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samedi, 16 mai 2015

De phrase en phrase

Chacun écrit un mot sur une feuille volante et la passe  à son voisin  qui écrit une courte phrase en introduisant ce mot. La feuille est alors passée au voisin  qui, à son tour, écrit une  phrase en utilisant un mot de la phrase précédente . Et ainsi de suite jusqu’au tour complet de la table. L’auteur du 1er mot écrit la dernière phrase.

 

Chacun lit la feuille qu’il a commencée et terminée. Puis il découpe chacune des phrases qu’il restitue à leurs auteurs.

 

Chacun écrit  un texte en y insérant toutes ses propres phrases.

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Souvenirs

Je me regarde dans le miroir et me dis instantanément : « ma chérie, ce matin tu as la tête des mauvais jours » puis je baille sans scrupules car bailler est un exercice qui détend considérablement.

Je me suis habillée avec soin, j’ai mis mon corsage mauve et mon pantalon noir ; j’aime le mauve, car pour moi, le mauve est une couleur qui incite à la rêverie. Cela tombe bien, car ce matin mes souvenirs se bousculent dans ma mémoire et j’ai envie de les retrouver.

Je me souviens de la maison familiale, celle de mon enfance ; je revois la treille qui procure une fraîcheur bienfaisante les jours de grand soleil. Je repense aux rudes hivers, à la luge, au patinage, aux boules de neige et au feu dans la cheminée. Quelle belle saison c’était, comme nous nous amusions, mes cousins et moi ! Je revois les joyeuses promenades dans les prés où les vaches semblaient dire, le regard placide : « brouter, c’est très agréable ».

Et puis je me remémore les amis de voyage, et ce jour où j’ai croisé un chameau dans les rues de Nouakchott, ce jour où je t’ai rencontré et où ne nous sommes plus quittés.

Et maintenant, je pourrais bien raconter n’importe quoi, faire n’importa quoi, tout le monde m’écouterait avec patience, car le grand âge permet toutes les fantaisies, elles seront toutes pardonnées. Alors, je m’en donne à cœur joie et j’oublie ma tête des mauvais jours pour sourire encore une fois et apprécier la vie tant qu’elle est là.

Gill

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chat fenêtre.jpg

freepik     par stockvault

 

C'était un soir de juillet où la chaleur aurait dû égayer l'atmosphère mais, lorsque le soleil s'en allait, Viviane perdait le sourire.

         Pourtant son agréable voisine l'avait conviée à la pendaison de sa crémaillère, elle devait s'activer, se préparer.

         En sortant de la salle de bains, elle vit s'ouvrir lentement la porte de sa chambre, alors qu'elle était seule à son domicile. Elle fut prise de tremblements. Elle recula ; son imagination lui faisait craindre le pire. Avec le festival de  théâtre qui se déroulait chaque année dans les rues de la ville, les surprises étaient nombreuses. Le centre et les quartiers périphériques étaient envahis par les policiers et cela créait une ambiance  trouble plutôt que rassurante.

         Mais pourquoi ai-je si peur, pensa-t-elle, la mémoire devrait se vider comme l'évier. Ce n'est pas parce qu'un cambrioleur s'est introduit chez moi une fois que cela va recommencer.

         Elle domina ses craintes, s'avança dans le couloir à nouveau et se mit à rire : un chat traversait le séjour ! L'animal était simplement entré par la fenêtre ouverte. Elle le mit dehors en lui glissant : "  Tu reviendras me voir un jour ou l’autre."  Vite, vite, elle revêtit sa robe rouge et finit de s'apprêter.

         Elle sonna chez sa voisine Virginie qui lui présenta deux amies et l'informa du retard de quatre invités victimes d'une crevaison. Puis elle proposa donc de les attendre en s'occupant à un jeu d'écriture qu'elle appelait boule de neige. "L'écriture peut donner lieu à toutes les fantaisies, vous savez, les mots c'est comme les flèches, quand la corde de l'arc se détend, la flèche part et fend l'air avec un sifflement, vos mots vont jaillir aussi."

      

     Marie

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سوق تطاوين souk tataouine10

wikimédia

 

Tataouine

Le palais des papes est silencieux à cette époque-ci. C’est l’été, l’époque du plein soleil et du sexe. Mon lycée respire la période des pré-vacances. Des élèves entonnent la rengaine de la saison précédente « Il est là ce printemps, avec ses fleurs, ses insectes et ses oiseaux » sur un air de slam fatigué.

