et puis soudain comme revenue à une triste réalité, je me retrouve sur le sol face contre terre et les bras en croix ..... mirage ou folie ? je ne le saurai jamais, et encore aujourd'hui j'espère que cette aventure soit réelle tant ces courts moments de folies furent pour moi un souvenir que je ne suis pas prête d'oublier…..

             Sylvie

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vendredi, 01 novembre 2013

Nuit insolite

 

Après une recherche de mots en rapport avec la NUIT, en sélectionner quelques uns pour faire une liste commune.

En 20 minutes, écrire un texte sur un endroit réel ou imaginaire où vous avez ou aimeriez avoir dormi  comprenant les mots de la liste commune.

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Photos Bulgarie - Images de Bulgarie


Cette photo de Bulgarie est fournie gracieusement par TripAdvisor



La randonnée que nous avions organisée en Bulgarie tirait à sa fin et je n’en n’étais pas fâchée. J’avais certainement présumé de mes forces en tablant sur mon aisance (toute relative cependant) sur les pentes du Caroux, car, au bout de trois jours, je ne sentais plus mon corps à tant escalader les monts escarpés  de ce néanmoins beau pays.

   Fort heureusement, demain midi, un vol Air France nous ramènerait vers le sol natal. Plus qu’une nuit donc…à passer dans un gîte quatre étoiles, nous promit notre guide, garçon fort sympathique au demeurant et qui manifestement, connaissait bien son affaire…

…Sauf qu’au crépuscule, nous errions encore sur des crêtes désertes, dans une pénombre de plus en plus angoissante. Il fallut en convenir : nous étions perdus.

Et la nuit nous tomba dessus sans crier gare, transformant les abîmes que nous longions en profonds puits d’encre. A minuit, nous errions toujours au bord des précipices, transis et pas même encordés car le guide, qui portait le matériel, avait brusquement disparu. Un vrai cauchemar.

     Soudain, des lueurs phosphorescentes surgirent des ténèbres, dans un lointain pas si lointain que çà, vu qu’en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire nous nous en trouvâmes cernés. « Les loups !! » hurlai-je afin de remonter le moral de la troupe.

     Une torche s’enflamma alors, comme par miracle et nous vîmes alors, sans pour autant être plus rassurés que cela,  que six individus se tenaient proches de nous. Très proches. Ils souriaient, ce qui nous permit de comprendre aussitôt à qui nous avions à faire : à des vampires !!

       Ensuite, jusqu’ ‘au matin, le trou noir.

Nous nous réveillâmes fort curieusement sur une aire d’autoroute, dans la vallée, située non loin de l’aéroport. D’un commun accord toutefois, nous fîmes mine de trouver ça parfaitement naturel et évitâmes soigneusement, dès lors, d’évoquer notre mésaventure en particulier et la Bulgarie en général.

  N’empêche. Depuis, je ne sais pas pourquoi, j’ai une sainte horreur de l’ail.

                                         El Pé

                                                                                         

 

ciel de nuit 1.jpg

freepik

 


A la belle étoile


C’était une nuit d’été des années 60, la nuit du 15 août, pour être précise, une nuit qui me paraissait aussi noire que de l’encre. Je n’avais même pas vu passer le crépuscule, après le repas, tant nous avions mis de temps à chercher un hôtel pour y passer la nuit.

Imaginez cinq personnes débarquant à Toulon, en plein mois de vacances, le nez au vent, sans avoir prévu quoi que ce soit pour la nuit ! Il y avait là mes parents, ma sœur et son mari qui nous offraient cette escapade méditerranéenne pour un week end, et moi, gamine de 12 ans, excitée comme une puce à l’idée de voir la « grande bleue » en vrai, autrement que sur une carte postale, mais un peu inquiète quand même sur la tournure qu’allais prendre la suite de la soirée. Nous n’allions quand même pas dormir à la belle étoile !

Et pourtant c’est bien ce qui s’est passé. Nous avons trouvé un endroit à l’ écart de la route et décidé que nos parents dormiraient dans la 203, à moitié allongés sur les sièges, tandis que nous trois nous installerions dehors, dans le duvet pour deux qui nous contiendrait bien tous les trois, moi grosse comme un haricot,  comptant pour du beurre.

