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mardi, 31 mars 2015

Brassens, Ferré, Gréco ou Zaz au choix

Un jeu  nous a permis de trouver une liste commune de 5 couples de  mots.

rame / rime

barge / berge

marin / matin

ride / rive

livre / lèvre

Choisir 1 mot dans chaque couple, puis en 25 minutes, écrire un texte comprenant ces cinq mots, dont le thème sera l’insurrection, le refus, la révolte, et qui commencera par une des quatre phrases suivantes extraites de chansons :

« Elle est à toi cette chanson »  G. Brassens

« Avec le temps tout s’en va »  L. Ferré

« C’est pour cela (jeunes gens) qu’au fond de moi s’éveille le désir charmant de devenir vieille »  J. Gréco

« Eblouie par la nuit à coup de lumières mortelles »  Zaz

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freepik  par stockvault

 

C'est pour cela, jeunes gens, qu'au fond de moi s'éveille le désir charmant de devenir vieille... Parce que, chaque matin, je peux prolonger à l'infini le temps des rêves en restant, instable, sur les bergesde la réalité.

Je peux, ensuite, jouir du plaisir de tourner les pages d'un livre sans me soucier du temps qui passe.

Je peux, enfin, partir vagabonder, errer, aimer, sourire à chaque chose que je fais qui ne rimeà rien.

Enfin, la liberté !!!

 

Valérie

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Seconde-guerre-mondiale-debarquement-LCVP-6juin1944wikimédia

 

A vous tous, jeunes gens

 

« Elle est à toi cette chanson », toi l’inconnu qui débarque au petit matin, ce jour de juin 44, sautant de ta barge, sous le feu incessant des armes ennemies. Cette eau glacée dans laquelle tu patauges, le fusil au dessus de la tête, ce n’est pas l’eau de ton pays, l’eau familière sur laquelle ta barque glissait et que tes rames caressaient ; tu accostais tranquillement sur la rive accueillante et, le sourire aux lèvres, tu courrais rejoindre Maggie dans la campagne reposante.

Non, cette eau-là est déjà sanglante, prête à engloutir des corps robustes fauchés en pleine jeunesse, dont le seul tord est de combattre pour libérer l’opprimé. Toi, l’inconnu, ta as la chance d’échapper aux balles ; la chance ? Je ne sais pas car tout ce que tu vois s’inscrit dans ta mémoire. « Avec le temps, tout s’en va », non, je ne crois pas que cette vision-là s’en ira et, bien dès années après, quand tu dormiras, tu seras « ébloui par la nuit à coup de lumières mortelles », à coups de flash de tous ces instants qui te reviendront.

Oui, je vous dédie ma chanson, à vous tous, inconnus qui avez combattu et peut-être donné vos vies pour notre liberté. Si vous n’aviez pas existé, je ne serais peut-être pas là pour parler de vous, et c’est pourquoi, jeunes gens, pour vous rendre hommage, « au fond de moi s’éveille le désir charmant de devenir vieille ».

 

Gill

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freepik

 

ELLE EST A TOI CETTE CHANSON

 

Elle est à toi cette chanson

Toi qui rimes bien sans façon

Toi qui te fous de tes vingt berges

Fréquentant hangars ou auberges,

Qui marches seul dès le matin

Comme un homme ou comme un pantin.

Elle est à toi cette romance

Qui relate la douce France,

Adressée à ta bien-aimée

Souvent en pleurs, très alarmée.

Dépêche-toi, elle prend des rides,

Son âme meurt, son cœur se vide.

Déclare-lui tout ton amour

Dis lui « je t’aime pour toujours ».

Quand tu auras fini ton livre

Elle te dira « Viens, je suis libre »

Choisissez alors le destin

Reflet  des jours et des chemins.

 

Mouty

                                                         

 

 

 

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freepik   par www.sxc.hu

 

 

« Elle est à toi cette chanson », chantait le marin en maniant la rame de son bateau. De temps en temps, sa lèvresifflotait l'air de Brassens.

Il se rapprocha de la rive du fleuve, doucement et sans bruit, car il ne voulait pas effrayer tous les oiseaux qui se trouvaient sur la berge. Il voulait observer surtout les flamants roses, car ces oiseaux l'enchantaient.

