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mercredi, 09 janvier 2013

Un moment de douceur en Languedoc

 

                   Une balade, un repas, une dégustation, des vendanges, etc....

                                              dans le Languedoc

                                                  En trente minutes

décrire un moment de douceur grâce aux révélations subtiles des cinq sens

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vigne 1.JPG

free2use-it.com

 

 

BALADE EN LANGUEDOC

L’itinéraire de ma balade estivale est guidé par mon pas nonchalant,  errant entre vignes et garrigue. Mon regard parcourt un tableau coloré où la verdure des haies d’arbustes festonne les champs. Le soleil est déjà haut en cette fin de matinée languedocienne qui présage un après-midi caniculaire. Les ceps attendent de pied ferme cette chaleur qui rougit le raisin tandis que les feuilles s’ourlent d’une frange ocrée. Des chants d’oiseaux encore un peu partout, annonciateurs du silence de la sieste. Seule, l’alouette restera figée dans le ciel turquoise, là-haut, égrenant son babil de petite sirène.

La terre exhale son parfum d’été, odeur âcre mais légère, entrecoupée de celles de lavandes et de rosiers plantés au bout des rangs. La brise maritime y ajoute son air iodé en caressant mes cheveux. Chaque instant est magique.

Je grappille au passage quelques grains mordorés, annonciateurs d’un succulent breuvage.

Ce doux moment m’imprègne pour une éternité.

      Mouty

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haies,arbustes,caniculaire

 

Journée d’été en famille

Il est breton, elle est savoyarde, ils n’auraient pas dû se rencontrer ; Mais les hasards de la vie ont fait que ces deux là n’en ont plus formé qu’un, et cela dure depuis plus de cinquante ans ! Qu’allaient-ils choisir, leur vie devenue commune, l’Ouest iodé ou le pied des montagnes enneigées ? Après bien des voyages, bien des paysages ensoleillés, bien des escales colorées, leur choix pour se reposer entre deux aventures fut ce coin de colline, dans le beau Languedoc, isolé, un peu sauvage, loin de toute agitation. Et là, bien des années après, installés dehors, dans la douceur d’un soir d’automne, ils se rappellent ce jour de bonheur, ce moment de douceur où la famille en vacances était venue les voir dans ce havre de paix, ce repas partagé, ce court instant dans une vie qu’on aurait voulu voir durer une éternité.

Elle avait encore sa mère chérie, un peu fragile déjà, qu’elle avait installée confortablement sous le chêne pour la protéger du soleil ardent. Le chat, béat, ronronnait sur ses genoux. La colline mauve offrait au regard un spectacle reposant qui contrastait avec la lumière éblouissante de la mi-journée. L’air embaumait, mélange subtil des parfums de la garrigue toute proche et des arômes des quelques fleurs qu’elle avait plantées et des petits arbustes amoureusement cultivés, pêchers, abricotiers dont on avait mangé les fruits juteux et  savoureux au dessert. Ses neveux et nièces couraient avec leurs cousins autour de la maison aux murs blancs, toute simple, qui s’intégrait si bien dans le paysage ; les enfants, les joues rougies par le jeu, dont les visages brunis ressemblaient à ceux des petits africains qu’elle avait côtoyés, mêlaient leurs cris de joie et leurs rires au crissement incessant des cigales ; Lui, encore en bonne santé, bien loin de cet accident qui allait transformer leur vie, discutait joyeusement avec son beau-frère tout en surveillant attentivement les sardines grillées dont les effluves agressaient les délicates senteurs de la nature. Non loin, sa chère sœur tentait d’installer une nappe fleurie sur la grande table que  le sol caillouteux et inégal rendait un peu bancale ; mais les coins indisciplinés remontaient, mutins, soulevés par un vent léger bienvenu mais à peine rafraîchissant. Le chien, allongé à l’ombre, surveillait d’un œil mi-clos les préparatifs.