Je rêve de grands espaces, sirotant un thé à la menthe à Tataouine, aux confins du désert. Mais la chaleur m’y accable. L’ivresse du grand air et du jus de la treille me retiennent dans le Languedoc, plus diversifié à mon goût, bien que la cour du lycée me dessèche les sens.

Je m’ennuie à mourir quand il n’y a pas de séance anti-profs dans ce bahut sinistre. Une petite séance de taquineries mettrait bien un peu de sel à la routine. Mon professeur de musique a, de toute façon, la tête à ça : une bouille de punching-ball. Cependant, ça tourne au vinaigre de plus en plus souvent pour donner suite  à une révolution contre l’apprentissage du solfège de manière aussi ringarde. La rébellion au collège, ça ne s’est pas vu depuis belle lurette, et pourtant ses fréquences se rapprochent.

Le cours de musique est suivi par celui de français. La galère. Les notes, leurs dièses et leurs bémols encombrent mon crâne prêt à exploser. Quel désarroi ! J’en arrive à confondre le verbe être et le verbe avoir ! A l’issue du cours je sors du lycée en respirant à pleins poumons. Je m’arrête un instant devant la boutique du fleuriste. Les senteurs m’enivrent. Je préfère le lilas mauve au lilas blanc, il est plus parfumé.

Mouty

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Rm46

wikimédia

 

Souvenir de Collège

 

Du Collège je garde les bons souvenirs, j’oublie les mauvais pourtant nombreux. Pendant ces évocations, je ne m’ennuie jamais, et pourtant je baille. Pas quand je me remémore les cours de sciences, ni physiques ni naturelles, mais de science-fiction. Je me voyais appartenir au troisième sexe, mutation originale s’il en est, folâtrant gaiement sous la treille avec des satyres cornus et des nymphes aux cheveux tressés de fleurs.

Pourquoi le prof, cet individu insipide, fait-il la tête ? Est-ce qu’il a mal à l’estomac ? Sa femme, lassée de voir sa pâle binette chaque matin, aura poivré son café au lieu de le sucrer. S’il croit que je l’écoute, il se trompe. Il pense que j’enregistre ce qu’il dit, mais non, j’extrapole. Si on passait directement de l’hiver à l’été, on gagnerait un trimestre sur l’année scolaire. Quel bonheur !

Accrochée au mur, une carte géologique représente le désert sans fin. Une caravane y chemine. Montée sur un chameau qui me balance noblement, je fixe l’horizon où se devinent les bâtiments de Tataouine qui accueillent les bataillons disciplinaires. Mon caftan mauve flotte. Pourtant, comme le chantaient les aèdes grecs, cette couleur ne sied pas aux teints de rose et de lys, celui que je me flatte d’avoir.

Flûte ! A mon âge, j’ai confondu la droite et la gauche, le haut et le bas, et quand le prof me dit « Vous êtes là ? » j’ai dit non en secouant la tête. J’ai emprunté le sens interdit de l’inattention. Quatre heures de colle, cela m’apprendra à préférer l’imaginaire au réel.

 

Line

                                                                                     

 

Visibabe

wikimédia

 

 

Veuvage

Accoudé au comptoir, un homme se morfond en buvant u panaché dans un costume mordoré.
Plongé dans ses pensées, il regarde le printemps naissant en se disant qu'il était bien dommage que le perce-neige ne fleurisse malheureusement pas en ces douces périodes.

" Ah, si seulement ma satanée femme n'avait sapé mon rêve de cascade trônant au milieu d'une serre de forêt tropicale !
On s'en dispute et ça continue encore et encore, et je sais bien que ce n'est que le début, d'accord, d'accord !"

Soudainement, une réflexion furtive, légère comme ce souffle printanier vint lui chatouiller le cerveau : " Et si le veuvage était la tranquillité de mon esprit tourmenté ?"

Rasséréné, émoustillé, il s'en fut immédiatement auprès de son fidèle ami, l'apothicaire de la rue Denfert Rochereau.

"George, George, se précipita-t-il dans la boutique en criant, époque et époxy, est-ce identique ?" Essoufflé, il explique à Georges, les yeux esbaudis, son profond désir de veuvage et que à l'endroit ou à l'envers, il lui fallait une stratégie, certainement pas comme celle de l’escargot, qui à part le colimaçon, n'avait pas une dent de faire et encore moins une d'agir.
George lui répond alors, que peu importait la forme, l'important étant de participer, que entre faire et agir, il se posait pas la question et que mieux que l'époxy, il lui fournirait l'arsenic.

Nanou

                                                                                 

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