 

Polo

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dimanche, 15 mars 2015

Les narrateurs: conte à dormir debout

Chacun tire au sort la photo fantasmagorique d’un animal, d’un légume, ou d’un fruit.

 A partir de cette image, en 25 minutes, écrire un conte où toute imagination est permise, et se terminant par une sentence ou une morale.

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005monique.jpg

 

Il était une fois

 

Il était une fois un renard blanc errant dans la toundra, au sud de Novossibirsk. Fougueux et vigilant, il veillait sur ses petits en bon père de famille, leur rapportant maints gibiers à plumes ou à poils.

Un jour, alors qu’il était tapi derrière un buisson épineux, à l’affut d’un lapin imprudent, il n’entendit pas l’arrivée feutrée dans la neige d’un chasseur. Il n’eut pas le temps d’esquiver la balle de ce prédateur qui courait après les fourrures. Il sentit une brûlure, fut aspergé de giclures rouges, puis ne vit plus rien.

Au ciel chargé de grisaille, tournoyait l’aigle blanc, seigneur de la contrée. Planeur infatigable à l’œil acéré, il enregistrait les moindres détails des évènements qui se passaient sur le plancher des terriens. Son regard perçant se fixa sur la scène du chasseur et du renard. Il fonça sur eux, mais en arrivant à portée de fusil, il ressentit dans ses flancs la trajectoire d’une cartouche qui accéléra sa descente en piqué, droit sur le chasseur.

Mêlée mémorable. Impossible de distinguer de cet amalgame un seul des trois intervenants. A l’issue de cette bataille farouche, il en ressortit un animal au corps de renard et à la tête d’aigle. Plus de chasseur : disparu corps et fusil. Volatilisé.

Cet animal étrange fut baptisé Roi de la Toundra.

Méfiez-vous en, il veille aux incursions des prédateurs sur son territoire, prêt à foncer sur les êtres malveillants.

Qui mal y voit paie en sentences.

 

Mouty

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Sur une île déserte, loin, très loin, hors de l'imaginaire, vivait une sorcière. Elle habitait dans une cabane en roseau qu'elle avait bâtie tant bien que mal et que les vents faisaient tanguer. Elle vivait seule, avec pour compagnon un oiseau de paradis: son seul ami.

Il était comme elle, sans âge, et ses plumes éblouissantes de mille couleurs avaient pali et son chant mélodieux n'était plus qu'un cri rauque et lugubre.

La sorcière aussi avait perdu beaucoup de ses pouvoirs et ne pouvait redonner ses atouts à son oiseau.

Un jour d'orage, alors que les éclairs sillonnaient le ciel noir,  elle invoqua ses oracles et pria pour que cet oiseau qui n’avait plus rien de paradisiaque retrouve sa beauté et son chant. Mais les dieux se montrèrent  intraitables et se moquèrent d'elle : « tu nous as nargué durant des siècles et demande de l'aide ah ah ah ! » Instantanément, les plumes se fanèrent davantage et il fût transformé en un monstre cousin du crocodile dont la mâchoire ouverte laissait entrevoir des dents qui ne pouvaient plus mordre, des yeux qui ne pouvaient plus voir.

Furieuse la sorcière se jeta dans les flots déchaînés avec l'oiseau.

Il faut demander beaucoup pour obtenir peu mais surtout ne pas demander l'impossible.

 

Dedou

                                                              

 

