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lundi, 21 avril 2014

Journée exceptionnelle!

Choisir un objet de plage parmi les suivants et, en 20 minutes, faîtes-le raconter une journée ou  une aventure exceptionnelle dans sa vie.

Transat/chapeau/lunettes de soleil/serviette de plage/glacière/ballon raquette/maillot de bain /sandwich

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Auguste Renoir - Le Déjeuner des canotiers

wikimédia

 

Le jour de gloire du canotier

Le plus beau jour de ma vie est passé et je sais qu’il ne se reproduira plus. Mais ce que j’ai vécu, je le souhaite à tous.

Je ne suis pourtant pas un anonyme, moi le canotier. Je ne suis pas un simple chapeau parmi tant d’autres. Certains de mes confrères furent célèbres, comme ceux de Maurice Chevalier ou Fred Astaire ou encore ceux portés par les personnages de Maupassant ou représentés sur une des toiles de Renoir. Et cette gloire rejaillit un peu sur nous tous.

Quant à moi, jusqu’à maintenant, j’avais eu une vie très satisfaisante, bien qu’ordinaire, trônant sur la tête d’un honnête père de famille dans les années trente et qui m’avait consciencieusement rangé en très bon état, quand j’étais passé de mode. Depuis une trentaine d’années, je continuais tranquillement ma vie, devenu objet décoratif, exposé sur un pan de mur parmi d’autres chapeaux ayant chacun une qualité particulière, ancienneté, rareté, élégance ou exotisme. Ainsi, je voyais défiler la vie de la maison jour après jour.

Jusqu’au moment où je me retrouvai, lors d’une répétition théâtrale, sur la tête de monsieur César Olivier, cafetier de son état, en grande conversation avec son ami Panisse ; et j’écoutai les mots de Marcel Pagnol, vous savez le fils de joseph, dans la bouche de César, avec cet accent chantant que je n’avais jamais eu l’occasion d’entendre.

Et puis ce fut le jour « J », la représentation, moi, nettoyé, brossé, lustré, élégant, qualifié de « joli chapeau accompagnant un beau costume », juché sur le chef d’un acteur ; moi en plein lumière, trônant, saluant, acclamé par une salle pleine de respect. La gloire, la consécration vous dis-je ! Cela ne s’oublie pas et j’ai les larmes aux yeux en vous le racontant.

Allez, je peux retourner à ma fonction décorative, raconter mon jour de gloire ; je serai à jamais unique, brillant sur ce mur comme une étoile au firmament, repensant sans cesse à ce moment béni.

Gill

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journée,exceptionnelle

freepik

 

Ce matin très tôt, toute la maison est en éveil. Valérie avait prévu une journée à la plage. Hier, chez le charcutier, j'avais entendu parler de jambon, pâté, etc…. J’ai tout de suite compris qu’on allait faire appel à mes services, car il faut bien l’avouer, je suis pratique, sympa et je ne tiens pas trop de place. Et voilà le pain tranché, tartine de beurre, jambon, œuf dur, salade, cornichons. Je suis superbe avec toutes ces couleurs! Et appétissant ! Oh là là ça se gâte, on m'enferme, on me serre. Au secours ! J’étouffe, je transpire, je n'aime pas ça ; j'espère que mon calvaire sera de courte de durée .Maintenant, je suis au frais, mais enfermé tout de même. Que la vie est dure !


Quelques heures passent, enfermé dans mon igloo ; enfin sonne l'heure du repas, je vais être libéré de ma torture. Les enfants applaudissent, crient de joie : la nichée a faim.


Devant l'euphorie, la petite chienne aboie, elle aimerait participer à la fête, et comme personne ne semble faire attention à elle, s’approche doucement et clac!!! Me voilà happé dans sa gueule ; en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, me voilà emporté. Entre ses crocs je n’en menais pas large, j’étais secoué, balloté, j'en ai perdu mes cornichons.
Toute la famille court après ce satané animal, et moi je n'avais pas prévu cette fin pitoyable déchiqueté, assaisonné de sable, prêt à finir ma brève existence dans l'estomac de l'animal favori de la maison.

