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dimanche, 27 mars 2016

Exercices de style: recherche du rythme et de la musique

                                          

delphine.pngConsignes de Delphine

Delphine Laurent, Animatrice Professionnelle d’ateliers d’écriture, anime exceptionnellement notre atelier de ce jour. Diplômée du D.U. d’animation d’ateliers d’écriture, ainsi qu’en histoire de l’art, ethnologie, chinois, FLE, elle anime des ateliers d’écriture pour tous publics, en médiathèques, maisons de retraite,, collectivités, festivals, associations. Elle a écrit sur l’art, les cultures, les pays (Maison des cultures du monde, Gallimard, Michelin, Revue de la céramique et du verre, Beaux-Arts Magazine, etc.). Elle aime favoriser la rencontre autour de l’écriture par des apports littéraires et artistiques.

 

Thème : Recherche du rythme et de la musique

 

Avant chacune de ses propositions Delphine explique les notions d’écriture courte (phrases courtes)  et d’écriture longue (phrases longues)

Elle lit des extraits d’ouvrages d’auteurs divers pour donner des exemples et glisser les écrivants sur le chemin d’écriture débuté par une musique appropriée afin d’en comprendre le rythme.

 

1ère proposition :

 

Ecrire un texte en écriture courte sur un rythme scandé (Scènes trépidantes). Sujet libre : voyage, polar, etc.

Ecriture courte mais efficace. Beaucoup de ponctuation. Ellipses.

(25mn)

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2ème  proposition :

 

Ecrire un texte en écriture longue : phrases longues et sinueuses. Images sensuelles, métaphores, sensations, mais pas de bavardage. Peu de points, des tirets. Détailler. Possibilité de remplacer la ponctuation par des conjonctions de coordination. Digressions, pléonasmes. Une seule phrase prenant de l’amplitude peut faire l’objet de tout le texte. Sujet libre.

(30mn)

 

Digression : n.f. - (S’écarter de son chemin). Développement étranger au sujet dans un texte, un discours, une conversation.

Ellipse : n.f. - (manque). Sous-entendu raccourci dans l’expression de la pensée. Fait de syntaxe ou de style qui consiste à omettre un ou plusieurs éléments de la phrase.

Pléonasme : n.m. - (surabondance). Répétition de mots dont le sens est identique.

 

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Jean-François Millet - Les Falaises de Gréville

wikimédia

 

Fuir

Il est libre Max ! Il court, il saute, il halète, il tremble. Son corps frissonne. Son esprit tourbillonne. Crier, clamer, hurler ! Mais il se tait. Il n’en peut plus. Course poursuite. Pourtant, rien au cul qu’un brouillard qui se referme, le pousse malgré lui en avant. N’importe où, vers la mer, le néant. Il ne sait. Il ne s’accroche plus à son passé. Derrière lui la galère, les flics, la geôle, la foule inerte. Pas d’amis, pas de vieux, pas de proches. La nuit engloutit tout. Le vent de la côte lui coupe le souffle. Vent du large, oppressant, aux poussées brusques et puissantes. Appel du large. Falaises inquiétantes qui ferrent les errants, les désolés, désespérés, les morts-vivants. Tumulte des vagues. Le sol et le ciel ne font qu’un. Jonction invisible qui happe. Noir définitif. Le néant.

Mouty

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SWATH pilot boat and bulk carrier

wikimédia

 

Arrivés au port, le bateau est là. Du bord, Yoann et Paul saluent le port et la ville. Les hommes aguerris ont envahis les couchettes. Les yeux ouverts, ils sont déjà partis. Leurs allers-retours incessants entre les deux rives effacent la magie du voyage. Pas d’au-delà,  pas d’inconnu, pas d’impatience.

Paul et Yoann trépignent au rythme sourd du moteur. Ils espèrent, ils sont tendus vers le large.

Enfin, le mastodonte se dégage du quai. Il sort de la rade. Le pilote repart à terre. Le navire est libre. Yoann et Paul à la proue avalent l’horizon. Demain, ils découvriront un autre monde, d’autres gens, d’autres villes, d’autres rues, d’autres parfums.