Une fois le couchage installé tant bien que mal, dans la pénombre, je m’y suis glissée, couverte jusqu’aux yeux malgré la chaleur, et serrée contre ma sœur dans l’attente d’un sommeil qui me permettrait d’oublier que je n’avais pas de toit au dessus de la tête ; J’imaginais tout autour une multitude d’yeux phosphorescents qui nous épiaient, des yeux de vampires prêts à nous sauter dessus. Mais mes paupières ont fini par s’alourdir et  se fermer sur tous ces monstres sanguinaires et j’ai dormi d’un trait jusqu’au lendemain, sans avoir fait le moindre cauchemar. J’ai alors raconté à qui voulait l’entendre que c’était la meilleure nuit que j’avais jamais passée et que j’étais prête à recommencer, n’ ayant, bien sûr, jamais eu la moindre crainte.

Encore maintenant quand j’y repense, il me vient une bouffée de tendresse pour tous ces moments passés en famille, dans l’insouciance et le bonheur de l’enfance.

Gill

                                                                

 

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DANS MON LIT OU EN ENFER ?


Les derniers rayons du soleil ont sombré à l’horizon, dans une brume qui s’épaissit en voilant le paysage de gris bleuté. Le crépuscule s’accentue. Il m’enveloppe pour me statufier dans une pénombre glauque.

Je ne sais si je suis scotchée au banc sur lequel j’ai trainé une partie de la soirée ou si je suis dans un lit râpeux aux draps de jute. La lourdeur de mes paupières a raison de mes efforts pour rester éveillée. Je baigne maintenant dans un noir d’encre. Un vampire aux yeux phosphorescentsjaillit soudain de nulle part, avançant vers moi d’un pas pesant et décidé, écrasant sous ses chaussures cloutées des souris égarées, criant à gorge déployée.

Mon cauchemar est à son comble. Je cherche à me protéger avec un bouclier. Mais non, ce n’est qu’un livre qui m’a plongée dans un monde dantesque.

Je me réveille en sursaut. Mon chat noir aux yeux phosphorescents vient me faire son câlin matinal habituel dans mon lit douillet.

 

Mouty

                                                                                             

 

 


mardi, 02 octobre 2012

chemins étonnants

 

La photo d'un chemin particulièrement étonnant est remise à chacun avec cette consigne:


Vous êtes sur cette route ou sur ce chemin, seul(e) ou accompagné(e), à pied, ou dans un moyen de locomotion de votre choix. Décrivez, sans y réfléchir, vos sensations, vos émotions, vos élucubrations, votre rêve ou votre cauchemar. Vous pouvez vous glisser dans la peau  d’un narrateur qui n’a rien de commun avec vous.

                         En 30 mn  écrivez un texte inspiré de cette illustration

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         les illustrations de cette note proviennent du site internet slideshare.net

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On the road …

 

       Le grand ciel de l’Ouest, symbole de liberté, s’ouvrait devant Jimmy. Une liberté miraculeusement acquise puisque trois heures auparavant il se morfondait encore dans l’une des cellules bordant la ligne verte, au pénitencier de Cincinnati. Il avait fallu un concours de circonstances tout-à- fait extraordinaire pour que Jimmy parvienne à s’emparer des clés et tromper la vigilance des sentinelles postées au sommet des miradors. Un concours de circonstances comme il n’en arrive qu’une fois par siècle…et encore !!

      Toujours est-il qu’il avait pu s’enfuir de la prison et que depuis il courrait. Il courrait comme un dératé sur la route poudreuse et droite comme une règle d’écolier géant, qui ne cessait de s’enfoncer dans un horizon toujours aussi lointain, parmi les vastes champs s’étendant à perte de vue, décidés à nier sans doute l’existence des quatre points cardinaux. On aurait dit qu’un Moïse déguisé en cow boy avait ouvert un chemin à travers cette mer de blé. Présage de délivrance bien sûr. Mais pas un arbre, pas un abri. Rien pour rompre l’immensité. « L’Enfer », murmura Jimmy, les lèvres sèches.

       Le soleil s’était levé depuis longtemps déjà, amenant avec lui une chaleur torride. La peau brûlante, le cœur battant à tout rompre Jimmy courrait.