Dedou

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Zofia Barwińskawikimédia

 

Le chapeau  ou  La capeline entremetteuse

Je m’appelle Capeline. J’eus mes heures de gloire au siècle dernier, quand la bonne présentation exigeait de sortir « coiffée » selon l’expression consacrée, en particulier les jours de cérémonies.

Depuis quelques années, je reviens sur les têtes, les jours de noces, ou bien sur les plages. J’abrite Chantal d’un soleil malfaisant pour son teint. Si mes larges bords prouvent leur efficacité dans ce domaine, ils ont quelques inconvénients les jours de vent.

La semaine dernière, le vent marin sema la panique sur la plage. Il me prit à bras le corps et me transforma en aéronef s’élevant dans les airs avant de foncer comme une fusée sur les apprentis bronzés. C’est ainsi que je fis une belle peur à un CRS en le frappant traitreusement derrière la tête, plongeai sur le poitrail d’un touriste alangui, renversai le biberon d’un bébé affamé, balayai les serviettes et les verres d’une paillote.

Je poursuivis mes pérégrinations mouvementées jusqu’à ce qu’un volleyeur, habitué des passes surprenantes, m’agrippât brutalement. Il m’enfonça sans ménagement sur son crâne hirsute, et fit un tour de plage à la recherche de la dame à qui j’appartenais. Justement, elle était belle, assortie à son chapeau.

Il me tendit gentiment, avec quelques courbettes, un grand sourire, des mots gentils et prometteurs. La galanterie masculine n’a pas encore totalement disparu… 

Depuis cet incident, je suis le témoin de chuchotements hardis qui se renouvellent tous les jours.

Mouty

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Classic-swimsuitwikimédia

 

Et voilà, cela devait arriver, je pressentais qu’aujourd’hui serait un jour maudit quand Madame a ouvert brutalement l’armoire puis le carton dans lequel je dormais plié dans un papier de soie. Hier chéri, maintenant au rebut, tel est le triste destin d’un maillot de bain. Pourtant, maintenant que me voilà dévolu au nettoyage des vitres, je pense avec nostalgie et tristesse à ce que j’ai connu, subi et endurerai. J’étais un charmant une pièce, bleu avec des fleurs blanches, des nœuds sur les épaules, fier de mon élasticité de bon aloi. Pendant un été, mon ingrate maîtresse m’a arboré au bord de la piscine, suscitant l’admiration de tous les mâles, la jalousie des femelles. Début octobre, après quelques tours de machine, un poudrage au talc, j’ai entamé mon long sommeil hivernal. Mais le soleil brillait, l’eau pure de la piscine glougloutait. Madame se rappela mon existence. C’est qu’avec la crise, Monsieur avait serré les cordons de la bourse, je me sentais indispensable.

 Donc ce matin, en maugréant après l’avarice de son époux, Madame m’extirpa de ma boîte. Elle me tourna dans tous les sens, fit la moue car les fleurs étaient un  peu passées, le bleu moins éclatant. En soupirant, Madame pensa « je ferai avec, peut-être que mon mari obtiendra une prime ». Elle essaya d’introduire son corps en moi. Je dis bien essaya car elle n’y parvint pas du premier coup. Elle me considéra en tendant les bras puis fit une deuxième tentative, faisant comme une obèse voulant rentrer dans du 38. Elle arriva à ses fins, cambra fièrement son corps et mon tissu se distendit lâchement, les seins jaillirent des bonnets, les fleurs tombèrent. Je compris en un éclair que l’hiver m’avait desséché et que Madame avait pris trois kilos. Elle me jeta violemment par terre. Je gisais, déchiré, inutilisable et j’entendais Madame qui reprochait violemment son manque d’humanité à son mari lequel lui répondait « eh bien tu iras cul nu, tu n’avais qu’à ne pas manger autant ».

Triste fin pour qui a brillé tout un été.

Line

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dimanche, 20 avril 2014

les locutions comparatives

Chercher des locutions comparatives en excluant celles qui contiennent un nom d’animal et établir une liste commune.

En 20/25 minutes, écrire un texte contenant ces locutions,  commençant par une des deux phrases suivantes, au choix :

« les copains, qui étaient sept, firent un silence sept fois multiplié par lui-même, autrement dit, un des plus grands silence qu’il y ait jamais eu. »   J.Romains  « les copains »

« L’eau bleue coulait en chantonnant, très lisse et très pure »  J.M. Le Clézio  « Mondo et autres histoires »

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        Les copains qui étaient sept firent un silence sept fois multiplié par lui-même, autrement dit, un des plus grands silences qu’il n’y ait jamais eus.

