Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

dimanche, 11 décembre 2016

Un mot pour un titre

Trouver un mot de trois lettres puis lui ajouter une lettre pour former un mot de quatre lettres, puis de cinq, six…etc jusqu’au mot le plus long possible.

Un tirage au sort nous permet de garder le mot « écourtées »

--------------------------------------------

Regarder une image puis noter les deux mots qu’elle nous inspire pour former une liste commune

noir / blanc / départ / évasion / question / solitude / sauvage / rapide

En 20 minutes, écrire un texte comportant les 8 mots communs

dont le titre sera : « Ecourtées »

--------------------------------------------

Amphithéâtre Sorbone

wikimédia

 

Ecourtées

Mesdames, messieurs, tout n’est pas noir ou blanc dans la vie. C’est une question de point de vue.

Par exemple, pour moi, la solitude est noire, mais pour celui qui vit en permanence dans la foule, la solitude, c’est plutôt blanc. Autre exemple : moi je suis ici, dans un amphithéâtre de cette faculté, pour vous faire un cours sur le relativisme. Pour vous c’est peut-être un moment blanc, car, en bons étudiants ivres de savoir, vous venez boire mes paroles. Mais pour moi, c’est un moment noir car je préférerais être en train de préparer mon évasion vers un pays lointain. Je préférerais même être sur le départ vers des contrées sauvages au lieu d’être confiné ici.

Aussi, comme c’est moi qui ai le pouvoir de décision, mon exposé sera très rapide. Grâce à ce préambule, j’estime avoir traité pratiquement tout le sujet de mon intervention. Je ne vous retiendrai donc qu’un quart d’heure au lieu d’une heure réglementaire et pour le reste vous étudierez mon polycopié. Ceux qui me connaissent déjà savent que mes conférences sont toujours un peu écourtées. Mais ne vous insurgez pas contre cette pratique car vous n’en apprendrez que mieux à travailler par vous-mêmes.

Mesdames, messieurs, je vous remercie de votre attention. Bonne lecture. A la semaine prochaine.

Gill

_____________________________

écourtées,noir,blanc,question,solitude,évasion,départ,sauvages

pixabay

 

Ecourtées

Noir ou blanc,

Telle est la question, aurait dit Shakespeare. D’accord, il proclame ce qu’il veut, moi j’affirme blanc et noir, j’insiste sur le et et non pas le ou. Cela rend mon texte universel. On ne parle pas de solitude puisque universel, c’est général. C’est que je suis adepte de la colombophilie et quand un pigeon s’envole, c’est pour moi symbole de départ, d’évasion vers les autres. L’oiseau bat des ailes, tend le cou, ébouriffe ses plumes et rapide part vers des contrées sauvages où je n’irai jamais je tiens trop à ma tranquillité, à mon douillet appartement. En vérité, ce ne sont pas les justes raisons de mon quotidien routinier. Seulement mon patron tyrannique me donne des vacances écourtées tout au long de l’année. Je peux passer trois jours à Valras, cinq jours–quand il est de bonne humeur–au Pic Saint-Loup, à Tantajo. Vivement la retraite et les grands voyages. Mais à 65 ans ou même plus, serai-je encore apte à les faire, sinon en rêve ? « wait and see » dit-on en anglais, alors attendons.

Line

______________________

samedi, 09 mai 2015

Aux caisses du supermarché

En 20 à 25 minutes, écrire un texte commençant par :

« Je me dirigeai vers les caisses en espérant qu’il n’y aurait pas trop de monde. Il était déjà tard ….. »

_________________________________

 

pot de confiture line.jpg

freepik   par www.sxc.hu

 

