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lundi, 14 décembre 2015

Et si le péché n'en était pas un ?

Parmi les sept péchés capitaux: 

 gourmandise / avarice / colère / luxure / paresse / orgueil / envie.

 En choisir un et en 20 minutes se faire l’avocat du diable en démontrant que c’est une qualité indispensable.

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Blason d'Enghien-les-Bains

wikimédia

 

   Ma chienne s’appelle Prada. Enfin, plus exactement, c’est moi qui l’ai appelée ainsi. Pour l’habituer, toute petite, à l’idée qu’elle était une chienne « pas comme les autres ». C’est vrai, quoi, on ne commence jamais assez tôt ce genre d’apprentissage : savoir d’où l’on vient et ce que l’on se doit. A soi. Afin de se faire respecter comme il convient par les autres.

   Les autres ! Si l’on n’y prenait garde, ils auraient facilement tendance à se croire nos égaux, les autres. Alors que…

   Alors que, de par ma naissance d’abord, je me situe d’emblée dans l’élite aristocratique, puisque je descends en droite ligne de la dynastie des Condé. Quand je pense que certains osent mettre en doute ce titre, les cuistres! Parce que, soi-disant, je ne possède aucun document pour corroborer mes dires. Evidemment, tout a été brulé pendant la Révolution. La première. La seule. Les autres après ne comptent pas. Où en étais-je ? Ah oui, ma lignée. Condé par ma mère, donc, et Fauchard par mon père. Certes, je me doute que de nombreux non initiés ignorent qui sont les Fauchard. Je veux parler de ceux qui ne suivent pas attentivement les cours de la Bourse. Sinon ils sauraient que notre entreprise de traitement des anchois est cotée au CAC 40. Oui, nous faisons partie des plus grandes fortunes de France. Et alors ?

Mais soyons clairs : ce n’est pas cela qui m’aurait conféré la beauté si je n’en n’avais été dotée, dès ma naissance. Visage et silhouette, tout est parfait chez moi, et j’aurais pu présenter les collections Dior, Channel (ou Prada) lorsque j’en ai été sollicitée. Mais mon Dieu ! Côtoyer ces mannequins quelconques, ces filles d’une vulgarité à faire peur !!Non, non merci ! Très peu pour moi.

   Oserai-je, sans paraitre manquer de modestie, avouer que j’ai également un QI nettement au dessus de la moyenne ? C’est pourtant le cas. Mais je ne m’y attarderai pas car c’est un sujet qui peut froisser facilement.

   Cela-dit, à quarante-trois ans je suis toujours célibataire. Oh la la ! Ce ne sont pourtant pas les prétendants qui manquent. Parfois je me dis- car j’ai beaucoup d’esprit-qu’il faudrait leur attribuer un numéro d’attente comme à la Sécurité Sociale. (Naturellement voyons, je n’ai jamais mis les pieds dans cette institution, j’ai seulement entendu dire…)

   Beaucoup de prétendants donc, mais pas un qui soit digne de moi.

On me rétorquera peut-être que, dans ma vie, je passe à côté de l’amour. Mais qu’est-ce que cela peut bien me faire ? Qui en a besoin ? Certainement pas moi. Et s’il fallait un seul argument pour justifier ce que vous nommez sottement mon « orgueil », et bien c’est celui-là. Je vous l’offre puisque vous m’avez mise en demeure de le faire. Et vous savez quoi ? Je vous plains.

                                                                                                                         El Pé

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orgueil,gourmandise

pixabay

 

Recette de bonheur

Le village était petit, mais étonnamment riche de commerces en tout genre, surtout alimentaires, allant de la triperie à la confiserie, de la charcuterie à la pâtisserie, de la rôtisserie au magasin de produits fins, et au restaurant gastronomique.

Jusqu’à maintenant, ces commerces avaient été très florissants, jouissant d’une renommée qui s’étendait bien au-delà des limites du village. Tous les amateurs de bonne chair s’y retrouvaient, le ventre rebondi et la mine joviale. Jusqu’à ce jour fatidique où l’abbé Vincent qui officiait dans la paroisse, rappela d’une voix tonitruante, au cours de son prêche dominical, les sept péchés capitaux dont la gourmandise faisait partie. Il foudroya ses ouailles du regard, les appelant à plus de tempérance, leur prédisant les flammes de l’Enfer s’il ne s’amendaient pas. Eux, effarés, sans même réfléchir, se mirent à déserter ces lieux de débauche, si tentants pour leurs palais. L’affaire s’enfla et se répandit comme une trainée de poudre et les commerces perdirent un à un leur clients.