Claudie

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pixabay

 

Une voiture rouge sur le goudron noir. Le conducteur vire à droite, vire à gauche , mord sur l'herbe, redresse habilement . Il jette un regard aiguisé sur le compteur , se lance dans un nouveau virage ,   enfonce l'accélérateur , dévale la colline . Les freins gémissent : un petit lapin vient de surgir sur l'asphalte, la voiture se déporte, heurte la borne blanche , rebondit, franchit le vide et sombre dans l'océan.

 

Marie

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Le chemin

Un chemin qui monte. Des pierres qui roulent. La pluie qui ruisselle. Les roues qui patinent. Le moteur qui cale. La voiture qui stoppe. Embourbée ! On empile tout ce qu’on trouve derrière les pneus. Un, deux, trois coups d’accélérateur. Ça glisse, ça dérape, puis démarrage en trombe. Projections de boue et enfin arrivée en brinquebalant.

En haut, le village, une fourmilière. Dix cases, cent personnes qui s’agitent. Des femmes qui pilent, tournent, pétrissent, activent le feu.. Des hommes qui coupent, taillent, façonnent, sculptent. Des enfants qui courent, sautent, crient, pleurent, se bousculent. La vie, quoi.

Et moi, les bras chargés de cadeaux : stylos-bille, verroterie, colifichets. De quoi provoquer l’excitation de plus de trente paires d’yeux. Et des rires qui montrent les dents, des cascades de rires. Le bonheur, pour pas grand-chose.

Gill

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121029-G-ZZ999-002 - Coast Guard rescues crewmembers aboard HMS

wikimédia

 

         Les vagues. De plus en plus hautes, de plus en plus fortes. La dernière, en balayant le pont sauvagement, a failli emporter Yan. Il s’est agrippé au bastingage et la mer n’a pas réussi à l’en arracher.

        « Qu’-est-ce que tu fous là, Nom de Dieu, hurle le capitaine, je t’ai dit de t’attacher au mat !! »

   Yan ne répond pas. Pas la peine. Pourquoi faire ? Pourquoi parler de ce qui fâche, si tant est qu’il pourrait se faire entendre dans ce boucan d’enfer. Et pourtant, il y en aurait à dire ! A commencer par : « C’est toi-même qui m’as choisi, Cap ‘tain, pour ramener les voiles. Alors qu’il était déjà trop tard. Hein, tu te rappelles ? Tu ne voulais pas nous écouter, les trois gars et moi ! Et quand tu t’es enfin décidé, la tempête était sur nous. » Faudrait trop en dire, du genre : « Et pourquoi ça ? Parce que t’es jaloux, gros lard. Parce que ta femme est trop jeune pour toi et qu’elle sourit quand elle me voit… Ouais, bien sûr que je vais m’attacher. »

      Mais Yan sait bien que cela ne servira à rien. Le vent se déchaine comme mille diables en furie ! Le bateau rebondit, tel un bouchon joueur, de vague en vague. Dommage. La pêche avait été bonne cette fois-ci. Tout autant que la paye qu’ils auraient touchée en accostant au port. Et alors, Yan aurait pu acheter la bague promise à Maryvonne. Depuis quand ? Il ne sait plus. Ils s’étaient fiancés tout mômes, un jour, pour jouer. Et à force de d’à pour rire, c’était devenu du d’à pour vrai.

      Maryvonne. Yan voudrait s’essuyer les yeux, plein de pluie, de mer et de larmes. Impossible  avec les mains liées. Maryvonne…

      Un craquement sinistre, plus fort que le tonnerre, et le mat est arraché. Il s’envole presque.

       Au même instant, le bateau est coupé en deux par une lame géante, tranchante comme une hache. Les deux moitiés sont englouties très vite. Avec le capitaine et ses matelots.

      Yan, toujours attaché au mat, flotte.

       Pour combien de temps ?