     Oui, ils étaient sept copains. Sept comme les jours de la semaine, les péchés capitaux ou les années de réflexion, au choix. De bons copains. Ils auraient plu à Brassens. Faut-il les présenter ? Sans doute. Dans ce cas, procédons par ordre chronologique décroissant, à cause du respect dû à l’âge.

       L’aîné donc, fier de ses quatorze ans tout neufs se prénommait Jules, dit Captain. Chef de la bande, essentiellement parce qu’il était dur comme un roc. Même après les plus sévères bagarres avec les autres gars du quartier, on ne l’avait jamais entendu se plaindre ; à plus forte raison pleurer. Tout le monde ne pouvait en dire autant.

        Ensuite venait son second : Pierre, dit Robespierre. Raide comme la justice et froid comme le marbre celui là ; il ne laissait rien passer. On le craignait et un frisson courrait dans votre échine lorsqu’il posait son regard d’acier sur vous. Treize ans et demi. Le même âge que les jumeaux surnommés Marius et Olive juste parce qu’ils détestaient leurs vrais noms : Gontran et Xavier. Des blases de bourges, qu’ils disaient. Marius était beau comme undieu et Olive joli comme un cœur ; comprendre par conséquent qu’ils se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, même que dans certaines situations délicates, c’était bien pratique.

     Puis les douze ans : Nicolas, dit Zizou on devine pourquoi, triste comme un jour de pluie, le pauvre depuis qu’il avait découvert comment on faisait les bébés et Damien dont le teint pâle comme la mort, attirait automatiquement le respect. Et lui avait valu le glorieux surnom de Dracula.

      Et enfin Jean Noël, âgé de dix ans à peine. Un vrai Jésus avec ses grands yeux bleus et ses cheveux blonds bouclés. Un Jésus dont il possédait d’ailleurs la candeur et la gentillesse, innocent comme un nouveau-né, quoi ! Aussi, pour lui forger le caractère, ses camarades ne l’appelaient que Morback. Lui, ravi, croyait qu’il s’agissait d’un célèbre pirate.

      Bref, le silence durait. Lourd. Pesant. Les Sept attendaient …Et alors elle apparut. Elle, leur reine, leur amour, leur idole. Alice la Malice. Belle à se damner et mauvaise comme la gale. Une merveille.

             El Pé

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brassens,

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L’eau bleue coulait en chantonnant, très lisse et très pure, si transparente que l’on apercevait au fond de son lit les gros galets  durs comme le roc, polis , lissés par cette eau qui glissait sur eux pour courir toujours plus loin ; sur le sentier longeant le ruisseau, les amoureux se promenaient,  se tenant par la main , lui beau comme un dieu avec son profil grec , elle toute petite, menue , jolie comme un cœur, se rapprochant pour se parler ;  le jeune homme se penchait vers elle, lui chuchotant sûrement des mots osés  qui la faisait rougir et se  raidir comme la justice, puis elle laissait fuser un rire joyeux qui cascadait comme cette eau  qui filait , éclaboussant de perles d’argent les branches , les plantes , les entrainant  ou les écartant de son chemin ;  c’était une si belle journée , avec un grand ciel bleu,  pas un jour triste comme la pluie, non , où l’on ne croise personne, pas même un fantôme  pâle comme la mort ; un couple poussait son landau où dormait un gros bébé joufflu,  innocent comme un nouveau né   qui pourrait, au fil des jours, se transformer en garnement capricieux,  mauvais comme la gale .  Mais aujourd’hui tout est beau , on se sent bien , apaisé par le murmure de l’eau qui nous donne envie de pousser la chansonnette . 

Rina

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Emily Maltesewikimédia

 

L’eau bleue

L’eau bleue coulait en chantonnant, très lisse et pure. Delphine, assise au bord de la rivière, savourait les caresses actives du courant battant ses pieds jusqu’aux chevilles. Ce massage lui faisait un bien fou.

