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vendredi, 11 août 2017

Histoires terrifiantes

Racontez votre souvenir le plus terrifiant

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Mh eisenbahnweiche mit handhebel

wikimédia

 

Algérie. Oranie.Sidi-Bel-Abbès. Années 50.

    Il fait très chaud. C’est l’été et tout semble surexposé, phénomène coutumier dans le Sud.

 Ce matin, nous sommes partis de bonne heure, à la fraiche, mon père sur la mobylette, mon frère assis derrière et moi pédalant à côté sur ma bicyclette…rouge.

Il est comme ça mon père. Contre l’avis de tous et malgré les « évènements », ainsi nommés pudiquement par la presse et la population, il ne résiste pas au plaisir de nous emmener en ballade, mon frère et moi, chaque fois qu’il est en congé. Il adore, et nous aussi, découvrir des petits coins insolites, loin de la civilisation…quant au danger…quel danger ?

   Ce matin, après avoir quitté la ville, nous avons roulé longtemps sur un petit chemin de terre longeant une voie ferrée, celle qui relie Alger à Tlemcen, en fait. Il fait de plus en plus chaud, on a faim, on a soif ! Fort heureusement, un bosquet de pins maritimes apparait juste sur notre droite et nous invite à prendre un peu de repos à l’ombre de ses branches…ce que l’on accepte avec joie. Une fois sortis gourde, tartines, barres de chocolat, y avoir fait honneur et Papa bien installé pour une micro sieste réparatrice, nous décidons, enfin JE décide d’aller explorer un peu les alentours. A vrai dire il n’y a pas grand-chose à découvrir : des champs déjà moissonnés à perte de vue et la voie ferrée comme deux coups de ciseaux parallèles tranchant le paysage uniforme. On s’en approche et soudain, Dieu sait pourquoi, il me vient une envie irrésistible de passer d l’autre côté. Pourquoi ? Puisqu’à l’évidence rien de bien intéressant ne nous y attend mais… l’enfance a ses raisons que la raison ne connait pas. Il est vrai qu’à cet endroit précis une sorte de petit passage à niveau en bois a été aménagé pour protéger un jeu d’aiguillages.

Est-ce l’évocation d’un gué, surplombant une profonde rivière foisonnant de piranhas ? Sans doute. Toujours est-il qu’après avoir fait signe à mon frère de me suivre, et essuyé de sa part un refus à la fois poli et prudent, je m’élance en courant sur le dit-gué et…CRAC ! Mon pied gauche vient se coincer entre les deux morceaux de rails du premier aiguillage. Et impossible de l’en retirer. Moi, étrangement, je me mets à rire (j’avais alors dix ans) tandis que mon frère, affolé (mais il dramatise toujours, ce gosse) va prévenir mon père. Celui-ci arrive, pressé, pâle et effaré, visiblement tiré de son sommeil pour se retrouver en plein cauchemar. Il va essayer durant un temps qui doit certainement lui sembler très long, de sortir mon pied de ce maudit piège. En vain. La sueur ruisselle sur son visage pendant que je continue à rire comme une andouille. Finalement, en me triturant la cheville dans tous les sens, il y parvient. Et constate avec soulagement qu’il ne l’a même pas cassée.

    Après m’avoir fait jurer dune part de ne plus jamais recommencer, et d’autre part de ne rien dire à Maman, nous prenons le chemin du retour.

    Moins de cinq minutes plus tard, nous croisons l’express Alger-Tlemcen lancé à pleine vitesse et le mécanicien, sympa, (et qui d’habitude ne rencontre que des chèvres dans la région), nous envoie un coup de sifflet amical.

         C’est alors que je me suis mise à trembler, trembler, trembler, sans pouvoir m’arrêter…

       … Mais cela ne nous a pas empêché de poursuivre nos ballades jusqu’au mois de Juillet 1962…bien sûr.

 

El Pé

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chien 2.jpg

pixabay

 

C’était le soir vers 18 heures. Ce n’était plus le jour, ce n’était pas encore la nuit. J’avançais sur le trottoir, au ras des villas neuves avec jardins si bien entretenus qu’on les aurait dit créés par un grand paysagiste. C’est le moment où l’on hâte le pas en pensant au calme de sa maison. La plupart des grilles étaient déjà fermées. Sauf une, celle devant laquelle je passais tranquillement.