 

        El Pé

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Discotheque in Berlin

wikimédia

 

La boîte, il y a un demi-siècle

       Ma voiture avance lentement, cherchant méticuleusement des reflets d’antan, des souvenirs furtifs accrochés à une mémoire défaillante. Déraisonnable cette virée en catimini dans le passé qui se délite. Je savais pourtant que la nostalgie serait omniprésente, oppressante, qu’elle s’accrocherait à mes basques, lancinante, exténuante. Je savais pourtant qu’elle s’agripperait désespérément à mon désir d’oubli, à mon incertitude, à mes pensées secrètes, enivrantes, en me replongeant dans une autre latitude. Mon regard vagabonde de la route à l’emplacement de cette boîte de nuit mythique, tapie sur la frontière allemande, restaurant côté sud, chez nous, dancing côté nord, chez nos voisins de l’étranger ou de l’étrange. Boîte feutrée, à l’éclairage tamisé, rideaux rouges, tables nappées supportant les coupes de champagne et les bougeoirs, fauteuils profonds et banquettes douillettes vous recevant avec générosité, orchestre distillant tangos et blues suscitant des étreintes caniculaires sur une piste centrale située dans la pénombre, et garnie de danseuses lascives.

C’était il y a longtemps, si longtemps… Entretemps le déluge, ou tout, ou rien, une vie quoi. Ma mémoire baigne dans l’anti-déluge.

Mouty

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Tea ceremony

wikimédia

 

La chaleur heureuse se diffusait, sans retenue, irradiant au travers du verre, vers la paume engourdie de Yoann, donnant à cet instant précis –cette heure matinale où la lumière du soleil commence à se répandre sur les hauts murs blancs de la place du Grand Soko- une saveur particulière, celle du thé traditionnel, la boisson de ce pays, savourée sans retenue par les autochtones du matin jusqu’au soir, révélant en bouche le contraste entre l’amertume ancestrale du thé, le soyeux de la menthe fraîche et la douceur sirupeuse du sucre.

Yoann, béat, n’avait jamais imaginé être transporté aussi loin par un breuvage si simple, si courant qu’il aurait dédaigné en tout autre lieu, qu’il avait refusé de goûter, il ne savait plus combien de fois, le prenant pour un breuvage de grands-mères ; il y voyait aujourd’hui tout un pays : les villes ocres aux ruelles étroites envahies de chalands, d’hommes, de femmes, d’enfants et de bêtes de sommes livrant les marchandises, les dunes lointaines au sable crissant sous le pas des dromadaires suivant leur double dans une longue file dont l’ombre s’allongeait au soleil couchant, les barques bleues d’Essaouira balancées mollement par les vagues mourantes de l’Atlantique, les neiges de l’Atlas qui fondent en mille cascades, les fantasias animées immortalisées par Delacroix qui dans ses dessins saisissait par quelques couleurs la vivacité et l’audace de ces jeux équestres, tout un pays, qu’il avait hâte de découvrir.

Claudie

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WildZwijn cropped

wikimédia

 

Le trophée

Le trophée trône au dessus de la cheminée monumentale et j’ai l’impression que le sanglier me regarde , ses yeux marrons me semblant aussi vivants que ceux de mon grand-père sur la photo où il apparait en costume de chasseur, le fusil aux pieds, la carnassière gonflée par le butin de sa matinée et moi, rempli d’un chagrin d’enfant ne supportant pas l’idée de toutes ces chairs mortes, de ces couleurs sans éclat, des ces plumes inertes figées dans une immobilité éternelle.

Ses poils gris entourent sa tête énorme et je me souviens des promenades d’antan où, saisis d’un frisson de peur mêlé à une étrange excitation, nous nous attendions à le rencontrer à chaque détour du sentier forestier, alors que les feuilles humides à l’odeur de terre mouillée rendaient notre marche un peu difficile sur les chemins du sous-bois, tandis que la pluie fine entrait par la moindre ouverture de nos vêtements et faisait frisotter l’extrémité de nos boucles brunes, ou que les rayons d’un soleil timide réchauffait à peine nos visages alors que ma main dans la tienne, maman, je goûtais aux joies de l’enfance, souriant à la vue de Wolf, notre beauceron noir et feu, nous précédant en gambadant, la truffe à ras de terre, humant les effluves de l’après-midi qui déclinait.

Le sanglier qui trône au dessus de la cheminée monumentale, ce sont les jours heureux que je regarde dans ses yeux.