Je me dirigeai vers les caisses en espérant qu’il n’y aurait pas trop de monde. Il était déjà tard, ma montre indiquait 17h 30, me voici dans la file. Combien de personnes devant moi ? 5, non 4, ce jeune aux cheveux multicolores est avec cette minette grassouillette. Quelle hérésie ! Elle a acheté des plats cuisinés et des biscuits salés. Encore une obèse qui coûtera cher à la sécu et mes cotisations augmenteront. Et celle-là, elle ne pouvait pas préparer son porte-monnaie d’avance au lieu de farfouiller dans son sac ? Je sais bien que le soir, les employées sont fatiguées et mal payées mais quand même, les caisses automatiques c’est plus rapide quand on sait s’en servir. Et moi je  ne sais pas. Flûte ! J’ai oublié la confiture, je vais la chercher, pas question de m’en passer. Où est le rayon ? Comment, monsieur, je vous ai bousculé ? Si vous étiez galant et bien élevé, c’est vous qui vous excuseriez de m’avoir heurtée. Quelle époque ! Tout Béziers acheteur s’est donné rendez-vous ici, pourtant il n’y a pas de soldes, du moins je n’en vois pas. Me voilà à nouveau en queue de file. J’ai chaud,  j’ai mal aux pieds, on pourrait ouvrir une caisse supplémentaire. « Le client est roi » dit la réclame, on voit bien qu’ils ont été guillotinés ou chassés de leur trône. Si cela continue, je commanderai par téléphone et me ferai livrer mes provisions. Mais on n’est jamais si bien servi que par soi-même, j’aime choisir personnellement. Que c’est long, j’en ai assez, j’avance lentement, c’est interminable.

Ah, enfin, à moi, je dépose confiture et pain de mie sur le tapis. C’est tout ? Oui, c’est tout, donnez-moi un sac. Comment, il faut le payer ? On est vraiment des cochons de payants. Ouf, c’est fini. Comment il est 18h30 ? J’ai raté questions pour un champion, je ne saurai pas si Jérôme revient. Et puis Julien Lepers a un si joli sourire. Ma copine dit « c’est le gendre idéal, celui qu’on voudrait pour sa fille ». Oui, mais moi je n’ai pas de fille. Demain, je viendrai plus tôt, vers 17 heures par exemple.

Line

___________________________

 

julien,lepers,

freepik  par stockvault

 

LA CAISSE DU SUPERMARCHÉ

 

Je me dirigeai vers les caisses en espérant qu’il n’y aurait pastrop de monde. Il était déjà tard.La nuit était tombée d’un coup, le temps de faire mes courses. Je pris patience de mon mieux dans une file de clients fatigués qui maugréaient en attendant leur tour sous les yeux d’une caissière harassée. Sa journée allait bientôt se terminer, elle en espérait vaillamment la fin. Pourtant elle parvenait à se redresser sur son tabouret inconfortable, percluse de douleurs dans le dos, les épaules, les bras. Vivement vingt heures ! Bientôt finie la galère ! Elle résistait en pensant au bain chaud dans lequel elle allait se glisser dès qu’elle aurait franchi le seuil de son appartement. Elle gardait le sourire en prononçant un bonsoir évasif, supportant de son mieux les trognes impatientes, parfois bienveillantes, souvent grotesques à cette heure de la journée. « Marre de cette queue » entendait-elle de temps en temps, ce qui la laissait imperturbable.

Enfin, ce fut mon tour. Je commençai à disposer mes victuailles sur le tapis roulant quand le client précédant bloqua la progression pour un sachet de tomates non pesées. Aller et retour au stand Fruits et légumes, à l’autre bout du magasin bien sûr. Cinq minutes peut-être. Une éternité quand on poireaute là, depuis un temps qu’on n’a pas compté, mais d’une longueur interminable.

« Tout vient à point à qui sait attendre »…A mon tour.  Nouveau blocage avec mes achats : le code à demi effacé de mon tee-shirt demeura illisible pour la machine à fabriquer les clients dociles. Coup de fil de la caissière au central. Attente. Deuxième appel. Attente. Les râleurs qui espéraient aller plus vite en me suivant au vu de mon caddie aux trois-quarts vide se furent de plus en plus bruyants et irrespectueux. Des mots aigres-doux martelaient mes oreilles et celles de la caissière. Puis - tout à une fin - ce fut la délivrance.

Je sortis de ce purgatoire pour retrouver l’enfer de la nuit, de celui des zones d’ombre sensées être protégées par des réverbères défaillants, l’enfer des pétarades des mobylettes, des voitures qui me frôlaient.

Je sortis d’un endroit illusoire pour entrer dans un monde de fêlés.

 

Mouty

________________________________________

 

julien,lepers,réverbères,pétarades,mobylettes

freepik  par www.sxc.hu

 

               COUVRE-FEU

 

Je me dirigeai vers les caisses en espérant qu’il n’y aurait pas trop de monde. Il était déjà tard. Bientôt la sirène retentirait, annonçant le couvre-feu et je voulais surtout ne pas être dans la rue à ce moment-là.

        La loi s’était encore durcie depuis six mois ; désormais les miliciens pouvaient tirer à vue, sans sommation.

