Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

lundi, 17 avril 2017

Et s'ils se rencontraient.......

Ecrivez un dialogue entre deux personnages célèbres tirés au sort

Relatez brièvement les circonstances de leur rencontre

Puis en 20 minutes, imaginez leur conversation

_______________________

            Louise.Michel.A                  Victor Hugo 001

                                              wikimédia                                                                             wikimédia

 

Et si c’était vrai…

La cellule est bien sombre. Louise Michel est assise sur un banc de pierre, accolé au mur. On l’a isolée de ses camarades. Rêve-t-elle ? Réfléchit-elle ? On ne sait pas. Soudain, derrière les barreaux de la porte, le maton- à coup sûr un Versaillais- lui lance rageusement : « Oh, la Mère Michel, une visite pour toi !! » Surprise, elle se lève, se dirige vers la porte, distingue la silhouette d’un homme dans le couloir. Quand il s’approche, elle reconnait Victor Hugo.

« -Vous ici ! Je n’aurais jamais pensé…Je vous croyais encore à Jersey…

-Chut !  Je viens en clandestin et incognito. Je ne vous aurais jamais laissée partir sans vous avoir vue !

-Ah…Mais pourquoi ? Si ma mémoire est bonne, nous ne nous sommes jamais rencontrés auparavant, n’est-ce-pas ?

-Non, c’est vrai, et c’est la raison pour laquelle je suis là. Je vous ai toujours suivie…de loin, en quelque sorte…

-Pour une surprise, c’est une surprise !

- Et vous m’avez tout-de-suite reconnu. Quel honneur pour moi !

- Vous plaisantez ! Qui ne reconnaitrait le Grand Homme ! Le Grand Poète, l’Ecrivain, le Républicain…mais jamais le révolutionnaire, toutefois. Je me trompe ?

-Non. Mais, vous me le concèderez, on peut mécontenter les puissants et le payer très cher…bien que n’étant pas révolutionnaire.

-Oh, ce n’était pas un reproche !

-Je n’en doute pas. Ce que j’aime en vous, Louise, outre votre indéniable sincérité, c’est l’alliance de la passion et de la tendresse. Vous savez, vous étiez toujours une maitresse d’école, même sur les barricades à Montmartre !

- Les barricades. Un peu comme votre Gavroche. Je l’aimais tant ce gosse…

- Moi aussi. Il n’a jamais existé, mais en même temps, il est la somme de tous les gamins de Paris…mais je ne suis pas venu pour parler littérature. Le temps presse !

- Le gardien ?

-Oui. Il ne m’a octroyé que quelques minutes…moyennant finance, bien entendu… Mais de toutes façons, je reviendrai, je vous le promets.

-Hélas c’est impossible. Nous partons demain matin  pour la Nouvelle Calédonie.

- Déjà !! Je ne vous reverrai donc plus, Louise ! Alors, entendez ces mots, que je murmure avec crainte, car ils proviennent  d’un vieil homme, qui a beaucoup aimé les femmes…

- Et fut beaucoup aimé d’elles, je crois…

-Peut-être. Quoiqu’il en soit, croyez-moi, Louise, je vous en supplie : Vous n’avez plus cessé d’habiter mon cœur et mon esprit depuis ce jour où, mêlé par hasard à la foule qui saluait chacun de vos propos, je vous ai vue. Vous étiez magnifique, debout sur cette estrade improvisée, découpée sur le bleu du ciel, vos paroles pénétraient en moi, comme des rayons de feu et de miel.

         Dès ce jour, je n’ai plus cessé de vous aimer, Louise. Tout simplement.

-Moi, c’est depuis les premiers mots que j’ai lus de vous que je vous aime, tout simplement. Et je ne vous oublierai jamais. Adieu Victor.

-Adieu mon aimée. »

      Car le gardien, surgissant de la nuit, vient de mettre fin à la visite.

 

              El Pé

_____________________________

 

                             

dimanche, 16 avril 2017

Printemps en cadavre exquis

Faisons un cadavre exquis 

 

Chacune écrit une phrase sur le thème du printemps puis passe la feuille à sa voisine, laquelle écrit une phrase en rapport avec la première.

