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samedi, 17 janvier 2015

Ecrire la suite

Après un jeu qui nous a permis de trouver cinq mots

Mensonge/melon/beuverie/bicyclette/refaire

nous devons, en 20minutes, écrire un texte qui va commencer par :

« elle (il) avait tellement insisté que j’avais fini par accepter de la (le)  remplacer »

qui comprendra les cinq mots 

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dromadaire,cuite,fantôme,opéra

 

Elle avait tellement insisté que j’avais fini par accepter de la remplacer. Evidemment, tout reposait sur un mensonge si énorme que tout le monde et elle en particulier y avait crû. Je m’étais inventé des diplômes obtenus dans le lointain pays du Kazakstan, le plus éloigné de nos propres facultés. Moi qui pour expérience professionnelle ne connaissait que le ramassage des melons deux mois par an, je m’attribuais un niveau d’études supérieures quatre étoiles.

C’était un soir de beuverie, alors qu’après quelques vodkas coupées de coca-cola, elle pleurait après une remplaçante qui lui permettrait de réaliser son rêve : l’apprentissage de l’équitation à dos de dromadaire en Egypte. Mes idées n’étaient pas claires, loin de là. Assise, je tanguais sur ma chaise comme lorsque enfant, j’apprenais l’art de monter à bicyclette, une belle rouge offerte par un oncle généreux. Le lendemain, au réveil, je paniquais. Pas moyen de revenir en arrière, j’avais signé mon contrat, elle était partie par un avion low-cost, arriverait-elle jusqu’aux Pyramides ? Un verre d’eau gazeuse et un cachet illuminèrent mon cerveau. Je tenais la solution : je ferai mes cours inspirés de la lecture de l’annuaire que plus personne ne consultait car on préférait internet, je donnerai mes cours, enfin la lecture des pages jaunes au 1er semestre, les pages blanches au 2ème semestre, en espéranto prononcé avec l’accent cockney américain. Et cela marcha.

S’étant amourachée du conducteur de dromadaire, elle ne revint pas. J’eus un CDI, la considération de mes supérieurs, le respect de mes étudiants qui tous furent reçus, et pour moi, une retraite assurée.

Si c’était à refaire, bien sûr que je le referais.

Line

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dromadaire,

freepik

 

Elle avait tellement insisté que j'avais fini par accepter de la remplacer.

Et oui! Je l'ai remplacée, elle a tellement insisté...

Je n'en pouvais plus de ses mensonges réguliers, de ses non-dits, de ses évitements, de ses jugements sur mes breuveries entre amis.

Pourtant, elle en avait eu aussi des beuveries, des soirs d'ivresse, l'été, couchée sur le canapé extérieur, titubante, délirante.

Que de mauvais souvenirs! Les siens, les miens. Ma première cuite, jeune, trop jeune! Je ne pouvais même plus rentrér, c'est ma bicyclette qui me portait.

Je reproduisais ses comportements.

Puis, des années plus tard, j'en ai eu assez, je lui ai exprimé par courrier mes douleurs, mes souffrances, mon désarroi face à ce passé si triste, si douloureux. Mon courrier, elle l'a mal vécu. Elle n'a pas supporté, supporté ces vérités si vraies et si ignorées, enfouies. Elle m'en a voulu, énormément! Comment pouvais-je dire tout ça, tout haut. J'étais une ingrate, je devenais une ennemie, une folle qu'il fallait enfermer. Alors je me suis enfermée, moi, comme une grande, une grande que je voulais devenir. 7 mois, plus qu'une moitié d'année. Je suis revenue sereine et affirmée, délivrée de mon passé, délivrée de la mélancolie, délivrée de mes angoisses, emplie d'envies et de projets.

Elle a commencé à exiger une explication, exiger encore et encore à me bourriner le melon. Elle a tellement insisté que j'ai coupé, tout coupé et je l'ai remplacée dans mon coeur. Elle ne me le brisera plus!

Et si c'était à refaire, je le referais.

