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vendredi, 22 avril 2016

Un titre de poème, un limerick

En 20 minutes, écrire deux ou trois limericks, au nombre de pieds non imposé, à partir de titres  de poèmes d’auteurs du 20e siècle (d’Apollinaire à Bonnefoy, cent ans de poésie)     

 

Limerick: petit poème de 5 vers aux rimes: A A B B A,  souvent satyriques ou amusants

 

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Le Pont Mirabeau  (Guillaume Apollinaire)

De ses arches, il joignait deux coteaux
Comme celui d’Apollinaire, il s’appelle Mirabeau
Les résistants y franchissaient la Durance
Dix-sept d’entre eux y perdirent l’espérance
Regrets, mémoire se reflètent dans ces eaux.

Claudie

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Paroles (Jacques Prévert)

Paroles d’argent et silence d’or

Des mots doux, des tendres encore et encor’

J’aime ta voix douce aux accents d’ivoire

Je ne sais soudain si je dois y croire

Paroles d’argent et silence d’or.

 

 

La chanson du mal-aimé  (Guillaume Apollinaire)

En ce joli mois de Mai

La chanson du mal-aimé

Celle qui me bouleverse

Des mots qui tombent à verse

Des mots gravés à jamais.

 

 

Les villes  (Emile Verhaeren)

Errant, âme en peine, en ville,

Les jambes lourdes, le cœur en vrille,

Je cours après des êtres sourds,

J’ai l’esprit vague et les doigts gourds,

L’hiver m’y happe, les néons brillent.

 

Mouty

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Paroles    (Jacques Prévert)

Dis, ou vont-elles toutes ces paroles ?

Celles dont on nous dit qu’elles s’envolent ?

Loin des bouches qui les ont voulues tendres

Et loin des cœurs qui n’osent les comprendre

Elles font une folle farandole.

 

Dans la rue   (Aristide Bruant)

Dans cette rue il y a des pavés

Les pavés y sont tous bien alignés

Puis d’un seul coup, par esprit de bravade

Ils s’organisent en une barricade

Acteurs d’un jour aux mains des insurgés.

 

Caillou    (Eugène Guillevic)

Caillou des villes tu manques de mousse

Caillou des champs tu sais où elle pousse

Coup de pied bien placé

T’enverra y nicher

Pour y rêver jusqu’à la lune rousse

Gill

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L'attente

Chacun écrit l’objet d’une attente sur un petit papier. Il peut s’agir d'un évènement exceptionnel ou quotidien; heureux ou stressant. Un papier est tiré au sort dont le thème est

 

Attente d’un résultat

 

En 20 minutes, écrire sur le thème désigné, soit en succession de phrases très courtes, soit en une ou deux phrases très longues.

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Test de grossesse ouvert

wikipédia

 

      Attention…10H00 pile.  Top ! C’est parti. Combien ils m’ont dit déjà ? Trois minutes ? Je vais quand même vérifier sur la notice. Oui, c’est ça, trois minutes. C’est long ! Dieu que c’est long, trois minutes d’attente ! Et bien sûr, Jérôme qui n’est pas là. Normal. Il n’est jamais là quand il faut. Je me demande même pourquoi je l’ai épousé, ce mec ! Oh ! Doucement cocotte, c’est du père de ton enfant que tu es en train de parler là ! Du père de  ton FILS ! Pourquoi un fils d’ailleurs ? Parce que cela ferait tellement plaisir à Jérôme pardi ! Normal.  La descendance quoi, comme dans les Visiteurs. Ah je te jure ces aristos ! Enfin, aristos  c’est vite dit. Vu que le grand-père, il a bel et bien acheté sa particule, le bouffon. Sûr comme deux et deux font quatre que mon Jéjé va vouloir choisir le prénom. Un truc du genre Gaétan ou Charles Bertrand. Pauvre môme ! Et ce n’est pas fini. Il va t’envoyer en pension en Angleterre, dès tes dix ans mon petit loup ! Belles bagarres en perspective ! Non, décidemment, ce sera une fille, et si ton Papa n’est pas content, on s’en tape ma chérie. D’ailleurs il sera complètement gâteux de toi avant la fin du premier mois, ma jolie poupée. Oh mais attention ! Pas une poupée style Comtesse de Ségur née Rostopchine. Pas question. Car j’en ferai une battante, moi, de MA fille. Nourrie à la sauce karaté et Beauvoir. Et belle aussi. Comme j’aurais voulu l’être. Dans mes rêves. Et si c’était des jumeaux finalement ? Après tout pourquoi pas ? Parait qu’il y en a eu dans ma famille. Autrefois. Ce serait méga chouette. Et toutes mes copines vertes de jalousie. A propos de couleur, quelle heure est-il ? Ouah ! Dix heurs quatre ! Allez, on y va. On respire à fond et on regarde le résultat…

…Merde, encore raté.