On plie la feuille de manière à cacher la première phrase et laisser la seconde visible puis on passe la feuille à sa voisine qui va écrire une phrase en rapport avec celle qui précède.

La feuille tourne ainsi de suite en laissant uniquement la phrase précédente visible.

A la fin, chacune déplie sa feuille, lit le résultat pour juger de la cohérence du texte qui en résulte.

_____________________________

 

Le printemps est arrivé, la belle saison

J’ai des envies d’évasion

Des évasions…où ? Le train est cher, l’avion tombe

Et le vélo alors, cent kilomètres par jour, c’est faisable

Moi, je préfère la marche à pieds

Si c’est pour ramasser des asperges, d’accord, sinon repos dans un fauteuil

Ou des fraises des bois ou des poireaux de campagne

Ou des tomates juteuses

Des tomates sans goût qui viennent d’Espagne, pouah !

Bof, on peut les utiliser pour faire une ratatouille

Faut-il encore aimer autre chose que les pommes de terre

J’aime presque tout quand ce n’est pas moi qui cuisine

________________________________

 

Le printemps m’ennuie, j’éternue, je mouche

Sûr, les mouches arrivent et même les moustiques

Ils s’apprêtent à nous piquer avec délice

Les moustiques arrivent, à moi fly-tox !

Fly-tox, c’est le nouveau nom de Robin des Bois ?

Non c’est le cousin d’Exterminator

Papillons, oui, moustiques araignées, non !

Ah je vois, que des insectes sympas, genre coccinelles

Ou moins sympas, comme les guêpes

Et les frelons, alors, on les ignore ?

Bzz, bzz, les abeilles !! Attention, ne pas confondre

Ah le miel qui fond dans la bouche, le bonheur

_______________________________

 

Le printemps a des bonheurs mais vivement l’été

Oui, mais dès le 21 Juin, les jours raccourcissent

Avant cette date, nous allons profiter de longues soirées

Les soirées longues sont occupées par une télé stupide

On peut aussi se balader au clair de lune, en plus c’est gratuit

Ou prendre un bain de minuit

L’eau est bien fraiche pour mes vieux os, pas question de sortir le maillot de bain

Et dire que certains se baignent le jour de Noël, à Valras ! J’en connais, et pas très jeunes !

Il y a toujours des fous partout !

Les gens sages restent chez eux et vivent vieux

Certes. Mais les voyages forment la jeunesse.

_________________________________

lundi, 03 avril 2017

la réunion tourne mal

Un jeu nous a permis de trouver les six mots suivants

irrespectueuse   adrénaline   correction

irrationnellement   dégraisser

 

Sur un papier, écrire trois mots d’objets pouvant se trouver dans un salon (meubles, bibelots, objets décoratifs…) puis tirez-en un au sort et choisir un des objets qui s’y trouvent.

 

En 20 minutes imaginez un texte raconté par l’objet choisi, comportant les mots trouvés, dont le thème sera le suivant :

Une réunion de famille ou d’amis dégénère en drame

----------------------------------

The Lady and the unicorn Touch

wikimédia

 

TEMOIN *

Les Riches Heures du Duc de Berry. C’est mon nom. La moindre des corrections, n’est-ce-pas, étant de commencer par se présenter. Oui en effet, je suis une tapisserie. Oh, pas l’original, évidemment, une simple reproduction, mais plutôt réussie ( au niveau des couleurs, je veux dire). Celle où l’on voit la licorne blanche…qui ne s’en remet pas d’ailleurs, la pauvre, depuis le drame. Elle est si sensible !

     Parce que oui, j’ai assisté à un drame. J’en suis, je me dois de le préciser, le seul témoin.