Dans tous les foyers on ne mangea plus que les légumes du jardin cuits à l’eau, les œufs des poules, du café sans sucre, du lait sans chocolat. Plus un seul bonbon ne croqua sous la dent d’un enfant, plus une seule demeure ne fut emplie du fumet d’une dinde aux marrons, plus une seule goutte de liqueur ne coula dans les gosiers. Les corps fondaient, et tandis que l’embonpoint s’envolait, la joie désertait les visages. Les habitants erraient dans les rues, sans un mot, l’air triste, n’osant pas regarder les vitrines à moitié vides. Les commerçants se désolaient, leurs stocks se périmaient, pourrissaient et leurs frigos débordants de victuailles restaient désespérément clos.

Mais il y avait un rebelle dans ce village, un petit galopin au visage espiègle constellé de taches de rousseur. Il avait bien essayé de résister à la tentation, au début, puis un jour, n’y tenant plus, il était allé quémander un gâteau à la pâtisserie et comme par magie, le pâtissier avait retrouvé le sourire. A la vitesse de l’éclair, et sans se poser de questions, tous les enfants du village l’avaient imité, ravis de suivre cet exemple et ne comprenant pas pourquoi c’était un péché de se faire plaisir en mangeant quelque chose de bon.

Puis les adultes, rasant les murs et se cachant d’abord les uns des autres, avaient suivi le mouvement, et les commerçants, timidement au début, puis avec de plus en plus d’ardeur, s’étaient remis au travail ; Tout le monde avait retrouvé le sourire pour le bonheur de ce village et la vie avait repris son cours.

Alors je suis sûre qu’après avoir écouté mon histoire, vous direz comme moi : La gourmandise est une qualité indispensable au bonheur de tous, alors adoptez cette devise :

                             Pour vivre heureux, vivons gourmands ! 

Gill

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Pieter Bruegel the Elder - Desidia (Sloth), 1557 - Google Art Project

wikimédia

 

Le paresseux est un créateur.

Il est tant envahi de flemme, qu'il passe son temps à inventer l'objet qui lui facilitera la tâche lui faisant gagner du temps pour la sieste. Exemple : j'ai acheté un lave vaisselle pour ne plus avoir à nettoyer mon assiette le midi ; 10 minutes de gagnées !

 

Le paresseux est un épicurien.

Tous s’accordent sur l'idée qu'un après-midi hamac tendu entre deux palmiers bordant une mer bleu azur fait partie des grands bonheurs. Le paresseux ne recule pas devant le bonheur, il en jouit pleinement.

 

Même si on le déteste parce qu'on le jalouse profondément, le paresseux est une star. Philippe Noiret en fait l'éloge dans Alexandre le bienheureux, à l'instar de Brassens et sa mauvaise réputation.

 

Les mauvaises langues prétendent du paresseux qu'il ne fait rien, moi j'affirme qu'il fait tout, tout pour son propre bonheur en grand égoïste, mais ça, ça ne fait pas parti des 7 pêchés capitaux.

 

Nanou

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Vertu.cathedrale.Sens.2

wikimédia

 

L’avarice

 

Dans un café du sud, au dehors on entend les cigales :

   –Aller les gars, celle-là, c’est ma tournée. C’est pas Albert avec son oursin dans le portefeuille qui va vous régaler.

   –Comment un oursin dans le portefeuille ? Vous pouvez rire. Moi, je suis économe, je ne dilapide pas mes sous pour un rien.

Tous les clients du petit bar sont hilares.

   –Ah, vous riez de plus belle. Un jour, vous comprendrez que j’ai raison de ne pas dépenser sans compter. Je suis économe et c’est une vertu. Ainsi, je fais attention à la planète :

Je mange frugalement : pas de lisier, pas de pesticide.

