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jeudi, 23 mars 2017

Quel Au-delà?

En 30 minutes, écrire un texte sur le sujet :

Si l’au-delà existait, pour vous que serait-il ?

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Un de nos jeune lecteurs, Mark, a été inspiré par notre consigne et c'est avec plaisir que nous vous invitons à découvrir son texte.

 

patient sur lit.jpg

 

PEETAYABLE,

VIENS

 

Une nouvelle de Mark K.

 

    Je me réveille, puis je vois que je suis allongé sur un lit d’hôpital. Mais soudain, j’ai du mal à respirer. J’entends le son continu émis par la machine qui indique mon pouls, ce qui veut dire que mon cœur a cessé de battre. Je pousse un long souffle, je sais que tout est fini, et tout disparait.

      Je suis à présent de nouveau allongé, mais sur un sol à la fois dur et tendre. Je ne sais pas comment, mais je me trouve dans une position assez confortable, très confortable même. Je peux, si je le veux, rester en cette position pendant des heures, des jours, des années peut-être … mais je décide d’ouvrir les yeux. Je vois que je me trouve dans un endroit familier, je le sais, mais je n’arrive pas à le reconnaître. En tout cas, il est doté d’étranges modifications. Il n’y a que la tendre herbe du printemps et les arbres autour. Soudain, une révélation m’apparait. Je reconnais la clairière. Ma clairière. Je m’y étais souvent rendu quand j’étais encore un enfant. Les balançoires, les bancs et les constructions alentour ont pourtant disparu. Il n’y a cependant aucune couleur, aucune ombre, ni aucune nuance. Tout est d’un blanc si éblouissant que j’ai difficulté à voir le contour des arbres et de l’herbe. Je me rends compte que je n’ai plus mes lunettes de vue et que je vois parfaitement de mes propres yeux. J’essaye de comprendre ce qui se passe quand je vois que je porte une vieille robe miteuse. La première chose que je remarque, c’est qu’elle ne me va pas du tout. Malgré mon agréable position, je décide de me lever afin de regarder ce qu’il y avait derrière moi. En me levant, je remarque que je n’ai éprouvé aucune difficulté à exécuter ce mouvement contrairement au moment où je me trouvais à l’hôpital. Derrière moi se tient une jeune femme, une très charmante jeune femme, je la reconnais tout de suite : c’est Marie, ma fille.

      Marie se tient droite, ses longs cheveux auburn ondulant sur ses magnifiques vêtements d’un goût exquis. Je vois qu’une rose blanche est posée dans ses cheveux, elle est magnifique et semble être en tellement bonne santé qu’on aurait cru qu’elle ne fanerait jamais. Mais un détail m’intrigue beaucoup :

-  Mais … tu es morte !

-  Papa … répondit Marie d’un ton calme

-  Alors … ça veut dire que moi aussi, je suis mort ?!

Marie ne répond pas. Elle se contente d’esquisser un léger sourire. Mais j’interromps le silence :

-  Mais … qu’est-ce que je dois faire ? Où suis-je ?

-  C’est une bonne question. D’après toi, où sommes-nous ?

Eh bien … on est dans la clairière où j’étais quand j’étais petit, mais pourquoi ? Tout est blanc, il n’y a que la nature, il n’y a aucune construction.

Je suis tellement désappointé que j’ai la grande maladresse de lui dire :

-  Explique-moi comment tu as fait ça !

Ce n’est pas moi qui ai fait tout ça. On ne se situe pas réellement au milieu de la clairière en ce moment même. On est là-haut. Là où tu sais. Nous sommes tous deux au paradis.

J’ai comme l’impression que le silence s’amplifie à une vitesse effrayante. Je crois que je suis resté bouche bée, mais qu’importe, mon grand bouleversement ne peut y remédier de toutes façons.

« Ce n’est pas possible … non … tout cela n’est pas réel, c’est sûrement un rêve que je suis en train de faire … » marmonnai-je.

Je ne peux pas croire à une telle chose, cela peut paraître bête, mais l’idée d’y penser m’effraie.