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Bien que perché, ce n’est pas le corbeau du moraliste La Fontaine, ce n’est même pas le renard, il n’a pas de fromage. Dommage, j’aime bien le fromage surtout s’il est à point. Que faire d’une tête de renard connectée comme on dit en informatique, cousue aurait-on dit autrefois, que faire donc d’une tête de renard sur un corps grassouillet d’oiseau à longue queue. Franchement c’est de la science-fiction, un clone raté par un savant cosinus amateur de nouveauté. Mais au fond, c’est bien, cet hybride peut glapir, triller, peut-être parler comme un perroquet. Je sais qu’il est bien dans sa peu, enfin dans ses plumes, il mange de la viande puisqu’il a une mâchoire de renard, il avale des graines ou crie « vive la journée de la femme » car il me semble qu’il est du sexe féminin. Il peut courir en sortant ses pattes cachées, voler en décollant ses plumes. Il ne se trompe jamais, la queue lui sert de gouvernail. C’est l’animal de compagnie que chacun rêve de posséder. Mais où le mettre ? Sur un perchoir ? Dans une cage ? Et si je le prends quand je pars en vacances, est-ce que je dois acheter deux billets puisqu’ils sont deux en un ? Et à l’hôtel, que vais-je devoir débourser, pourrais-je le prendre dans ma chambre ? Les gens sont méfiants devant la modernité, mais je le cacherai dans un panier en osier pour qu’il respire et scotcherai son museau pour qu’il se taise. Mais quand même, un renard ça va, un corbeau ça va, mais les deux, bonjour les dégâts. Et comme aurait dit Montaigne « science sans conscience n’est que ruine de l’âme »….mais cette créature a-t-elle une âme ? Un mystère, encore une énigme. Cosinus, je vous le dis, je vous l’ordonne : »à chaque découverte, une notice, et en français ».

Line

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             La vraie histoire de Chouchou

      Cet éléphant que vous voyez là, était en réalité le frère de Jumbo, sauf que lui avait eu moins de chance. Enfin, ça se discute. Car, s’il n’avait pas eu les honneurs de la maison Walt Disney, en revanche, il avait servi de modèle à Gainsbourg pour le célèbre album intitulé : « L’homme à la tête de chou », dont les gens de ma génération se souviennent encore avec beaucoup d’émotion et que les autres devraient retrouver sur U Tube. Mais là n’est pas le propos, c’est vrai ! Mille excuses Monsieur le Conte.

        Qu’était-il donc arrivé à cette pauvre bête ?

Et bien c’est simple : Après la mort tragique du pauvre Jumbo (d’une balla dans la tête, est-il besoin de le préciser…), la maman éléphant avait opéré un transfert affectif- éminemment salutaire quoique d’une affligeante banalité- sur le frère jumeau de ce dernier, éléphanteau tout ce qu’il y a de plus normal sur le plan oreilles et QI, mais d’une grande gentillesse et très attaché à sa petite maman (l’Œdipe n’était pas loin, vous l’avez deviné).  Celle-ci, par conséquent, avait baptisé cet enfant « Chouchou », sans aucune référence, d’ailleurs à « Un gars, une fille », il faut quand même que les choses soient dites.

     Et c’était du « Chouchou par ci, Chouchou par là, si bien que peu à peu, et ce n’est certainement pas Freud qui me contredira concernant l’indiscutable relation de cause à effet-  peu à peu donc, une magnifique collerette était apparue autour du cou du petit animal ; manière crinière de lion mais matière chou breton.

       Inutile de préciser que le dit animal, une fois adulte, ne trouva jamais à se marier, les femelles décidant qu’il avait mauvais genre. Il mena donc une vie plutôt solitaire, d’autant que ses camarades et congénères ne rataient pas une occasion de lui brouter des bouts de collerette, par jeu et par gourmandise, le chou vert étant à cette époque à peu près inconnu en Afrique.

   Une vie qui, par conséquent, aurait pu être triste, mais ne le fut pas. Grâce à l’heureuse nature de Chouchou, satisfait d’un rien, ainsi qu’à son penchant pour les bons mots (certes un peu faciles, convenons-en). Tant et si bien que sa devise, qui l’amusait fort, fut : « Chourira bien qui chourira le dernier ». Et il eut en effet quelque raison de s’en réjouir car, de mémoire d’éléphant, aucun d’eux ne vécut aussi longtemps que lui. La preuve, on peut encore le rencontrer dans une réserve du Kenya. Enfin, c’est ce qu’on dit.

    Lafontaine aurait certainement une morale à ce conte plus appropriée. Mais comme il n’est pas joignable en ce moment, il faudra simplement conclure par ces mots :

  « On est ce qu’on est, ça ne sert à rien de se prendre le chou. »

                 El Pé

                                                                    

 

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Maître Escargot, sur son chemin baveux, portait sur son dos une pomme. Une pomme d'api à la peau bien verte. De ses cornes allongées, Maître Escargot avait la fâcheuse habitude de la toucher, de la tâter par le dessus de sa tête, la sentant alors douce et parfumée, ferme et juteuse, mais déformée.