        Il courrait pour échapper à la mort car, il le savait bien, c’était la Chaise qui l’attendait, à l’autre bout de la route. A chaque fois qu’il y pensait, une sueur froide l’inondait, des pieds à la tête, ralentissant son allure.

       « Je suis innocent !!! » cria-t-il aux nuages, comme il n’avait cessé de le crier depuis son arrestation. Mais personne ne l’avait cru ; et les nuages eux aussi filaient devant lui, indifférents. Un sanglot monta dans sa gorge tandis que des larmes séchaient avant même d’avoir touché ses joues. « Non !  Ils ne m’auront pas ! Melly je t’aime ! Melly attend moi, j’arrive ! Nous nous cacherons, nous passerons la frontière, ils ne nous  retrouveront jamais ! »

      Et à l’idée du bonheur futur, un sourire s’esquissa sur ses lèvres que la chaleur à présent faisait saigner.

   Soudain, un grondement se fit entendre presqu’au dessus de sa tête. Levant les yeux, il aperçut un immense nuage noir qui avançait, prêt à l’engloutir, avec le reste du monde.

            « Hourrah ! L’orage, la pluie, de l’eau enfin !! » S’écria Jimmy en éclatant d’un rire joyeux…

               A ce moment précis, l’hélicoptère du pénitencier surgit juste derrière lui.

                                                                                    El Pé

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chemin Giselle.jpg

 

 

 

 Le chemin scabreux

 

Je suis à ses pieds, ça y est, je lève la tête, j'essaie d'évaluer sa majestueuse hauteur vers le ciel, la difficulté pour aller la voir sur son sommet

Je vois le petit chemin étroit, s'étirer tourner et, disparaître entre deux failles, vraies lames effilées, ce que tu en imposes toi si sombre, si verticale, ma belle, je te respecte et t'admire en même temps, je me fais humble et toute petite pour que tu me laisse aller jusqu'au cœur de tes entrailles,  que tu m'en donnes la force, j'en ai trop envie,

Je sens monter en moi toute l'adrénaline et l'excitation, d'une formidable aventure que rien ne peut arrêter,

Je commence par descendre un escalier taillé dans la roche, pour ensuite  trouver le départ du sentier escarpé seulement protégé du vide, par des piquets en bois reliés les uns aux autres par des fils de fer, c'est bien dérisoire me dis-je !!!!!

Mais  ne regarde pas en bas, droit devant  allez !!!!! , je me sens si minuscule devant cette immensité une vraie tour sombre et tourmentée; ça et là, quelques arbustes rabougris, maigrichons,  tremblotants dans l'air frais matinal, un calme angoissant, oppressant, épaissit l'air,

Pas un chant d'oiseau n'égaye cette escalade, seule une brume s’effilochant, tournoyant, m’accompagne, le sol tantôt pierreux tantôt crayeux dérape sous mes pieds, des pierres se détachent et roulent, me faisant trébucher puis, disparaissent dans le vide si vertigineux ;

plus j'avance et ,  plus mon souffle se fait court , les pauses sont de plus en plus fréquentes et ,   longues  j'ai du mal à repartir , je n'ose plus lever les yeux  ; tant le sommet me semble inaccessible  , ça tourne  ; ça monte  , ça redescend ; le sentier s'étrécie ;  je suis  complètement coincée entre les roches qui se font de plus en plus menaçantes ; suintant d'humidité , une odeur de moisi agresse  mes narines , la poitrine serrée dans un étau , imprégnée de cette humidité froide qui envahit l'atmosphère , je sens un début de panique monter en moi , j'ai une folle envie de voir un peu de bleu du ciel , j'ai hâte de remonter , je me reprends rapidement et continue mon ascension essayant de respirer calmement , je suis bien dans ton ventre là , tu me tiens , je ne peux rien contre ta grandeur  ta force  féroce  , il faut aller  jusqu'au bout ,le cœur cognant ,  les tempes battantes , je me parle , tu ne vas pas capituler maintenant , tu y arrives ,  encore un effort final ,  pense que tu vas pouvoir respirer à plein poumon là-haut ;  admirer le paysage à couper le souffle , crier ,pour écouter l'écho se répercutant  traversant les montagnes , courant dans la vallée , sentir la joie envahir tout mon être  , saisie d'une ivresse incomparable , m'emportant à l'infini ,  au bout du monde .