      Hier soir Jérôme, propriétaire des lieux et le mien en l’occurrence, réunissait, comme chaque mardi, dans son salon, trois de ses amis pour faire une partie de  poker. D’habitude, ça se passe bien. Irrationnellement pas hier. Pourquoi ? On est encore à s’interroger, la licorne et moi. L’alcool, bien sûr…

     A cause d’une parole irrespectueuse sans doute, émise par le dénommé Marcel ? : « Oh Gégé, tu espères nous dégraisser, avec ta minable petite paire de huit ? »  Il est indéniable que le Marcel en question est un tantinet vulgaire, mais de là à prendre la mouche comme l’a fait Gégé !! « C’est moi que tu traites de minable, tête de c.., tu t’es regardé ? », bref, ils se sont mis à s’insulter, des mots que je ne peux décemment pas répéter, pas devant une licorne ! Quoiqu’il en soit, le ton a beaucoup monté, l’adrénaline aussi.... Des mots, ils en sont venus aux mains et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le salon est devenu un véritable champ de bataille. Tout était saccagé. Une horreur.

    C’est alors que le pauvre Pierre-Henri, celui que je préfère, tant il est distingué, lui,  en a pris plein la tête, tandis qu’il tentait de trouver un abri sous ce qui restait de table. Plein la tête de chevrotines. Car Jérôme était allé chercher son fusil de chasse. Après, ce fut le tour de Gégé. Puis de Marcel. Mais ce dernier, bien que touché à mort, eut le temps de lancer son cran d’arrêt …qui transperça le cou de Jérôme. Les deux amis ont expiré en même temps, ce qui est bien émouvant, quand on y pense.

     Et voilà. Il est maintenant huit heures. Le soleil s’est levé. La femme de ménage ne va pas tarder à arriver.

        Elle va hurler en découvrant le carnage.

 L’avantage d’être une tapisserie est sans conteste le self control que notre statut nous enjoint de garder en toutes circonstances. Et puis finalement, mon cher Duc, n’est-ce-pas tout simplement une scène de chasse ? Ordinaire.

 

  El Pé

*En hommage à «  WHITNESS », avec ce cher, cher Harrison Ford que j’adore.

______________________________________

réunion,amis,famille,correction,dégraisser,adrénaline,irrespectueuse,irrationnellement

pixabay

 

Mondanités et pugilat

Je savoure mes derniers instants de tranquillité avant la réception. J’ai été nettoyé, dégraissé – et oui, les enfants goûtent souvent sur moi et vous savez ce que c’est, une tartine beurrée est si vite tombée –et j’attends avec courage et résignation tous les postérieurs qui vont m’écraser pendant des heures.

Après le rush des amis, les politesses d’usage, les compliments sur la bonne mine des hôtes, les cadeaux traditionnels, fleurs pour elle et bouteille de Johnnie Walker pour lui, la conversation s’engage, le verre à la main. On mange, on rit, on commente les dernières nouvelles et….. on boit. Armand, comme à son habitude, raconte la dernière blague à la mode, et Noémie, sa femme, comme à son habitude, coupe ses effets et se met à parler sérieusement de sa maison d’édition, des dernières corrections qu’elle a apportées au manuscrit de Ludivine, ennuyant tout le monde. Je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, irrationnellement, je me sens saisi par une terrible angoisse. J’avais raison, l’alcool aidant, le ton monte. Paul accuse Noémie d’être irrespectueuse avec Armand qui lui rétorque qu’il n’a rien à dire à sa femme et se lève d’un bond, saisi d’une bouffée d’adrénaline. J’ai l’impression qu’il n’est pas dans son état normal car il retombe lourdement sur moi, m’étouffant de son poids au passage avant de se remettre debout. A mon avis, le pugilat n’est pas loin.

