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lundi, 14 mai 2012

J'ai croisé un regard

 

 

Ouvrir un livre au hasard et noter la première lettre en haut de la page de gauche. Recommencer l’opération afin d’obtenir 7 lettres. Trouver un mot avec ces lettres (possibilité de changer 2 lettres)

 

                               en 20-25mn, écrire un texte contenant les mots trouvés:

                             muscle, bile, doigts, lampes

   sur le thème suivant : « vous croisez un regard inconnu qui vous parle. Racontez »

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Photo  libre

 

 UN REGARD

 

 Je croise les doigts. Toutes les lampes de la ville viennent de s’éteindre. Je commence à me faire de la bile. Mon chien, sur le qui-vive, tend ses muscles. Une attente insupportable a succédé à un bien-être douillet et rassurant. L’écran noir de mon téléviseur reste muet. L’instant d’avant, j’avais croisé, au travers de cette fenêtre ouverte sur le monde, le regard d’une petite fille brune, belle comme une fleur. Un regard qui vous parle, dont on ne peut se détacher. Une interrogation innocente qui se scotche à votre pupille. Du velours, de l’espoir, de la confiance qui mérite d’être respectée. Son visage s’est effacé de l’écran, mais pas de ma mémoire. Il s’est imprégné sur ma rétine, dans mon cœur, sans que j’y prenne garde. « La petite fille au manteau rouge » me dis-je, ayant, malgré moi, baptisé le tableau. Elle voletait, légère, avec une grâce de libellule. Ses ailes transparentes frissonnaient au moindre souffle. Ma petite libellule, tu t’es évaporée comme dans un enchantement maléfique, mais je sens que les dieux te protègent. Je pense très fort à toi pour atténuer mon angoisse. Angoisse de la fin du jour ? De la fin du monde ? Une simple panne d’électricité ne va tout de même pas faire chavirer la terre ! Je te reverrai sûrement un jour : je demeure imprégnée de l’intensité de ton regard.

                        Mouty

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toutimages

 

 je ressens un besoin express de sortir, trouver un peu de calme de détente après cette journée chargée d'émotion , c'est vrai je me fais peut-être trop de bile pour peu de choses, je suis nouée comme un cep de vigne mes muscles tendus m'interpellent, allez, un tour au parc me fera le plus grand bien il est si apaisant ce parc avec ses parterres éclatant de fleurs ses arbres aux essences rares je l'adore et y marcher en longeant les allées bordées d'arbustes fleuris embaumant l'air m'enchante, avançant d'un pas tranquille  je vois venir vers moi une petite mémé  marchant à petits pas qui me regarde le visage tout plissé de mille petites rides, fière,  tête bien haute , dos droit mais c'est son regard vif pétillant de malice qui me scrute cherchant à me sonder qui m'interpelle plus elle s'approche et plus je remarque le bleu si intense de ses yeux accrochant les miens je me sens happée par ses yeux ils semblent ne plus vouloir me lâcher il veulent me parler ils me disent des choses mais quelles choses, je l'imagine sous une  lampe les soirs d'hiver ses doigts  tenant un ouvrage s'affairant dans sa maison à la préparation d'un bon gâteau pour la joie de ses petits enfants ,  nous nous dépassons et je me retourne pour voir si elle aussi fait la même chose  oui !!!!  l'espace d'un instant je le recroise son regard rieur puis elle disparaît au détour de l'allée j'ai l'impression que les yeux de cette mémé si expressifs me disent tout ce qu'elle a traversé durant son voyage sur terre,  sûrement  un parcours plein de joie de moments de bonheur bien rempli surement ce parcours mais aussi  avec tout  ce qu'on peut recevoir de  déception de chagrin j'ai l'impression  que tout cela  a glissé sur elle, passé sans la marquer, l'atteindre , cette femme est une sage, son regard me la dit, il faut savoir relativiser, prendre la vie comme elle vient, comme a dû le faire cette petite mémé aux regard si explicite .

                           Rina

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freepik

 

 

Regard félin

 

En attendant avec impatience que soit montée la cage aux fauves, je me remémore ma rencontre avec celui que j’ai hâte de revoir sur la piste.