- Tu es morte ! Tu ne peux pas te tenir comme ça devant moi ! Et pourquoi moi je suis soi-disant mort si là je suis vivant ?! criai-je

- Je suis morte, oui. Toi aussi tu es mort à présent. Le paradis est réel, je t’assure. La seule chose fausse, c’est que les catholiques pensent que Dieu nous fait passer le jugement dernier avant de connaître notre destination. Comme tu le vois, tu es allé directement au paradis. C’est la même chose pour ceux qui sont allés en enfer, si néanmoins il existe. Il y a une rumeur qui circule parmi les gens d’ici, ils pensent que les gens qui sont censés aller en enfer ne bénéficient peut-être pas d’une seconde vie éternelle comme celle qu’on a. C'est-à-dire que dès qu’ils meurent, ils ne réapparaissent pas comme toi dans un autre endroit, c’est qu’ils ne sont plus rien, ils ne voient plus rien, ne sentent plus rien. Mais tu as la chance d’être venu au paradis, et cela ne m’étonne pas.

Je suis littéralement figé. Cette nouvelle me rend très heureux, tout joyeux. Et dire qu’il y a seulement quelques secondes, j’étais effrayé, pris de panique.

- C’est merveilleux ! Le paradis … il existe vraiment ! C’est fantastique ! Mais dis-donc ! Pourquoi as-tu de magnifiques vêtements, tandis que moi je porte une robe miteuse ?

- Il suffit de penser … de vouloir … me répond Marie

Qu’est-ce que Marie veut-elle dire par là ? Que veut-elle dire par penser ou vouloir ? Penser ? Comment faut-il le penser ? Qu’est-ce qu’il faut penser ? Cependant, le vouloir parait beaucoup plus facile que de le penser. Alors je dis ces mots dans ma tête :

« Je veux de beaux vêtements. »

Pourtant, rien n’apparait, aucun changement, j’ai toujours ma robe ridicule sur moi. Je jette un coup d’œil derrière moi, aucun vêtement en vue sur le sol. Je me demande alors comment faut-il le vouloir … je n’ai peut-être pas été assez poli ou précis. Je pense qu’il faut que je visualise les vêtements dans ma tête, je vais commencer par le haut. Le chapeau … j’aimerais avoir un béret noir surmonté d’un pompon blanc. Le haut … peut-être qu’une chemise blanche en lin à manches courtes m’irait bien, je n’en doute pas. Ensuite je porterai un jean et pour les chaussures … je pense que des mocassins d’un bleu pâle seraient une merveille ! Alors je visualise l’ensemble sur moi pour voir ce que cela donne. Soudainement, ma robe miteuse est remplacée par une chemise blanche en lin avec des manches courtes, par un jean et par des mocassins d’un bleu pâle, sans oublier mon joli béret noir avec un pompon blanc.

- C’est vraiment fantastique ! m’exclamai-je

- Ah … Il ne te manque plus que les lunettes ! répond Marie avec un petit gloussement

- Oh tu sais … Il est temps que je change d’apparence, je pense que mon visage sans lunettes n’est pas si terrible tout de même, il faudrait que je me voie !

Mais je me rends compte que je n’avais pas de miroir à portée. Alors je demande dans ma tête :

« Je souhaiterais avoir un petit miroir de poche et pratique. »

Alors un petit miroir apparait sur le sol à mes pieds. Il semble léger. Le contour du miroir est blanc, sûrement de l’argent mais extrêmement blanchi. Il est orné de pierres précieuses de toutes les couleurs, il y a de l’or, du Rubis, il y a également du diamant d’un bleu marin accompagné de quelques saphirs d’une exquise couleur violette, et pour finir de l’émeraude d’un vert printanier. C’était exactement le miroir que je rêvais d’avoir durant ma vie entière ! Il est luxueux et pratique. Alors je me regarde, je contemple mon visage sans lunettes.

« Oh ! Ça va ! Je ne suis pas si terrible que ça sans mes lunettes ! »

Je vois que Marie est en train de glousser. Se moque-t-elle de ma réaction ? Je lui jette un regard sceptique.