Tout à coup, elle aperçut la haute silhouette de Bertrand qui traversait le pré à grandes enjambées. Beau comme un Dieu, il n’avait pas changé depuis des années. Delphine se leva et se jeta sur son torse dur comme un roc. Un petit chien blanc, genre Bichon maltais, gambadait autour de lui. Joli comme un cœur, il s’empressa de venir charmer Delphine. Il savait faire, le bougre. En moins de deux minutes, il la mit dans son pelage, à défaut de poche. Levant la tête pour dévisager Bertrand, Delphine se rendit compte qu’il était pâle comme un mort. Avec son air d’innocent comme un nouveau-né, il ne savait pas cacher ses émotions. Et là, franchement, il semblait rudement atteint.

Devant le questionnement muet de Delphine, il la fit asseoir doucement avec lui sur la berge et lui dit d’un air confus :

« Je viens de me faire aligner par les flics. Excès de vitesse parait-il. Je perds mes deux derniers points, et par la même occasion mon permis. J’ai essayé de plaider ma très grande attention au volant, mais ils n’ont rien voulu savoir. L’un d’eux était triste comme un jour de pluie, et l’autre raide comme la justice. Tous les deux étaient mauvais comme la gale.

J’en suis sur les genoux.

Heureusement, tu es là, Delphine, je peux enfin rêver sous le soleil printanier. Grâce à toi, j’aurai, malgré tout, passé une bonne journée. »

Mouty

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locutions,comparatives

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La grotte

« Les copains, qui étaient sept, firent un silence sept fois multiplié par lui-même, autrement dit un des plus grand silence qu’il y ait jamais eu ».Sept paires d’yeux agrandis par l’étonnement et l‘angoisse, il faut bien le dire, scrutèrent en même temps l’entrée de la grotte, cette grotte qu’ils s’étaient jurés de visiter, comptant bien retrouver le trésor que le châtelain du village y avait soi-disant enfoui à l’époque de la révolution, avant qu’on ne lui coupe proprement le cou.

Il y avait là Arnaud, beau comme un dieu mais qui avait le cœur dur comme un roc, à en croire Lucie, jolie comme un cœur, qui ne cessait de le dévorer des yeux. Après venait Stanislas qui semblait en permanence triste comme un jour de pluie, mais en apparence seulement, étant en réalité un joyeux luron qui s’amusait beaucoup à tromper son monde. Ensuite venait Grégoire qui, à force d’avoir le nez dans ses bouquins était pâle comme un mort, faute d’exposition au soleil ; C’était lui qui, au hasard de ses découvertes littéraires, entraînait la bande dans des aventures rocambolesques. Puis suivait Gilbert, blondinet à l’air innocent comme un nouveau-né, toujours de bonne humeur et d’accord avec tout le monde. Et pour terminer, les deux acolytes, Jérémie, le Chef de la bande, raide comme la justice, à qui on obéissait les yeux fermés, et son second Jérôme, mauvais comme la gale, toujours prêt à contester, se fâcher ou rouspéter, mais intouchable car ayant l’entière confiance du Chef.

Donc sept paires de pieds firent un pas en avant comme un seul homme (et femme ! Pardon) et se mirent en devoir d’avancer vers la grotte. Honneur au chef et à son aide de camp ; Jérémie et Jérôme se contorsionnèrent pour éviter les ronces qui en barraient l’entrée ; On entendit alors deux exclamations de dépit suivies d’un « zut, ya eu un éboulement, on ne peut pas aller plus loin ! »

Et bien oui, l’entrée était là, mais de grotte, point. Un amas de grosses pierres avait fermé le passage. La petite bande en était pour ses frais. Et c’est une troupe de sept têtes basses qui repartit, maudissant Grégoire, l’historien, qui avait négligé un détail de taille !

Gill

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mercredi, 09 avril 2014

Un Printemps pas comme les autres

 En 25 minutes, écrire un texte sur le thème « Un printemps pas comme les autres »

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Un Printemps pas comme les autres

 

Il vient, il va, ce personnage.

Il apporte tant de bonheur

Qu’il remonte à fond tous les cœurs

Après une année de voyage.

 

Et oui, vous l’avez deviné :

Qui vous met sur l’escarpolette,

Verdit le pré de la guinguette ?

C’est le PRINTEMPS tout satiné.

 

Arrivé dès Janvier, la chance !