Gill

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Plumeria obtusa (flowers)

wikimédia

 

L'homme barbu regardait pensivement sa feuille blanche, caressait de temps à autre ses cheveux gris , effleurait son cuir chevelu du bout des ongles et parfois pianotait sur son bureau,   l'inspiration était très longue à venir ; ce matin là , il avait pourtant eu envie d'écrire dès son réveil mais il avait regardé la photographie sur la cheminée du salon et depuis , son esprit voguait dans le passé , ne pouvait se détacher de cette large baie aux eaux limpides et  translucides où il avait coutume de nager avant de se reposer à l'ombre d'un odorant frangipanier ; la seule évocation de cet arbuste  lui semblait remplir la pièce de son parfum inégalable , la fleur aux pétales blancs et au coeur jaune apparaissait devant ses yeux  et il lui semblait en sentir encore la douceur sous ses doigts... « les vrais paradis sont les paradis qu'on a perdus» pensait-il.

 

Marie

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dimanche, 13 mars 2016

Le dernier jour

En 20 minutes, écrivez un texte libre sur le thème

« C’est le dernier jour »

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pixabay

 

 Le dernier jour                

       Par habitude, il a failli ranger son bleu dans le placard, ne s’en ravisant qu’à la dernière seconde, avec un sourire amer. Alors, il le jette dans un coin avec ses souliers dits « de sécurité » par-dessus.

   Quant au placard, François (appelons-le François) a vite fait de le vider : un tee shirt de rechange  pour le cas où, trois bouquins policiers qu’il devait rendre à Manu depuis six mois et enfin une photo de sa femme et de ses deux gosses datant d’au moins dix ans. De l’époque où l’on avait le temps de les montrer aux copains, de bavarder, de rigoler pendant que l’on se changeait. Juste avant d’aller boire un coup ensemble au bistrot d’en face , manière de ne pas se séparer tout de suite, après la journée de boulot.

     C’est bien fini tout ça. Depuis un bail. La télé peut-être ? Allez savoir…

 Les autres, autour de lui, se changent en silence, gênés. Il les comprend. Il sait bien qu’ils ne peuvent rien y faire, même s’ils avaient imaginé tout autrement son départ. Avec le pot, la canne à pêche à moulinet et le discours du patron- enfin l’autre, pas le nouveau, qu’on ne voit jamais et qui parait-il, sort d’une grande école de commerce-. Bref, un départ à la retraite normal. Pas forcé. Pas avec trois ans d’avance pour cause de compression de personnel. Pas avec cette étiquette de « chômeur de longue durée » qui va lui coller à la peau sitôt passée la porte de la boite.

   Dernier jour. Après avoir bossé quarante ans dans cette usine. Dernier jour. Les yeux lui piquent un peu. Allons, faut pas s’attarder. Il remonte d’un coup sec la fermeture éclair de son blouson, lance un « Salut les gars » un peu enroué auquel répond le « Salut François » tout aussi enroué du chef d’équipe, repris par celui, à peine audible, des copains. Il les comprend. Ils sont en train de se dire : « A qui le tour demain ? »

     Il sort. Seul. Dehors il pleut. Quelle vacherie. Manquait plus qu’ça.

 

               El Pé

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pixabay

 

C’est le dernier jour

C’est le dernier jour : Ouf !

« Vive les vacances » dit-on. Et bien, moi, je dis « vive la rentrée ». C’est beau les petits anges quand ça dort, mais le reste du temps c’est souvent la galère ! Pourtant vous l’avez bien voulu puisque vous vous êtes proposée de garder la progéniture de votre descendance en dehors de la période scolaire…

A la tendresse des regards de vos enfants, vous avez constaté que vous tapiez juste dans le type de cadeaux que vous pourriez leur faire. Mais vous avez aperçu des œillades vipérines accompagnées de quelques petits gestes de désappointement, si ce n’est d’exaspération chez la deuxième génération. Pour la bande de minus ça ne voulait pas dire « vacances à la mer », mais « vacances à la campagne ». Vous les soupçonniez alors de préparer des coups fumants pour vous en faire voir des vertes et des pas mûres. Avec juste raison, la suite confirmant votre impression non avouée de temps d’esclavage.

Vous aviez pourtant organisé votre planning pour le plaisir de tous : stage de planche à voile pour les deux plus grands, stage d’équitation pour les deux suivants, dont ils revenaient avec des poux grâce aux bombes qui passaient de tête en tête, stage de natation pour les deux cadets, petits loisirs créatifs, et cocooning pour les deux derniers.