 Rina

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CHEMIN ETONNANT


Les murs de ma chambre d’hôpital me pèsent. J’étouffe dans ce clapier. La cloison, face à mon lit, est éclairée d’un poster aux teintes vertes et bleutées. Ce sont mes couleurs justement. Mais a-t-on idée d’exposer ici un tel sujet : une paroi montagneuse d’une verticalité angoissante. Le sommet de cette falaise sans pied ni tête est découpé d’une grande ouverture oblongue qui éclaire les lieux. On y accède par un escalier monumental dont on ne voit pas la base. Cette trouée vers le ciel est certainement l’entrée du Paradis, et cet escalier-purgatoire doit remonter de l’Enfer. On le monte, ou on le descend : c’est selon…

Ce poster est-il une représentation prémonitoire de l’issue de mon passage à l’hôpital ? Me prépare-t-il à un réveil dans un monde meilleur ? Ou pire ? En bas, la masse incandescente des malotrus qui n’ont rien respecté durant leur vie sur terre. En haut, le bout du tunnel, lumineux, attrayant, d’où s’écoule une musique enchanteresse.

Je regarde d’un œil torve le médecin anesthésiste venu m’ausculter et m’interviewer.

J’en viens à le soupçonner d’avoir eu le mauvais goût de coller ce poster au milieu du mur gris souris, couleur soi-disant apaisante… Couleur du temps bardé de brume qui étouffe le paysage extérieur.

Bruine, grisaille, poster, tout m’oppresse. Demain matin, on m’emmène au bloc à huit heures.

Avez-vous d’autres questions ? me dit l’anesthésiste.

Non, pas d’autres questions !

Je suis coincée dans une bulle dépourvue d’oxygène. La paralysie me gagne.

Alors, à demain peut-être…

Mouty

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Entre terre et ciel

Alors que mes mains s’accrochent aux deux rambardes qui m’entourent, juste la pointe de mon pied droit déborde sur l’entrée du chemin. « Chemin », dis-je ? Il n’en a que le nom ; je dirais plutôt « passerelle » s’envolant entre deux mondes, terre rassurante et ciel infini. Je suis terrorisé par le vide que je sens en dessous de moi, plus  que je ne le vois. Il m’attire et m’effraie à la fois. J’ai l’impression d’être en suspension dans une immensité qui m’entoure tout entier, loin du sol, au milieu du ciel, entouré d’un enfer vert, apercevant droit devant moi une petite plate-forme hexagonale semblant s’enrouler autour d’un majestueux tronc d’arbre, salvatrice à mes yeux, je ne sais pas pourquoi.

J’entends une voix douce me dire : « Ecoute –moi, n’entends que moi ; lance-toi, avance les pieds ». Alors, précautionneusement, comme un enfant qui fait ses premiers pas, je m’avance sur les lattes de bois. Par la fente de mes paupières mi-closes et derrière le rideau rassurant de mes cils, je regarde ce qui m’entoure : la cime des grands arbres, sous le chemin, m’apparait alors comme un moelleux tapis vert sur lequel mon corps pourrait tomber sans se blesser. Au dessus de ma tête, je vois le ciel comme un dôme immense et sans fin où je pourrais voler comme un oiseau aussi loin que mes ailes pourraient me porter. J’ai l’impression d’évoluer sur une souple liane jetée d’arbre en arbre dans la forêt tropicale, d’où montent des parfums et des bruits qui laissent deviner une vie inconnue sous mes pieds. Et je marche alors d’un pas assuré, presque rapide, vers la plate-forme qui s’approche de plus en plus. Je suis bien, je n’ai plus peur de rien, le vide est devenu un élément maitrisé, presque naturel.

J’arrive sur la plate-forme, détendu, les yeux grands ouverts, regardant calmement autour de moi, quand j’entends la même voix chaude et rassurante : « Ecoute toujours ma voix, rien que ma voix et maintenant…    réveille-toi ! ». Le Docteur F…. est là, à côté du fauteuil où je suis allongé, et je réalise que c’était ma dernière séance d’hypnose et que sa voix accompagnait ma guérison ; alors, je souris intérieurement, je vais revivre car je n’aurai plus peur du vide. C’est important quand on veut être  parachutiste !

