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vendredi, 06 avril 2018

"Tous les matins..." ou Un portrait de l'intérieur

Au choix, en 20 minutes,

Ecrire un texte dont toutes les phrases commencent par

« tous les matins »

Ou

Après avoir écouté un passage de » l’homme sentimental »,

Inspirez-vous de ce modèle

pour faire le portrait d’un personnage réel ou inventé

non de manière classique mais en le décrivant de l’intérieur

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mains liliane diminuées.jpg

 

C’était Beethoven ressuscité. Un mufle léonin, d’une laideur extrêmement attirante, couronné d’une crinière plus poivre que sel pour le moment, mais que l’on sentait prête à basculer de l’autre côté à tout instant.

    Curieusement, c’était sa bouche que l’on remarquait avant tout. Admirablement bien dessinée, épaisse, qui aurait trahi l’homme sensuel, volontiers violemment sensuel, si un petit sourire de biais (que je reconnus plus tard aussi chez Harrison Ford) ne venait corriger la première impression en apportant un je ne sais quoi de taquin, de tendre, presque d’enfantin.

    Au dessus un nez, à l’évidence habitué à humer la vie ; à reconnaitre toutes les senteurs, tous les parfums les yeux fermés. Un nez qui invitait à le suivre jusqu’au bout du monde.

     Et enfin, oui enfin car on ne les découvrait que lorsqu’il ôtait ses lunettes en parlant, ce qui lui arrivait tout de même fréquemment, des yeux bruns…ordinaires.

Ordinaires ? Non !! Sûrement pas ! Car dans leur regard, l’intelligence brûlait, comme une veilleuse vivante, sans cesse vigilante. Elle bougeait, interrogeait, induisait, déduisait, sans qu’il soit possible de la suivre dans ses raisonnements, bien entendu.

        Mais je crois bien que ce sont ses mains qui m’ont fait fondre comme une tablette de chocolat exposée trop longtemps au soleil. Des mains grandes, larges, fortes. Des mains de terrassier ou de Frankenstein, au choix. Aptes à prendre et à tenir. Des mains propres à faire fantasmer comme une folle une petite élève-infirmière amoureuse du Docteur X, médecin-chef du Centre Hospitalier Psychiatrique de…Mais nous arrêterons là, car c’est une histoire vraie.

El Pé

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Grand Hotel - Cabourg

wikimédia

 

Je fais glisser la porte du wagon, je salue poliment, je m'installe presque en face d'elle, un peu en biais, j'allonge mes jambes, et joue l'indifférence alors que je la suis depuis une demi-heure : comme hypnotisé par les expressions changeantes de son visage quand elle consultait l'immense panneau des départs des trains : Lille:15h 23, Toulouse:15h 54,Balbec : 16h12 . Son regard balaye les horaires de gauche à droite, de droite à gauche: elle semble hésiter, elle fait demi-tour , se dirige vers le guichet, j’aperçois le mouvement de ses lèvres à travers la glace: Balbec c'est bien ça , je m'avance : "un aller Balbec s'il vous plaît": elle s’assoit dans la salle d'attente, son visage, tout à l'heure perplexe semble rayonner : quel age a-t-elle ? 70 ans ou plus ? ses cheveux blancs flottant sur ses épaules, sa silhouette fine et élancée, belle encore.

 

Elle lit: "à la recherche du temps perdu ",Marcel Proust: ça y est, je savais bien que je l'avais vue quelque part: Albertine, la prisonnière, l'absente : je perçois le reflet de son visage à travers la vitre: livre ,visage, livre, tout se confond, tout s'agglomère, le livre s'ouvre , le visage disparaît dans les pages; puis plus rien .

"Madame, madame » ?

"la seule vie enfin découverte et éclaircie c'est la littérature"

 

Louis

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Transformation

Tous les matins, il se regarde avec attention dans son miroir, et pourtant, il connait bien son visage. Tous les matins, pendant un instant, derrière ce visage il en voit un autre.

Tous les matins, dans ses yeux bleus entourés de rides profondes, il voit le regard vif et rieur de l’enfant, puis celui rêveur de l’adolescent, toujours la tête dans les nuages, enfin, celui passionné par son art, du musicien.

Tous les matins, il voit sa bouche amincie par les ans, frangée de fines ridules et marquée d’un pli d’amertume, qui en laisse peu à peu deviner une autre, bien dessinée et souriante qui attirait tous les regards.

Tous les matins, il voit ses cheveux gris, ternis par l’âge, mais l’image s’estompe pour laisser la place à une chevelure châtain clair, abondante, frisée, qui lui donnait un air romantique et faisait chavirer tous les cœurs.