          Soudain, un chien- loup au poil foncé surgit devant moi, gueule ouverte, dents apparentes, grondant férocement , le poil hérissé. Je n’eus pas le temps de penser au loup du Chaperon Rouge car mon esprit se vida.

           Je me figeai, paralysée par la peur, l’horrible peur qui me poussa à hurler : « Au secours ! Au secours !! ».

            Une voiture s’arrêta, le chauffeur descendit, brandissant je ne sais trop quoi. Le chien rentra dans le jardin que le propriétaire traversa en courant pour fermer la grille. Je lui criai des injures, les plus grossières que je connaissais. Merci mon frère de me les avoir apprises.

            La voiture repartit ; moi aussi, les jambes tremblantes, couverte de sueur.

            Je ne suis jamais repassée dans la rue. J’ai peur des chiens, depuis le petit chi-hua-hua enrubanné jusqu’au mastodonte, peut-être inoffensif…

             … Mais ça, comment le savoir ?

 

 Line

jeudi, 24 septembre 2015

Jour "J"

Choisir  un livre

Choisir une phrase dans ce livre

Tirez au sort le prénom de deux participantes à l’atelier. Choisir leurs phrases  pour faire deux   incipits au choix. Ecrivez un texte ayant pour titre : «  Jour « J »

Les  deux phrases retenues sont :

« des visions anciennes passèrent devant ses yeux » (Une vie de Maupassant)

« il déroula sa queue touffue et la laissa traîner sur le trottoir » (L’écume des jours de Boris Vian)

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Mounted police officer in Helsinki Finland

wikimédia

 

JOUR  J

Il déroula sa queue touffue et la laissa trainer sur le trottoir. Gaston venait de déféquer là, aux pieds de sa mémère qui, pourtant, n’en finissait pas de critiquer la saleté de cette ville dont les trottoirs étaient transformés en patinoires grâce à l’insouciance des toutous, et surtout de leurs maîtres. Et , c’était sur le parvis du théâtre. Au beau milieu. Pas le temps de tirer le chien au pied d’un arbre ou dans le caniveau : trop loin. Pas de sachet ramasse-tout dans la poche ! Pas même un kleenex ! La mémère prit l’air indifférent pour s’éclipser, mais bigre ! c’était le JOUR J : premier jour où était mise en pratique la menace municipale de contravention pour ce genre de délit. La police était partout : à pied, à cheval,  oui, la police montée était également de faction,  sur roues et sur roulettes. Le constat fut remarquable, et remarqué par un attroupement hilare. C’était le jour du marché aux fleurs. En plus du procès-verbal - cent cinquante euros, ce n’est pas rien - la mémère hérita d’un sac plastique et dut s’exécuter sur le champ pour faire place nette. Quant à Gaston, soulagé, il avait repris son air heureux des jours de balade. Quelle galère cette ville sans canisettes !

Mouty

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Nagasakibomb

wikimédia

 

Jour « J » à Mururoa

Des visions anciennes passèrent devant ses yeux : 2 juillet 1966, l’océan Pacifique, l’atoll de Mururoa, la « Maurienne » la veille du 1er des 138 essais nucléaireseffectués à Mururoa, la veille du jour « J ».

Je m’y revois.

Ordre a été donné à tous les bâtiments de s’éloigner d’une centaine de kilomètres de l’atoll, puis il a fallu attendre le lendemain matin, 6h. pour que commencent les opérations. Je suis sur la passerelle, chargé de transmettre les consignes des ingénieurs du CEP restés dans le blockaus pour procéder aux derniers préparatifs.

Instant moins 2 heures entend-on dans les haut-parleurs de tous les bâtiments alentours, puis instant moins 1 heure, moins 30 minutes, moins 1 minute, 59, 58, 57.

Tout le monde est sur le pont. Premier essai nucléaire sur l’eau, à l’air libre. Tout l’équipage sait ce qu’il doit faire quand il entendra 3, 2, 1...... : chacun doit avoir mis des lunettes de soleil, doit tourner le dos à l’éclair et se cacher les yeux.

L’instant arrive, il est là, l’on entend le compte à rebours, puis le fatidique « ZERO » !  Malgré les protections, nous voyons tous la lumière et sentons même la chaleur dans notre dos ;  en nous retournant, nous voyons pour la première fois quelque chose d’effrayant et de beau à la fois, un embrasement de l’horizon, reflété par le Pacifique, puis ce champignon si caractéristique que nous étions appelé à revoir plusieurs fois.