Bien sûr, il ne pouvait voir sa forme exacte, mais ressentait en chaque instant le regard insistant des êtres qu'il croisait, qu'il posait sur lui. Intimidé et honteux, ne sachant pas de quoi d’ailleurs, à ces moments là, il se recroquevillait dans sa pomme, oh nid si soyeux d'humidité et si protecteur.

Un jour, alors qu'il cherchait bombance dans les rougnes du jardin de son vieil ami Crapin le crapaud à la peau en croûte de pain cramé, il tomba nez à nez avec un jeune Musarainez effronté et effondré de rire à la vue de Maître Escargot.

Ce dernier, les vieux réflexes reprenant le dessus, se réfugia à son habitude dans sa pomme.

Notre jeune moqueur n'en rigola que de plus belle. Pourtant cette attitude de rapide fuite n'échappa pas à Musarainez, qui attendrit, attendit très patiemment que Maître Escargot repointe le bout de son nez.

Il lui dit alors : "Maître Escargot, je me moque de ta pomme, mais sais-tu seulement qu'elle se finit en forme de nez ?"

Étonné, Maître Escargot comprit enfin que lui qui n'en avait pas au milieu de la figure, avait un tarin sur sa pomme.

Paraissant tellement désespéré,  Musarainez lui raconta alors ses propres difficultés par rapport au sien et finit par conclure : "Il vaut mieux une pomme sur son dos, qu'un pif en tuyau poêle en guise de museau !".

Nanou

                                                               

 

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Coup de foudre aux Galapagos

Kiko le lézard évoluait dans les sables des Galapagos, assez satisfait de son sort, ma foi. Il était suffisamment petit pour ne pas se faire remarquer et n’avait donc rien à craindre de ses gros frères, les iguanes.

Il menait sa petite vie bien tranquille, le nez au sol, quand un jour, entendant un bruit d’ailes inconnu au-dessus de sa tête, il leva les yeux : une perruche d’une beauté à couper le souffle évoluait dans le ciel d’azur ; son bec courbé brillait dans le soleil et ses  ailes délicates étaient les plus belles que Kiko eut jamais vues. Elle s’éloignait, revenait, faisait des cercles au-dessus de lui comme si elle était incapable de quitter cet endroit. Kiko eut un vrai coup de foudre. Mais comment faire pour lui avouer sa passion, lui cloué à terre et elle évoluant avec grâce en l’air. Ils passèrent tout le jour à réfléchir, elle n’osant s’aventurer sur cette terre inconnue et hostile et lui incapable de trouver une solution acceptable.

Enfin, quand la nuit commença à assombrir le ciel, elle osa descendre pour faire connaissance avec celui qui avait déjà pris son cœur. Ce ne fut alors que caresses et embrassades et leurs corps, bien différents pourtant, trouvèrent immédiatement une entente parfaite. La nuit les enveloppa dans une brume merveilleuse. Au réveil, ils ne faisaient plus qu’un, mais vraiment plus qu’un : une sorte d’oiseau à tête de lézard ou une sorte de lézard pourvu d’ailes. Ils pouvaient ainsi rester tous les deux en ne faisant qu’un avec toutes les qualités et les pouvoirs des deux : courir et se dissimuler dans le sable et fuir tous les prédateurs terrestres en s’envolant. Ils ne craignaient plus rien ni personne.

Partout dans le monde, malgré l’étonnement suscité par son apparence, on s’habitua à rencontrer ce drôle d’animal qui fit des voyages merveilleux d’un bout à l’autre de la Terre, ce qui montre bien que « l’union fait la force » et que pour être heureux, il faut se nourrir de nos différences.

Gill

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Les narrateurs: raconte-moi une histoire

Chacun demande à son voisin ou sa voisine de droite de lui narrer un évènement, réel ou fictif, sur un thème bien précis (enfance, école, vacances, aventure, etc.) ou sur un thème libre.

 

En 25 minutes vous écrivez un texte répondant à la demande.

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freepik

 

Poème sur mon premier baiser

 

 

Mon premier baiser, il était laid !

Pas vraiment express mais depuis j'en ai de l'herpès.

C'était sur une plage, au bord du rivage, ados pas sages.