Gill

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dimanche, 22 janvier 2012

Derrière la PORTE

consigne:

Vous êtes chez vous, « soudain, quelqu’un  frappe à la porte » : écrivez la suite (20-25mn).

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 toutimages.com 

 

 

L’inconnu

La nuit est tombée rapidement, plombant d’un coup la vue, l’ouïe, et l’envie de travailler. Le balancier lancinant de la comtoise qui affiche dix heures tient une compagnie monotone. Pelotonnée dans un plaid, au fond de mon fauteuil, je feuillète un ouvrage sur les impressionnistes, m’attardant sur des tableaux maintes fois admirés. Mon chien s’est endormi sur son coussin, tandis que mon chat somnole à demi, clignant des yeux, sur la chaise basse devant la cheminée.
Soudain, quelqu’un frappe à la porte. Comme un coup de semonce dans ma quiétude. Chat hérissé. Aboiements du chien inextinguibles. Je ne bouge pas. Je suis paralysée.

On refrappe. Je ne bouge toujours pas, terrorisée.
On refrappe encore. Je me hasarde à demander : « qui est là ? ». Pas de réponse.
Je répète d’une voix affirmée : « qui est là ? ». Toujours pas de réponse.
Je me tire avec peine de mon confort et avance vers l’entrée. Mais je n’ouvre pas. Je suis seule, et mon sang est glacé. Je ne me hasarde pas à ouvrir une fenêtre ni les volets du rez-de-chaussée trop facilement accessible.
Les coups redoublent, marquant l’impatience. Je grimpe péniblement au grenier par l’échelle de meunier et passe ma tête par le fenestrou. Je ne vois rien. La lampe extérieure ne fonctionne pas. Je clame : « QUI EST LA ? » pendant que mon chien se déferre derrière la porte chargée de mystère ou peut-être de danger. Rien. Le silence. Une voiture démarre dans la rue.


La lourdeur du silence accompagnera ma nuit. Je n’entendrai même plus le rythme de la comtoise. Après avoir virevolté bruyamment dans la pièce, mon chien finira par se calmer, tandis que mon chat retrouvera son état de veille prêt de l’âtre.
Cet incident me rendra insomniaque pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, sans pourtant avoir eu d’issue heureuse ou malheureuse.

Mouty

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Je vis dans une très ancienne maison en pierre, dans une cité médiévale bien conservée et restaurée, dans le sud de la France, en pays cathare. Ma maison est adossée aux remparts et parfois j’imagine tous les êtres qui ont vécu là au fil du temps : au Moyen-âge  puis à la Renaissance, sous les rois wisigoths d’abord puis sous les rois de France après la défaite et la perte de l’âge d’or occitan.
Tant de vies éteintes aujourd’hui qui ont bâti ces villages, ces forteresses ; qui ont aimé, souffert….


Or, un soir, alors que je songe à mes prédécesseurs, on frappe à ma porte. Je vais ouvrir et je reçois le passé en pleine figure. J’ai devant moi un couple et une enfant tels qu’on les voit sur les enluminures médiévales ou sur le plafond peint du château de Capestang. Ils me demandent asile en occitan et heureusement que c’est ma langue maternelle. Je les fais entrer car ils ne semblent pas très dangereux mais plutôt en péril eux-mêmes. Ile regardent autour d’eux et sont très étonnés de ce qu’ils voient et surtout de la lumière si vive qu’elle les éblouit d’abord .Ils sont très gênés et apeurés par tout cet inconnu, si extravagant pour eux. La fillette se blottit dans les jupes de sa mère sans lâcher la main de son père, cherchant la sécurité. Et ils se mettent à me raconter dans un patois que j’ai du mal à comprendre à cause de l’accent ancien, qu’ils fuient les hordes de Simon de Montfort car ils sont cathares, bonshommes et doivent assurer la pérennité de leur foi en survivant à l’hécatombe.
Je leur propose de se restaurer et de coucher l’enfant et ils me raconteront leur histoire.