Oui, c’était  le jour « J » pour cette partie du monde, le premier jour d’une longue série qui devait calciner palmiers et cocotiers, qui devaient polluer mer, nature et hommes.

Gill

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jeudi, 07 juin 2012

Jeux d'écriture: les sifflantes

 

       En 15 mn, écrire un texte humoristique comportant un maximum de sons

                 « ch » et « ss »

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cheval_141.gif

toutimages

 

 

 

Le chasseur sur le cheval

 

Assis sur le cheval le chasseur assurait le chemin, sachant que le Chinois le suivait en essayant une chemise tout en franchissant le ruisseau asséché. Une chaleur assoiffante l’assaillait. Ses cheveux hérissés se dressaient. Ça ressemblait à l’assaut de chats sauvages. Les chats-huants et les chauves-souris disparaissaient.

Le soleil s’acharnait sur les Ch’tis, surtout sur l’assistant du chef assommé.

Le chausseur s’était déchaussé et chantait une chanson qui chatouillait les oreilles des chevaux.

 Chic spectacle de chasse !

 

 Mouty

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chaussure_020.gif

toutimages

 

Sortie soudaine, sans vêtements chauds, saisie, choquée par ce froid matin sibérien, sous la bise soufflant, semblant chercher son cher soleil qui  réchauffera le sol souffrant de cette sévère  sécheresse, espérant sécher ses chères chaussures chuintant d'eau chaude, suspendues sur de  chimériques branches s'entrechoquant à chaque passage poussées par  l'air sifflant si puissant , les chassant,  raidies, alourdies, blanchies,  chargées du  poids du gel,  semblables  à des choses bruissantes, chouettes, fantômes chahutés . 

 

           Rina

 

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chaussette.gif

toutimages

 

 

 

 

Les chaussons et les chaussettes de l’archiduchesse séchaient sur sa chaise située sous le chauffage.

 Sachant qu’elle chantait des chansons sur scène chaque soir, chaussée de ses chaussettes chaudes et chatoyantes et des ses chaussons de satin soyeux gris souris. Avant la séance elle chauffait sa voix de soprano et chassait le chat de sa gorge en chantonnant des choses chaque fois plus charmantes. Dans son chez-soi aussi, cette archiduchesse savait si bien chasser les chagrins de chacun de ses fans par des chansonnettes susurrées en sourdine qui faisaient des sensations spéciales sur ses sensibles soupirants.

 

                Mimi

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chien 2.gif

toutimages

 

 

Où as-tu mis ton chapeau, ta chasuble, tes chaussettes, tes chaussures, les chips du repas, le châle de mamie ? N’oublions pas la charcuterie, les saucisses, la salade de choux-fleurs, le chapon et le Schweppes pour étancher notre soif. Dépêche-toi d’attacher la laisse de ton chien chéri au lieu de lui susurrer de charmantes chansonnettes à l’oreille. Chargeons la voiture avant que la chaleur du soleil ne chasse notre courage et ne nous transforme en mollassons. Nous irons pique-niquer dans la fraîcheur du sous-bois où nous pourrons charmer en sifflotant les chardonnerets sautillant de branches en branches.

 

       Gill

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à suivre..............................

 


 


 

lundi, 14 mai 2012

J'ai croisé un regard

 

 

Ouvrir un livre au hasard et noter la première lettre en haut de la page de gauche. Recommencer l’opération afin d’obtenir 7 lettres. Trouver un mot avec ces lettres (possibilité de changer 2 lettres)

 

                               en 20-25mn, écrire un texte contenant les mots trouvés:

                             muscle, bile, doigts, lampes

   sur le thème suivant : « vous croisez un regard inconnu qui vous parle. Racontez »

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chien,petite,fille,mémé,malice,ride,lion,cirque

Photo  libre

 

 UN REGARD

 