      Soudain, le décor change de couleur, le blanc éblouissant se transforme en un rouge de sang. J’entends également un son d’alarme, tel le son du réveil qui me met debout chaque matin. Je ne sais pas pourquoi la clairière blanche est devenue rouge, mais ce changement m’inquiète fortement.

« Que se passe-t-il ? » demandai-je

Marie ne me répond pas. Elle semble tout aussi tourmentée que moi. Son visage parait si apeuré qu’on aurait cru que son sang s’est glacé.

- Il faut vite que tu fasses ton choix ! s’exclame-t-elle

- Comment ?!

- Le décor est devenu rouge ! Le son d’alarme ! Tu dois faire le choix ultime pour ta deuxième vie !

Je remarque que la clairière rétrécit. J’essaye de courir, tentant de fuir ce rapetissement progressif, en vain, Marie me retient par les épaules. La clairière se découpe en un cercle parfait, et je me trouve au milieu de ce cercle.

- Explique-moi ! criai-je

- Pour le reste de ta vie éternelle, souhaites-tu qu’elle se déroule au paradis, avec les personnes qui te sont les plus chères, ou bien que tu deviennes un fantôme et que tu regardes les vivants ainsi que l’évolution du monde ?

J’entame un long moment de réflexion, je songe aux avantages et aux inconvénients de chaque possibilité. Tandis que le cercle se resserre, mes pensées se développent et se troublent à la fois. C’est à me rendre fou. Marie essaye de me parler, seulement, je ne saisis pas un mot de ce qu’elle dit. Mais elle est projetée en arrière et tombe hors de la clairière, dans le vide.

« Marie ! » ai-je crié de toutes mes forces

La rose blanche dans ses cheveux a été ôtée par la force de la projection, elle est éjectée et se fond dans le vide, partie définitivement. Pourquoi Marie a-t-elle été repoussée hors du cercle ?  Une réponse que je n’obtiendrai peut-être jamais.

      Le volume de l’alarme s’amplifie. Je dois faire mon choix, je le sais. Vivre à jamais ou bien devenir un fantôme ? Le choix m’est impossible. Je veux voir mes amis et ma famille en vie sur Terre, je ne pourrais pas passer une journée sans eux. Je veux devenir un fantôme, c’est décidé ! Mais je n’ai pas songé aux inconvénients. Je ne pourrai pas leur parler. Je ne pourrai pas les toucher. Et par-dessus tout, je ne pourrai pas les rejoindre au paradis quand ils seront morts, ils ne seront plus là. Finalement, je conclus que ma vie se déroulera au paradis. Certes, je ne pourrai pas les voir pendant un temps indéterminé. Je vais devoir faire preuve de patience. Mais pendant combien de temps ne pourrai-je pas les voir ? Des mois ? Des années ? Des décennies ?

      Le son de l’alarme me ramène à la réalité. Le rayon du cercle ne mesure plus que deux mètres. Terrifié, je crie :

« Vite ! Je veux vivre au paradis ! »

Seulement, rien ne change, rien ne se passe. Je rajoute ridiculement :

« S’il-vous-plaît ! »

Aucune réponse. Pourtant, je l’ai bien voulu, et poliment. Ils n’ont même pas le culot de me ramener au paradis ? Toutefois, je me rappelle que Marie m’avait dit :

« Il suffit de penser … de vouloir … »

      Je suis le milieu d’un cercle de rayon un mètre quand je comprends enfin ce que je dois faire. Mais l’alarme résonne tellement fort que je fais un début de migraine. Mes tympans sont percés et ma tête me fait souffrir. Il ne reste plus qu’une chose à faire. Si je tombe dans le vide, je serai un fantôme à jamais.

      Il faut que j’imagine ma deuxième vie. Je suis sur les nuages, auprès de Marie. Le bonheur, la satisfaction d’avoir fait le bon choix, la douceur et la saveur de cette vie seront présents même dans les temps les plus sombres. Mes pieds sont au bord du vide tandis que je suis élevé en l’air. Je me trouve comme au milieu d’une tornade. Je vole au cœur de cette tempête.  Le ciel pourpre se transforme en un vide bleuté dans lequel je suis projeté, puis tout disparait à nouveau.