Tous les matins, le reflet de son dos voûté, dans le miroir, disparait, se redresse pour lui donner cette attitude élégante qui séduisait le public dès qu’il entrait en scène.   

Tous les matins, il remarque ses mains aux articulations noueuses et douloureuses, mais son esprit ne voit que ses doigts fins et agiles de pianiste, ses doigts de virtuose.

Tous les matins, il voit ce qu’il est, et tous les matins, pour un court instant, sa mémoire le transforme en ce qu’il était.

Gill

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PORTRAIT DU PETIT HOMME

 

Bien installé dans son fauteuil miniature, un puzzle aimanté devant lui, il se concentrait.

Sa petite silhouette bien découpée faisait penser à celle d’un PDG. Silhouette droite, petit corps vêtu d’un pantalon, d’une chemisette et d’un pull, un PDG miniature dans son fauteuil miniature !

Son visage très expressif changeait à chaque fois qu’il pêchait une pièce du puzzle avec sa petite canne à pêche aimantée et à chaque fois qu’il en encastrait une du premier coup. Les Bravo, les Waouh, les Oh fusaient régulièrement de sa petite bouche. Son front se plissait lorsque la concentration était totale, ses traits se détendaient quand il réussissait, ses grands yeux marron pétillaient de malice lorsqu’il faisait semblant de se tromper d’emplacement !

On pouvait déjà deviner en l’observant son attitude future face à un problème à résoudre ou une décision à prendre.

Tout existait à l’intérieur de ce petit personnage de 22 mois et c’était fascinant à voir : La posture, l’attention, l’intérêt, la sagacité …

Puis tout à coup, il se leva, rangea son puzzle sur l’étagère et courut chercher sa draisienne qu’il chevaucha allègrement dans tout l’appartement.

Après la réflexion , l’action …

 

Christine

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dimanche, 04 mars 2018

Incipit, explicit ou les deux?.......Choisissez

Après un jeu qui nous a permis de trouver les mots suivants

aimante / ouvrir / buée / nuage

Art / toile / rugir / naïve

 

En 20 minutes, les utiliser dans un texte dont

soit Les phrases de début et de fin sont imposées

soit seule la phrase de début est imposée

soit seule la phrase de fin est imposée

 

phrase de début de texte

« tout ce blanc m’effrayait et me fascinait à la fois »

Phrase de fin de texte

« c’est alors que j’ai compris que j’allais en voir de toutes les couleurs »

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Antartidamian1

wikimédia

 

Tout ce blanc …

 

Tout ce blanc m’effrayait et me fascinait à la fois …

 

J’avais atterri ce matin-là au delà du cercle arctique après avoir passé une nuit agitée à Anchorage.

Il faisait un froid de canard ou polaire, comme vous voudrez. J’étais tellement couverte, les semelles de mes bottes étaient si épaisses que j’avançais comme sur un nuage, la buée sortait de mon nez telle le panache de fumée d’un réacteur nucléaire. Pas moyen d’ouvrir la bouche, ma langue aurait gelé instantanément, mieux valait la garder au chaud ! Que j’avais été naïve en acceptant cette mission ! Je m’attendais à voir le shérif du village arriver en motoneige afin de faire rugir le moteur pour m’en mettre plein la vue !  Eh bien ! non … Il est arrivé sur un traineau tiré par 9 chiens Husky de toute beauté.

Et nous voilà partis en glissant à toute vitesse sur l’immensité blanche. Mon enquête commençait bien !

La toile volée à Paris était censée se trouver ici à des milliers de kilomètres !Ce n’était pas gagné et tout à fait incompréhensible.

De l’art au milieu de l’Arctique !

Le village niché au creux d’une montagne de glace et de neige apparu soudain dans la pénombre : un pauvre village de petits bungalows préfabriqués, serrés les uns contre les autres.

Le shérif me fit entrer dans l’un d’eux, on ne peut pas dire qu’une présence aimante et diligente s’en occupait et le bichonnait ! Un désordre effroyable, une odeur pestilentielle envahissaient la cabane. Au milieu de la pièce, sur un rocking-chair effondré se tenait un homme gigantesque, hirsute à la mine patibulaire !!!

C’est alors que j’ai compris que j’allais en voir de toutes les couleurs !!!! ….