 Je croise les doigts. Toutes les lampes de la ville viennent de s’éteindre. Je commence à me faire de la bile. Mon chien, sur le qui-vive, tend ses muscles. Une attente insupportable a succédé à un bien-être douillet et rassurant. L’écran noir de mon téléviseur reste muet. L’instant d’avant, j’avais croisé, au travers de cette fenêtre ouverte sur le monde, le regard d’une petite fille brune, belle comme une fleur. Un regard qui vous parle, dont on ne peut se détacher. Une interrogation innocente qui se scotche à votre pupille. Du velours, de l’espoir, de la confiance qui mérite d’être respectée. Son visage s’est effacé de l’écran, mais pas de ma mémoire. Il s’est imprégné sur ma rétine, dans mon cœur, sans que j’y prenne garde. « La petite fille au manteau rouge » me dis-je, ayant, malgré moi, baptisé le tableau. Elle voletait, légère, avec une grâce de libellule. Ses ailes transparentes frissonnaient au moindre souffle. Ma petite libellule, tu t’es évaporée comme dans un enchantement maléfique, mais je sens que les dieux te protègent. Je pense très fort à toi pour atténuer mon angoisse. Angoisse de la fin du jour ? De la fin du monde ? Une simple panne d’électricité ne va tout de même pas faire chavirer la terre ! Je te reverrai sûrement un jour : je demeure imprégnée de l’intensité de ton regard.

                        Mouty

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toutimages

 

 je ressens un besoin express de sortir, trouver un peu de calme de détente après cette journée chargée d'émotion , c'est vrai je me fais peut-être trop de bile pour peu de choses, je suis nouée comme un cep de vigne mes muscles tendus m'interpellent, allez, un tour au parc me fera le plus grand bien il est si apaisant ce parc avec ses parterres éclatant de fleurs ses arbres aux essences rares je l'adore et y marcher en longeant les allées bordées d'arbustes fleuris embaumant l'air m'enchante, avançant d'un pas tranquille  je vois venir vers moi une petite mémé  marchant à petits pas qui me regarde le visage tout plissé de mille petites rides, fière,  tête bien haute , dos droit mais c'est son regard vif pétillant de malice qui me scrute cherchant à me sonder qui m'interpelle plus elle s'approche et plus je remarque le bleu si intense de ses yeux accrochant les miens je me sens happée par ses yeux ils semblent ne plus vouloir me lâcher il veulent me parler ils me disent des choses mais quelles choses, je l'imagine sous une  lampe les soirs d'hiver ses doigts  tenant un ouvrage s'affairant dans sa maison à la préparation d'un bon gâteau pour la joie de ses petits enfants ,  nous nous dépassons et je me retourne pour voir si elle aussi fait la même chose  oui !!!!  l'espace d'un instant je le recroise son regard rieur puis elle disparaît au détour de l'allée j'ai l'impression que les yeux de cette mémé si expressifs me disent tout ce qu'elle a traversé durant son voyage sur terre,  sûrement  un parcours plein de joie de moments de bonheur bien rempli surement ce parcours mais aussi  avec tout  ce qu'on peut recevoir de  déception de chagrin j'ai l'impression  que tout cela  a glissé sur elle, passé sans la marquer, l'atteindre , cette femme est une sage, son regard me la dit, il faut savoir relativiser, prendre la vie comme elle vient, comme a dû le faire cette petite mémé aux regard si explicite .

                           Rina

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freepik

 

 

Regard félin

 

En attendant avec impatience que soit montée la cage aux fauves, je me remémore ma rencontre avec celui que j’ai hâte de revoir sur la piste.

 

Hier, en allant visiter la célèbre ménagerie du grand cirque de passage dans ma ville, je l’ai vu, élégamment assis à l’écart des autres, une balle jaune dans ses griffes. Sa belle tête semblait me fixer. Alors nos regards se sont croisés et ne se sont plus quittés pendant cinq bonnes minutes, le temps que j’y lise toute sa vie.       J’étais prêt à le plaindre car j’aurais compris qu’il soit déprimé, obligé de se montrer en train de faire le beau ou de sauter dans un cercle de feu, lui, le roi de la jungle, alors qu’il rêvait de courses et de grands espaces. Et bien figurez-vous que je me trompais. J’ai lu dans son regard tout autre chose. Il me disait : « Je suis né ici et n’ai jamais rien connu d’autre ; j’ai été élevé entre mon père et ma mère qui étaient déjà les vedettes du spectacle et étant lionceau, je voyais leurs yeux briller de plaisir quand crépitaient les applaudissements ; je rêvais moi aussi de devenir une vedette, de former un duo complice avec mon dompteur, un homme honnête et d’une grande patience qui savait tout obtenir par le jeu et les récompenses ». Enfin, avant que nos regards ne se quittent, ses yeux m’ont  dit qu’il était heureux et fier de ce qu’il faisait et qu’il espérait bien me voir au spectacle le lendemain afin de me faire admirer ses prouesses.