Je me lave de temps en temps : pas de gaspillage d’eau.

Je fais de l’autostop : tout le monde en vient au covoiturage.

 

   –Et tu uses tes habits jusqu’à la corde

   –Bien sur, les usines polluent, moins de fabrication, c’est moins de pollution. Alors, vous voyez au lieu de vous moquer de moi, vous devriez suivre mon exemple.

   –Ah c’est sûr, Tu nous as encore bien eus avec tes démonstrations, tu paieras pas ta tournée. Mais tu n’as pas tout à fait tort.

 

Claudie

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nuit et sommeil par Evelyn de Morgan

Mythologica

 

LA LUXURE

Passer des bras d’Anatole - ou d’un autre - dans ceux de Morphée, quelle jouissance ! Usée par les frasques de l’un pour se retrouver dans le cocon de l’autre !... Je vous le recommande si vous ne l’avez déjà essayé. Passer de l’extase à un bien-être inégalé, c’est le pied. Et quand vous ouvrez doucettement les yeux en savourant les ébats divins que vous venez de traverser, vous vous rendez compte que vous avez passé des heures de bonheur, sans haine, sans rancœur, sans colère, sans orgueil, sans avarice d’amour débridé, avec une gourmandise exacerbée du revenez-y, sans autre envie que ces instants d’inexistence durent l’éternité… Alors, vive la luxure : ce sont les rares moments où vous ne faites de mal à personne.

Mouty

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jeudi, 09 juillet 2015

A chacune sa Mathilde

 

    continuons à découvrir d'autres portraits de Mathilde avec les mêmes consignes

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moto liliane.jpg

wikimédia

 

                  Mathilde vue par El Pé

    Disons-le tout de suite : Mathilde est très rock and roll. Elle flirte allègrement avec les 70ans, mais ça, elle ne le sait pas…ou fait semblant de ne pas savoir…

        Comment être sûrs ?

     Ne se déplaçant qu’en Harley, elle est vêtue en toutes saisons d’une combi-cuir noire qui moule sans la moindre discrétion ses formes avantageuses.

      Dès qu’elle ôte son casque, on remarque sa tignasse ébouriffée, d’un roux qui ne doit plus rien à la nature, et des yeux verts petit-pois qui semblent toujours annoncer un fou rire.

       Elle vit seule depuis longtemps quelque part dans les Cévennes.

       Est d’une santé insolente.

        Incollable sur Woodstock également.

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Printemps, été, se sont enfuis. Nous voici donc prêts  à partager un moment de la vie de :

                     Mathilde en Automne

  Sept heures un matin de novembre. Il pleut. Un vent sournois souffle sur la campagne environnante, arrachant méchamment les dernières feuilles des arbres. Un temps à l’évidence propre à flanquer le cafard à n’importe qui.

     N’importe qui sauf Mathilde. Au contraire, elle adore car il n’y a pour ainsi dire pas un chat sur la route, ce qui autorise des pointes à 150-sensations garanties- et permet à cette pauvre moto de se dégourdir un peu les pattes et le carburateur ; d’ailleurs, pour manifester son contentement, elle émet un rugissement du plus bel effet, d’autant qu’il est répercuté par l’écho des montagnes.

       Pour l’accompagner sans doute, Mathilde-mise en joie, comme chaque matin, par les trépidations de la machine- entonne à pleine voix un « Boudin » martial, puis enchaine dans la foulée-son humeur ayant brutalement viré vers la mélancolie Dieu sait pourquoi- avec « Les roses blanches » aussitôt suivies de « Gentil coquelicot » pour rester dans le ton.

         Mais que l’on se rassure ! Le blues de Mathilde ne dure jamais bien longtemps sauf ! …Sauf s’il se décline en accords diminués, car la gente dame a une autre passion : la guitare électrique.