Mais ce n’est pas possible ! Que font ces ancêtres chez moi, en plein XXI° siècle ? Que vais-je faire d’eux ? Comment faire coïncider ces deux mondes si différents ? Il va falloir que je regarde le film « Les visiteurs » ! Mais je vais enfin résoudre plusieurs énigmes en les questionnant. Est-ce bien Simon de Montfort qui a brûlé le château de Puisserguier, qui a traversé notre Biterrois en semant la désolation sur son passage ? A-t-il dit « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ?» Je tiens à portée de voix la vérité historique ! Soudain, mon chat saute sur mes genoux, je me réveille, je suis seule dans mon fauteuil.

Mimi

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« Soudain, quelqu’un frappe à la porte ». C’est par ces mots que commence le cahier que nous avons trouvé, ma sœur et moi, dans une malle inexplorée jusqu’ici, du grenier de bonne maman. Reconnaissant sur la couverture le nom de notre arrière grand-père, Jean-Marie L’……, nous continuons fébrilement notre lecture, impatients de connaître une nouvelle histoire sur nos ancêtres.


Ainsi se poursuit le récit : « Je me demande qui est ce visiteur si matinal alors que le soleil se lève à peine, et en maugréant, fatigué de mes frasques de la veille, je me lève en traînant les pieds et ouvre la porte. Surprise ! Ce n’est pas un mais deux visiteurs qui se tiennent dans l’embrasure. Tous deux sont jeunes et d’une éclatante beauté. L’un, habillé de blanc, les yeux clairs, les cheveux blonds et la barbe soyeuse a, tout autour de lui,  une sorte d’ auréole brillante et argentée. L’autre, à la beauté plus insolente,  tout de rouge vêtu, a un regard perçant, des cheveux de jais et de petites flammèches rougeoyantes sautillent autour de lui. Je me frotte les yeux, ne comprenant rien à ce que je vois, et tandis que je me souviens vaguement d’images de ciel et d’enfer datant du temps où je fréquentais le catéchisme, l’apparition immaculée me dit : « Comptes-tu continuer à mener cette vie de débauché, ne pas travailler et voler pour te nourrir ? Ou as-tu l’intention de t’assagir et de mener une vie d’honnête homme ? Car un jour, je te le dis, tu seras jugé par le seigneur. Si tu veux gagner le Paradis, je t’engage à changer de voie » Avant même que je ne puisse répondre, l’apparition flamboyante, sourire aux lèvres, prend la parole : « n’écoute donc pas cette voix trompeuse, continue ta vie de loisirs, vautre-toi dans la facilité et je te promets pour l’avenir une chaleur dont tu seras entouré pour l’éternité. » Joignant le geste  à la parole, levant le bras tendu,  il s’avance vers moi, précédé de flammèches agressives ; me poussant vers l’arrière, il me force à reculer jusqu’à mon lit, à m’allonger, pointe un doigt écarlate vers ma joue, me touche, et Aïe !, me brûle.  Une lumière vive m’éblouit et stoppe le cri que j’allais pousser. Ouvrant un œil, je m’aperçois que le soleil levant chauffe ma joue et éclaire mon visage à travers la petite fenêtre ; terrorisé par ma vision, en sueur, je promène mon regard autour de la pièce ; point de visiteurs, tout est calme et paisible. J’ai rêvé, oui, j’ai rêvé mais ce rêve ne va plus me quitter. Il me faut prendre conscience de la mauvaise pente sur laquelle je glisse et m’entraîner à abandonner mes mauvais penchants. Je vais devenir honnête pour que mes descendants soient fiers de moi. »


Sabrina et moi n’en revenons pas. Ainsi, ce riche marchand de tissus que nous avons pour ancêtre est un voleur repenti ! Quelle aventure excitante ! Et bien, il sera encore plus cher à notre cœur………………….A moins que ce lointain grand-père de notre mère soit tout simplement un bon conteur désirant laisser à la postérité quelques histoires à faire courir l’imagination de ses petits, petits, petits enfants!


Gill    

                                                                                                                                                                                                          ________________________________________________________
 

 

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       C’était la veille du Jour de l’An, vous pensez si je m’en souviens ! Mais commençons par le commencement.