 

               El Pé

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pixabay

 

Comment ai-je pu être aussi bête, je savais tout, tout par cœur. Je sais que j’ai raté, j’ai bégayé, j’ai eu un trou. Ah ! Si je pouvais remonter le temps, deux heures plus tôt, trois heures. Ce matin, Maman m’a couvée. Elle m’a tellement épaulée, m’écoutant ânonné ce rôle pendant des heures, m’aidant à choisir les bons vêtements.

En partant, elle m’a dit « Pauline, les cinq lettres ». Je n’ai pas répondu « Merci ». C’était la seule à croire en moi. Maintenant, je me rends compte qu’ils avaient tous raison, croire que je pourrais devenir comédienne, quelle connerie. Et ce prof qui n’arrêtait pas de répéter : « Oh ! Elle joue si juste ». Je voudrais le voir aujourd’hui : « gna, gna gna ; elle joue si juste ».

Je suis là sur ce banc, à attendre que l’autre arrive et dise : « Mademoiselle Machin, vous êtes prises, les autres vous pouvez aller vous recycler ». En plus elles rigolent ces dindes « Moi, j’ai déjà eu un rôle avec Huster », « moi, avec Luchini ». Et moi, là, je n’ai jamais rien fait, je n’aurai jamais rien. J’ai été nulle, archinulle. Quelle déception pour moi, pour Maman et quelle rigolade pour les autres. Après tous ces efforts, j’aurais aimé avoir un peu de réussite, aller un peu plus loin où on ne m’attendait pas. Leur clouer le bec à tous ceux qui m’ont toujours vu comme une sotte empotée.

« Pauline Ester…. PAULINE ESTER »

Mais, c’est moi, et me voilà en larmes, qu’est ce que tu es gourde. Maintenant, je vais attendre les répétitions, la première, le public et…le trac.

Claudie

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pixabay

 

J’attends

Les résultats du Bac ne sont pas encore affichés ! Mais que foutent ces secrétaires bon sang de bon soir, elles sont coincées dans la photocopieuse ou dans la machine à café, elles ne se rendent pas compte, les bougresses, de l’impatience des candidats, des fourmillements dans les jambes, du mal au dos de plus en plus violent, du mal au crâne incommodant, du mal aux dents lancinant, de l’envie d’uriner qui prend à la gorge. Rien au fond du couloir, marre d’attendre, et des retardataires qui viennent s’agglutiner, m’enserrent comme une sardine à l’huile, individus hétéroclites dégageant des odeurs de transpiration, d’après-rasage, de brillantine, d’haleines aux effluves de tabac ou d’ail, et j’en passe. Des rangers écrasent mes orteils, où se croient-ils ceux-là, dans un défilé de mode, une manif, une boîte à cinq balles ? Marre, marre et encore marre, je vacille mais ne risque pas de m’effondrer vu les étais qui me soutiennent, mon estomac se soulève, ma main ne peut accéder aux pastilles Vichy qui trainent au fond de ma poche, quelle galère cette attente, habituel emmerdement de fin d’année, l’épreuve d’après Bac c’est celle-là, elle m’épuise plus que toutes les autres, j’en ai ma claque. Une porte s’ouvre au fond du couloir, la porteuse de paperasse met une éternité pour accéder au tableau d’affichage, la liste est interminable, y suis-je ? Pas moyen de bouger, une poussée intempestive m’écrase, je ne peux avancer ni reculer, allez, comme tout les monde je vais jouer des coudes, des genoux, des godasses, des épaules, et je vais y arriver, pour découvrir quoi bon dieu, j’en tremble, je suis lessivée, cela vaut-il le coup d’attendre alors que les jeux sont faits ?

Mouty

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pixabay

 

Le tirage au sort

Nous sommes dix étudiants à passer l’oral. Comme on nous l’a proposé, j’ai demandé à passer la première. J’agis toujours ainsi quand c’est possible, je me jette à l’eau !

J’ai tiré au sort une question et maintenant il ne me reste que quelques secondes pour en connaître le résultat. Et en ces quelques secondes qui me séparent de la lecture de la question, mille pensées angoissantes envahissent mon cerveau. Ma blouse est-elle d’une blancheur impeccable, mes oncles bien courts, mes mains nettes, sans bijou ? Serai-je inspirée par la question ou aurai-je un trou noir ? J’ai tout révisé, pas d’impasse. J’ai beaucoup travaillé, toute l’année ; pas de sorties, peu de poses, soirées studieuses, levers à l’aube, nuits courtes, une vie quasiment monacale, si l’on peut dire. J’ai suivi mes stages pratiques avec beaucoup d’assiduité et de sérieux. Mais maintenant, j’ai l’impression que tout se mélange dans ma tête.  