        Je regardai distraitement une jeune fille qui poussait son caddie, juste devant moi. Elle jetait nerveusement des coups d’œil à sa montre, comme la plupart des clients dans les files d’attente. Sauf qu’elle, n’avait pour ainsi dire jamais connu autre chose, ou si tôt dans sa vie que le souvenir devait s’être effacé… Quant aux miens, ne me trompaient-ils pas ?

         Avait-il existé un temps sans couvre-feu, sans bracelet électronique pour tous, sans télécran de surveillance dans chaque pièce…et, pire que tout, sans contrôle cérébral auquel chaque citoyen devait impérativement se soumettre, chaque trimestre ?

         Combien de mes proches avais-je ainsi vu disparaitre, au fur et à mesure ? A vrai dire, je me considérais comme un survivant. Jusqu’à présent, j’avais pu tromper les machines, passer à travers les mailles du filet…Mais jusqu’à quand ?

       Et cette file qui n’avançait pas !

       Bien sûr, la solution aurait consisté à tout planter là et se tirer en vitesse. Mais c’était impossible. D’abord parce que cette attitude, tout de suite enregistrée par les caméras, ne manquerait pas d’être tenue pour éminemment suspecte, mais avant tout parce que je ne voulais surtout, surtout pas rentrer à la maison les mains vides

       Paulo avait trop envie de ce camion de pompier rouge vif et l’arrivage de ce jouet(en nombre limité qui plus est, comme d’habitude) n’avait eu lieu que ce soir, alors qu’il avait été annoncé depuis plus d’une semaine. Moi qui, depuis une semaine, guettais anxieusement ce moment… je n’allais pas abandonner, maintenant ? Evidemment pas !!

        Paulo, c’est mon petit-fils. Je n’ai que lui et lui que moi. Tous les autres ont disparu. Ses parents, sa grande sœur, ma femme, mes frères. Sont-ils vivants ou morts ? Cela, personne ne le sait.  D’ailleurs, il est interdit d’en parler.

   «   Ouf, ça y est !! » J’atteignis enfin la caisse, passai ma bague d’identité sur le cadran, certain que mon compte serait débité à la seconde et m’éloignai d’un bon pas.

        Courir dans les rues est interdit.

       J’arrivai à la maison. Ouvris la porte et la refermai juste au moment où la sinistre sirène se mettait à retentir dans les haut-parleurs.

         Paulo accourut vers moi, avec ses cheveux roux en bataille, ses taches de rousseur sur le nez et ses six ans tout neufs. Alors je m’écriai, avec plein de rires et de larmes dans la voix : « Joyeux Anniversaire, mon grand petit homme !! »

 

                        El Pé

________________________________

 

julien,lepers,réverbères,pétarades,mobylettes,couvre-feu,taches,rousseur

freepik

 

Scène de caisse

Je me dirigeai vers les caisses en espérant qu’il n’y aurait pas trop de monde. Il était déjà tard et je risquais d’arriver après l’heure au bureau, si j’attendais trop.

Tiens, là, il n’y a que deux chariots, une femme avec trois enfants et un monsieur qui semble avoir peu d’achats. Ce sera parfait. En attendant je me mets à observer l’enfant qui est derrière le premier chariot, qui s’agite sans arrêt, touchant à tous les objets que sa mère s’efforce de déposer sur le tapis, touchant aussi le monsieur qui est derrière lui ; celui-ci après avoir  patiemment supporté l’attitude du gamin,  manifeste un brin d’agacement en lui disant de se tenir tranquille. N’écoutant rien, l’enfant continue son manège pendant plusieurs minutes et tous les spectateurs de la scène le trouve insupportable. C’est alors qu’il entreprend de déboucher un yaourt à boire d’un geste brusque et que le liquide jaillit et se répand sur les chaussures et le pantalon du monsieur. Ce dernier, déjà fatigué par le comportement du gamin, s’adresse alors à la mère, qui reste passive devant la scène.

-« Vous pourriez dire à votre fils de rester tranquille et de s’excuser pour ce qu’il vient de faire.