       Yves Le Guerrec, tel est mon nom, quarante-trois ans et gardien de phare depuis toujours. Sur une petite île située à deux encablures d’Ouessant. Ne cherchez pas sur une carte, vous ne la trouverez pas ; c’est juste un gros, très gros rocher que les grandes marées recouvrent deux fois l’an. Ce qui était le cas ce soir-là, bien qu’il ne s’agissait pas à proprement parler d’une grande marée mais d’une tempête carabinée comme on en voit peu dans une vie de marin. Bref, bien à l’abri et au chaud dans la pièce occupant l’avant dernier étage du phare, une bonne bouteille de rhum près de moi, j’attendais la nouvelle année en même temps que la relève qui arriverait dans la matinée…avec un peu de chance.


  Je méditais,  tout en écoutant la radio afin de me présenter mes meilleurs vœux à minuit pile quand soudain…
    J’entendis frapper à la porte du phare, tout en bas. Cinq coups, comme ceux du destin du cher Ludwig Van. Stupéfait, mon premier mouvement, au bout de quelques longues secondes fut d’éteindre la radio, et le deuxième de me vriller l’index gauche sur la tempe (gauche) en m’écriant : « Mon pauv’ gars, tu d’viens marteau !! Si tu supportes plus la solitude, va falloir songer à te recycler, mec ! » Je me mettais à rigoler lorsque les quatre coups ont retenti à nouveau : « Pom PomPomPom ». Pas de doute cette fois, on frappait bel et bien à la porte. Qui ? Un naufragé certainement ! What else ? Je dévalai quatre à quatre les escaliers en colimaçon, et parvenu en bas, j’ouvris grand la porte du phare. A part une énorme vague qui me transforma illico en éponge, je ne vis rien. Tout d’abord. Parce qu’ensuite, en baissant les yeux…
     La belle était nue et se tenait là, flottant gracieusement sur le seuil. Sa peau d’une blancheur de porcelaine, ses longs cheveux blond très pâle illuminaient la nuit. Un visage, un corps de rêve, de la tête à la queue ! Dieu qu’elle était belle, ma sirène ! Qui me souriait, malicieusement et tendrement à la fois. Je ne cherchai pas à comprendre et tombai sur le champ éperdument amoureux.
La saisissant dans mes bras, je grimpai les escaliers plus vite encore que je ne les avais descendus jusqu’à la pièce à vivre, au sommet (heureusement que j’avais fait le ménage le matin en prévision de la relève !), déposai délicatement mon trésor sur le lit et embrassai doucement ses lèvres d’un rose affolant.
    Il y eut alors comme une sorte de sifflement accompagné d’une étrange fumée verte…et je pus aussitôt constater que ma sirène venait de troquer sa queue contre la plus ravissante paire de gambettes qu’on puisse imaginer. Devant mon air ahuri, elle éclata de rire et j’entendis pour la toute première fois le son de sa voix : « Hé oui tu vois mon chéri, l’histoire de le Petite Sirène est basée sur un fait bien réel ! Nous pouvons  nous métamorphoser en femmes grâce à l’amour d’un homme (elle eut alors un sourire appuyé) en vraies femmes, tu sais… Mais le soleil ne doit jamais au grand jamais nous surprendre sous cette forme, sinon !!! Qu’importe, nous avons le temps, n’est-ce-pas mon amour ? »
     Nous nous sommes aimés, passionnément, à la folie, des heures durant. Confiants en la durée des nuits d’hiver nous avons ensuite décidé, d’un commun accord, de nous octroyer un peu de repos dans les bras l’un de l’autre, afin de prolonger ces merveilleux instants…


     C’est un rayon de soleil traversant la lucarne qui m’a réveillé. La tempête avait cessé, laissant les vagues à leur musique habituelle. Un temps radieux et près de moi, sur l’oreiller, une tache d’écume grisâtre, parfumée au varech. Je n’osais  comprendre mais sanglotais déjà. Cherchant désespérément mon aimée dans la pièce, mes yeux se posèrent par hasard sur la bouteille de rhum. Vide. Aucun rapport bien sûr.
         Et l’on frappait à la porte, en bas. La relève venait d’arriver.


       El Pé

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