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jeudi, 09 juillet 2015

A chacune sa Mathilde

 

    continuons à découvrir d'autres portraits de Mathilde avec les mêmes consignes

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moto liliane.jpg

wikimédia

 

                  Mathilde vue par El Pé

    Disons-le tout de suite : Mathilde est très rock and roll. Elle flirte allègrement avec les 70ans, mais ça, elle ne le sait pas…ou fait semblant de ne pas savoir…

        Comment être sûrs ?

     Ne se déplaçant qu’en Harley, elle est vêtue en toutes saisons d’une combi-cuir noire qui moule sans la moindre discrétion ses formes avantageuses.

      Dès qu’elle ôte son casque, on remarque sa tignasse ébouriffée, d’un roux qui ne doit plus rien à la nature, et des yeux verts petit-pois qui semblent toujours annoncer un fou rire.

       Elle vit seule depuis longtemps quelque part dans les Cévennes.

       Est d’une santé insolente.

        Incollable sur Woodstock également.

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Printemps, été, se sont enfuis. Nous voici donc prêts  à partager un moment de la vie de :

                     Mathilde en Automne

  Sept heures un matin de novembre. Il pleut. Un vent sournois souffle sur la campagne environnante, arrachant méchamment les dernières feuilles des arbres. Un temps à l’évidence propre à flanquer le cafard à n’importe qui.

     N’importe qui sauf Mathilde. Au contraire, elle adore car il n’y a pour ainsi dire pas un chat sur la route, ce qui autorise des pointes à 150-sensations garanties- et permet à cette pauvre moto de se dégourdir un peu les pattes et le carburateur ; d’ailleurs, pour manifester son contentement, elle émet un rugissement du plus bel effet, d’autant qu’il est répercuté par l’écho des montagnes.

       Pour l’accompagner sans doute, Mathilde-mise en joie, comme chaque matin, par les trépidations de la machine- entonne à pleine voix un « Boudin » martial, puis enchaine dans la foulée-son humeur ayant brutalement viré vers la mélancolie Dieu sait pourquoi- avec « Les roses blanches » aussitôt suivies de « Gentil coquelicot » pour rester dans le ton.

         Mais que l’on se rassure ! Le blues de Mathilde ne dure jamais bien longtemps sauf ! …Sauf s’il se décline en accords diminués, car la gente dame a une autre passion : la guitare électrique.

         En effet, sitôt rentrée de sa virée quotidienne, généralement en fin d’après-midi, elle soulève avec amour la Gibson de son étui, branche l’ampli et la distorsion….et c’est parti pour un petit concert vespéral, plutôt éloigné du chant grégorien, qu’on en juge :

 Un « Tutti frutti » endiablé destiné à chauffer une salle qu’elle seule peut voir, puis arrivent en se bousculant un peu Jimmy Hendrix, Joan Baez, Joe Cooker et parfois le grand Led Zep, même s’il n’était pas présent sur l’île magique…

          Perdue dans son trip, Mathilde n’a pas vu tomber la nuit d’automne derrière les vitres. Derrière les vitres justement où se rassemblent comme chaque soir à la même heure, une dizaine de loups, venus en famille écouter la musique. La tête un peu penchée sur le côté, les yeux mi-clos, l’air rêveur…

            Mathilde ne sait pas qu’ils sont là. Et c’est mieux ainsi. Depuis leur petit coin de paradis, Mozart et quelques sixties assistent  au concert incognito et comme à chaque fois, ils diront à la fin : « Décidemment, Friedrich*avait raison : Sans la musique, la vie serait une erreur ! »

                                        

                    Mathilde en Hiver

En Hiver, Mathilde fait comme les ours : elle hiberne.

           El Pé

*Nietzsche ; Mais tout le monde avait deviné…

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harley,davidson,

Freepik  par www.sxc.hu

 

Mathilde vue  par Line

Mathilde, 100 ans, plus que ridée, ratatinée dans son fauteuil, l’œil rond aux aguets pour tout voir, le jugement péremptoire, édentée mais la parole mordante, heureusement sourde, non appareillée par avarice, et par prudence par nous, pour pouvoir l’injurier et évacuer notre détestation commodément.

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Mathilde  au printemps

7 heures du mat. Moi, Mathilde, je suis éveillée si tant est que j’ai dormi, ce que je ne crois pas. Je vois bien que mes enfants pensent que je déraille quand je dis que j’ai entendu le métro cette nuit. D’après eux, c’est la voisine qui arrose ses pétunias et ses œillets mais moi, je sais ce que je sais. Voilà l’infirmière, elle m’embête, je la pincerai quand elle m’enlèvera mes couches. C’est quelle heure ? Midi ? Je respire l’odeur de la paëlla de l’espagnole d’à côté. Pouah, j’aime mieux la senteur des oranges, des bananes, des amandes. Comment ? Les bananes et les amandes ne sentent pas ? Et les bananes pourries ? Et les amandes dans les feuilles moisies ? J’ai faim. De quoi ? J’ai déjà mangé, il est 7 heures du soir ? Menteurs, vilains enfants bourreaux de leur mère, je vous déshérite, tout ira à l’état. Vous vous en moquez, je ne peux plus tenir un crayon. Je me plaindrai au président de la République, je lui dirai « vieux dans son milieu, vieux malheureux. »

Line

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freepik    Par www.sxc.hu

 

                      Mathide vue par Gill

 

Mathilde a dix ans. Elle a des cheveux auburn, longs et ondulés. Elle est très secrète. Elle parle peu sauf à ses jouets mais elle écoute beaucoup. Elle a trois frères plus âgés qu’elle, un père chirurgien et une mère pianiste. Une partie de sa famille vit en Afrique. Elle est rêveuse, très curieuse et lit beaucoup.