- Mais Monsieur, c’est un enfant, il s’amuse et il a bien le droit de vivre sa vie »

C’est alors que l’homme, ne disant mot, prend un yaourt dans son panier, le secoue consciencieusement, l’ouvre précautionneusement et le verse d’un coup sur la tête du garçon. Puis je l’entends dire : « Ah mon bonhomme, tu es un enfant qui a le droit de vivre sa vie, et bien moi, je suis un grand-père et j’ai aussi le droit de vivre la mienne. »

Celui-ci, un béret blanc sur les cheveux, s’arrête instantanément de gesticuler, interdit, bouche bée, avant de se mettre à hurler, tandis que la caissière, les autres clients et moi-même réprimons une furieuse envie de rire. La mère, ayant réglé ses achats, récupère alors son chariot et maugréant des paroles que je ne peux retranscrire ici, s’en va, emmenant sa progéniture.

Finalement, l’attente à la caisse m’a parut courte et se termine dans la bonne humeur, tout le monde riant. Voilà une anecdote amusante à raconter à mes collègues.

Gill

__________________________________________

 

 

 

 

 

 

dimanche, 15 mars 2015

Les narrateurs: conte à dormir debout

Chacun tire au sort la photo fantasmagorique d’un animal, d’un légume, ou d’un fruit.

 A partir de cette image, en 25 minutes, écrire un conte où toute imagination est permise, et se terminant par une sentence ou une morale.

---------------------------------------------------

 

005monique.jpg

 

Il était une fois

 

Il était une fois un renard blanc errant dans la toundra, au sud de Novossibirsk. Fougueux et vigilant, il veillait sur ses petits en bon père de famille, leur rapportant maints gibiers à plumes ou à poils.

Un jour, alors qu’il était tapi derrière un buisson épineux, à l’affut d’un lapin imprudent, il n’entendit pas l’arrivée feutrée dans la neige d’un chasseur. Il n’eut pas le temps d’esquiver la balle de ce prédateur qui courait après les fourrures. Il sentit une brûlure, fut aspergé de giclures rouges, puis ne vit plus rien.

Au ciel chargé de grisaille, tournoyait l’aigle blanc, seigneur de la contrée. Planeur infatigable à l’œil acéré, il enregistrait les moindres détails des évènements qui se passaient sur le plancher des terriens. Son regard perçant se fixa sur la scène du chasseur et du renard. Il fonça sur eux, mais en arrivant à portée de fusil, il ressentit dans ses flancs la trajectoire d’une cartouche qui accéléra sa descente en piqué, droit sur le chasseur.

Mêlée mémorable. Impossible de distinguer de cet amalgame un seul des trois intervenants. A l’issue de cette bataille farouche, il en ressortit un animal au corps de renard et à la tête d’aigle. Plus de chasseur : disparu corps et fusil. Volatilisé.

Cet animal étrange fut baptisé Roi de la Toundra.

Méfiez-vous en, il veille aux incursions des prédateurs sur son territoire, prêt à foncer sur les êtres malveillants.

Qui mal y voit paie en sentences.

 

Mouty

__________________________________________

 

renard,blanc,escargot,pomme,

 

Sur une île déserte, loin, très loin, hors de l'imaginaire, vivait une sorcière. Elle habitait dans une cabane en roseau qu'elle avait bâtie tant bien que mal et que les vents faisaient tanguer. Elle vivait seule, avec pour compagnon un oiseau de paradis: son seul ami.

Il était comme elle, sans âge, et ses plumes éblouissantes de mille couleurs avaient pali et son chant mélodieux n'était plus qu'un cri rauque et lugubre.

La sorcière aussi avait perdu beaucoup de ses pouvoirs et ne pouvait redonner ses atouts à son oiseau.

Un jour d'orage, alors que les éclairs sillonnaient le ciel noir,  elle invoqua ses oracles et pria pour que cet oiseau qui n’avait plus rien de paradisiaque retrouve sa beauté et son chant. Mais les dieux se montrèrent  intraitables et se moquèrent d'elle : « tu nous as nargué durant des siècles et demande de l'aide ah ah ah ! » Instantanément, les plumes se fanèrent davantage et il fût transformé en un monstre cousin du crocodile dont la mâchoire ouverte laissait entrevoir des dents qui ne pouvaient plus mordre, des yeux qui ne pouvaient plus voir.

Furieuse la sorcière se jeta dans les flots déchaînés avec l'oiseau.

Il faut demander beaucoup pour obtenir peu mais surtout ne pas demander l'impossible.