 

Voilà pourquoi aujourd’hui je suis si impatient et que mes doigts tapotent fébrilement mon genou.  La cage est enfin montée et seules quelques lampes restent allumées ; la musique s’arrête et je le vois entrer, majestueux, ses muscles souples entraînant son corps magnifique, ses yeux tournés vers moi, l’air triomphant. Je ne me fais pas de bile car je sais qu’il sera récompensé par un tonnerre d’applaudissements. Mais en le regardant évoluer, je me demande, l’espace d’un instant, si j’ai bien lu toute cette histoire dan son regard, ou celle que j’ai voulu y lire.

 

                 Gill

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freepik

 

 

     C’était pourtant un jour tout-à-fait ordinaire. Je m’en souviens très bien ; même si je n’avais  alors que deux ans.

      Ordinaire dans la mesure où à cet âge-là, tous les jours de l’année se ressemblent plus ou moins, sauf Noël et les anniversaires. Ce n’était ni l’un ni l’autre, rien qu’un Dimanche d’automne, mi-bile mi-gaîté, comme il en existe tant à Paris, tout au long de l’année.

       Qu’est-ce-qui a pris à mes parents de m’emmener au Jardin des Plantes cet après-midi là ? Alors que je jouais si bien avec Socrate, notre Berger des Pyrénées, entre les pattes duquel j’adorais disparaître, bien pelotonnée dans sa fourrure blanche. Socrate ! Ma cabane à moi, ma nounou, mon garde du corps, mon meilleur copain ! Oui, qu’est-ce-qui leur a pris ? Mais c’est toujours comme ça avec les grandes personnes : c’est lorsque l’on s’amuse le mieux qu’ils viennent nous enquiquiner ! Bref, c’est une gamine hurlante, puis chouineuse qu’ils trainèrent de force le long des allées du Jardin des Plantes. Une gamine que rien ne parvenait à dérider ; ni le manège, ni la barbe à Papa, ni le ballon rouge échappé d’ailleurs sournoisement juste après son acquisition. De guerre lasse, mon père proposa de visiter la Ménagerie, au grand dam de ma mère qui, de nature délicate, en redoutait particulièrement les odeurs musclées.

       Le destin prit soudain une accélération brusque.

La cage était située  au fond de la galerie (éclairée hélas par des lampes au néon), mais j’aperçus tout-de-suite son occupante. Ou plutôt le regard de celle-ci. Happée par ses yeux d’émeraude, je lâchai subrepticement la main de ma mère et courus vers la Panthère Noire. Là, les doigts agrippés aux barreaux, je plongeai mes yeux dans deux yeux verts magnifiques, tandis qu’une langue gigantesque me râpait doucement le visage. L’entrevue dura à peine trois ou quatre secondes. Je fus saisie par des tas de mains appartenant, entre autres, à ma famille, aux gardiens, au public, puis tirée violemment en arrière, parmi les cris d’effroi de tout ce beau monde. Mais ces quelques secondes avaient suffi.

       Le regard du fauve s’était imprégné en moi. Je pouvais voir désormais la jungle et la savane, les chasses excitantes et les siestes alanguies mais surtout je vivais le bonheur inouï de ressentir la parfaite élasticité, la parfaite puissance d’un corps splendide qui me hissait au rang des plus belles créatures du monde. Oui, car depuis lors, chaque nuit de pleine lune, je me transforme en panthère noire et parcours avec ivresse les rues de la ville. Jusqu’ici, personne ne s’est douté de quoi que ce soit. Sans doute parce qu’il ne m’est pas encore permis de chasser.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Ma mère chérie, ma mère féline avait eu le temps de me prévenir, autrefois : « Quand tu auras quatre ans, pas avant. »

         J’aurai quatre ans la semaine prochaine.

                              El Pé

 

  PS Avec un grand merci aux films : La Féline et Cat People qui eux, pour le coup, m’ont beaucoup imprégnée.