         En effet, sitôt rentrée de sa virée quotidienne, généralement en fin d’après-midi, elle soulève avec amour la Gibson de son étui, branche l’ampli et la distorsion….et c’est parti pour un petit concert vespéral, plutôt éloigné du chant grégorien, qu’on en juge :

 Un « Tutti frutti » endiablé destiné à chauffer une salle qu’elle seule peut voir, puis arrivent en se bousculant un peu Jimmy Hendrix, Joan Baez, Joe Cooker et parfois le grand Led Zep, même s’il n’était pas présent sur l’île magique…

          Perdue dans son trip, Mathilde n’a pas vu tomber la nuit d’automne derrière les vitres. Derrière les vitres justement où se rassemblent comme chaque soir à la même heure, une dizaine de loups, venus en famille écouter la musique. La tête un peu penchée sur le côté, les yeux mi-clos, l’air rêveur…

            Mathilde ne sait pas qu’ils sont là. Et c’est mieux ainsi. Depuis leur petit coin de paradis, Mozart et quelques sixties assistent  au concert incognito et comme à chaque fois, ils diront à la fin : « Décidemment, Friedrich*avait raison : Sans la musique, la vie serait une erreur ! »

                                        

                    Mathilde en Hiver

En Hiver, Mathilde fait comme les ours : elle hiberne.

           El Pé

*Nietzsche ; Mais tout le monde avait deviné…

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Freepik  par www.sxc.hu

 

Mathilde vue  par Line

Mathilde, 100 ans, plus que ridée, ratatinée dans son fauteuil, l’œil rond aux aguets pour tout voir, le jugement péremptoire, édentée mais la parole mordante, heureusement sourde, non appareillée par avarice, et par prudence par nous, pour pouvoir l’injurier et évacuer notre détestation commodément.

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Mathilde  au printemps

7 heures du mat. Moi, Mathilde, je suis éveillée si tant est que j’ai dormi, ce que je ne crois pas. Je vois bien que mes enfants pensent que je déraille quand je dis que j’ai entendu le métro cette nuit. D’après eux, c’est la voisine qui arrose ses pétunias et ses œillets mais moi, je sais ce que je sais. Voilà l’infirmière, elle m’embête, je la pincerai quand elle m’enlèvera mes couches. C’est quelle heure ? Midi ? Je respire l’odeur de la paëlla de l’espagnole d’à côté. Pouah, j’aime mieux la senteur des oranges, des bananes, des amandes. Comment ? Les bananes et les amandes ne sentent pas ? Et les bananes pourries ? Et les amandes dans les feuilles moisies ? J’ai faim. De quoi ? J’ai déjà mangé, il est 7 heures du soir ? Menteurs, vilains enfants bourreaux de leur mère, je vous déshérite, tout ira à l’état. Vous vous en moquez, je ne peux plus tenir un crayon. Je me plaindrai au président de la République, je lui dirai « vieux dans son milieu, vieux malheureux. »

Line

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freepik    Par www.sxc.hu

 

                      Mathide vue par Gill

 

Mathilde a dix ans. Elle a des cheveux auburn, longs et ondulés. Elle est très secrète. Elle parle peu sauf à ses jouets mais elle écoute beaucoup. Elle a trois frères plus âgés qu’elle, un père chirurgien et une mère pianiste. Une partie de sa famille vit en Afrique. Elle est rêveuse, très curieuse et lit beaucoup.

 

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Mathilde et le printemps

 

Sept heures du mat. Mathilde, c’est l’heure dit maman avec un rapide baiser. Sans attendre elle se lève ; au printemps, elle sait qu’il y a tout un tas de choses à découvrir dehors. Bien qu’elle n’habite pas à la campagne et qu’elle ne puisse pas embrasser du regard un champ de coquelicots ou respirer le parfum  d’une odorante glycine, elle sait que le ciel est plus clair, que les oiseaux chantent et que les gens auront l’air plus gais dans la rue.

Au petit déjeuner, elle adore sa surprise du matin : aura-t-elle un jus d’orange, de pamplemousse ou de fraise ? Qu’importe elle aime tous les fruits.

Allez, prête à partir ; un court trajet et arrivée à l’école. C’est son dernier printemps ici. L’année prochaine, lycée, changement d’endroit, changement de copines, des profs différents. Le printemps sera-t-il aussi agréable dans un nouvel endroit, avec un printemps de plus qui la fera entrer dans le monde des « presque grands » ?

Déjà midi ! Allez, tous au self. Ici, dans cette école privée, pas de plats cuisinés, type saucisses lentilles, confectionnés par une société de restauration. Tout est préparé sur place par les cuisiniers, …mais jusqu’à quand ?