Ouvrant les portes des maisons,

Eteignant les derniers tisons,

Il a installé son ambiance.

 

Va-t-il durer ou capoter ?

Devenir saison malheureuse ?

Transformer les sentes visqueuses

En allées pour y cahoter ?

 

Son arrivée est-il présage

D’un été plutôt ambitieux

Ou bien maussade et pluvieux 

Qui met fin à tous les ramages ?

 

Mais les oiseaux braillent en chœur

La chanson « Que la vie est belle »,

Du pinson à la tourterelle

Ils s’époumonent avec bonheur.

 

Un « printemps » c’est le temps qui passe.

Il n’a cure de nos tourments.

Alors, profitons du moment.

Il faudra bien que je m’y fasse…

 

Mouty

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       Les fleurs des marronniers  avaient poussé en avance, cette année-là, et c’était un régal de voir leurs chandelles roses et blanches égayer (entre autres) les avenues de Bagneux et du XVème. Il faisait tellement beau ! Avec un ciel si bleu, si joyeux depuis la mi-avril ! Ce qui m’avait permis d’étrenner ma robe de grossesse « demi-saison », rose pâle et plissée devant, qui ne laissait rien ignorer de mon état. Dont d’ailleurs j’étais très fière ! Un premier, vous pensez… Aussi chaque jour je me promenais, hum, disons plutôt que j’arpentais le trottoir à grandes enjambées, depuis mon domicile jusqu’à la Porte d’Orléans. Quatre bons kilomètres aller et retour. On m’avait dit :(le dit-on encore ?) : « Les derniers mois, il faut marcher, c’est important ! ».Alors j’y allais de bon cœur, j’y passais des heures.

       Parce que, pour tout dire, je n’avais aucune envie de rester enfermée à la maison. D’abord il faisait trop beau pour ça ; ensuite j’avais tricoté assez de brassières pour habiller toute la crèche municipale ; et surtout…je m’ennuyais, seule, toute la journée, mon jeune mari ne bénéficiant, lui, d’aucun congé-maternité.

       Alors je me promenais. Et mes pas me conduisaient chaque jour un peu plus loin, dépassant la Porte d’Orléans jusqu’à parvenir, un beau jour, à Denfert-Rochereau. Sauf que ce beau jour-là, le célèbre lion avait visiblement du mal à sommeiller comme d’habitude, à cause du vacarme et de l’agitation qui régnaient autour de lui.

        J’avais vingt ans, j’étais ravie. Un peu effrayée certes, mais ravie quand même. Une porte cochère m’ayant fourni un abri jugé imprudemment suffisant, j’assistai dès lors à un spectacle fantastique : des centaines de jeunes couraient, criaient, lançaient des pavés arrachés aux rues avoisinantes…aussitôt poursuivis par un bataillon de CRS bottés, casqués, armés de matraques, de boucliers et de bombes lacrymogènes. « Est-ce une révolte ? Non Sire, une révolution. » Génial.

       La révolution se rapprochant dangereusement de mon abri et l’ambiance se faisant de plus en plus chaude, je décidai d’opérer une retraite stratégique et de rentrer chez moi. Ce qui me prit pas mal de temps à force d’essayer d’éviter le théâtre des combats, très étendu cependant.

 Le soleil venait de se coucher lorsque j’arrivai enfin, complètement crevée, et prête à recevoir un bon savon-somme toute mérité- par mon mari, rentré du boulot depuis longtemps. Ô surprise il n’en fit rien, bien trop impatient qu’il était de m’apprendre la grande nouvelle : « Tu sais quoi ? A partir de demain, c’est la Grève Générale ! Et elle durera jusqu’à la Victoire ! »

      Chic ! Je ne l’écoutais plus que d’une oreille me raconter les meetings et AG qui avaient occupé sa journée, jubilant en revanche en mon for intérieur. Chic chic chic ! Il allait rester avec moi et nous irions désormais ensemble aux manifs !! Que de moments exaltants en perspective ! Sauf…

         Sauf que le lendemain matin, à cinq heures et avec quinze jours d’avance comme les marronniers  naissait mon fils aîné, qui, dès cet instant, dormirait toujours un poing serré posé près de sa tête.

            C’était le 13 Mai 1968.

