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dimanche, 19 janvier 2014

A la manière de Georges Pérec

 

partir

 

« Plaisir d’écrire » vous souhaite

une

très bonne année 2014

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la lettre manquante

En 20-25 minutes, écrire un petit texte ne comportant pas de « E » et commençant par « partir »

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Partir solo, ou à trois ou à dix, mais partir ! Voir l’azur du Sahara, un lion au Congo, un boa constrictor qui dort, voir un magot à Gibraltar, un orang-outan à Sumatra, voir l’inconnu jamais vu jusqu’à l’instant. Parcourir Burundi, Rwanda, Botswana, photographiant à tout va ! Partir, jouir d’un pays lointain, Maroc aux parfums subtils, Mali aux baobabs à griots, Ghana au doux cacao, Rio,  samba,  carnaval.

Mais ici, qu’y a-t-il ? Il y a mon amour, charmant, aimant, rassurant ; Tout pour moi. Alors partir solo, non, mais duo, oui.

Gill

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je me souviens…..

Après avoir cherché plusieurs phrases commençant par « je me souviens », en choisir une et en 20minutes développer ce souvenir.

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partir

wikimédia

 

         Je me souviens… des larmes d’un légionnaire

       30 Avril 1962. Il fait nuit. Ma cousine Marguerite et moi venons de pénétrer dans la cour d’honneur de la Légion Etrangère. A Sidi-Bel-Abbès, comme il se doit. Normal puisque nous vivons dans cette ville depuis notre naissance…

   Nous ne sommes pas venues seules, oh, ça ne risquait pas ! Quels parents inconscients auraient laissé deux gamines de quatorze ans se balader seules dans les rues le soir ? Pas les nôtres en tout cas, terrorisés qui plus est par la folle témérité de leur progéniture ! Entre FLN et OAS, le danger est partout ! Mais nous, les gosses, n’en n’avons cure, bien trop excitées au contraire par l’atmosphère de guerre qui règne depuis plusieurs mois, depuis que la situation s’est brusquement aggravée de par l’affrontement des forces en présence, comme il est dit sur Radio Alger. Au cœur de cette tension, palpable, Maguite et moi nous prenons carrément pour des héroïnes. Tout droit sorties d’un roman d’aventures ou plus exactement d’un de ces magazines illustrés que l’on s’échangeait le Jeudi et qui ne portaient pas encore le nom de « bandes dessinées ». Tout ça pour dire qu’au lieu de jouer les trompe-la-mort ainsi que nous l’avions projeté, c’est dans la 4CV-d’un vert pas du tout militaire- de mon père que nous sommes arrivées, un chouïa un retard vu que la Titine, comme d’habitude, n’avait daigné démarrer qu’au dixième(au moins) coup de manivelle…

      Et il y a un monde fou dans la cour ! ! Ma parole, tout Bel-Abbès s’y est donné rendez-vous ! Pour célébrer sans nul doute ce que tout le monde pressent être le dernier Cameron en Algérie. Cameron, autrement dit, l’anniversaire d’une célèbre bataille livrée au Mexique, au cours de laquelle, un siècle auparavant, des légionnaires s’étaient illustrés en se faisant massacrer, jusqu’au dernier. Honneur de la Légion, elle-même fierté de notre ville.

   Depuis toujours, une retraite aux flambeaux avait lieu tous les 30 Avril, date anniversaire donc, dans les rues . Mais pas cette année, à cause des « évènements ». Voilà pourquoi plusieurs milliers de personnes, pressées comme des sardines, écoutent religieusement le récit de l’épopée héroïque entrecoupé, de temps à autre, par la musique de la Légion.