En résumé, des heures de taxi, de ménage, de courses, de préparation de bouffe, de toilette, sans compter les pipis au lit, les chamailleries, et j’en passe.

Et les activités qui se bousculaient, se chevauchaient, vous transformant en zombie avant la fin de chaque soirée, du premier au dernier jour.

A la fin, vous n’avez même plus la force de dire « Ouf ».

 

Mouty

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Statue Of 'Justice' Old Bailey

wikimédia

 

Le dernier jour du condamné

Oui, je le sais, demain, à cette heure-ci, je serai ailleurs, en Enfer sans doute. Cela ne me changera pas, je me suis habitué à la chaleur du feu.

Je suis ce qu’on appelle communément un tueur en série. Quoique !  Quand on dit tueur, on dit mort, et quand on dit mort, on dit corps. Et personne n’a jamais retrouvé les corps des personnes que j’ai censément tuées. Bien sûr, on a retrouvé un petit carnet noir, des restes calcinés dans des villas que j’ai occupées, mais pas de corps, j’insiste.

Demandez à ma femme, je suis un bon père, je suis un bon époux qui subvient très correctement aux besoins de sa famille. Demandez à mes parents, j’ai été un enfant désiré, d’où mon prénom d’ailleurs, chéri de son père et de sa mère.

Certes, je suis un escroc, mais entre le vol et l’assassinat, il y a de la marge. Quant à mes nombreuses conquêtes, ces femmes qui m’ont offert leur argent, je n’y peux rien si je les ai séduites. Je n’ai pas un physique attrayant et pourtant, je plais. Et grâce à Monsieur le Président de la Cour d’Assises, ma femme sait maintenant que je l’ai trompée !

Lors de mon procès, j’ai bien senti que mon éloquence remplie d’ironie et de bons mots m’attirait la sympathie du public et je pensais qu’il en serait de même pour les jurés qui parviendraient à un autre verdict. Cela n’a pas été, je ne les ai pas séduits, j’ai joué, j’ai perdu. La peine de mort…..ils ont prononcé la peine de mort….. et mon recours en grâce a été rejeté.

Aussi, aujourd’hui, c’est mon dernier jour. Demain, à l’aube, j’emporterai mon secret avec moi. N’ayant jamais avoué les crimes dont on m’accuse, je partirai « avec mon petit bagage », laissant les questions sans réponses, alors, je sais qu’on parlera longtemps de moi.

Mon prénom, c’est Henri Désiré, mon surnom, « le Barbe-Bleue de Gambais »

Gill

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La journée de la femme 2016

Après un jeu qui nous a permis de trouver trois mots tirés au sort

bonheur, Noël, travail

en 15 minutes, faites le  portrait d’une femme

existant ou imaginée, aimée ou détestée, à qui vous voudriez  ressembler ou pas, que vous plaigniez ou que vous enviez et comportant les trois mots.

Terminez votre texte en disant si la journée de la femme a un aspect positif pour celle dont vous avez fait le portrait.

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pixabay

 

Journée de la femme

Elle domine le monde du haut de son mètre quatre-vingt huit. Du moins croit-elle le dominer. Ses lunettes cerclées d’or et ses bijoux signés confirment son appartenance à un « autre monde ». Elle regarde par-dessus ses luxueux binocles dont le port adoucit la ligne de son nez aquilin. La bienveillance feinte ne masque pas toujours la fulgurance du regard qui en dit long sur sa réelle personnalité. Instable, revêche, voire malveillante quand la jalousie vient la taquiner, elle ne tarde pas à se dévoiler et à vous lasser de sa compagnie. Vipère à souhait, et moralisatrice par-dessus le marché, elle n’en finit pas de vous coller si par lassitude vous avez trop laissé passer ses observations. Elle ressent alors un sentiment de domination qui la réconforte et la stabilise dans une supériorité qu’elle éprouve avec délectation. Elle ne se rend pas compte à quel point son attitude est pitoyable et ridicule.

Vous ne la haïssez pourtant pas, il y a longtemps que vous avez constaté que la bêtise n’a pas de limites : il faut faire avec.

Elle déteste le travail qu’elle juge réservé aux sous-couches de la société, mais elle adore s’occuper d’œuvres de charité où elle peut parader en tant que bienfaitrice : Noël chez les vieux, kermesses chez les enfants, que du bonheur apporté aux autres !