 

         El Pé

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Odeon-Mai1968

wikimédia

 

Un nuage de gaz autour de moi, le nez qui pique, les yeux qui pleurent, une énergie hors du commun, des rêves de changement, une excitation jamais ressentie depuis et une tendresse particulière, gardée dans mon cœur depuis 45 ans pour ce Printemps-là, un printemps pas comme les autres.

Jeune fille sérieuse, élève appliquée et consciencieuse à l’école, au lycée, à la fac, je commençais tout juste à travailler. Ma famille m’avait appris à ne pas revendiquer tout le temps et pour tout, mais simplement pour ce qui en valait la peine. J’avais le goût du travail bien fait ancré dans l’âme et je faisais ce que j’avais à faire sérieusement, sans contester.

Quand soudain, en ce printemps-là, la revendication commença sur les bancs de la faculté, pour courir partout dans les usines, les bureaux, les familles, bref, partout dans Paris, puis peu à peu dans toute la France. Et je réfléchis à tout ce que j’entendais et je me dis, moi aussi, qu’il y avait des choses, beaucoup de choses à changer. Et je fis la grève, comme tout le monde, et c’est ainsi que je me retrouvai au Quartier Latin, dans les rues dépavées, pleurant dans les effluves des gaz lacrymogènes, la main dans la tienne, devant des rangées de militaires casqués chargés de maintenir l’ordre dans un Paris devenu anarchiste.

J’ai vu la Sorbonne menacée d’incendie, le théâtre de l’Odéon abritant un ramassis de militants aux discours enfiévrés et revendicateurs. J’ai écouté bien des orateurs ventant les mérites de changements et de vie meilleure. J’ai vécu des embouteillages monstrueux sur la place de la République où l’on voyait la police capituler et l’automobiliste lambda régler la circulation.

La révolution prenait des allures de fête en ce magnifique mois où le soleil brillait autant que les idées nouvelles.

Puis les esprits se sont calmés et la vie a repris avec quelques changements quand même. Maintenant j’ai vieilli et j’ai vu d’autres grèves, entendu d’autres revendications, mais je n’ai jamais plus ressenti un tel élan collectif qu’en ce drôle de printemps, qu’en ce mois de mai 1968.

Gill

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lundi, 07 avril 2014

Limerick

Pour nous associer à la semaine de la langue française, nous allons écrire au moins deux limericks, en y introduisant le plus possible de mots contenus dans la liste « dis-moi dix mots »

Hurluberlu  /  timbrée  /  à tire-larigot  /  charivari  /  fariboles  /  ambiance  /  ouf  /  tohu-bohu  /  s’enlivrer  /  zigzaguer

Un limerick est un poème humoristique, à l'origine en anglais, de 5 vers rimés (rimes aabba)

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La pluie tombe à tire-larigot,

C’est bien la fin des haricots.

Un immense charivari

Dans lequel le vent pleure et crie.

Je me noie dans un verre d’eau.

 

Je me retrouve un peu timbrée

Après m’être bien enlivrée.

Je suis vraiment hurluberlue

Dans cet affreux tohu-bohu.

Je suis hagarde, voire soulée.

 

La fête est d’une folle ambiance,

Il faut pourtant que je m’y lance.

C’est un enfer, un lieu de oufs

Et il me tarde de dire « ouf ».

Je n’ai plus l’impression d’être en France.

 

Tout cela n’est que fariboles,

Les acteurs ne sont pas très drôles.

Je vais marcher et zigzaguer

Dans un marécage endigué,

Ou bien danser la farandole.

 

Mouty

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Un jeune et fringant hurluberlu

Au piano créait un joyeux tohu-bohu

Pas question pour lui de s’enlivrer

Car entre les notes ne pensait qu’à zigzaguer

En s’accompagnant d’une voix gaie et pointue.

Gill

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Cette nuit j’ai fait un rêve idiot

Je hurlais dans la nuit à tire-larigot

Des lumières scintillaient dans une folle ambiance

Et je me trémoussais sans aucune décence

Au réveil, de ces fariboles à personne n’ai dit mot.

Gill

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Quel est ce charivari ?

Se dit Ramina à moitié endormi

C’est Médor, chien un peu timbré

Qui aboie, troublant sa tranquillité.

Ouf ! Heureusement, c’est déjà fini.

Gill

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