Allons-y, je respire à fond, ouvre mon papier sans trembler, je n’ai plus peur. Je prends connaissance du sujet à traiter. Incroyable ! Je viens de revoir ce point dans le métro, en venant. L’angoisse est terminée, tout se met en place dans ma tête, je commence à parler d’une voix claire, mes gestes sont assurés, tout va bien.

Gill  

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Dis-moi dix mots 2016

Comme chaque année, notre première consigne est en rapport avec la semaine de la langue française.

 Les dix mots choisis nous invitent à partir à la découverte du français parlé dans les différents territoires de la Francophonie :

Chafouin/ine (France) : nom -> Personne qui a une mine sournoise, rusée : Un chafouin, une chafouine.

Adj. -> rusé, sournois : air chafouin, mine chafouine.

Champagné (Congo) : n.m. -> Personne d’influence aux nombreuses relations.

Dépanneur (Québec) : n.m. -> Petit commerce, aux heures d’ouverture étendues, où l’on vend des aliments et une gamme d’articles de consommation courante.

Dracher (Belgique) : verbe -> pleuvoir à verse. Il drache depuis le matin : il tombe une pluie battante.

Fada (France, régional) : n.m -> simple d’esprit, fou. Adj -> un peu fou, cinglé.

Lumerotte (Belgique) : n.f. -> 1) source de lumière de faible intensité : mettre une lumerotte dans la chambre du bébé / je n’arrive pas à lire avec cette lumerotte 2) légume (betterave, citrouille…) évidé et percé de petites ouvertures, dans lequel on place une source lumineuse : faire des lumerottes pour Halloween (lumignons).

Poudrerie (Québec) : n.f. -> Neige poussée par le vent pendant qu’elle tombe / Neige déjà au sol qui est soulevée et poussée par le vent.

Ristrette (Suisse) : n.m. -> Petit café très fort fait à la vapeur au percolateur : boire un ristrette au bar à café.

Tap-tap (Haïti) : n.m. -> En Haïti, camionnette servant au transport en commun dont la carrosserie s’orne de peintures naïves représentant des scènes de la vie quotidienne.

Vigousse (Suisse) : adj -> vigoureux, vif, alerte (personne) / vigoureux, fort, robuste, résistant (animal, plante).

 

En 25 minutes, utiliser le plus possible de ces mots pour un texte commençant par

" En Avril, ne te découvre pas d'un fil"

et se déroulant dans un des pays francophones cités.

 

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Flag of Canada (Pantone)

wikipédia

 

En Avril

 

« En Avril ne te découvre pas d’un fil » me dit mon voisin belge à la descente d’avion sur le sol canadien. Que veut-il celui-là avec son air chafouin, je ne lui ai rien demandé !

Il redit sa formule magique d’entrée en matière à la jeune femme qui me précède et qui lui décoche un regard noir sans répondre. Il doit être un peu fada me dis-je. Le couloir d’accès à l’aérogare est interminable. Enfin, voici le hall fourmillant d’égarés à la recherche de famille ou d’amis. J’y découvre mes cousins, Céline et René, sachant toujours accueillir les bras ouverts. La poudrerie nous rentre dans les os me disent-ils. On te prévient, rien ne marche à part les tap-taps de quelques exilés d’Haïti. On va boire un petit ristrette bien fumant pour nous réchauffer, nos amis suisses nous attendent à la cafétéria, on pourra y avaler une petite craquette, dit René. Le voyage a été super-long et je suis ankylosée. Pourtant, le remplacement du taxi par un tap-tap me séduit, même par ce temps-là. Le conducteur vigousse au teint café au lait, joyeux comme un pinson, n’engendre pas la mélancolie. Nous nous arrêtons cinq minutes chez un dépanneur pour acquérir quelques victuailles et les cartes postales rituelles pour envoyer aux amis. Ça sera ça de fait pour les faire un peu baver. Une lumerotte ballotée par le vent signale ce petit commerce aux entrailles sympas. Une caverne d’Ali-baba : de tout et n’importe quoi, effectivement de quoi dépanner. Dépêchons-nous me dit Céline, il va dracher, nous devons passer chez un ami, conseiller municipal, c’est un champagné qui va nous aider à parfaire ton séjour.