 

Dedou

                                                              

 

07line.jpg

 

Bien que perché, ce n’est pas le corbeau du moraliste La Fontaine, ce n’est même pas le renard, il n’a pas de fromage. Dommage, j’aime bien le fromage surtout s’il est à point. Que faire d’une tête de renard connectée comme on dit en informatique, cousue aurait-on dit autrefois, que faire donc d’une tête de renard sur un corps grassouillet d’oiseau à longue queue. Franchement c’est de la science-fiction, un clone raté par un savant cosinus amateur de nouveauté. Mais au fond, c’est bien, cet hybride peut glapir, triller, peut-être parler comme un perroquet. Je sais qu’il est bien dans sa peu, enfin dans ses plumes, il mange de la viande puisqu’il a une mâchoire de renard, il avale des graines ou crie « vive la journée de la femme » car il me semble qu’il est du sexe féminin. Il peut courir en sortant ses pattes cachées, voler en décollant ses plumes. Il ne se trompe jamais, la queue lui sert de gouvernail. C’est l’animal de compagnie que chacun rêve de posséder. Mais où le mettre ? Sur un perchoir ? Dans une cage ? Et si je le prends quand je pars en vacances, est-ce que je dois acheter deux billets puisqu’ils sont deux en un ? Et à l’hôtel, que vais-je devoir débourser, pourrais-je le prendre dans ma chambre ? Les gens sont méfiants devant la modernité, mais je le cacherai dans un panier en osier pour qu’il respire et scotcherai son museau pour qu’il se taise. Mais quand même, un renard ça va, un corbeau ça va, mais les deux, bonjour les dégâts. Et comme aurait dit Montaigne « science sans conscience n’est que ruine de l’âme »….mais cette créature a-t-elle une âme ? Un mystère, encore une énigme. Cosinus, je vous le dis, je vous l’ordonne : »à chaque découverte, une notice, et en français ».

Line

_____________________________

 

017liliane.jpg

 

             La vraie histoire de Chouchou

      Cet éléphant que vous voyez là, était en réalité le frère de Jumbo, sauf que lui avait eu moins de chance. Enfin, ça se discute. Car, s’il n’avait pas eu les honneurs de la maison Walt Disney, en revanche, il avait servi de modèle à Gainsbourg pour le célèbre album intitulé : « L’homme à la tête de chou », dont les gens de ma génération se souviennent encore avec beaucoup d’émotion et que les autres devraient retrouver sur U Tube. Mais là n’est pas le propos, c’est vrai ! Mille excuses Monsieur le Conte.

        Qu’était-il donc arrivé à cette pauvre bête ?

Et bien c’est simple : Après la mort tragique du pauvre Jumbo (d’une balla dans la tête, est-il besoin de le préciser…), la maman éléphant avait opéré un transfert affectif- éminemment salutaire quoique d’une affligeante banalité- sur le frère jumeau de ce dernier, éléphanteau tout ce qu’il y a de plus normal sur le plan oreilles et QI, mais d’une grande gentillesse et très attaché à sa petite maman (l’Œdipe n’était pas loin, vous l’avez deviné).  Celle-ci, par conséquent, avait baptisé cet enfant « Chouchou », sans aucune référence, d’ailleurs à « Un gars, une fille », il faut quand même que les choses soient dites.

     Et c’était du « Chouchou par ci, Chouchou par là, si bien que peu à peu, et ce n’est certainement pas Freud qui me contredira concernant l’indiscutable relation de cause à effet-  peu à peu donc, une magnifique collerette était apparue autour du cou du petit animal ; manière crinière de lion mais matière chou breton.

       Inutile de préciser que le dit animal, une fois adulte, ne trouva jamais à se marier, les femelles décidant qu’il avait mauvais genre. Il mena donc une vie plutôt solitaire, d’autant que ses camarades et congénères ne rataient pas une occasion de lui brouter des bouts de collerette, par jeu et par gourmandise, le chou vert étant à cette époque à peu près inconnu en Afrique.

   Une vie qui, par conséquent, aurait pu être triste, mais ne le fut pas. Grâce à l’heureuse nature de Chouchou, satisfait d’un rien, ainsi qu’à son penchant pour les bons mots (certes un peu faciles, convenons-en). Tant et si bien que sa devise, qui l’amusait fort, fut : « Chourira bien qui chourira le dernier ». Et il eut en effet quelque raison de s’en réjouir car, de mémoire d’éléphant, aucun d’eux ne vécut aussi longtemps que lui. La preuve, on peut encore le rencontrer dans une réserve du Kenya. Enfin, c’est ce qu’on dit.