      Je demeure tout à coup debout sur le sol. Je suis à deux doigts de tomber, mais je me rattrape à temps sur quelqu’un. Ce dernier pousse un petit cri puis s’écrie avec stupeur :

« Faites attention avant de vous appuyer sur une personne ! »

Marie me regarde d’un air abruti, avant de me reconnaitre et de s’excuser aussitôt.

- Tu as finalement choisi de vivre au paradis ? déclare-t-elle avec une certaine gêne

- Oui, mais j’ai failli devenir un fantôme et tomber dans le vide

Un spectre apparait devant moi, il émet un petit bruit puis déclare :

« Bonjour et bienvenue au sein du domaine des morts, dans le ciel serein, à l’Elysée céleste : le paradis. Je suis votre guide, vous allez découvrir ce somptueux monde avec moi. Je vais tout d’abord vous montrer votre maison. »

Marie prend ma main et dit au spectre :

« Amène-nous. »

      Nous sommes aussitôt transférés par téléportation. J’ai soudainement la tête qui tourne, je manque de vomir sur les souliers de Marie. Pour la première fois, je peux quand même vomir avec dignité, mais je me retiens. Nous nous trouvons dans un charmant paysage, sûrement dans un « beau-quartier ». Ma maison parait grande. Elle est entièrement blanche, comme la clairière où je me suis retrouvé auparavant. La demeure est entourée d’un jardin avec des plantes colorées, beaucoup de fleurs et un champ de roses blanches. Ces roses me frappent particulièrement, ce sont les mêmes que celle que Marie portait dans ses cheveux. J’éprouve une grande satisfaction, puis dis :

« Ensuite ? »

Le spectre commence alors son récit, il présente d’abord les jardins, les voisins, le quartier puis il précise que la nourriture est universelle, qu’il suffit de penser, de vouloir le plat pour l’avoir en main. Il présente ensuite les bâtiments dans lesquels nous pouvons apprendre ou améliorer nos pouvoirs que les vivants n’ont pas, comme la téléportation ou la demande par la pensée. Je trouve cela vraiment ingénieux, bien que je n’aie jamais assisté à une leçon. Lorsque le spectre termine ses descriptions, il finit par dire :

- Je suis disponible à tout moment, si vous ressentez le moindre besoin de ma présence, appelez-moi en disant « Peetayable, viens » et je viens vers vous instantanément.

- Merci beaucoup Peetayable, je réponds

- Au revoir, monsieur Patrice.

Le spectre disparait aussitôt en se fondant avec la couleur du paysage. Je trouve le nom du spectre vraiment amusant, même ridicule. Il n’est même pas fichu d’avoir un nom décent, son nom est même pitoyable. Je me mets à ricaner silencieusement. Je ris pendant un bon moment avant de prendre la main de Marie. Nous marchons ensemble au loin, je viens de quitter la vie, même si elle est réapparue différemment.

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Post Mortem

Oui, oui, c’est bien comme on le raconte. Au début du moins. D’abord, je veux dire juste après le grand soupir et le noir, il y a eu cette montée à toute vitesse  jusqu’au plafond du bloc opératoire, et tous ces gens s’agitant en bas, autour de ce qui me semblait bien être mon corps, mais en bien plus mauvais état que la dernière fois que je l’avais aperçu, c’est-à-dire deux secondes avant l’accident. « Ah bon, je suis morte alors ? ». Mais pas le temps de m’apitoyer sur mon sort. Re-noir, puis, aussitôt, arrivée dans ce qui paraissait bien être un gigantesque hall d’aéroport, avec des guichets, à perte de vue, tout au fond. Et d’interminables files d’attente devant.

       «_ On en a pour longtemps ? » demandai-je au mec qui me précédait, un superbe hindou surmonté d’un non moins superbe turban bleu.

- Cela dépend des files. Certaines avancent dans la journée, d’autres pas. Moi, en temps terrestre, ça fait à peu près quatre-vingts ans que je suis là.

-Quatre-vingts ans !! Ouh, ça fait long !!

-Qu’’est-ce-que ça peut bien faire ? De toute façon, on a l’éternité devant nous, hein ? Et puis, finalement, je ne suis pas tellement pressé de connaitre le verdict…

-Le verdict ?  Ah oui, vous voulez dire le jugement ?