C’est elle, et elle seule, qui organise la journée de la femme, car elle croit la représenter bien entendu. Il en faut bien des « comme elle » pour positiver à cent pour cent !

 

Mouty

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pixabay

 

On dirait, à la voir, le bonheur personnifié. Que ce soit à Noël, à Pâques ou en n’importe quelle occasion, elle essaie sans cesse de lui faire plaisir. Elle est toujours tirée à quatre épingles malgré tout le travail qu’elle a. Ils donnent, eux deux et leurs enfants, l’image d’une famille idéale.

Pourtant, elle est la seule à savoir ce qui peut arriver à tout moment : les reproches, les brimades, les coups, si par malheur quelque chose lui déplait, mais par n’importe quels coups, ceux qui font mal sans se voir. A chaque fois il dit qu’il regrette, qu’il ne recommencera pas, qu’il l’aime et qu’elle le sait. A chaque fois elle se persuade qu’il dit vrai. Il était si tendre au début.

Elle a beau se dire que ce n’est pas normal qu’il agisse ainsi, elle lui trouve toujours des excuses. Après tout, peut-être a-t-il raison, tout ce qui arrive est sa faute, à elle. Et puis que ferait-elle sans lui ? Où irait-elle avec les enfants ?

Peut-être un jour quelqu’un saura-t-il lui ouvrir les yeux, lui faire comprendre qu’elle n’est qu’une victime face à un manipulateur et lui donner la force de la quitter, avant l’ultime coup de trop.

Alors, oui à la journée de la femme, ne serait-ce que pour rappeler que 365 jours par an il faut penser à elle et avoir, présente à l’esprit, la certitude que tout n’est pas acquis, que beaucoup reste encore à faire.

Gill

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Printemps des poètes 2016

Pour nous associer au Printemps des Poètes qui fête le grand vingtième

ou cent ans de poésie, d’Apollinaire à Bonnefoy,

chacun choisit un poème dans une sélection composée de textes de

Jacques Prévert, de Paul Eluard, de Raymond Queneau,

d’Eugène Guillevic, de Robert Desnos,

de Blaise Cendrars, d’Andrée Chedid

 Puis, en 15 minutes, chacun écrit un poème à la manière de celui qu’il a choisi.

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Mouty a choisi « la girafe » de Robert Desnos

 

La carafe

 

La carafe et la pirouette…

Temps pluvieux et temps d’azur

Rendent mon humeur secrète.

Temps brumeux et temps d’or dur,

Tous deux me tournent la tête.

Temps pluvieux et temps d’azur,

La carafe me console.

Temps brumeux et temps d’or dur 

Le vin nouveau me désole.

Temps pluvieux et temps d’azur

Se bousculent dans ma tête.

Temps brumeux et temps d’or dur,

Ce n’est pas toujours la fête.

Temps pluvieux et temps d’azur,

L’hiver autour des carafes…

Temps brumeux et temps d’or dur.

Mouty

 

Mouty a choisi « Jeunesse » d’Andrée Chedid

 

Vieillesse 

 

Tu cries.

Tu hurles ton désarroi,

L’univers en saccades

Qui débordent de ton cœur.

Tu clames.

Tu honnis la terre entière.

Tu n’en peux plus de ton corps.

Tais-toi,

Te dit-on d’un air condescendant.

Mais tu n’as cure des dames patronnesses.

Tu es dans la vieillesse.

Mouty

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Marie a choisi « Complet blanc » de Blaise Cendrars

 

Je m'avance sur la neige dans ma tenue bleue

Achetée à Annecy

Aux pieds j'ai mes grosses chaussures achetées à Méribel

Mes mains sont au chaud dans mes gants  rapportés de Chamonix

Ma poche est gonflée de chocolat Lanvin

Parfois je hume sur mon bras le monoï de Tahiti

Je fais crisser la neige sous mes pas et chausse mes skis

J'ai mes grosses lunettes noires et mon bonnet coloré,

de ceux qu'on ne trouve qu'à Lima

Je suis armée, emmitouflée, chapeautée plus qu'un esquimau

Heureuse comme un pinson

Riche comme une reine

Libre comme une femme.