 

LE STYLO NOIR

                                                       

 

          

Opera Garnier Grand Escalierwikimédia

 

Le fantôme de l’Opéra

Il avait tellement insisté que j’avais fini par accepter de le remplacer. En effet, Philippe, mon copain étudiant avec moi à l’école d’architecture de La Villette, effectuait des petits boulots pour avoir un peu d’argent. Il était gardien de nuit à l’Opéra. Et oui, vous ne le savez peut-être pas, mais il y a des gens qui arpentent le bâtiment, la nuit, malgré le système de surveillance sophistiqué. Ayant un empêchement pour le soir-même, mais peut-être n’était-ce qu’un gros mensonge et voulait-il simplement une nuit de liberté, il m’avait convaincu de prendre sa place au pied levé. C’est donc pour cela qu’après un court trajet à bicyclette depuis chez moi, je m’étais retrouvé, refait, devant l’Opéra Garnier.

Je suis maintenant dans la salle, surplombée du lustre gigantesque, devant l’impressionnant rideau rouge, fermé. Je me laisse envahir par la magie du lieu et, installé confortablement dans un fauteuil de velours écarlate, fermant les yeux,  je me remémore les spectacles que j’ai vus ici, quand j’étais plus jeune, avec mes parents : le chef d’orchestre qu’on applaudit tandis qu’il salue, les instruments qui s’accordent, le silence qui se fait, le rideau qui s’ouvre…

Un petit toussotement, un peu plus loin, attire mon attention ; devant mes yeux ébahis, un homme, habillé fin XIXème me regarde avec intérêt et étonnement.

« - Que faîtes-vous là ? Me dit-il

  - Et vous ? Et d’abord qui êtes-vous donc ?

  - Mais mon cher, je suis Charles Garnier, enfin son fantôme devrais-je dire. Le SEUL fantôme de l’Opéra, à ne pas confondre avec l’invention de Gaston Leroux ! En fait, quand je suis mort, je me suis demandé quel lieu serait le plus agréable à hanter de temps en temps : mon magnifique Opéra, le casino de Monte Carlo, l’observatoire de Nice ? Et bien sûr, mon cœur a opté pour cette superbe réalisation qui porte mon nom. Si vous voulez, suivez-moi, je vais vous le faire visiter ; vous allez le découvrir comme jamais personne ne l’a fait !

Je me mets donc à suivre Garnier tout en l’écoutant.

« - Regardez, nous sommes au 5ème sous-sol, là où est toute la machinerie. Savez-vous que le bâtiment central est construit sur une cuve d’eau qui le leste, où il y a des carpes et même un poisson-chat. Et la machinerie, comme je l’ai vue évoluer en près d’un siècle et demi. Rendez-vous compte, de manuelle elle est maintenant complètement informatisée. Quel progrès ! »

Et Garnier continue à me faire passer des coulisses aux loges des artistes, de la bibliothèque avec partitions et manuscrits anciens, maquettes de décors, de costumes, au restaurant. Il me fait observer, dépité, le plafond de Chagal que je connais déjà et qui n’avait pas été apprécié par tout le monde dans les années 60. Il me fait monter sur les toits où je découvre une vue époustouflante de tout Paris et ces ruches amoureusement surveillées et entretenues par un ancien accessoiriste.

« - Les abeilles trouvent dans Paris un réservoir de fleurs et de verdure et leur miel est merveilleusement bon » observe-t-il.

Enfin, il s’arrête devant la scène et ouvre pour moi le grand foyer qui la prolonge et je reste là, séduit de nouveau par cet endroit magique. J’y vois défiler des noms célèbres : Georges Skibine, Serge Lifar, Claude Bessy, Rudolf Noureev, Patrick Dupont…et bien d’autres. 

« - J’espère que le petit Millepied, qui a remplacé Brigitte Lefèvre à la direction de la danse, aura des idées de génie. » conclut Charles, pensif, avant de prendre congé.

Le matin est là et je m’apprête à partir, les yeux pleins d’étoiles. C’est alors qu’en sortant de la salle ma tête heurte un pilier, je m’écroule, sonné, puis ouvrant un œil, l’instant d’après je me retrouve allongé sur mon lit, la tête comme un melon. A côté de moi, l’ouvrage de Charles Garnier, « le nouvel opéra de Paris », que j’ai commencé à lire ; non loin, Philippe est endormi, avachi dans un fauteuil et je comprends alors, émergeant petit à petit, que tout ceci n’est que la suite d’une nuit de beuverie.

Gill

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