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mercredi, 21 décembre 2011

temps de Noël (1)

notre première consigne

conte 10.jpg

 

Parmi les objets ci-dessus, en choisir cinq pour votre voisine.  Ecrire un conte pour enfants en utilisant les objets reçus et en intercalant dans le récit la phrase suivante : « choisis soixante- six choux, si ces soixante-six choux chuchotent, chut, écoute la chouette qui chuinte »

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La guérison de Jacques

Il était une fois un lapin gris, Bigoudi, vêtu d’une jolie chemise grise, d’un élégant pantalon vert et d’un petit boléro assorti. Il vivait depuis bien longtemps dans une agréable maison de province, dans le Nord, là où la neige blanchissait le paysage pendant de longs mois. Il avait pour ami Tirelire, un chien rouge, mais rouge flamboyant, au pelage soyeux et brillant et aux oreilles et au nez dorés. Ils étaient tous deux les compagnons inséparables de Jacques, un petit garçon qu’ils connaissaient depuis sa naissance. Ses petites mains avaient eu cinq années pour les caresser, les choyer, les embrasser et leur confier ses secrets, ses joies mais aussi ses peines. Ces trois-là étaient si soudés qu’on les voyait rarement les uns sans les autres.

Malheureusement, petit Jacques était malade, pas d’une maladie comme un rhume ou une grippe, mais d’une maladie très grave qui l’empêchait de grandir et de se développer comme les autres petits garçons et même de bien voir. Quelque chose, dans sa tête, grossissait et bloquait son  cerveau. Bien sûr, il était possible de l’opérer mais c’était une opération très délicate qui pouvait échouer. Or cette opération avait été programmée et devait être effectuée dans quelques jours, dans un très grand hôpital, par un professeur renommé. Notre ami Bigoudi et notre ami Tirelire étaient bien inquiets. Ils savaient, par contre, que leur petit compagnon rêvait d’aller voir une de ces vitrines animées des grands magasins, à Paris, où il y a plein d’animaux mis en scène. Si jamais l’opération échouait, il fallait absolument que ce rêve soit réalité. Alors ils décidèrent, puisqu’il était impossible d’y emmener Jacques, de faire venir à lui la vitrine.

Ils mirent le réveil à sonner pour partir de bonne heure dès le lendemain matin, avant que Jacques n’ouvre les yeux. « Sa maman saura bien trouver une excuse pour justifier notre absence » se dirent-ils. Ils ne savaient pas quoi emporter pour un si long voyage à pieds et ils se dirent que les pastilles vichy seraient rafraîchissantes s’ils avaient soif et que les mots fléchés pourraient toujours servir à se tenir éveillé, en montant la garde chacun son  tour, la nuit. Ils emportèrent aussi de la ficelle…………..parce qu’on ne sait jamais !!!!!

Ils partirent avant l’aube et marchèrent dans le froid et parfois la nuit pour arriver bien vite à Paris. « Mais comment trouver la plus belle vitrine, une fois arrivés ? », se demandèrent-ils. Alors ils pensèrent à une phrase entendue un jour où Jacques écoutait sa maman lui lire une histoire : « choisis soixante-six choux, si ces soixante-six choux chuchotent, chut, écoute la chouette qui chuinte ».Voilà ! Ils savaient que dans les plus belles vitrines il y a toujours une chouette ; ils n’avaient qu’à trouver les choux et à écouter…….ils en ramassèrent donc soixante-six qu’ils attachèrent à la queue-leu-leu avec la précieuse ficelle et continuèrent vers Paris. Quel drôle d’équipage ! disaient les parisiens sur leur passage ; mais eux ne remarquaient rien, tant ils étaient tout ouïe. Et tout se passa comme prévu : les choux chuchotèrent et la chouette se fit entendre. Tout près, la vitrine était là. Ils se frayèrent un chemin dans la foule et en deux temps trois mouvements, ils expliquèrent leur histoire et n’eurent aucun mal à convaincre les animaux de les suivre. Sitôt dit, sitôt fait, le contenu de la vitrine arriva prestement à la porte de la chambre d’hôpital de Jacques. Il y avait là des chiens, des chats mais aussi des singes, des oiseaux et encore des lions, des ours, des léopards, que sais-je encore, tous avec de bienveillants regards.

Alors, Jacques ouvrit les yeux, son regard ébloui s’attarda sur chacun, il sourit et Bigoudi et Tirelire surent qu’il était guéri. L’opération avait réussi.

Mais les promeneurs du Boulevard Haussmann se demandèrent ce jour-là pourquoi les Grands Magasins avaient laissé une vitrine vide !

Gill 

 

conte 5.jpg

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conte 9.jpg

 

 

VACHETTE

 

 

Vachette est dans son pré. Elle ressemble à une carpette. Elle ne dort pas : elle regarde passer les trains.

 

-       Touhou, touhou !  lui dit la locomotive en passant.

 

-       Meuh ! lui répond Vachette. Salut mon amis loco ! Meuh ! Salut les voyageurs !