Marie

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Claudie a choisi « Premier jour » de Jacques Prevert

 

Le dîner

 

Des oignons rouges dans le chaudron
Des mains blanches dans la farine
Une grande louche dans le pot
Une mouche dans l’abat jour
Un feu pétillant dans la cheminée
Des enfants autour de la table
Un rouet devant la fenêtre
Un chat tigré dans le fauteuil
Une cuillère dans la bouche
Un sourire sous la moustache
Une famille dans un instant de bonheur.

Claudie

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Gill a choisi « déjeuner du matin » de Jacques Prévert

 

Promenade du matin

 

Il a mis le collier

Sur mon cou

Il a attaché la laisse

Au collier

Il a pris la laisse

A la main

Sans me caresser

Je l’ai suivi

Excité et joyeux

Il m’a fait monter en voiture

Sans me regarder

Il m’a emmené en forêt

Je me suis dit, joyeux 

C’est jour de promenade

Il a marché

Sans un mot

A un arbre il m’a attaché

Il a posé un bol d’eau

Et il s’est éloigné

Sans une caresse

Sans une parole

Sans se retourner

Je l’ai suivi des yeux

Aussi loin que j’ai pu

Je me suis assis

J’ai attendu

Et puis j’ai compris

Qu’il avait osé

Alors je me suis couché

Et désespéré

J’ai gémi.

Gill

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mercredi, 02 mars 2016

Le "R" à l'honneur

Après un jeu de 5 minutes qui nous a permis de trouver un maximum de mots commençant par le son « RI », nous avons 25 minutes pour décrire une ville

(patrimoine, ambiance, politique, évènements, population……etc)

contenant un maximum de mots trouvés précédemment ou au fur et à mesure de l’écriture.

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pixabay

 

Rigoletta

On venait de loin pour visiter Rigoletta. Car ce n’était pas une ville comme les autres : nul rempart, nulle fortification ne l’entourait. Ses rues, au Nord, se perdaient dans les rides parallèles des champs de vigne, et au Sud, aboutissaient aux rives dorées de la Méditerranée. Un vrai bonheur.

     On y venait de loin, en effet, car Rigoletta était la ville du rire et de la joie. Aucune règle rigoureuse ne venait les ternir et si dans la région quelques psycho-rigides ricanaient en invoquant l’Inquisition, tant les contes de Toulouse que les évêques de Béziers se dépêchaient de les faire taire. La ville du plaisir ne contribuait-elle pas grandement à la richesse du Midi ?

       On ne risquait pas de s’y ennuyer : joyeuses ripailles et plaisantes ribaudes se plaisaient à distraire les épicuriens ; quant aux poètes, la mer leur inspirait des rimes assez sublimes. Comment rester insensible, en effet, à la générosité de ce soleil qui distribuait des milliers de diamants grâce aux ricochets de ses rayons sur les vagues ? Et pour tous, le vin si gouleyant du Languedoc coulait comme de jolies rivières dans les estaminets installés sur de larges places, s’amusant à rivaliser en nombre avec palmiers et pins parasols…

       «  La vie est si douce, la vie est si belle

         A Rigoletta, elle nous semble éternelle… »

Chantaient les troubadours. Bref, cela ne pouvait pas durer. Les dieux de l’Olympe et d’ailleurs s’en chargèrent.

   Une nuit, le volcan assoupi depuis des lustres dans son grand lit noir entra en éruption. Ce fut terrible. En moins d’une heure, de la pauvre Rigoletta, il n’en resta plus RIEN.

   Quelques siècles plus tard, un camp de nudistes s’éleva sur cet emplacement. Mais on a beau dire, ce n’est pas tout-à-fait la même chose.

 

            El Pé

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Bunna1 - Kit for coffee ceremony

wikimédia

 

Les deux visages de Richenqo

Richenqo, c’est chez moi, tout au moins "le chez moi" que je me suis choisi, après avoir bourlingué dans bien des pays divers et variés. Et moi, le rimailleur du dimanche, je vais essayer de vous faire découvrir cette ville énigmatique, pleine de contradictions.