Puis on avait déjeuné, joyeusement, bu un vin rosé bien frais, en devisant. On s’était reposé pendant que le soleil déclinait, doucement, et la journée s’était terminée, comme à regret. Maintenant, la maison était toujours là, toujours à sa place près de la garrigue, eux aussi dans leurs fauteuils, mais un peu vieillis, lui ne pouvant plus guère marcher et elle souffrant pour lui ; certains avaient grandi, d’autres étaient partis et l’insouciance aussi. Ne restait que le souvenir, rangé discrètement dans un tiroir de leur mémoire, d’une belle et douce journée d’été.

   GILL 

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Photos de Gorges d'Heric, Mons la Trivalle
Cette photo de Gorges d'Heric est fournie gracieusement par TripAdvisor

 

 

 Une ballade dans les gorges de l'Heric

 Il y a un bout de temps que j'avais envie de les voir, ces gorges si grandioses, si pittoresques, si impressionnantes, et bien là j'y suis, et je vais les faire découvrir à mon petit fils en vacances, Mel. C'est avec fébrilité et joie qu'on se prépare, ce matin de juillet où la chaleur n'est pas encore trop insupportable, et il faut essayer de ne rien oublier car c'est une grande journée qui va commencer ;  je scrute le ciel souhaitant que le temps soit clément et l'air agréable ; comme à chaque randonnée nous pratiquons le covoiturage, nous montons avec Danielle et en route pour une journée très tonique. Arrivés sur le parking déjà bien plein, nous cherchons une place ; heureusement le parking n'est pas éloigné de l'entrée des gorges, nous pouvons rejoindre tout de suite le départ ; l'étroit chemin, entouré de murailles gigantesques taillées en forme de feuilles d'ardoises très fines me font frissonner, j'ai l'impression de me trouver tout au fond d'un gouffre d'où je vais devoir monter toujours plus haut pour enfin découvrir la lumière, le soleil bienfaisant, l'air vivifiant , mais ce n'est qu'une fugitive , courte  impression  qui dure si peu , car passé un petit pont d'où monte un murmure , puis un bourdonnement assez intense  faisant penser à un essaim de guêpes qui voltige autour de nos oreilles  mais qui reste invisible, c'est l'eau des gorges qui dévale  en cascade , courant , sautillant, se faufilant à travers les grosses pierres, se frayant un chemin; éclaboussant au passage les plantes colorées qui sont autour , profitant d'un bienfait rafraîchissant , lissant les cailloux , jaillissante , impétueuse , elle doit passer coûte que coûte , jusqu'à un élargissement où elle se calme pour former un baignoire ou pataugent des enfants , à certains endroits les roches sont énormes et le serpent se rétrécit ne formant plus qu'un étroit goulot où même les kayaks doivent être tirés par les conducteurs qui soufflent et peinent pour avancer ; des familles entières s'interpellent, plongeant, barbotant plus que nageant , puis s'installent sur des roches pour prendre le soleil ; nous admirons des ados, qui, tous fiers nous montrent leur exploit en se lançant du plus haut rocher quitte à se fracasser tout en bas, mais heureusement , ils remontent hilares sous les applaudissements des spectateurs ;  nous grimpons toujours allègrement entre les failles surmontées de roches, tantôt grises, tantôt rougeâtres , où, par endroits sortent hirsutes des arbustes rabougris , accrochés par miracle entre les pierres et le peu de terre , ils se balancent offrant leur minuscule fleur à nos yeux , il y a peu de végétation ici , c'est la roche, la pierre qui est reine et domine , avec l'eau verdâtre tout en bas , la vie fourmille tout au long de cette ballade , la répercussion des sons monte et va très loin, les  clameurs nous suivent dans cette ascension , nous abordons un escalier qui semble se perdre dans un virage dont on ne peut savoir où il va nous mener , mais si , il va à un petit hameau , nous en sommes loin , nous faisons halte  pour un rafraîchissement bien mérité , et une trempette dans un petit lac , profitant de l'ombre d'un chêne vert , enfin plutôt roussâtre , le temps file,  il nous faut à présent continuer , pour enfin arriver et découvrir le grand plateau qui domine au-dessus des quelques toits du hameau, un petit air frais nous accueille , l'étendue verdoyante , ondoyant sous la brise légère , nous offre une vue époustouflante loin sous la brume de chaleur ; c'est d'une beauté !!!!!  et très impressionnant , et cet air revigorant nous donne des ailes pour le retour.

