Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

mercredi, 09 avril 2014

Un Printemps pas comme les autres

 En 25 minutes, écrire un texte sur le thème « Un printemps pas comme les autres »

                             -----------------------------------------------------

 

coeur,année,voyage,printemps,mai,1968

freepik

 

 

Un Printemps pas comme les autres

 

Il vient, il va, ce personnage.

Il apporte tant de bonheur

Qu’il remonte à fond tous les cœurs

Après une année de voyage.

 

Et oui, vous l’avez deviné :

Qui vous met sur l’escarpolette,

Verdit le pré de la guinguette ?

C’est le PRINTEMPS tout satiné.

 

Arrivé dès Janvier, la chance !

Ouvrant les portes des maisons,

Eteignant les derniers tisons,

Il a installé son ambiance.

 

Va-t-il durer ou capoter ?

Devenir saison malheureuse ?

Transformer les sentes visqueuses

En allées pour y cahoter ?

 

Son arrivée est-il présage

D’un été plutôt ambitieux

Ou bien maussade et pluvieux 

Qui met fin à tous les ramages ?

 

Mais les oiseaux braillent en chœur

La chanson « Que la vie est belle »,

Du pinson à la tourterelle

Ils s’époumonent avec bonheur.

 

Un « printemps » c’est le temps qui passe.

Il n’a cure de nos tourments.

Alors, profitons du moment.

Il faudra bien que je m’y fasse…

 

Mouty

________________________________

 

coeur,année,voyage,printemps,mai,1968

freepik

 

 

       Les fleurs des marronniers  avaient poussé en avance, cette année-là, et c’était un régal de voir leurs chandelles roses et blanches égayer (entre autres) les avenues de Bagneux et du XVème. Il faisait tellement beau ! Avec un ciel si bleu, si joyeux depuis la mi-avril ! Ce qui m’avait permis d’étrenner ma robe de grossesse « demi-saison », rose pâle et plissée devant, qui ne laissait rien ignorer de mon état. Dont d’ailleurs j’étais très fière ! Un premier, vous pensez… Aussi chaque jour je me promenais, hum, disons plutôt que j’arpentais le trottoir à grandes enjambées, depuis mon domicile jusqu’à la Porte d’Orléans. Quatre bons kilomètres aller et retour. On m’avait dit :(le dit-on encore ?) : « Les derniers mois, il faut marcher, c’est important ! ».Alors j’y allais de bon cœur, j’y passais des heures.

       Parce que, pour tout dire, je n’avais aucune envie de rester enfermée à la maison. D’abord il faisait trop beau pour ça ; ensuite j’avais tricoté assez de brassières pour habiller toute la crèche municipale ; et surtout…je m’ennuyais, seule, toute la journée, mon jeune mari ne bénéficiant, lui, d’aucun congé-maternité.

       Alors je me promenais. Et mes pas me conduisaient chaque jour un peu plus loin, dépassant la Porte d’Orléans jusqu’à parvenir, un beau jour, à Denfert-Rochereau. Sauf que ce beau jour-là, le célèbre lion avait visiblement du mal à sommeiller comme d’habitude, à cause du vacarme et de l’agitation qui régnaient autour de lui.

        J’avais vingt ans, j’étais ravie. Un peu effrayée certes, mais ravie quand même. Une porte cochère m’ayant fourni un abri jugé imprudemment suffisant, j’assistai dès lors à un spectacle fantastique : des centaines de jeunes couraient, criaient, lançaient des pavés arrachés aux rues avoisinantes…aussitôt poursuivis par un bataillon de CRS bottés, casqués, armés de matraques, de boucliers et de bombes lacrymogènes. « Est-ce une révolte ? Non Sire, une révolution. » Génial.

       La révolution se rapprochant dangereusement de mon abri et l’ambiance se faisant de plus en plus chaude, je décidai d’opérer une retraite stratégique et de rentrer chez moi. Ce qui me prit pas mal de temps à force d’essayer d’éviter le théâtre des combats, très étendu cependant.

 Le soleil venait de se coucher lorsque j’arrivai enfin, complètement crevée, et prête à recevoir un bon savon-somme toute mérité- par mon mari, rentré du boulot depuis longtemps. Ô surprise il n’en fit rien, bien trop impatient qu’il était de m’apprendre la grande nouvelle : « Tu sais quoi ? A partir de demain, c’est la Grève Générale ! Et elle durera jusqu’à la Victoire ! »

      Chic ! Je ne l’écoutais plus que d’une oreille me raconter les meetings et AG qui avaient occupé sa journée, jubilant en revanche en mon for intérieur. Chic chic chic ! Il allait rester avec moi et nous irions désormais ensemble aux manifs !! Que de moments exaltants en perspective ! Sauf…

         Sauf que le lendemain matin, à cinq heures et avec quinze jours d’avance comme les marronniers  naissait mon fils aîné, qui, dès cet instant, dormirait toujours un poing serré posé près de sa tête.

            C’était le 13 Mai 1968.

 

         El Pé

__________________________________

 

Odeon-Mai1968

wikimédia

 

Un nuage de gaz autour de moi, le nez qui pique, les yeux qui pleurent, une énergie hors du commun, des rêves de changement, une excitation jamais ressentie depuis et une tendresse particulière, gardée dans mon cœur depuis 45 ans pour ce Printemps-là, un printemps pas comme les autres.

Jeune fille sérieuse, élève appliquée et consciencieuse à l’école, au lycée, à la fac, je commençais tout juste à travailler. Ma famille m’avait appris à ne pas revendiquer tout le temps et pour tout, mais simplement pour ce qui en valait la peine. J’avais le goût du travail bien fait ancré dans l’âme et je faisais ce que j’avais à faire sérieusement, sans contester.

Quand soudain, en ce printemps-là, la revendication commença sur les bancs de la faculté, pour courir partout dans les usines, les bureaux, les familles, bref, partout dans Paris, puis peu à peu dans toute la France. Et je réfléchis à tout ce que j’entendais et je me dis, moi aussi, qu’il y avait des choses, beaucoup de choses à changer. Et je fis la grève, comme tout le monde, et c’est ainsi que je me retrouvai au Quartier Latin, dans les rues dépavées, pleurant dans les effluves des gaz lacrymogènes, la main dans la tienne, devant des rangées de militaires casqués chargés de maintenir l’ordre dans un Paris devenu anarchiste.

J’ai vu la Sorbonne menacée d’incendie, le théâtre de l’Odéon abritant un ramassis de militants aux discours enfiévrés et revendicateurs. J’ai écouté bien des orateurs ventant les mérites de changements et de vie meilleure. J’ai vécu des embouteillages monstrueux sur la place de la République où l’on voyait la police capituler et l’automobiliste lambda régler la circulation.

La révolution prenait des allures de fête en ce magnifique mois où le soleil brillait autant que les idées nouvelles.

Puis les esprits se sont calmés et la vie a repris avec quelques changements quand même. Maintenant j’ai vieilli et j’ai vu d’autres grèves, entendu d’autres revendications, mais je n’ai jamais plus ressenti un tel élan collectif qu’en ce drôle de printemps, qu’en ce mois de mai 1968.

Gill

______________________________________

 

 

Les commentaires sont fermés.