 

Moi, j'étais amoureuse de Titou, mais lui pas du tout.

Moi, je ne regardais que lui, lui que les autres.

Moi, j'étais désespérée, lui s'en foutait.

 

On faisait tous partis du même groupe, il y avait beaucoup de couple.

J'étais seule, pas ronde comme une meule et pas trop bégueule.

Il était seul, grande gueule, l'unique qu'il me veule.

 

Quand il m'a embrassé, j'étais heureuse.

Mon débardeur débarrassé, j'étais peureuse.

De sa main caressée, j'étais mal heureuse.

 

Terrassée quand son doigt...

Moi, je ne voulais qu'un peu exister.

Moi, je ne voulais qu'un baiser.

 

LE STYLO NOIR

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Anderson Mancini - F14-plenty of light (by)

wikimédia

 

Nanou

Nanou volette. Libellule qui va de feuilles en corolles le long du ruisseau. Née  sous le signe des hirondelles. Ne cherchez pas dans les signes du zodiaque, elle fait partie des extra-terrestres. Disparue à l’entrée de l’hiver, migrant peut-être vers des contrées lointaines, elle réapparait au printemps chaque fois plus vive et colorée que jamais.

Sa mère avait mis au monde ce petit oiseau des iles remplissant la maison de ses piaillements plaintifs, joyeux  ou coléreux, se perchant sur son épaule pour lui faire des bécots dans son cou parfumé. Elle était intarissable. Insaisissable aussi. Les qualificatifs qui lui allaient le mieux : vivacité et imprévision.

Un jour, elle devint impalpable, presqu’invisible. Sa mère vit sortir par la fenêtre une libellule irisée, rayonnante, réverbérant les rayons du soleil. Elle la laissa filer, sachant qu’elle saurait se tailler un chemin dans les méandres d’un avenir de nature mais non pas sans embûches dont elle se tirerait avec dextérité. Son petit oiseau était réellement sorti du nid. Complètement. Définitivement.

Mouty

                                                                  

 

 

« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ohé ! Partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme !
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes. »

 

Extrait du chant des partisans

 

Ce devait être la fin de la guerre, je ne réalisais pas, j’étais trop jeune. La veille, derrière les volets fermés, on avait entendu des coups de feu, près de la vieille gare. Je sentais qu’il se passait quelque chose, mais quoi ? Ma mère avait le sourire, mon père chantonnait et mon frère se dirigeait sournoisement vers la porte. Mais ma mère qui le surveillait du coin de l’œil, l’interpellait et lui intimait l’ordre de rester. Je m’ennuyais, je lisais sans trop savoir quoi. Finalement, vers 16 heures, mon père dit : « je vais faire un tour » et mon frère en profita pour s’éclipser. Il faut dire que mon père était un peu ancien style, pas macho, non, « mais je sors » sans nous inviter à aller avec lui. Et nous sommes sorties, toutes les deux, comme nous en avions l’habitude. La grand’ rue était noire de monde, il y avait des gens agglutinés sur les marches de la mairie. C’était étrange, je n’avais jamais vu cela. Les gens se parlaient et ma mère, si réservée d’habitude, échangeait des propos à tout venant sans répondre à mes questions. Je crus voir mon père dans un groupe d’hommes qui discutaient ferme. Cela dura un moment, quelqu’un apparut au balcon de la mairie, mais je n’entendis pas. L’effervescence croissait, le bruit enflait, on ne pouvait bouger tant on était serré. J’avais envie de partir mais ma mère résistait ? Soudain, des hommes en armes apparurent, soldats aux vêtements hétéroclites, fusil à l’épaule. La foule s’écarta. Ils se rangèrent au pied de la mairie. Un silence absolu nous figea et je compris que c’était un moment extraordinaire, magique. Il s’éleva alors un chant lent, puissant qui me bouleversa et je serrai la main de ma mère qui répondit à ma pression. Quand ce fut fini, on applaudit et j’entendis ma mère dire, comme se parlant « est-ce que ceux qui ont été arrêtés vont revenir ? ». La foule se désagrégea, nous revînmes à la maison, ma mère me dit : « c’était le chant des partisans, la guerre est finie ».