Mel et moi aussi  avons bien aimé et sommes près pour une autre ballade.

                     Rina

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John William Waterhouse - Magic Circle

wikimédia

 

 

        IL Y A DE CELA LONGTEMPS, TRES LONGTEMPS,

                QUAND L’HOMME SORTAIT A PEINE

                                EN BALBUTIANT

                                  DE             LA

                                  PREHISTOIRE…

 

          L’orage cessa au milieu de la nuit, après avoir duré, bien sûr plusieurs jours. A peu près quatre, ou plutôt trois car à l’évidence et aux dires des anciens, durée et fréquence des colères du ciel raccourcissaient d’année en année. Quoiqu’il en soit, le soleil brillait ce matin –là et Ori s’en réjouit fort.

     Elle adorait se promener après la pluie. La terre sentait si bon ! Les oiseaux chantaient si bien ! Mais surtout, herbes et champignons poussaient alors à profusion et c’était merveille d’en emplir son panier ! Car, le moment est à présent venu de le dévoiler : Ori était une sorcière. Celle d’un petit village accroché aux coteaux embrassant ce que l’on appellerait plus tard la plaine du Languedoc.

      Une jolie sorcière cependant, comme les aimaient déjà les autochtones : yeux de braise, taille souple et allure délurée…Extrêmement compétente toutefois dans sa spécialité ; l’on venait de loin pour la consulter ! Justement ce jour-là, une femme l’avait accostée, en larmes : « Ori, par pitié, avait-elle supplié, fais quelque chose pour moi ! Malgré mes œillades et mes bracelets, Yoko ne me regarde pas, il ne s’intéresse qu’à la chasse ! Même que ça en devient désespérant !! » Ori avait relevé la pauvre délaissée tombée à ses genoux et souriant, lui avait promis un philtre d’amour, autrement dit une boisson qui rendrait fou amoureux le distrait Yoko. Aussi, tout en s’acheminant vers le sommet de la colline, elle cueillit les grains d’un arbuste sauvage qu’elle avait découvert récemment : sucrés, délicieux.

     Une fois là-haut, elle admira comme à l’accoutumée le paysage boisé qui s’étendait jusqu’à cette ligne bleue, féérique, qu’elle ignorait être la mer. Et comme à l’accoutumée, ce fut à cet endroit précis qu’apparut le dieu des forêts pour lui souffler l’un de ses secrets ; cette fois-ci, celui de la confection du philtre d’amour.

       Aussitôt rentée, Ori s’employa à appliquer la recette. Le résultat fut d’une efficacité stupéfiante ! Tant et si bien que tout le monde voulut tester le philtre d’amour. Encore, encore et encore…

      Ainsi naquit le vin. Vous pariez que c’était un Faugères ?

                   ElPé

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mercredi, 21 mars 2012

Devant ma tombe

 

 

Imaginez-vous devant votre propre tombe au cimetière. Vous lisez votre épitaphe.

                                 Rédigez-la. Exprimez vos sentiments.

cc by-sa  

tombe à Saint-malo.jpg

 

                     Tombe  de Chateaubriand sur le grand Bé à Saint Malo   Rémi Jouan

Wikipédia

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épitaphe pochard mouty.gif123 Gifs 

 

 

 

EPITAPHE

Gloup ! J’en reviens pas ! Après en avoir bavé de cheminer sous une pluie battante - que d’eau ! Que d’eau ! - en faisant crisser les graviers sous mes semelles usées, je tombe en arrêt, c’est le cas de le dire, sur une tombe grise en béton, moussue, discrète, secrète. Une sorte de tombe fantôme : c’est MA tombe ! Les bras m’en tombent ! C’est bien mon nom qui figure sur la plaque rouillée : Arthur BOISSANSOIF - 19 Mars 1972 / 19 Mars 2012. C’est aujourd’hui justement…