C’est une petite ville située dans la montagne africaine, non loin de la vallée du grand rift, traversée par une rivière qui ne rivalise pas avec le Rio grande, mais qui n’a rien non plus d’une ridicule rigole. Sur ses rives se côtoient la pauvreté et la richesse, les rites ancestraux et la modernité. L’habitat traditionnel où une ribambelle d’enfants noirs fait aux touristes des risettes dignes d’une pub pour dentifrice blanchissant, voisine avec des ilots modernes où de grosses sociétés ont implanté des complexes hôteliers façon Riviera, bien trop luxueux pour cet endroit perdu.

En observant les riverains, on voit des femmes aux visages ridés qui s’adonnent au rituel de la préparation du café, tandis que d’autres, parées de couleurs vives, aux allures de ribaudes, allongent leurs cils déjà suffisamment noirs, d’une couche de rimmel bon marché, acheté au super marché voisin.

On ne risque pas d’y rencontrer des rhinocéros mais par contre, le soir, les hyènes viennent y chercher leur repas en ricanant. Cela fait partie de son folklore.

Le soir, à la nuit tombée, il ne fait pas bon se risquer seul dehors, quand on a la peau blanche. Pourtant quand on se promène, sous le soleil de la journée, la population semble accueillante et dénuée de toute agressivité. Le rythme de la vie est calme, presque paresseux si l’on peut dire. Les rideaux devant les pauvres habitations cachent-ils sans doute une autre population, au mauvais rictus, celle du rififi et des rivalités, celle de la nuit, à l’affût du moindre touriste, ridicule dans son short blanc et sa chemisette ouverte, aux ripailles bruyantes, aux bijoux provocants, laissant penser, à tord peut-être qu’il est plus argenté que les autres.

C’est une ville aux deux visages, celui, rieur et affable du jour où l’on passe sans transition du Moyen Age au XXIème siècle, et celui, sombre et inquiétant de la nuit. Mais c’est pour cela que je l’aime, avec son petit côté docteur Jekyll and mister Hyde.

Gill

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Dans un deuxième temps, trouver, en 10 minutes, un maximum de verbes à l’infinitif décrivant la vie quotidienne dans cette ville.

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A Richenqo, la rivière est là pour avoisiner, couler, le temps pour rythmer. On en voit voyager, bourlinguer, se cotoyer, se maquiller, construire, moderniser, implanter, acheter, étaler, risquer, accueillir, agresser, calmer, paresser, cacher, inquiéter, aimer.

Gill

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Dans cette ville de Riomont, on aime :

Rigoler, recevoir, surprendre le voyageur, se donner en spectacle, remuer, s’égosiller, prendre son temps, regarder la rivière, se taper sur l’épaule, s’éprendre d’amitié, applaudir, se dégourdir les jambes, sauter à l’eau, monter à Riomont le haut, descendre au pont, découvrir de nouveaux visages, s’interpeler, pousser la chansonnette, croire au bon Dieu, tirer le diable par la queue.

Claudie

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Infinitifs

Rire - s’empiffrer - lorgner – batifoler - se balader - s’ignorer - dépenser - danser - s’esclaffer - bronzer - nager - savourer - chercher - tourniquer - traverser - vadrouiller - virevolter - s’affaler.

Mouty

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Enfin, pour terminer, en 15 minutes, faire un tautogramme en « R »

(tous les mots doivent commencer par cette lettre)

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Tautogramme : R

Retirez-vous de ma rue, rats, renards, rainettes et rossignols !

Romanichels au regard railleur, rissolez-moi un riche risotto.

Restes et rab régaleront le rhinocéros qui renâcle près du ranch.

Rillettes et ragouts sont rares, j’en suis ravie.

Routes et rivières qui déroulez vos rubans, rassurez-moi : pas de ravins sur vos rivages. Le rio ravine les roches.

Je rêve de retour, de ripailles, de rimmel, sans me rendre ridicule. Mes rimes rythment mes pas. Mes rotules rendent l’âme.

Mouty

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Ricardo rougit sous le regard rieur, bien que racé et réservé, de Ruth. Il était replet et sa redingote râpée et rapiécée le rendait ringard alors que Ruth, radieuse dans une robe en rayonne d’un rouge rutilant, était ravissante. Il rêvait de se retrouver revêtu royalement de reps raffiné, afin que ragaillardi, requinqué, rajeuni et resplendissant, il redevienne réellement la réplique du riche Roméo qui les avait jadis toutes rassemblées autour de lui.

Gill

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