 

Le soir, on eut, comme d’habitude, des rutabagas et du fromageon. Le chocolat, le chewing-gum, ce sera pour beaucoup plus tard. On inscrivit des noms sur le monument aux morts, on plaça de nouvelles plaques dans les rues.

 

Line

 

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Acer Aspire 8920 Gemstone

 wikimédia

 

L’ordinateur ne répond plus !

 

Qui a éteint l’ordi. ? Comment, ce n’est pas toi ? Mais je viens de l’allumer et l’écran reste désespérément noir. Je le savais, ça devait arriver ; depuis plusieurs jours il donnait des signes de faiblesse ; je n’ai pas voulu m’en préoccuper espérant que cela allait s’arranger tout seul. Ah ! Il fallait être patient, il s’allume ; heureusement car j’ai des tas de choses à faire, courriers, recherches, documents à mettre à jour, enfin tout ce qu’on fait avec un ordinateur…Et zut, plus rien de nouveau, c’était son dernier soupir, le dernier éclair de vie d’un P.C. à l’agonie.

Bon, ce sera le réparateur obligatoire qui me dira s’il peut encore être sauvé.

Catastrophe ! Je me sens démunie, désemparée, coupée du monde. Mais que fais-je faire ? Et comment faisais-je avant lui, ne serait-ce que pour le courrier par exemple ? Et bien avant j’écrivais, avec un stylo, sur du papier. J’envoyais des lettres et l’on m’y répondait. Bien sûr, en fonction du moyen d’acheminement ou de la levée du courrier, en fonction du nombre de kilomètres qu’elles parcouraient et de la modernité de la poste locale, les nouvelles n’étaient pas très fraîches en arrivant, mais quel plaisir de voir une écriture aimée, un beau timbre évoquant un pays lointain, un cachet parfois difficile à déchiffrer. Quel plaisir d’ouvrir l’enveloppe, de déplier le papier et de lire, de relire des dizaines de fois l’écriture appliquée ou pressée ou maladroite. Quel plaisir de les ranger dans une belle boîte pour pouvoir les ressortir à loisir. Quel plaisir d’y répondre calmement ou fébrilement, au gré des idées qui se bousculent dans notre tête. Peut-être vais-je être obligée de m’y remettre, mais mon cœur balance entre les deux formules : plaisir d’écrire, d’attendre en guettant le facteur ou satisfaction immédiate, message instantané, nouvelles simultanées ; plaisir de se parler et de se voir sur l’écran mais aussi inquiétude de voir les traits tirés, la fatigue sur un visage alors qu’il est si facile, dans une lettre, de ménager ceux qu’on aime.

Je crois quand même que l’informatique est une vraie merveille quand on s’en sert à bon escient. Alors : « Allo, dépanne PC, pouvez-vous venir faire une réparation ? Demain ? Oui, c’est parfait. Oui, oui, je survivrai, enfin je crois, jusqu’à demain »

 

Gill

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freepik

 

La fin du monde

 

 

Alors, la fin du monde, c'est :

Un animal qui meurt

Un arbre qu'on abat

Une source qui se tarit

Un enfant qui souffre

Un vieux qu'on emmure

Un livre qu'on brûle

Une innocence violée

Une question sans réponse

Un dos qui se tourne

Un amour repoussé

Une liberté enchaînée

Un homme qui a faim

Une femme qui dort dans la rue

C'est, c'est, c'est...

Et puis, chaque jour, le soleil se lève, les oiseaux se mettent à chanter, et la vie continue...

 

Valérie

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samedi, 14 mars 2015

Les narrateurs: acrostiche

En 10 minutes, faire l’acrostiche de : 

IL ETAIT UNE FOIS

Chaque ligne ne dépasse pas 12 pieds. Le thème en rapport avec le titre qui sert de base à l’acrostiche.

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Il était une fois

 Il était une fois

Là-haut dans le ciel chamarré,

 

 Enchanteur,

Tant d’oiseaux

Alliant leur vol aux sérénades,

Inimaginable charivari,

Tourbillonnant, s’effilochant,

 

Un stratus ondoyant

Nuées de micro-météores

Enivrées d’espace.

 

Fous de joie ces étourneaux,

Oiseaux en débandade

Initiant les petits derniers

sous le soleil d’Octobre.