 

-       Hum ! Hum ! toussote le petit train qui aborde poussivement la pente.

 

 l tousse plus fort et s’arrête. Il n’en peut plus. La panne s’avère longue.

Il fait bon. C’est le printemps, porteur d’un petit brin d’été. Le chef de train est ennuyé. Il vaudrait mieux faire descendre les voyageurs afin de les détendre. La rase campagne à l’air embaumé va les changer des gares tristes et grises. Le contrôleur arpente les wagons en invitant ceux qui le souhaitent à aller prendre un bol d’air.

 

Une jeune maman descend la première, ravie du soleil printanier. Elle serre dans ses bras son enfant enveloppé dans une couverture. Elle s’assoit avec lui dans le pré pour lui lire et relire son livre préféré : « Le monde fabuleux des animaux ».

 

Puis, un jeune homme saute prestement sur le ballast. Il sort un bloc et un stylo de son sac : une gibecière pleine à craquer. Des livres apparemment, d’après les coins saillants déformant le tissu. Il en tire aussi un appareil-photo et fixe dans cet aide-mémoire les images environnantes : la campagne, le train, les voyageurs, et, bien sûr, Vachette. Elle en est toute fière : sa photo va peut-être passer dans le journal !

 

Et voilà que descend aussi du train toute une ribambelle d’enfants accompagnée d’une jeune fille en jeans, à l’allure dégingandée, qui les fait chanter haut et fort. C’est une chorale apparemment. Non, c’est plutôt une colo. Les mioches excités braillent inlassablement le refrain suivant :

 

-       « Choisis soixante six choux : si ces soixante six choux chuchotent, chut, écoute la chouette qui chuinte ».

 

La mono chante avec eux. Personne n’est à un couac ou un canard près.

 

Tout à coup : « Touhou, touhou ! ». Les voyageurs sont rappelés. La loco est réparée et clame avec joie le prochain départ.

 

 

 

Mouty

 

 

 

conte 14.jpg

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à suivre...............


 

 

 

 

 



lundi, 23 mai 2011

historique et règles des Haïkus

 

   

L      Le Haïku est un petit poème japonais de trois lignes. Vers de 5 / 7 / 5 syllabes.

 

Les premiers tankas apparurent au 8e s : poèmes courts japonais de 5 vers de 5/7/5/7/7 syllabes, élégies composées  en l’honneur de souverains, poèmes chantant l’amour ou la beauté d’une femme.

 

Le moine zen Bashô (1644-1694) isola les 3 premiers vers du tanka pour en faire une forme autonome, associant morale et esthétique : la contemplation, la méditation et la fusion avec la nature. Il mit au point le haïku en se promenant dans la montagne. C’est la  recherche d’un art de vivre. Traditionnellement, c’était un  poème évoquant une saison.

 

C’est un genre littéraire qui perdure. Plus qu’un genre poétique, le haïku est une culture vivante au Japon. Il est encore pratiqué à l’heure actuelle mais d’une manière différente. Les règles traditionnelles, comme la référence à la nature, se sont élargies et l’on parle maintenant de la ville et des choses de la vie moderne. L’idée est de faire partager un moment fragile et fugace en un minimum de mots.

 

C’est une forme pour dire l’émotion poétique, l’indicible, l’invisible. C’est un petit croquis.

 

Voici un exemple parfait relevé sur le Midi Libre du 26 Mars 2011, suite au séisme, au tsunami, et à la radioactivité :

 

                                           Plus rien et déjà

                                          Plus fort que le désespoir

                                          Un cerisier en fleur.

 

 

 

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Petits poèmes courts

 

Pour  nous familiariser avec les Haïkus, cette consigne préliminaire :

-          Faire des petits tableaux de 2 à 7 lignes, sans chercher à faire des Haïkus. Voici quelques exemples.

 

Le lion, yeux mi-clos

Repose dans sa crinière magnifique 

Pattes abandonnées à la savane brûlante

 

Les feuilles rousses craquent sous nos pas

Le timide soleil descend déjà sur l’horizon

 Couvre mes épaules 

Je frissonne

 

Le feu crépite dans l’âtre

Le chien est allongé, béat

Mes pieds dans sa fourrure

Nous sommes bien

 

Petit monticule dans le jardin

Tremble, tressaute, s’étale

Le nez timide de Dame Taupe

Renifle la bonne odeur du gazon