 

Christine

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pixabay

 

       Au Paradis Blanc

       Tout ce blanc m’effrayait et me fascinait à la fois. Les soldes venaient de s’ouvrir : les fameuses Grandes Journées du Blanc de Janvier. La foule se pressait dans le magasin pour aller découvrir ces draps en toile, ces serviettes en coton et ces mille autres merveilles disposées avec art sur les rayons et les tables d’exposition. On se serait cru dans le palais de la Reine des Neiges … d’autant que la buée exhalée par des centaines  de bouches formait comme un léger nuage, un brouillard évanescent teintant tout de poésie, d’irréalité, de rêve hamiltonien…jusqu’à…

    …Jusqu’à l’intervention de la jeune personne se tenant près de moi. Je l’avais vue arriver : silhouette frêle, visage charmant en forme de cœur irradiant une expression de douceur aimante. « Oh, m’étais-je dit à ce moment là, comme cette jeune femme doit être plaisante à connaitre ! »

        En effet. Je la vis saisir d’un geste vif une taie d’oreiller, a priori plutôt banale hormis le footballeur en couleurs (Ronaldo je crois) qui s’y étalait en grand format,  lorsqu’au même instant  deux autres mains s’agrippèrent à l’objet à l’évidence très convoité.

       Alors dans la seconde s’opéra la métamorphose. L’expression charmante et naïve de ma petite voisine devint celle d’une lionne en furie qui se mit à rugir, d’une voix qu’aucun fort des Halles n’aurait désavouée : « Mais tu vas lâcher ça, dis, pétasse !! »

       Hé oui, on a les Reines des Neiges qu’on peut…

 

           El Pé

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pixabay

 

Réveil blanc

Tout ce blanc m’effrayait et me fascinait à la fois, alors que je venais à peine d’ouvrir les yeux. Il y en avait sur moi, sous moi, autour de moi. Les murs l’étaient, le plafond, la table de chevet, les blouses, les pantalons, les tuniques des gens qui m’entouraient. J’avais l’impression de flotter dans un univers blanc. Même les nuages dans le ciel, un peu cachés par la buée sur les vitres, étaient blancs.

Un monde sans couleur, c’est effrayant, surtout quand on ne peut plus bouger, qu’on se sent comme dans un carcan, qu’on a l’impression de sortir d’une longue anesthésie et de prendre conscience de son corps douloureux, qu’on voudrait hurler, rugir même, et qu’aucun son ne sort de notre bouche, rien qu’un tuyau qui nous fait respirer.

En même temps, on a l’impression d’être dans du coton, dans un cocon qui vous protège du mal. Le mal, il était fait d’ailleurs ! Comment avais-je pu être assez naïve pour penser que Serge, puisqu’il me l’affirmait et malgré les nombreux whiskys qu’il avait avalés, était encore capable de me conduire à bon port au volant de sa jaguar, en sortant de sa galerie d’art. J’avais agi comme une femme aimante, certes, mais stupide. A moins que l’idée qu’il puisse ne pas exposer mes toiles si je le contrariais n’ait pesé pour beaucoup dans ma décision.

Quand je suis montée dans son cercueil ambulant, un doute affreux m’a saisie mais il était déjà trop tard, et c’est alors que j’ai compris que j’allais en voir de toutes les couleurs.

Gill

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Plagiat

 

Tout  ce blanc m’effrayait et me fascinait à la fois. La toile du célèbre peintre Antrios valait au bas mot deux cent mille euros, Deux cent mille euros de blanc! Mon ami Serge avait acheté ce tableau deux cent mille euros et l’exhibait fièrement.

 «qu’est ce que t’en penses? Hein? c’est dingue non!

Je me penchais dans tous les sens, je renversais ma tête et me contorsionnais pour apercevoir ne serait-ce qu’un nuage, un quelque chose qui aurait été caché au contemplateur naïf que je suis ! Mais rien, rien de rien, que du blanc !

 « Alors Dis quelque chose ! C’est géant non ? Allez, décoince-toi ! Louis ! c’est un Antrios! Tu connais pas ?

- heu ! Pas vraiment non ! Heu, mais c’est quoi ce truc ? Enfin, ce que tu appelles un tableau ?

-mais c’est de l’art, Louis , de l’art!

- c’en était trop je ne pus m’empêcher de rugir

-de l’art, Ça ? Cette merde ! Mais il y a rien, rien de rien même pas l’ombre d’une buée sur cette toile ! t’as pas payé cette merde deux cent mille euros !

-mon portable vibre, c’est Yasmina Reza : un texto

 :« Alors louis, tu me piques ma pièce de théâtre maintenant ?  À moi, si aimante, qui t’ai ouvert les portes de la littérature !

J’avais intérêt à chercher un hôtel pas cher pour ce soir ! Le tableau était blanc de blanc mais j’ai compris que j’allais en voir de toutes les couleurs!

Louis

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