-Ouais. Vous savez, les mots varient selon les cultures.

-Dites-donc, vous avez l’air d’en connaitre un rayon ! Alors, en gros, ça se passe comment ?

-Hé bien, en arrivant devant l’ange, celui qui est derrière le guichet (ouais, c’est un ange, même s’il est en costard-cravate), vous allez remplir un tas de formulaires, de questionnaires, tout ça quoi, qu’un ordi va tout de suite analyser ; et de là, vous serez dirigée vers une des milliers de salles d’attente.

-Encore attendre ! Et ensuite ?

-Ensuite, une commission va statuer sur votre cas.

-Une commission. Composée de ?

-D’archanges, de prophètes de toutes les religions, de philosophes et même de quelques leaders politiques, je me demande bien pourquoi, d’ailleurs… et puis à la fin du débat, c’est le président qui décidera de votre sort en première instance. La décision finale revenant à Saint Pierre ou quelque soit le nom qu’on lui donne. Pour moi, je suppose que ce sera Vishnou…

-Et alors, et alors ?

-Hé bien, comme vous ne l’ignorez pas, l’Enfer, n’est-ce-pas, étant les Autres, soit vous faites le circuit en boucles, pour l’Eternité, soit vous revenez dans les files d’attente pour une période déterminée : c’est le Purgatoire, soit vous allez directement au Paradis…

-Au Paradis !!! Mais, attendez un peu, comment vous savez tout ça, vous ?

-Le mec devant moi, là, dans la file, il a écopé de six mille ans de Purgatoire, une broutille, quoi ! C’est lui qui m’a rencardé.

-Ben dîtes-donc !  Alors, vous disiez que le Paradis  existe vraiment ? Pas croyable !

-Je veux, oui ; Là-bas, on choisit sans cesse ce que l’on souhaite faire : revivre les meilleurs moments de sa vie,  rencontrer aussi les gens que l’on aime ou…

-Vous voulez dire que je pourrai revivre mon enfance …ou mes premières surprise-parties… et, quand ça me chante, aller tailler une bavette avec Mozart, Louise Michel ou Coluche, ou encore…

-Exactement. Mais dis donc, tu t’attendais à quoi, toi ?*

-Moi ? Oh, à …rien.

 

          El Pé

 

*Oui, bien sûr, le ton est devenu de plus en plus familier au cours de l’entretien, normal, non ? Comme disait Boris Vian : « Ce n’est pas une raison parce qu’on est mort.. »

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lundi, 20 mars 2017

Femme, femme, femme

Cette consigne pour célébrer à notre manière la journée de la femme

 

Chacune cherche deux mots de 4 pieds

Chacune garde un de ses deux mots pour faire une liste commune

Criminologue            sérénité              démocratie

 Imaginable             abasourdi         métamorphose

En 20 minutes, écrire un texte sur le thème

« femme des années 2010 »

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Jacqueline Auriol

wikimédia

 

Ma grand-mère avait 40 ans en 2010. Moi, je n’étais pas née, ma mère ayant attendu assez longtemps avant de trouver l’homme jugé idéal pour être mon père. Je suis donc née en 2040 et pendant mes 18 premières années, étant très proche de cette chère aïeule, j’ai entendu beaucoup parler de la condition des femmes de son époque.

Elles pouvaient être, sans problèmes pendant ces années-là, criminologues, pilotes de chasse, militaires ou même cosmonautes. Leurs aînées avaient acquis des droits que personne ne songeait à leur contester. La femme soumise des années 50 du XXème siècle avait fait place à la femme XXIème siècle, libre de ses choix. Ç’avait été une véritable métamorphose. Elle vivait dans une relative sérénité. Malheureusement, les femmes de cette époque se sont peut-être trop reposées sur ces acquis et ont relâché leur vigilance. Si ma grand-mère  pouvait voir ce que nous sommes devenues maintenant, en 2080, alors que j’ai moi-même l’âge qu’elle avait en 2010, elle serait abasourdie.