 

Mouty

 

                                                                 

 

Ici n'est pas là-bas

L’Ouest.

 

État américain

Texas.

Amérindiens et

Indiens

Tués.

 

Une plaine désertique

Nulle âme qui vive

Étendue vaste.

 

Foisonnante de chacals

Outre de cow boys

Il était une fois dans l'ouest

Sinistre.

 

Nanou

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Il était une fois

Lutin dans les grands bois

 

Et même un feu de bois

Tout était pour le roi

Avec sa belle croix

Il avait des tifs blancs

Tout arrangés en rang

 

Un tout petit enfant

Nageant dans un étang

En slip couleur argent

 

Fit une révérence

Omit la déférence

Invita l’éminence

Sans importance.

 

Line

                                                          

 

Imprévu, sûrement

Loufoque, certainement

 

Extravagant, tout le temps

Terrifiant, par moment

Agrémenté de sortilèges tout-puissants

Invraisemblable, évidemment

Tenant en haleine, absolument

 

Un conte

Ne peut être une histoire ordinaire.

Effrayante ou

 

Féérique

On doit l’écouter en pensant

« Il était une fois », et rien d’autre

Sans chercher à comprendre.

 

Gill

                                              

 

 

 

 

vendredi, 06 mars 2015

Février

Ecrire un petit poème  sur le mois de FEVRIER sans utiliser de verbe.

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                         Février, en attendant…

 

        Pas de mois de Février sans une fleur d’amandier

        Pas de mois de Février sans frimas ni giboulées

        Du moins à Béziers.

 

        Une Saint Valentin au milieu, toujours

        Fête des commerçants et un peu de l’amour

        Et dès le quinze, qui ça ? Mais le  compte à rebours.

 

        Pas de mois de février sans grand sabbat de chats

        Nuits glacées, clairs de lune, durs combats

        Et pour Minette bien sûr, le plus beau, le plus fort, le Pacha.

 

                              Mais pourtant

                              La course des nuages dans le ciel

                              Même la neige douce comme une aile

                              Oui partout, en cachette, le Printemps.

 

                                      El Pé

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Février froidure neige

Bonhomme au couvre-chef beige

Dans la cour des graines aux oiseaux

Des pauvres autour d’un brasero

Du verglas sur le grand trottoir

Le nez rouge dans le mouchoir

Le cache-nez autour du cou

Des tourbillons de flocons fous

Tiède chaleur dans la maison

Comme un nid pour les enfançons.

 

Line

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Février et ses frimas

Ses gelées et son verglas

Ses glissades sur la neige

Le long des pentes, les télésièges

Et les luges en cortège.

Chandeleur aux crêpes odorantes

A la vanille au miel, si fondantes.

Carnaval du Mardi-Gras

Costumes colorés de taffetas

Masques de chats ou de rats.

Et puis février tous les ans

Témoin de ta naissance, mon enfant.

Gill

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Février, mois du bonheur

Le plus joli mois de l’année

Pour moi du moins

Plus précisément le 12

Parce que ce jour là :

Un temps magnifique

Promenade sur le canal

Soudain, aïe,  première

Puis deuxième contraction

Quatorze heures, vite ! La voiture ! Route sans fin

Ouf ! La clinique

Seize heures,  un garçon

MON FILS.

Après deux filles,  le BONHEUR

Dedou

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FEVRIER

 

Février encore blanchi

Par un hiver tardif

Petits matins frisquets

Sur le pays transi.

Très long pour les frileux,

Court pour les optimistes,

Boiteux  tous les quatre ans,

Bigleux les jours de brume.

Adorables prémices

D’un printemps boutonneux,

D’un mois de Mars splendide

Sans idées noires ou maléfices.

Derniers jours de février :

Germes sortis de terre.

Et la vie  déroulante

Comme un fleuve tranquille.

