Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

lundi, 03 avril 2017

la réunion tourne mal

Un jeu nous a permis de trouver les six mots suivants

irrespectueuse   adrénaline   correction

irrationnellement   dégraisser

 

Sur un papier, écrire trois mots d’objets pouvant se trouver dans un salon (meubles, bibelots, objets décoratifs…) puis tirez-en un au sort et choisir un des objets qui s’y trouvent.

 

En 20 minutes imaginez un texte raconté par l’objet choisi, comportant les mots trouvés, dont le thème sera le suivant :

Une réunion de famille ou d’amis dégénère en drame

----------------------------------

The Lady and the unicorn Touch

wikimédia

 

TEMOIN *

Les Riches Heures du Duc de Berry. C’est mon nom. La moindre des corrections, n’est-ce-pas, étant de commencer par se présenter. Oui en effet, je suis une tapisserie. Oh, pas l’original, évidemment, une simple reproduction, mais plutôt réussie ( au niveau des couleurs, je veux dire). Celle où l’on voit la licorne blanche…qui ne s’en remet pas d’ailleurs, la pauvre, depuis le drame. Elle est si sensible !

     Parce que oui, j’ai assisté à un drame. J’en suis, je me dois de le préciser, le seul témoin.

      Hier soir Jérôme, propriétaire des lieux et le mien en l’occurrence, réunissait, comme chaque mardi, dans son salon, trois de ses amis pour faire une partie de  poker. D’habitude, ça se passe bien. Irrationnellement pas hier. Pourquoi ? On est encore à s’interroger, la licorne et moi. L’alcool, bien sûr…

     A cause d’une parole irrespectueuse sans doute, émise par le dénommé Marcel ? : « Oh Gégé, tu espères nous dégraisser, avec ta minable petite paire de huit ? »  Il est indéniable que le Marcel en question est un tantinet vulgaire, mais de là à prendre la mouche comme l’a fait Gégé !! « C’est moi que tu traites de minable, tête de c.., tu t’es regardé ? », bref, ils se sont mis à s’insulter, des mots que je ne peux décemment pas répéter, pas devant une licorne ! Quoiqu’il en soit, le ton a beaucoup monté, l’adrénaline aussi.... Des mots, ils en sont venus aux mains et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le salon est devenu un véritable champ de bataille. Tout était saccagé. Une horreur.

    C’est alors que le pauvre Pierre-Henri, celui que je préfère, tant il est distingué, lui,  en a pris plein la tête, tandis qu’il tentait de trouver un abri sous ce qui restait de table. Plein la tête de chevrotines. Car Jérôme était allé chercher son fusil de chasse. Après, ce fut le tour de Gégé. Puis de Marcel. Mais ce dernier, bien que touché à mort, eut le temps de lancer son cran d’arrêt …qui transperça le cou de Jérôme. Les deux amis ont expiré en même temps, ce qui est bien émouvant, quand on y pense.

     Et voilà. Il est maintenant huit heures. Le soleil s’est levé. La femme de ménage ne va pas tarder à arriver.

        Elle va hurler en découvrant le carnage.

 L’avantage d’être une tapisserie est sans conteste le self control que notre statut nous enjoint de garder en toutes circonstances. Et puis finalement, mon cher Duc, n’est-ce-pas tout simplement une scène de chasse ? Ordinaire.

 

  El Pé

*En hommage à «  WHITNESS », avec ce cher, cher Harrison Ford que j’adore.

______________________________________

réunion,amis,famille,correction,dégraisser,adrénaline,irrespectueuse,irrationnellement

pixabay

 

Mondanités et pugilat

Je savoure mes derniers instants de tranquillité avant la réception. J’ai été nettoyé, dégraissé – et oui, les enfants goûtent souvent sur moi et vous savez ce que c’est, une tartine beurrée est si vite tombée –et j’attends avec courage et résignation tous les postérieurs qui vont m’écraser pendant des heures.

Après le rush des amis, les politesses d’usage, les compliments sur la bonne mine des hôtes, les cadeaux traditionnels, fleurs pour elle et bouteille de Johnnie Walker pour lui, la conversation s’engage, le verre à la main. On mange, on rit, on commente les dernières nouvelles et….. on boit. Armand, comme à son habitude, raconte la dernière blague à la mode, et Noémie, sa femme, comme à son habitude, coupe ses effets et se met à parler sérieusement de sa maison d’édition, des dernières corrections qu’elle a apportées au manuscrit de Ludivine, ennuyant tout le monde. Je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, irrationnellement, je me sens saisi par une terrible angoisse. J’avais raison, l’alcool aidant, le ton monte. Paul accuse Noémie d’être irrespectueuse avec Armand qui lui rétorque qu’il n’a rien à dire à sa femme et se lève d’un bond, saisi d’une bouffée d’adrénaline. J’ai l’impression qu’il n’est pas dans son état normal car il retombe lourdement sur moi, m’étouffant de son poids au passage avant de se remettre debout. A mon avis, le pugilat n’est pas loin.

Les deux hommes face à face se toisent et tout à coup le bras d’Armand se détend et son poing va s’écraser sur le nez de Paul qui s’écroule, heurtant de la tête la table basse en face de moi. Du sang coule de son nez, de son front, il l’essuie, tente de s’appuyer sur moi pour se relever, me maculant de trainées rouges et dégoûtantes, avant de retomber sur le sol, inerte. J’ai des nausées, je ne supporte pas la vue du sang. Alors, en avoir sur moi, vous pensez ! Le chat et le chien, affolés par les cris me sautent dessus, l’un bavant, l’autre griffant ma peau délicate. Avec abnégation, je supporte tout car je m’inquiète pour le pauvre Paul, jusqu’à ce qu’enfin, il ouvre les yeux. Ouf, il n’est pas mort, le vrai drame a été évité de justesse. On le relève, on l’allonge sur moi, on le panse puis finalement on l’emmène pour le ramener chez lui. A mon avis, il aura besoin d’un bon repos. Puis ceux qui restent commentent, analysent, critiquent d’un air sentencieux, avant, ENFIN, de quitter les lieux.

Maintenant que tout le monde est parti, que cette soirée affreuse est terminée, je suis au calme mais je crois quand même que j’aurai du mal à m’en remettre car je reste écœuré, meurtri, maculé et je me demande si je retrouverai mon lustre d’antan.

Gill

______________________________

 

 

Les commentaires sont fermés.