 

Hier, en allant visiter la célèbre ménagerie du grand cirque de passage dans ma ville, je l’ai vu, élégamment assis à l’écart des autres, une balle jaune dans ses griffes. Sa belle tête semblait me fixer. Alors nos regards se sont croisés et ne se sont plus quittés pendant cinq bonnes minutes, le temps que j’y lise toute sa vie.       J’étais prêt à le plaindre car j’aurais compris qu’il soit déprimé, obligé de se montrer en train de faire le beau ou de sauter dans un cercle de feu, lui, le roi de la jungle, alors qu’il rêvait de courses et de grands espaces. Et bien figurez-vous que je me trompais. J’ai lu dans son regard tout autre chose. Il me disait : « Je suis né ici et n’ai jamais rien connu d’autre ; j’ai été élevé entre mon père et ma mère qui étaient déjà les vedettes du spectacle et étant lionceau, je voyais leurs yeux briller de plaisir quand crépitaient les applaudissements ; je rêvais moi aussi de devenir une vedette, de former un duo complice avec mon dompteur, un homme honnête et d’une grande patience qui savait tout obtenir par le jeu et les récompenses ». Enfin, avant que nos regards ne se quittent, ses yeux m’ont  dit qu’il était heureux et fier de ce qu’il faisait et qu’il espérait bien me voir au spectacle le lendemain afin de me faire admirer ses prouesses.

 

Voilà pourquoi aujourd’hui je suis si impatient et que mes doigts tapotent fébrilement mon genou.  La cage est enfin montée et seules quelques lampes restent allumées ; la musique s’arrête et je le vois entrer, majestueux, ses muscles souples entraînant son corps magnifique, ses yeux tournés vers moi, l’air triomphant. Je ne me fais pas de bile car je sais qu’il sera récompensé par un tonnerre d’applaudissements. Mais en le regardant évoluer, je me demande, l’espace d’un instant, si j’ai bien lu toute cette histoire dan son regard, ou celle que j’ai voulu y lire.

 

                 Gill

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     C’était pourtant un jour tout-à-fait ordinaire. Je m’en souviens très bien ; même si je n’avais  alors que deux ans.

      Ordinaire dans la mesure où à cet âge-là, tous les jours de l’année se ressemblent plus ou moins, sauf Noël et les anniversaires. Ce n’était ni l’un ni l’autre, rien qu’un Dimanche d’automne, mi-bile mi-gaîté, comme il en existe tant à Paris, tout au long de l’année.

       Qu’est-ce-qui a pris à mes parents de m’emmener au Jardin des Plantes cet après-midi là ? Alors que je jouais si bien avec Socrate, notre Berger des Pyrénées, entre les pattes duquel j’adorais disparaître, bien pelotonnée dans sa fourrure blanche. Socrate ! Ma cabane à moi, ma nounou, mon garde du corps, mon meilleur copain ! Oui, qu’est-ce-qui leur a pris ? Mais c’est toujours comme ça avec les grandes personnes : c’est lorsque l’on s’amuse le mieux qu’ils viennent nous enquiquiner ! Bref, c’est une gamine hurlante, puis chouineuse qu’ils trainèrent de force le long des allées du Jardin des Plantes. Une gamine que rien ne parvenait à dérider ; ni le manège, ni la barbe à Papa, ni le ballon rouge échappé d’ailleurs sournoisement juste après son acquisition. De guerre lasse, mon père proposa de visiter la Ménagerie, au grand dam de ma mère qui, de nature délicate, en redoutait particulièrement les odeurs musclées.

       Le destin prit soudain une accélération brusque.

La cage était située  au fond de la galerie (éclairée hélas par des lampes au néon), mais j’aperçus tout-de-suite son occupante. Ou plutôt le regard de celle-ci. Happée par ses yeux d’émeraude, je lâchai subrepticement la main de ma mère et courus vers la Panthère Noire. Là, les doigts agrippés aux barreaux, je plongeai mes yeux dans deux yeux verts magnifiques, tandis qu’une langue gigantesque me râpait doucement le visage. L’entrevue dura à peine trois ou quatre secondes. Je fus saisie par des tas de mains appartenant, entre autres, à ma famille, aux gardiens, au public, puis tirée violemment en arrière, parmi les cris d’effroi de tout ce beau monde. Mais ces quelques secondes avaient suffi.

       Le regard du fauve s’était imprégné en moi. Je pouvais voir désormais la jungle et la savane, les chasses excitantes et les siestes alanguies mais surtout je vivais le bonheur inouï de ressentir la parfaite élasticité, la parfaite puissance d’un corps splendide qui me hissait au rang des plus belles créatures du monde. Oui, car depuis lors, chaque nuit de pleine lune, je me transforme en panthère noire et parcours avec ivresse les rues de la ville. Jusqu’ici, personne ne s’est douté de quoi que ce soit. Sans doute parce qu’il ne m’est pas encore permis de chasser.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Ma mère chérie, ma mère féline avait eu le temps de me prévenir, autrefois : « Quand tu auras quatre ans, pas avant. »

         J’aurai quatre ans la semaine prochaine.

                              El Pé

 

  PS Avec un grand merci aux films : La Féline et Cat People qui eux, pour le coup, m’ont beaucoup imprégnée.

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