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dimanche, 15 mai 2016

Souvenirs d'une nuit insolite

Faire une liste de lits ou de lieux insolites où l’on a dormi.

Chacun fait choisir par son voisin un lieu de sa liste.

 

En 20 minutes, décrire le lieu choisi en insistant sur l’environnement, l’odeur, etc. Evoquer les sensations et les sentiments ressentis.

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maison mouty.jpg

pixabay

 

CAMPING SUR PLANCHER

 

Voyage scolaire à la montagne : deux jours. La nuit est tombée. La grande maison bourgeoise qui nous héberge se découpe à peine sur fond de ciel sombre brassé par les nuages, accordant avec peine des rais de lune blafarde. La tramontane rugit entre les branches d’arbres : les hauts de Hurlevent. Nos piles éclairent à peine les marches du perron, le corridor noir, large et froid, ainsi que les grandes pièces vides où nous nous engouffrons après un passage obligé aux toilettes. Nous nous alignons le long des murs, enroulées dans une maigre couverture qui n’adoucit nullement la dureté du parquet. Le sac à dos sert d’oreiller.

L’accompagnatrice revêche fait le tour des lieux, ordonne l’extinction des feux, c'est-à-dire de nos lampes de poche au rayonnement ridicule, mais bienfaisant cependant quand la lampe cachée sous la couverture nous tient compagnie dans le silence de la nuit qui s’emplit alors de craquements de parquet, de vent sifflant dans les jointures des volets et d’autres bruits effrayants nous tenant éveillées, transformant la maison en lieu fantasmagorique. Quelques chuchotements, des rires étouffés, des bruits incongrus…

La nuit se passe l’œil ouvert, se fermant malgré tout de fatigue au petit matin. Le jour est plus rassurant pour dormir ici. Mais l’heure, c’est l’heure !

 

Mouty

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pixabay

 

Lit improvisé

Nous avions arrêté la 2CV en pleine campagne. Quelle campagne, celle du centre de la France, il me semble. Je me souviens que depuis notre départ de Paris, nous avions traversé deux villages aux noms évocateurs, l’Aumône et Le Portefeuille, ce qui nous avait fait rire. Nous avions cherché un hôtel pour la nuit, et n’en ayant pas trouvé, ma sœur et son mari avaient décidé que nous dormirions dans la voiture. Quant à moi, à 13 ans, j’étais toute excitée à cette idée, n’ayant jamais dormi que dans mon lit.

C’était une soirée chaude du mois d’août et nous revenions à la voiture en nous promenant à travers champs, après avoir pris un rapide repas dans le village le plus proche. Nous avions plaisanté et attrapé de gros fous-rires. Nous respirions l’odeur de l’herbe fraîche et nous nous sentions bien, nullement inquiets à l’idée de passer une mauvaise nuit. Nous partions en vacances dans le sud de la France et cette étape improvisée et inattendue pimentait notre voyage.

La voiture était garée sur une petite colline et la vue était dégagée autour de nous, laissant apercevoir un paysage bucolique et reposant. Un pré avec des vaches apportaient des odeurs animalières et rustiques qui augmentaient la sensation agréable d’être ailleurs.

Et puis la nuit venue, dans la pénombre qui nous enveloppait, après avoir retiré les sièges, nous nous sommes allongés tous les trois, trouvant une place tant bien que mal, l’un avec la tête près de l’embrayage, l’autre un peu coincé entre le frein et l’accélérateur, et la dernière, moi, la plus jeune, avec la meilleure place, côté passager. Mais même si la situation était inconfortable, il me reste le souvenir d’un moment heureux, d’un moment de franche gaité, d’un moment de bien-être. J’avais bien un peu peur des bruits extérieurs, mais pourtant, j’ai dormi comme un loir.

Gill

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pixabay

 

                                  La Cabane au Canada

          Elle sent bon le bois coupé et les cigarettes clandestines. Et un peu aussi la ratatouille réchauffée sur un camping-gaz, notre cabane. Baptisée « au Canada » grâce à une Line Renaud, très en vogue, et faite de bric et de broc avec tout ce qu’on a pu trouver : vieilles planches, branches d’arbres et autres matériaux de récupération ramenés triomphalement. Elle n’a pas de fenêtre, mais on y voit beaucoup le ciel, au travers du toit et des murs et c’est bien. Même quand il pleut. On y entre à six, serrés comme des sardines, mais on ne peut y dormir qu’à deux, à tour de rôle. Grâce à la bienveillance de notre grand-mère commune qui, sans jamais avoir lu Françoise Dolto, est une fervente militante de la liberté pour les enfants. A commencer par les siens. Un bonheur sans nom envahit donc les six cousins chaque année, à l’approche des grandes vacances, rien qu’à l’idée de retrouver la Cabane au Canada, qu’il faudra d’ailleurs retaper un peu, après les rigueurs d’un hiver très peu canadien pourtant.

      Oh les nuits ! Et les étoiles juste au dessus de mes yeux. ! Et le cri de la chouette, monotone sans doute mais bien rythmé ! Et la terreur, interdite, refoulée (pas trop), muette en tout cas, en pensant à toutes ces araignées qui ne vont pas manquer de se balader sur moi toute la nuit ! Mais peu importe.  La respiration du cousin ou de la cousine allongé près de moi me rassure, m’apaise, me berce, m’endors…

       Oui Cabane, tu sentais bon. Le bois coupé, le vieux tabac et la ratatouille…mais aussi l’enfance, avec ses fous-rires complices et ses grandes aventures, immobiles, rêvées…

 

        El Pé

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