    Lafontaine aurait certainement une morale à ce conte plus appropriée. Mais comme il n’est pas joignable en ce moment, il faudra simplement conclure par ces mots :

  « On est ce qu’on est, ça ne sert à rien de se prendre le chou. »

                 El Pé

                                                                    

 

018nanou.jpg

 

Maître Escargot, sur son chemin baveux, portait sur son dos une pomme. Une pomme d'api à la peau bien verte. De ses cornes allongées, Maître Escargot avait la fâcheuse habitude de la toucher, de la tâter par le dessus de sa tête, la sentant alors douce et parfumée, ferme et juteuse, mais déformée.

Bien sûr, il ne pouvait voir sa forme exacte, mais ressentait en chaque instant le regard insistant des êtres qu'il croisait, qu'il posait sur lui. Intimidé et honteux, ne sachant pas de quoi d’ailleurs, à ces moments là, il se recroquevillait dans sa pomme, oh nid si soyeux d'humidité et si protecteur.

Un jour, alors qu'il cherchait bombance dans les rougnes du jardin de son vieil ami Crapin le crapaud à la peau en croûte de pain cramé, il tomba nez à nez avec un jeune Musarainez effronté et effondré de rire à la vue de Maître Escargot.

Ce dernier, les vieux réflexes reprenant le dessus, se réfugia à son habitude dans sa pomme.

Notre jeune moqueur n'en rigola que de plus belle. Pourtant cette attitude de rapide fuite n'échappa pas à Musarainez, qui attendrit, attendit très patiemment que Maître Escargot repointe le bout de son nez.

Il lui dit alors : "Maître Escargot, je me moque de ta pomme, mais sais-tu seulement qu'elle se finit en forme de nez ?"

Étonné, Maître Escargot comprit enfin que lui qui n'en avait pas au milieu de la figure, avait un tarin sur sa pomme.

Paraissant tellement désespéré,  Musarainez lui raconta alors ses propres difficultés par rapport au sien et finit par conclure : "Il vaut mieux une pomme sur son dos, qu'un pif en tuyau poêle en guise de museau !".

Nanou

                                                               

 

renard,blanc,escargot,pomme,sorcière,oiseau,paradis,corbeau,lézard,perruche,jumbo,chouchou

 

Coup de foudre aux Galapagos

Kiko le lézard évoluait dans les sables des Galapagos, assez satisfait de son sort, ma foi. Il était suffisamment petit pour ne pas se faire remarquer et n’avait donc rien à craindre de ses gros frères, les iguanes.

Il menait sa petite vie bien tranquille, le nez au sol, quand un jour, entendant un bruit d’ailes inconnu au-dessus de sa tête, il leva les yeux : une perruche d’une beauté à couper le souffle évoluait dans le ciel d’azur ; son bec courbé brillait dans le soleil et ses  ailes délicates étaient les plus belles que Kiko eut jamais vues. Elle s’éloignait, revenait, faisait des cercles au-dessus de lui comme si elle était incapable de quitter cet endroit. Kiko eut un vrai coup de foudre. Mais comment faire pour lui avouer sa passion, lui cloué à terre et elle évoluant avec grâce en l’air. Ils passèrent tout le jour à réfléchir, elle n’osant s’aventurer sur cette terre inconnue et hostile et lui incapable de trouver une solution acceptable.

Enfin, quand la nuit commença à assombrir le ciel, elle osa descendre pour faire connaissance avec celui qui avait déjà pris son cœur. Ce ne fut alors que caresses et embrassades et leurs corps, bien différents pourtant, trouvèrent immédiatement une entente parfaite. La nuit les enveloppa dans une brume merveilleuse. Au réveil, ils ne faisaient plus qu’un, mais vraiment plus qu’un : une sorte d’oiseau à tête de lézard ou une sorte de lézard pourvu d’ailes. Ils pouvaient ainsi rester tous les deux en ne faisant qu’un avec toutes les qualités et les pouvoirs des deux : courir et se dissimuler dans le sable et fuir tous les prédateurs terrestres en s’envolant. Ils ne craignaient plus rien ni personne.

Partout dans le monde, malgré l’étonnement suscité par son apparence, on s’habitua à rencontrer ce drôle d’animal qui fit des voyages merveilleux d’un bout à l’autre de la Terre, ce qui montre bien que « l’union fait la force » et que pour être heureux, il faut se nourrir de nos différences.

Gill

_____________________________________________