Plus de démocratie mais une dictature. Il n’est plus imaginable de jouir d’une quelconque liberté d’acte ou de pensée. Plus de postes à responsabilité mais, le corps enfermé dans de sombres vêtements et l’esprit enfermé dans un carcan d’obligations, l’obéissance, l’obéissance à tout : aux hommes, aux institutions, aux lois d’un autre âge. Quelle désolation, quelle amertume après tant de combats, après tant de victoires.

Ah, où est-elle la femme des années 2010 !

Gill

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Le "E" est absent

En 20 minutes, à la manière de George Pérec, écrire un petit texte

sans utiliser la lettre « E » et comportant le mot

 Congo

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Matadi07

wikimédia

 

                  Saga Africa

 

             Simba n’oublia jamais qu’un soir, il naviguait sur un bras du Congo quand…

      Quand un courant coquin poussa son canot non loin du bord. Simba, pas trop confiant, scruta la nuit.

        Soudain, grand, fort, surgit du noir un lion.

         La mort arrivait. Il suffirait d’un bond.

Mais non. Un flux amical ou plutôt d’amour, unit alors Simba à l’animal. On aurait dit pour toujours.

            « Salut à toi, ô mon ami, mon roi » murmura un garçon abasourdi, admiratif aussi.

             Mais sa voix chassa l’animal.

Simba n’oublia jamais qu’un soir, il naviguait sur un bras du Congo quand…

                           

  El Pé

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DogonSirige2

wikimédia

 

Czardas, mazurka, polka, rigaudon, fox-trot, java, cotillon sautillant, piano fortissimo, vivacissimo.

Tango lascif, bal d’antan, jupons tourbillonnants, sanglots longs du violon.

Congo, bonobo, tam-tam, maracas, abyssin, nyala, troïka

Mots aux sons musicaux, qui vont tintant, vibrant dans tout mon corps. Visions d’ors chatoyants, carmins flamboyants, indigos ou cobalts profonds.  Mains frappant congas, doum doum ou balafon, pas tapant au sol, bras dansant dans l’air.

Puis d’un coup, boulot, dodo. Fini. Ciao lointains horizons, bonjour trottoir.

Gill

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samedi, 11 mars 2017

photo au choix

Après un jeu qui nous a permis de trouver six mots ayant une rime en « ine »

Chacun choisit la photo d’un objet puis écrit, en 20 minutes, un texte dont le héros sera l’objet et contenant les six mots suivants :

Gamine  crinoline  cousine  coquine  comptine  vitrine

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écharpe.png

 

Echarpe de laine

          Ma jeune cousine était une gamine impossible, coquine comme il n’est pas permis. Pour l’anniversaire de ses dix ans, je lui avais tricoté une écharpe. Oh, pas n’importe laquelle ! En pure laine ! De la plus douce qui puisse se trouver ! Et multicolore de surcroit. En fait, elle se voulait une réplique de l’arc- en- ciel, l’ordre des couleurs (dans le sens de la longueur) étant évidemment respecté. A  la difficulté du jacquard s’ajoutait celle d’un point de riz plutôt compliqué…Bref, c’était, on peut le dire, quasiment une œuvre d’art…dont je n’étais pas peu fière, j’ose l’affirmer.

          Le jour de l’anniversaire finit par arriver. Bougies à souffler, gâteau à déguster, jeux de charades et comptines reprises en chœur, rien ne manquait à la panoplie des festivités habituelles à ce genre d’évènement. Ma cousine Valentine (dont le nom, n’est-ce-pas, suggèrerait plutôt la douceur, mais je n’y suis pour rien), piaffait d’impatience, visiblement. A l’évidence, tout ceci ne représentant pour elle que formalités fastidieuses précédant le seul moment intéressant : celui des cadeaux.

          Et il y en avait une montagne ! Chaque invité s’était évertué à faire preuve de goût et d’imagination… en pure perte d’ailleurs ! Oui, car Valentine ouvrait les paquets à toute vitesse, jetait à peine un coup d’œil à leur contenu et passait aussitôt au suivant. Prémonition ou autre chose ? Je commençais à ressentir une légère inquiétude.

          Des cadeaux, le mien était le dernier.