 

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Mathilde et le printemps

 

Sept heures du mat. Mathilde, c’est l’heure dit maman avec un rapide baiser. Sans attendre elle se lève ; au printemps, elle sait qu’il y a tout un tas de choses à découvrir dehors. Bien qu’elle n’habite pas à la campagne et qu’elle ne puisse pas embrasser du regard un champ de coquelicots ou respirer le parfum  d’une odorante glycine, elle sait que le ciel est plus clair, que les oiseaux chantent et que les gens auront l’air plus gais dans la rue.

Au petit déjeuner, elle adore sa surprise du matin : aura-t-elle un jus d’orange, de pamplemousse ou de fraise ? Qu’importe elle aime tous les fruits.

Allez, prête à partir ; un court trajet et arrivée à l’école. C’est son dernier printemps ici. L’année prochaine, lycée, changement d’endroit, changement de copines, des profs différents. Le printemps sera-t-il aussi agréable dans un nouvel endroit, avec un printemps de plus qui la fera entrer dans le monde des « presque grands » ?

Déjà midi ! Allez, tous au self. Ici, dans cette école privée, pas de plats cuisinés, type saucisses lentilles, confectionnés par une société de restauration. Tout est préparé sur place par les cuisiniers, …mais jusqu’à quand ?

Puis le retour ; quelques rues à enfiler à pieds, dans la douceur de la fin d’après-midi, le nez au vent. Que les rues de Paris sont agréables, en cette saison !

Soirée tranquille. Tout le monde est de bonne humeur. Ah qu’il est doux de vivre un printemps en famille.

 

Gill

 

Mathilde et l’été

 

Sept heures du mat. Et bien non, le réveil ne sonnera pas et Mathilde pourra faire la grasse matinée. Ses trois frères ne sont pas encore levés, son père est déjà parti à la clinique, il opère tôt, en été. La maison est calme, sa mère ne s’est pas encore installée au piano pour répéter son concert du soir.

Mathilde est en vacances, en vacances à Paris ; et Paris, l’été est un havre de paix. Tous les parisiens l’ont déserté et le calme règne, excepté sur les Champs Elysées ou une multitude de cars déversent un flot de touristes japonais, caméra au poing. Mais Mathilde s’en fiche, elle n’habite pas les Champs Elysées.

Bon, debout ! Après avoir déjeuné et s’être préparée, elle s’installe, assise sur le tapis, à l’africaine, pour savourer pour la nième fois, un gros livre sur l’Ethiopie, offert par son oncle.

Il y a là une multitude de photos de plantes, d’animaux, montrant des paysages verdoyants ou au contraire, brûlés par le soleil. Elle s’imagine sur les sommets enneigés du Ras Dashan, dans la fournaise du Danakil ou descendant le Nil bleu. Elle observe les loups d’Abyssinie ou parcourt la montagne avec les Nyalas . Elle s’imprègne de l’odeur des arums blancs ou des plantations de roses ; elle savoure les mandarins, les papayes, les mangots ou les bourtoukans.

Après un déjeuner rapide, pas un kitfo* ou un doro wat*, mais une simple pizza, Mathile restera jusqu’au soir devant son livre, à imaginer d’autres choses, d’autres lieux, d’autres peuples, d’autres coutumes.

En se couchant, la tête pleine de rêves, elle se dira : « point n’est besoin de changer d’endroit pour se dépayser ».

 

Gill

*kitfo : plat de bœuf cru finement haché mélangé avec une poudre aux épices (mitmita) et un beurre assaisonné (niter kibbeh) souvent servi sur de l’injera (crêpe de farine de tef)

*doro wat : plat de poulet en sauce avec des œufs entiers (plat de fête)

 

Mathilde et l’automne

 

Sept heurs du mat. Petit matin de début d’automne, un brin d’humidité, et ce charme indéfinissable d’une saison qu’on dit triste à tord, tant les couleurs qu’elle arbore sont chaudes et lumineuses.

Nous sommes dimanche ; et Mathilde aime dormir le dimanche, mais aujourd’hui est un jour particulier. C’est l’anniversaire de sa grand-mère et Mathilde sait que la famille va se rendre à Rambouillet pour le fêter avec elle.

Mathilde aime beaucoup sa grand-mère. C’est elle qui lui a appris à aimer la lecture, elle qui lui a raconté toutes les histoires qui la font encore rêver, elle qui lui a rapporté tous les objets éthiopiens qui ornent sa chambre, elle qui lui a raconté la vie là-bas, quand elle y habitait avec son fils, cet oncle voyageur qu’on voit si peu et qui lui semble un peu mystérieux. C’est elle qui a toujours sur sa table un panier de fruits secs, noix, noisettes, dattes, que Mathilde adore croquer, elle qui a toujours un vase fleuri pour égayer le salon, tulipes, roses ou œillets selon la saison. C’est elle aussi qui fait les meilleurs desserts, comme sa tarte aux pommes si moelleuse.

Elle lui a aussi appris la patience et l’obstination : tu peux rêver, Mathilde, certains de tes rêves se réaliseront. Mais surtout apprends à faire tout ce qu’il faut pour atteindre ton but et « aide-toi, le ciel t’aidera ».

Petit matin frileux d’hiver

Mathilde a la grippe. Elle restera au fond de son lit toute la journée. Chut…ne la réveillez pas.

 

Gill

                                                            

 

                     

                      

 

 

 

 

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