 Et soudain…Le Boudin. « Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin… » Son hymne. Notre hymne. Dont toutefois, et jusqu’alors, les paroles m’ont toujours fait rire. Irrévérencieusement. Mais voilà que tous les bel-abbèsiens se mettent à chanter en chœur. Moi avec, bien qu’un demi-ton au dessus de l’octave requis, mais qu’importe ! D’autant qu’une belle voix grave, toute proche, couvre opportunément la mienne, avec une conviction incroyable. Charmée, je lève les yeux. La voix aux accents de certitude appartient à un capitaine. Et des larmes, un torrent de larmes, ruissellent sur son visage,sans retenue, tandis qu’il chante…

      C’est le 30 Avril 1962 aux alentours de 22heures, que j’ai cessé d’être une enfant en plongeant brutalement dans la réalité. La mienne, et surtout celle des autres. J’ai soudain pris conscience que la guerre n’était pas un jeu mais une innommable saloperie, engendrant des drames, plus horribles les uns que les autres. Le capitaine perdait ses illusions, les gens tout ce qui avait constitué leur existence, et moi, sous peu, ma terre natale. La guerre, ce n’était que souffrances et déchirements, voilà la sinistre vérité. Je restais là, immobile, muette, la gorge serrée, regardant fixement le Monument aux Morts trônant à l’entrée de la caserne- monument pourtant si familier-qui venait soudain de prendre toute sa signification.

          Je ne l’ai plus jamais oubliée, grâce aux larmes d’un légionnaire.

                                                                       El Pé

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Photos Oran
Cette photo de Oran est fournie gracieusement par TripAdvisor

 

Premier vol

Je me souviens de mon premier vol en avion. 1967, achat de mon billet avec un de mes premiers salaires. Direction l’Algérie, Oran pour être plus précise ; pays inconnu pour moi mais accueillant puisque ma sœur, institutrice, mariée à un officier marinier basé pour l’heure à Mers El Kébir, m’y attend. Conditions idéales pour des vacances de rêve.

L’Algérie de cette époque, c’est l’Algérie des premières années d’indépendance, l’Algérie où les Français coopérants sont bien accueillis.

Début du voyage : Orly. Avant même d’avoir posé un pied dans la carlingue, rien qu’à l’idée de me trouver en suspension dans l’air, je suis saisie d’une terrible angoisse. Cette peur insurmontable, irraisonnée et sans fondement va gâcher ce premier vol et m’empêcher d’apprécier ce tranquille voyage de deux heures comme j’aurais pu.

Stressée sur mon siège, à l’affût de tous les bruits, scrutant l’expression de tous les visages qui m’entourent, je m’attends presque à une catastrophe imminente, quand on nous distribue des formulaires à remplir pour entrer sur le territoire algérien : état civil, devises en notre possession et surtout adresse du lieu de notre séjour qu’évidemment, je ne connais pas exactement ; j’indique donc simplement le nom de la ville, Aïn-El-Turk. Puis commence la descente sur Oran et l’avion se pose sans problème. Ouf ! Mon calvaire se termine.

Et bien non, les tracasseries continuent. A un contrôle, un agent étudie ma carte d’identité d’un air soupçonneux, me prie de le suivre dans un bureau vitré où l’on me questionne sur l’objet de ma visite, l’adresse exacte où je me rends, ma profession, kinésithérapeute, mot ô combien barbare à cette époque et dans ce pays, enfin bref,  j’ai l’impression qu’on voit en moi une passagère suspecte et qu’on ne va plus me lâcher. Ne sachant plus que faire, je sens une vague inquiétude m’envahir quand soudain j’aperçois, à travers la vitre, ma sœur qui m’attend. La désignant aux agents inquisiteurs, je leur explique qu’elle et son mari sont coopérants dans le pays et que je vais en vacances chez eux. Après vérifications on nous laisse partir sans problèmes, moi rouspétant et disant : « mais qu’est-ce qu’ils sont chinois par ici ! » et ma sœur me chuchotant : « chut, chut, tais-toi, tu vas nous faire avoir des ennuis ; tu n’es pas en France mais en Algérie ». Oui, c’était la première fois que je sortais de France et je commençais à apprendre qu’ailleurs, on trouvait d’autres usages.

 Je n’ai jamais oublié ce premier vol. Et pourtant, maintenant, quand je passe les contrôles dans un aéroport, je me dis que les précautions de sécurité de cette époque étaient bien anodines par rapport à celles qui ont cours actuellement.

Gill

                                                                

 

 

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