Je suis sidéré, démantibulé. Un chagrin incommensurable m’envahit. Il déborde, comme la fontaine désuète plantée au cœur du cimetière. Les larmes de pluie mêlées aux miennes obstruent mon regard. D’un revers de manche j’essuie le trop-plein. J’ai du mal à déchiffrer l’épitaphe écrite d’une main malhabile :

Ci-git le plus heureux des soudards

Celui pour qui la vie oublia la tendresse

Et qui trouva un verre par un heureux hasard,

Le remplit, le vida, recommença jusqu’à l’ivresse.

Souvenez-vous toujours de ce pilier de bar

Qui attendait dimanche pour boire le vin de messe.

Il venait du néant, et allait nulle part,

Ignorant les baisers, ignorant les caresses.

Il voyageait à pied, et quelquefois en car,

Désabusé surtout par des tas de promesses,

Usé et bousillé par de nombreux nectars

Jusqu’à la fin. C’est là que le bât blesse.

Je trouvais dans cette épitaphe ce qui me résumait le mieux. A quoi bon en rajouter ?

Adieu mon pauvre Arthur !

 

                            Mouty

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freepik

 

épitaphe funanbule mimi.jpg

 

 

« Ici gît celui qui a rempli sa vie avec du vide. »

Eh oui ! J’étais funambule et j’ai marché au-dessus des canyons et des avenues de New York d’un gratte-ciel à l’autre. Cela m’a permis de voyager dans le monde entier à la recherche des sites les plus célèbres, les gorges les plus dangereuses, de traverser au-dessus des cascades bouillonnantes, écumantes depuis les chutes du Niagara jusqu’au Zambèze.

En effet j’avais besoin de remplir ma vie avec du vide et plus le vide était vide, profond, plus je me réalisais. La poussée d’adrénaline devenait de plus en plus nécessaire et indispensable à ma vie comme un drogué à besoin d’augmenter sa dose de plus en plus souvent.

Mais qu’ai-je fait d’autre ? Rien ! Je n’ai pas eu d’épouse, de famille car qui aurait voulu d’un fou qui met sa vie en danger chaque jour ? Qui aurait accepté d’avoir des enfants d’un père toujours absent, toujours en quête de plus d’aventures périlleuses et qui risque de ne pas revenir vivant ?

 Je n’ai rien construit. J’ai été d’un égoïsme sans borne et ma vie a été un vide sidéral !

Juste des rencontres occasionnelles avec des admiratrices qui parfois, auraient bien voulu me retenir ; mais même dans leurs bras, je pensais à mon prochain défi et je m’enfuyais en courant, lâchement, sous le prétexte de ce qui m’attendait. En fait, j’ai fait tout ça pour fuir la vraie vie, fuir la réalité du quotidien avant qu’elle ne m’enchaîne. Surtout pas de routine, de soucis ou de plaisirs communs à tous !!

J’étais égoïste et aussi d’un orgueil démesuré : « Moi, je ne suis pas comme les autres, je suis au-dessus du lot, c’est le cas de le dire d’ailleurs ! »

Bon maintenant il est un peu tard pour prendre conscience de tout ça. J’aurais dû faire une psychanalyse mais il était inconcevable que je reste au même endroit, à me regarder le nombril pendant des mois et des années !