Valentine déchira frénétiquement le papier, saisit l’écharpe et… éclata en sanglots. Avec les quelques mots qui parvinrent difficilement à se frayer un chemin entre ses larmes, nous reconstituâmes une explication plausible : Sans aucun doute possible, Valentine s’attendait à recevoir en cadeau aujourd’hui la jupe rose à crinolines qu’elle avait aperçue dans la vitrine des Dames de France, et ce malgré le refus-gentil mais ferme – de la maman qui trouvait cette jupe beaucoup trop habillée pour son âge. Argument dont sa fille n’avait tenu aucun compte, persuadée que ses désirs seraient finalement satisfaits. Comme d’habitude.

      Valentine tenait toujours l’écharpe à la main. Cessant brusquement de pleurer, elle se mit à rire, s’empara d’une paire de ciseaux et entreprit de découper mon œuvre d’art en petits morceaux, et avant que quiconque ait pu intervenir, des éclats d’arc-en-ciel, du plus bel effet, jonchaient le tapis du salon.

        Ulcérée, je partis sur le champ sans dire au revoir  à personne, mais en me jurant cependant de ne plus jamais fêter un seul anniversaire de mon insupportable cousine.

        Valentine a aujourd’hui soixante sept ans et moi soixante quinze. J’ai toujours tenu parole.

 

                  El Pé

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Wittelsbach diamond, before beeing recut by Graff

wikimédia

 

Les mémoires de « la Marquise » 

Mais que fais-je dans cette brocante de province où l’on trouve pêle-mêle des colliers en plastique, une poupée en crinoline, un livre de comptines, une édition ancienne de « la cousine Bette » et bien d’autres objets hétéroclites. Moi, dont la valeur est inestimable, bien qu’ici méconnue, je devrais être mise en valeur dans un écrin de velours rouge, dans la vitrine d’un musée.

Je ne vous parlerai pas de ma découverte, en Indes, lorsque, pierre brute, je fus extraite de l’une des premières mines de diamant. Je ne m’étendrai pas non plus sur mes premiers mois où je fus sélectionnée pour ma brillance, ma pureté, mon éclat, mais je vous parlerai de la période qui suivit, quand je devins un bijou unique, qui, en son temps, a défrayé la chronique.

De quelle dextérité, de quel art le joaillier qui m’a taillée avec une extrême finesse a-t-il fait preuve pour me sertir sur un jonc de platine et me transformer en un véritable joyau. C’est alors qu’en gage d’amour, mes 22 carats furent offerts à la Begum par son époux, l’homme le plus riche du monde, l’Aga Khan.

Quel malheur pour la Bégum quand je fus volée avec tous ses bijoux lors d’un braquage à Marseille puis quel soulagement et quelle joie quand je fus retrouvée. Bien que transformée par d’habiles trafiquants et malgré une taille différente, elle me reconnut.

C’est après cet épisode que ma vie se transforma. Petit à petit, la Begum se mit à me trouver terne, à douter de mon authenticité, à penser que j’étais une pâle copie. Elle me porta de moins en moins, puis plus du tout. Enfin, ne pouvant plus supporter ma vue, elle me donna à une de ses femmes de chambre, une gamine coquine au regard malicieux qu’elle appréciait particulièrement pour sa bonne humeur. Vous devinez la suite. Elle me vendit, et de propriétaire en propriétaire, d’héritage en faillite, de mise en gage en rachat, on en oublia ma valeur et voilà pourquoi je me retrouve ici, dans cette brocante, attendant le bon vouloir du client.

Tiens, le charmant couple qui entre s’intéressera-t-il  à moi ? Ils n’ont pas l’air riche, mais ils s’aiment, c’est sûr. S’il m’achète pour elle, j’ai l’impression que je serai bien sur ce joli doigt fin. Ils s’approchent, me regardent, se regardent et je vois alors dans leurs yeux le bel avenir qui m’attend.

Je vais donc retrouver ma destination première, être offert par amour, moi, le diamant qu’on appelle « la Marquise », le plus beau joyau des bijoux de la Begum. Et si personne ne connait ma valeur, qu’importe, je n’en serai que plus tranquille.

Gill

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