 

Mouty

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Rite de l'enfance

Pensez à un rite de votre enfance, ou de quelqu’un d’autre, ou imaginez-en un  (rite détesté ou adoré). En 20 minutes, écrivez un texte sur ce rite en y incluant les cinq mots suivants trouvés après un jeu :

 

organiste / tendresse / éperdument / ancre marine / rouge

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Va faire pipi…

 

« Va faire pipi avant d’aller au lit ! » était la dernière phrase qui m’était régulièrement adressée le soir, lorsque j’étais enfant. Régulièrement, méthodiquement, tous les soirs !  C’était devenu un rite qui avait le don de m’exacerber. Il ne fallait surtout pas que je me le fasse répéter deux fois, car j’aurais pris la porte plus vite que je n’aurais voulu.

Dès les premiers mots, ma patience se cabrait, j’y voyais rouge, je serrais les poings. Je précise qu’il fallait se soulager dans « la cabane au fond du jardin ». Celle-ci était à moins de cent mètres, mais c’était dans le noir. Au passage on prenait la lampe électrique sur l’étagère derrière la porte, où trônait une ancre marine depuis des lustres, souvenir sans doute d’une épopée d’un aïeul aventureux. La lampe n’éclairait pas très loin, d’autant plus que la pile montrait souvent des signes de fatigue.

J’allais donc à pas prudents, puis cadencés, en entonnant éperdument une chanson. Assez fort pour faire fuir les bêtes sauvages ou les fantômes qui froissaient les buissons. Les nuits sans lune, je chantais encore plus fort, continuant dans la cabane sans me soucier du temps qui passait. Dans ma tête j’entendais l’accompagnement d’un organiste.

Tout à coup, une voix tonitruante venait de la maison : « Alors ! Qu’est-ce que tu fabriques ? T’es tombée dedans ? »

Dare dare je prenais le chemin du retour, ayant hâte de retrouver mon lit bien chaud où m’attendait une bouillotte les nuits d’hiver, laquelle m’accueillait avec tendresse.

Ces fins de soirées étaient les moments qui m’irritaient et me plaisaient le plus à la fois.

 

Mouty

                                                                                        

 

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Chaque dimanche après-midi, ma mère et moi allions au cinéma. Mon père était au rugby ou à la chasse, mon frère avec ses copains. Ma mère, éperdument inquiète, craignait toujours de me perdre quand elle attendait au guichet. Aussi avais-je toujours un chapeau ou un béret rouge avec une plume pour mieux me voir et une ancre marine brodée sur le côté pour faire joli. Elle emportait des bonbons pour l’entracte, les acheter coûtait trop cher. Avec tendresseet fermeté, elle emprisonnait ma main dans la sienne et me protégeait des malotrus qui voulaient passer avant nous. Je me souviens particulièrement d’un film où le frêle Charlot, musicien des rues, tournait la manivelle d’un orgue énorme qui ne laissait voir que son melon et sa chevelure frisée. En sortant, je dis « maman, je serai organiste », « on verra me répondit-elle, on verra ».  Hélas, vocation avortée, j’ai appris la flûte à bec.

Line

                                                              

 

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La promenade du jeudi

Le rite du jeudi, je l’adorais ! C’était l’époque où nous n’allions pas à l’école ce jour-là et ma mère et moi en profitions pour nous promener dans le centre de Paris ; je me moquais éperdument de tout, je ne pensais qu’à cette sortie. Je vouais une tendresse infinie à ma mère, j’étais encore à l’âge où sa seule présence me comblait, n’étant pas encore entrée dans la préadolescence où l’on ne se satisfait plus de rien.

Tous les jeudis, nous prenions l’autobus, celui à plate-forme où l’on pouvait respirer l’air si particulier de Paris, pour nous retrouver sous les arcades de la rue de Rivoli où les boutiques riches et variées m’émerveillaient. Je me souviens d’une chapellerie où l’on vendait des casquettes avec une ancre marine brodée au dessus de la visière. Je me souviens aussi des vitrines des parfumeries où les rougesà lèvres de grandes marques étalaient leurs couleurs flamboyantes. Et puis il y avait cette pâtisserie, unique pour moi, tant les gâteaux que nous y mangions étaient succulents. Un jour, nous y avons même rencontré l’organiste de Saint-Eustache. Pour terminer notre promenade, avant de rentrer, nous longions le Louvre et flânions dans le jardin des Tuileries.

De ces promenades, je garde un souvenir merveilleux. Si j’aime tant Paris, c’est grâce à ce que ma mère m’en a fait découvrir, c’est grâce à elles.

Gill

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