Et voilà le résultat : la vie a passé quand même et je suis « celui qui a rempli sa vie de vide. »

                       Mimi

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 Après avoir succombé à un guet-apens tendu par ceux que je gênais, me voilà devant ce qui sera désormais chez moi : une tombe toute simple, avec cette seule inscription

                                            Ici est un homme

                                             Epris de justice

                    Qui a pris aux riches pour donner aux pauvres

                             Qui a combattu au côté des opprimés

                         En utilisant toutes les méthodes à sa portée

                                  Peut-être en a-t-il blessé certains

                                     Mais la fin justifie les moyens

Oui, c’est bien moi. Je crois que j’étais prédestiné à la vie que j’ai eue. Je suis né en détestant l’injustice et tout petit, je me demandai déjà pourquoi certains avaient faim, tandis que d’autres jetaient les restes, tellement ils étaient repus. Je me demandais pourquoi certains avaient froid alors que d’autres s’emmitouflaient dans de douces et chaudes fourrures. Je me demandais pourquoi certains, se croyant supérieurs, en opprimaient d’autres.

Bien sûr, j’ai vécu à une certaine époque mais je crois que  j’aurais  pu vivre avant ou après. Je suis intemporel. Maintenant que je suis mort,  je n’ai nulle honte de ce que j’ai fait. Je n’ai pas toujours bien agi mais j’ai agi pour le bien, pour le bien de ceux qui souffrent. Ceux qui m’aiment m’ont toujours fait confiance et sont fiers de moi. Ceux qui me traquaient, les cupides, les puissants, les tyrans, ont eu raison de moi,  mais j’ai semé des graines d’idées de justice un peu partout ; elles germeront et d’autres, dans les siècles à venir auront certainement la même épitaphe que moi sur leur tombe. Nous aurons tous tenté de faire un monde plus juste.

                   Gill

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On approche de Novembre. J'aime flâner dans le vieux cimetière si beau avec ses milliers de tombes fleuries ; j'en admire une particulièrement, bien  entretenue, j'imagine que c'est moi qui suis là, vie de travail, de don de soi,  de souffrance, de joie, de quelques moments de bonheur, vie passée à la vitesse de l’éclair, 

 

2O ans, 40 ans,  60 ans et plus, on continue le chemin il faut bien le finir ce chemin, et à présent me voilà sous ces fleurs ; où est passée mon âme ?  Mais c'est le diable que je vois, il tournoie, essaie de me séduire avec des propositions mirobolantes : en enfer tu ne manqueras pas de chaleur viens faire un tour tu retrouveras des amis, vois comme on est gai ici, on chante, on rit, laisse moi te guider. Mais je refuse toute ces offres. Voilà Dieu à présent avec  ses promesses de Paradis, le ciel la paix le jardin d'éden, ses fruits ne sont plus défendus, tu peux en croquer à volonté, l'air léger la sérénité, tu seras gâtée, on saura t'apprécier et t’aimer, suis  moi, tu as fais un bon parcours sur terre, tu mérites le ciel. Ma parole c'est pire que sur terre ici, c'est à celui qui aura le plus de tour dans son sac pour attirer le client, mais j'hésite, je ne suis pas sure d'être prête, je crois que je n'ai pas terminé ma vie sur la planète terre, je veux encore voir le jour se lever le soleil la réchauffer de ses chauds rayons, la pluie faire pousser les plantes et les fleurs, je veux voir mon petit fils grandir. La panique me prends, laissez-moi partir, il me semble que j'ai crié, j’ouvre les yeux, je suis vivante, je vois des gens derrière moi me regarder d'un drôle d'air, ils  doivent penser que je suis un peu dérangée, heureusement ce n'est qu'un rêve imaginaire. Ouf, il y aura bien des levers de jour et des couchers de soleil qui vont se succéder avant que je ne sois sous une tombe, même bien entretenue. 

 

                                   Rina      

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Photo : cc by-nc-nd - Bruno Monginoux - www.Photo-Paysage.com

      Passants, méditez ceci :

       J’ai été ce que vous êtes

        Vous serez ce que je suis.

Quoi !! Qui a osé ? Détourner ainsi Ronsard, lui, l’amoureux de la vie et de la jeunesse ! Graver ses vers –dentelle sur une sinistre plaque de marbre mortuaire ! Quel sacrilège ! Pire, quel mauvais goût ! Je vais agripper l’objet et le jeter dans la première poubelle venue…Hélas, mes mains le traversent, impuissantes…

       Parce qu’il faut que je vous dise : je suis morte. Depuis ? Oh, est-ce-que je sais, moi ? On ne mesure pas le temps, dans l’Eternité. Mais ça ne doit pas faire bien longtemps, il reste encore quelques fleurs pas trop fanées sur ma tombe.