 

Mouty

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Coat of arms of Haiti

wikipédia

 

En avril ne te découvre pas d’un fil, Catherine n’avait pas oublié ce dicton. Au lieu de se morfondre sous les draches de la métropole, elle avait pris un congé pour découvrir les îles lointaines et ensoleillées. Le jour de son départ, elle avait été confortée dans son choix par la poudrerie qui avait retardé le décollage de son avion.

Dès son arrivée, elle n’avait pas manqué la visite de la fabrique de chocolat, quel plaisir de goûter sur place à son met préféré. Le soir, elle était passée chez le dépanneur acheter quelques babioles. Le marchand avec son air chafouin, l’avait surement prise pour une champagnée. Il ne tarissait pas d’éloges sur sa camelote. Mais Catherine n’aimait pas qu’on la traite comme tous les touristes, ces fadas prêts à acheter n’importe quoi. Elle avait tout de même craquée pour une lumerotte, cette petite citrouille décorée et sculptée qu’elle offrira à son neveu pour halloween.

Aujourd’hui à bord du Tap-Tap, elle parcourt les routes défoncées qui mènent à l’ancienne mission. Avec elle, une foule bruyante a envahi le véhicule. Ces dames en habits chamarrés s’interpellent, les messieurs fument en rêvant. Elle s’amuse à la lecture du petit écriteau, au dessus du bouton d’arrêt « Tu appuies quand tu veux, je m’arrête quand je peux ». Il reflète bien la vie sur l’île, pas de stress.

En tout cas, ce soir, après tous ces chaos, si elle veut encore être vigousse, elle aura bien besoin d’un bon ristrette.

Claudie

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freepik   par sxc

 

Le printemps d’Hippolyte

« – En avril, ne te découvre pas d’un fil. Ah ça, on peut dire que le dicton se vérifie cette année !  dit Hippolyte, l’air bougon, en entrant dans le petit troquet caché au fond d’une ruelle de Belleville. Malgré les cartons, les vieilles couvertures et la chaleur de mon bon Malko, je n’ai pas eu chaud cette nuit sous la porte cochère qui m’a servi de chambre. Et maintenant il drache à vous tremper la couenne. En décembre, avec la poudrerie, on se serait cru au Canada, à Halloween, on avait peine à distinguer les lumerottes dans le brouillard à couper au couteau, et là, au printemps, c’est pas mieux et ça ne me rend pas très vigousse. T’es pas de mon avis, patron ?

    – Allez Hippo, cesse de grogner, tu ne changeras rien au temps. Si tu voulais bien dormir dans un centre d’hébergement comme on te le propose, tu serais mieux.

    – Rien à faire ! Je les vois venir, les bénévoles avec leur air chafouin, pour m’embobiner. Moi, je sais que je ne peux pas y aller avec Malko et je ne le laisserai pas. On sera ensemble jusqu’à mon dernier souffle…ou le sien.

    – Tu es fada, Hippo, comme on dit chez moi, dans le sud, mais je t’aime bien. Allez je t’offre un ristrette bien chaud. N’empêche que si tu continues à vivre dehors, tu y laisseras ta peau. Tiens, je connais un gars qui a une casse automobile en banlieue et je crois qu’il a un vieux tap-tap haïtien déglingué qui te fournirait un toit en attendant mieux.

    – Ah non merci, pas la banlieue, c’est Belleville ou rien ! Tiens, t’as pas un morceau de pain avec du jambon pour me lester l’estomac, le dépanneur du coin ne me fait plus crédit et Malko et moi, on n’a rien dans le ventre depuis hier midi. Me reste peut-être un ou deux euros »

Hippolyte se met alors à sortir de sa poche décousue un amas de choses innommables : un vieux mégot, une noix, un euros, une médaille militaire, un bout de ficelle, un briquet….. un papier froissé… qui attire immédiatement le regard du cafetier qui s’en saisit.

«  – Mais où as-tu eu ça ? C’est un ticket de loto.

    – j’ai dû le ramasser par terre dit l’autre en continuant l’inventaire de sa poche.

    – Est-ce que…par hasard…ce ne serait pas le ticket gagnant ! Je sais que c’est moi qui l’ai vendu mais personne ne s’est présenté… Attends, je vais vérifier…ça alors ! Hippolyte, tu es millionnaire. »

Ne réalisant pas très bien la situation malgré les nombreuses explications que le patron s’évertue à lui seriner, Hippolyte comprend quand même qu’il n’aura plus besoin d’aller dans un centre d’hébergement pour dormir dans un vrai lit. Il se penche alors vers Malko, lui embrasse le museau et lui dit d’un air complice :

«  – Mon brave toutou, avec cet argent providentiel, je suis sûr que je vais devenir un vrai champagné et toi et moi, nous dormirons maintenant où nous voudrons. Allez patron, j’offre une tournée générale.

Gill

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