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dimanche, 15 octobre 2017

Les sons, les odeurs, les couleurs de la ville

 

Après un jeu qui a permis de trouver les trois mots suivants

pestilentiel   musical   nuancé

Choisissez une ville que vous connaissez bien

En 20 minutes, faites un texte comportant ces trois mots, où vous la décrirez à l’aide des sons, des odeurs, des couleurs et de l’atmosphère qui la caractérise.

A la lecture de votre texte, vos auditeurs essaieront de deviner votre ville.

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Avignon view

wikimédia

 

On peut visiter la ville en petit train, sur internet, avec un guide, avec un livre. On peut aussi se perdre, s'égarer sur la place de l'horloge, et traîner au hasard des ruelles moyenâgeuses. Bien sûr on risque, se faisant, d’être confronté à quelques relents pestilentiels montant des caniveaux encore pavés. Mais il suffit alors d'élever son regard vers le couloir de ciel bleu nuancé par les nuages, au-delà des toits qui font mine de se rejoindre par-delà les fenêtres d’où pendent d'improbables linges multicolores . On oublie alors le désagrément des miasmes terrestres pour se laisser surprendre par la présence musicale d'un violoncelle, d'un accordéon, qui parfument l’air de leurs réminiscences. « Tiens ,c'est «mon amant de saint jean», tu te souviens? » On peut alors se laisser guider: à droite, à gauche, s'engouffrer dans une sorte de tunnel, pour reparaître dans la lumière irisée de reflets bleuâtres, que colorent encore quelques notes de piano, échappées d'une soupente au quatrième étage: «la lettre à Elise» ! Les correspondances s'organisent alors : voir, sentir, entendre, les sons, les odeurs ,les architectures se répondent comme dirait Baudelaire, dans une «  ténébreuse et profonde unité.»

 

Louis

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Brest flag

wikimédia

 

Métropole de la fin de la terre

Ici, la pluie est capricieuse : associée au vent et à la tempête, elle est rageuse et retourne en un clin d’œil le malheureux parapluie qui essaierait de lui résister, trempant de ce fait son propriétaire, mais très souvent, la pluie est silencieuse. Pas de flic floc qui tambourine sur les pavés, pas de bruit de gargouille sortant des gouttières, pas de ruissellement dans les caniveaux, la pluie se fait discrète mais insistante, prend l’aspect d’un rideau de brume, d’un nuage de fumée transparent vous enveloppant d’une humidité impalpable, frisottant vos cheveux, s’insinuant dans tout votre être. Elle s’appelle alors bruine et fait régner sur la ville son odeur si caractéristique.

Le ciel, nuancé de gris, presque blanc, dont la luminosité aveuglante si prisée des peintres fait cligner des yeux, se reflète dans la magnifique rade où l’océan aux couleurs changeantes s’étend à perte de vue. Le son musical du clapotis de l’eau qui s’échoue sur les quais de l’arsenal berce le visiteur.

Ce matin, c’est la corne de brume qui m’a réveillée. Le son sourd et lugubre m’a fait penser à un aveugle se déplaçant dans un univers de coton. Et cet après-midi, j’irai au port voir les bâtiments de guerre de la Marine Nationale, de ce gris si sérieux et si triste, certains en carénage, et d’autres attendant les marins permissionnaires partis à la conquête de la ville. Je respirerai encore l’odeur de l’océan mêlé au parfum des crêpes de quelques marchands ambulants. Ce soir, je trouverai bien un fest-noz pour aller faire la fête et danser au son du biniou.

Mais pour les plus âgés resteront, en se promenant dans les rues, les sons assourdissants des bombes venant transformer les immeubles en amas de pierres, le bruit des explosions, les lueurs rouges et aveuglantes des incendies, et cette nuit de septembre 1944, les langues de feu sortant de l’abri Sadi Carnot, puis l’odeur pestilentielle saisissant les premiers secours arrivés sur place.

Maintenant, la vie est revenue, les rues, reconstruites, se coupent à angle droit, Océanopolis  offre aux petits et grands une visite merveilleuse du monde marin, la faculté Victor Segalen, la dernière née, se dresse, comme un bateau, au cœur de la cité, le tramway sillonne la ville, et le téléphérique relit les deux rives de la Penfeld.

Tandis que je me promène rue de Siam, Le poème de Prévert me trotte dans la tête « Rappelle-toi Barbara, il pleuvait sans cesse sur….. »

Gill

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Venezia veduta aerea

wikimédia

 

Quelle ville ?

        C’est une ville située… le dirai-je ? Oui, sans doute. C’est donc une ville nonchalamment alanguie au bord de la mer. Est-ce un port ? Si l’on veut, mais pas seulement.

      Tout de suite, une brume nuancée de bleu et de mauve nous accueille, comme pour nous donner un avant-gout de ce qui nous attend. Car même par grand soleil, tout baigne ici dans le mystère. La ville semble avoir arrêté le temps, pour une minute ou pour l’éternité. Tout dépend de qui la regarde.

          On approche de son cœur, sur fond sonore musical qui nous force à sourire. Il pourrait être discordant…mais non, il n’est que berceur : un chant composé de dizaines, peut-être de centaines de chants qui s’entremêlent et se répondent.

          Nous avançons, et tout devient plus sombre, plus étrange. Etrange aussi cette odeur marine qui s’efface peu à peu, remplacée par un souffle pestilentiel. Souvenir des épidémies qui ont frappé la cité…

           Et l’on évoque alors, avec une délicieuse tristesse, les mots de Thomas Mann, flottant sur une musique de Mahler.

 

El Pé 

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