     Comment ça s’est passé ? Attendez que je me rappelle. C’est fou ce qu’on oublie vite l’Avant lorsqu’on a rejoint l’Après ! Ah oui, ça me revient : Le crépuscule. La pluie. Le passage clouté. La grosse voiture noire qui me fonce dessus. Un bruit infernal de freins et de tôle et puis… plus rien.

       Réveil dans un espace éblouissant de clarté qui ressemble à un hall de gare. Des queues interminables devant des guichets tout au fond. Des flics bizarres déguisés en anges et portant des brassards rouges de police…jusqu’à ce que je réalise qu’il ne s’agit pas d’un déguisement. La situation s’éclaire et même pas peur. Je demande doucement au Pakistanais à turban qui me précède : « Vous êtes mort vous aussi ? », il hausse les épaules.

 « Evidemment ! ». Il a l’air contrarié. Je parie qu’il imaginait le Passage autrement. Moi aussi. Enfin, j’arrive devant le guichet. Derrière, encore un ange. Il tape mes coordonnées sur son ordi et m’assène : « CP, à droite. »

Je me retrouve dans une sorte de grande cour pavée avec une foultitude de gens. Dont certains (et oui) de ma connaissance. Je m’approche de l’un d’eux, disparu depuis au moins cinq ans, temps terrestre. Il n’a pas l’air surpris de me voir. Tant mieux. Je m’exclame alors : « Tiens comme on se retrouve ! Mais dis-donc, ça fait un bail, toi, que t’es m…

-Mort ? Allez, n’aie pas peur des mots. D’ailleurs, il vaut mieux t’habituer à celui-ci parce que tu sais, tel que c’est parti, ce n’est pas près de finir.

-Je m’en doute. Mais on est où, là ?

-Au CP. Cour Purgatoire si tu préfères…

-Ah bon ? Et qu’est-ce-qu’on y fait ?

-Rien. Et c’est ça le pire. On s’em…nnuie que c’est rien de le dire. La Punition, tu vois. Jusqu’au test.

-Le test ?

-Ouais. Ils te renvoient un bref instant sur Terre, et là, te font subir l’épreuve.

-Oh Mama mia ! De quoi s’agit-il, tu es au courant ?

-C’est la surprise. Si tu réussis, tu entres au Paradis, sinon, tu retournes au CP. Ah excuse-moi, mais j’entends crier mon nom. Chouette, je vais descendre, souhaite-moi bonne chance ! »

        Ce que je fais en tâchant d’éluder la question, fort peu charitable, de savoir si c’était ou non sa première descente Ici-bas, puis me prépare à m’enquiquiner ferme pendant …Un siècle ? Deux ? Mille ? Mais miracle, mon nom retentit soudain. Je m’avance au hasard, sens un souffle chaud passer sur moi…et me retrouve au cimetière de Béziers, devant mon épitaphe, ce qui a le don de me mettre en boule illico presto. Ah les parents et amis, parlons-en !! D’autant que, tel que c’est rédigé, on dirait vraiment que ça vient de moi, une dernière volonté quoi ! Jamais de la vie ! Moi j’aurais dit…j’aurais dit…Et soudain curieusement je me mets à sourire, toute colère, frustration ou vanité évanouie. Allons, tout va bien, si c’est ainsi qu’ils me voyaient, les parents et amis… il faut l’accepter. Finalement,  ils ont cru me faire plaisir, les pauvres !

        Aussitôt, portée par une note de musique (un fa dièse en fait) je m’envole et n’en crois pas mes yeux ! Je suis au Paradis ! Si vous saviez comme c’est…Mais désolée, je n’ai pas le droit d’en parler. Vous aurez la surprise. A toute.

              El Pé

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