Puis le retour ; quelques rues à enfiler à pieds, dans la douceur de la fin d’après-midi, le nez au vent. Que les rues de Paris sont agréables, en cette saison !

Soirée tranquille. Tout le monde est de bonne humeur. Ah qu’il est doux de vivre un printemps en famille.

 

Gill

 

Mathilde et l’été

 

Sept heures du mat. Et bien non, le réveil ne sonnera pas et Mathilde pourra faire la grasse matinée. Ses trois frères ne sont pas encore levés, son père est déjà parti à la clinique, il opère tôt, en été. La maison est calme, sa mère ne s’est pas encore installée au piano pour répéter son concert du soir.

Mathilde est en vacances, en vacances à Paris ; et Paris, l’été est un havre de paix. Tous les parisiens l’ont déserté et le calme règne, excepté sur les Champs Elysées ou une multitude de cars déversent un flot de touristes japonais, caméra au poing. Mais Mathilde s’en fiche, elle n’habite pas les Champs Elysées.

Bon, debout ! Après avoir déjeuné et s’être préparée, elle s’installe, assise sur le tapis, à l’africaine, pour savourer pour la nième fois, un gros livre sur l’Ethiopie, offert par son oncle.

Il y a là une multitude de photos de plantes, d’animaux, montrant des paysages verdoyants ou au contraire, brûlés par le soleil. Elle s’imagine sur les sommets enneigés du Ras Dashan, dans la fournaise du Danakil ou descendant le Nil bleu. Elle observe les loups d’Abyssinie ou parcourt la montagne avec les Nyalas . Elle s’imprègne de l’odeur des arums blancs ou des plantations de roses ; elle savoure les mandarins, les papayes, les mangots ou les bourtoukans.

Après un déjeuner rapide, pas un kitfo* ou un doro wat*, mais une simple pizza, Mathile restera jusqu’au soir devant son livre, à imaginer d’autres choses, d’autres lieux, d’autres peuples, d’autres coutumes.

En se couchant, la tête pleine de rêves, elle se dira : « point n’est besoin de changer d’endroit pour se dépayser ».

 

Gill

*kitfo : plat de bœuf cru finement haché mélangé avec une poudre aux épices (mitmita) et un beurre assaisonné (niter kibbeh) souvent servi sur de l’injera (crêpe de farine de tef)

*doro wat : plat de poulet en sauce avec des œufs entiers (plat de fête)

 

Mathilde et l’automne

 

Sept heurs du mat. Petit matin de début d’automne, un brin d’humidité, et ce charme indéfinissable d’une saison qu’on dit triste à tord, tant les couleurs qu’elle arbore sont chaudes et lumineuses.

Nous sommes dimanche ; et Mathilde aime dormir le dimanche, mais aujourd’hui est un jour particulier. C’est l’anniversaire de sa grand-mère et Mathilde sait que la famille va se rendre à Rambouillet pour le fêter avec elle.

Mathilde aime beaucoup sa grand-mère. C’est elle qui lui a appris à aimer la lecture, elle qui lui a raconté toutes les histoires qui la font encore rêver, elle qui lui a rapporté tous les objets éthiopiens qui ornent sa chambre, elle qui lui a raconté la vie là-bas, quand elle y habitait avec son fils, cet oncle voyageur qu’on voit si peu et qui lui semble un peu mystérieux. C’est elle qui a toujours sur sa table un panier de fruits secs, noix, noisettes, dattes, que Mathilde adore croquer, elle qui a toujours un vase fleuri pour égayer le salon, tulipes, roses ou œillets selon la saison. C’est elle aussi qui fait les meilleurs desserts, comme sa tarte aux pommes si moelleuse.

Elle lui a aussi appris la patience et l’obstination : tu peux rêver, Mathilde, certains de tes rêves se réaliseront. Mais surtout apprends à faire tout ce qu’il faut pour atteindre ton but et « aide-toi, le ciel t’aidera ».

Petit matin frileux d’hiver

Mathilde a la grippe. Elle restera au fond de son lit toute la journée. Chut…ne la réveillez pas.

 

Gill