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samedi, 05 juillet 2014

La Nouvelle (6) : "Le mur"

 

Retouvez  les consignes dans la note

« La Nouvelle (1) : consignes »

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mur.jpg

freepik

 

LE MUR

Le soleil faisait miroiter la mer, comme d’habitude, malgré l’heure bien matinale. Une brume légère s’élevait à l’horizon, prémices de chaleur pour la journée à venir. Sur la plage, deux jeunes garçons, d’une quinzaine d’années environ, sommeillaient sur des draps de bain bariolés. Leurs corps déjà bien halés laissaient deviner qu’ils n’étaient certainement pas arrivés de la veille. Ce qui était d’ailleurs le cas, car leurs parents possédaient, legs de plusieurs générations, une superbe villa aux allures de miroir qui trônait fièrement sur le boulevard Front de mer de cette ville de Normandie. Honfleur pour ne pas la nommer.

Soudain, le téléphone portable, posé sur une des deux serviettes de plage, se mit à sonner. L’un des deux jumeaux, car il s’agissait de jumeaux bien qu’à première vue on n’aurait su l’affirmer, ouvrit les yeux, bailla bruyamment, puis, sans même regarder le numéro qui s’affichait sur le cadran, d’un geste nonchalant il éteignit l’appareil.

Son frère avait à présent les yeux ouverts et regardait un point mystérieusement situé au zénith du ciel sans nuage. Brusquement, comme mu par une impulsion soudaine, il déclara d’une voix un peu éteinte :

-      « Cette nuit j’ai rêvé du mur. Ce mur auquel j’ai parlé tout au long de l’été dernier ».

-      « Un mur, ça se tait. Ça a l’air d’être en veille quand on lui parle. Ça reste muré dans son silence ».

Soudain, il entendit des éclats de voix et des rires qui semblaient se rapprocher. Levant son buste, il tourna la tête pour regarder d’où provenaient ces sons. Il les vit, tous les trois, devant lui : des garçons de son lycée, les plus dissipés des durs à cuire. Ils les entouraient, lui et son frère, semblant vouloir les intimider. Leurs ombres se projetant sur eux leur cachaient la mer et les coupaient de tout ce qui était agréable et rafraîchissant. Se levant d’un bond, Jérôme les toisa l’un après l’autre.

- « Que nous vaut le plaisir, ou peut-être pas, de votre venue, vous trois ? ».

Après un silence, l’un d’eux qui semblait être le chef de groupe, parla.

- « Et bien, nous allons fêter l’anniversaire de Paul. Alors on s’est dit que vous pourriez nous rejoindre, que pour l’ambiance ce serait bon. Vous savez plaisanter et détendre l’atmosphère. Si vous êtes d’accord on enterre les rancœurs et on fait la paix. C’est l’occasion, non ? »

L’anniversaire de Paul battait son plein. Les garçons étaient déjà passablement éméchés malgré les recommandations des parents sur la modération des alcools.

Jérôme s’activait au barbecue qui avait du mal à partir. Il fit un saut dans le garage et revint avec la bouteille d’essence qui servait habituellement à l’allumage, envers et contre tout principe de prudence. Une petite giclée sur les braises, et ce fut l’explosion.

Cris, panique. Paul roula Jérôme dans le tapis du chien pour éteindre les flammes qui embrasaient les vêtements, léchant les mains et le visage.

Les hurlements de Jérôme jetaient l’effroi. Des récipients d’eau arrivèrent de la cuisine. On brancha le robinet du jardin pendant que le portable mettait en relation avec le Centre de secours.

Les Pompiers, le SAMU, tous les secours arrivèrent en moins de trois minutes. Célérité, efficacité, compétence, c’est ce qu’on pouvait dire en voyant les gestes précis de tous ces hommes et femmes, calmes et sûrs d’eux, même si l’inquiétude était palpable.

Le barbecue fut éteint, la zone sécurisée par les pompiers, les jeunes tenus à distance de l’endroit du drame, tandis que le médecin administrait à Jérôme des antidouleurs et des calmants afin de le placer dans une sorte de coma artificiel. Il évalua rapidement la gravité des brûlures. Elles siégeaient surtout sur la partie supérieure du corps mais ne paraissaient pas trop profondes, n’engageant pas le pronostic vital. Cependant, il fallait l’hospitaliser dans un service spécialisé. On était à Honfleur, et bien ce serait Paris. Donnant les consignes de réhydratation d’un côté, téléphonant pour avoir l’hélicoptère du SAMU de l’autre, il menait à bien toutes les tâches.

Jérôme, perfusé, enveloppé dans une couverture de survie, était prêt à partir, sur son brancard, quand arriva l’hélicoptère.

Rêve ou cauchemar que cette obsession récurrente d’un mur auquel on peut parler sans jamais obtenir de réponse. Peut-on dire qu’à travers lui se dessinent des désirs réprimés, des peurs enfouies, des souvenirs lointains ? Chacun peut-il y chercher sa propre réponse ? Nul ne saurait le dire !

                                                                       FIN

          El Pé            Rina         Mouty         Gill         Dedou

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C'était la dernière des cinq nouvelles qui ont terminé notre saison d'écriture. "Plaisir d'écrire" vous souhaite un très bel été et vous donne rendez-vous au mois de septembre.

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