Les deux hommes face à face se toisent et tout à coup le bras d’Armand se détend et son poing va s’écraser sur le nez de Paul qui s’écroule, heurtant de la tête la table basse en face de moi. Du sang coule de son nez, de son front, il l’essuie, tente de s’appuyer sur moi pour se relever, me maculant de trainées rouges et dégoûtantes, avant de retomber sur le sol, inerte. J’ai des nausées, je ne supporte pas la vue du sang. Alors, en avoir sur moi, vous pensez ! Le chat et le chien, affolés par les cris me sautent dessus, l’un bavant, l’autre griffant ma peau délicate. Avec abnégation, je supporte tout car je m’inquiète pour le pauvre Paul, jusqu’à ce qu’enfin, il ouvre les yeux. Ouf, il n’est pas mort, le vrai drame a été évité de justesse. On le relève, on l’allonge sur moi, on le panse puis finalement on l’emmène pour le ramener chez lui. A mon avis, il aura besoin d’un bon repos. Puis ceux qui restent commentent, analysent, critiquent d’un air sentencieux, avant, ENFIN, de quitter les lieux.

Maintenant que tout le monde est parti, que cette soirée affreuse est terminée, je suis au calme mais je crois quand même que j’aurai du mal à m’en remettre car je reste écœuré, meurtri, maculé et je me demande si je retrouverai mon lustre d’antan.

Gill

______________________________

 

 

Dis-moi dix mots 2017

Dis-moi dix mots….. sur la toile

 

Pour nous associer à la semaine de la langue française, nous avons suivi la consigne suivante

Ecrire un texte contenant le maximum de mots sélectionnés cette année

 

émoticône   fureteur   avatar   favori   canular

nomade   héberger   nuage   télésnober   pirate

------------------------------

 

Maman dit que je télé snobe tout le monde. C’est même pas vrai. C’est juste que je trouve mon I Phone vachement plus intéressant. C’est tout. Ouais quoi. D’abord c’est un nomade, ce qui fait que je peux l’emmener partout avec moi, c’est cool. Même dans le métro. Surtout dans le métro. Essayez de converser avec quelqu’un dans le métro, vous m’en direz des nouvelles…tandis qu’avec un mail, court, suivi de quelques émoticônes appropriés, on a tout dit en dix secondes…

J’aime bien aussi me tenir au courant des derniers canulars et en diffuser de mon invention. C’est super marrant et dingue comme une rumeur- par exemple que Britney Spears vient d’accoucher de quintuplés ou qu’on a découvert des bacilles du charbon dans des bouteilles d’une eau minérale très connue- peut faire le tour de la planète en moins d’une heure. Mortel. Je kiffe.

       En fait, ce que Maman ne sait pas, c’est que je peux, si je veux, changer le monde ! Vu que plus personne n’est capable de démêler le vrai du faux…

      Même moi. D’ailleurs, il me vient un doute terrible, là : C’est moi qui écris ou mon avatar ? Impossible de répondre. Génial, non ? MDR.

            El Pé

______________________________

 

Derrière la toile

Il s’est créé un avatar pour pouvoir se sentir tout-puissant dans les relations virtuelles. Maladivement timide, il bafouille dès qu’il doit prendre la parole, rougit dès qu’on le regarde, pâlit à la moindre question, perd tous ses moyens en présence de quelqu’un.

Derrière son écran, il peut tout faire avec aplomb, envoyer des canulars à tout son carnet d’adresse assortis d’autant d’émoticônes voulus, stocker autant de favoris souhaités pour visiter inlassablement les mêmes pages, fureter sur tous les sites qu’il n’oserait jamais consulter si l’on connaissait son identité et discuter virtuellement sur tous les réseaux sociaux. Il a alors l’impression d’avoir beaucoup d’amis. Il a même ouvert, sous un pseudo, un blog hébergé par le Midi-Libre où il peut faire paraître, sous couvert d’anonymat, tous les récits plus fous les uns que les autres qu’il écrit.

Quoi de plus facile que de surfer sur la toile presqu’en permanence avec tous les appareils nomades à sa disposition.

Ce dont on ne peut pas l’accuser, c’est d’être un pirate informatique. Ce n’est pas qu’il ne le voudrait pas mais il ne sait pas le faire. La seule chose qu’il s’interdit, c’est de télésnober et d’ignorer les autres. Il n’est pas encore complètement accro. Sa timidité le fait alors s’enfermer dans un mutisme poli, donnant l’impression qu’il est un peu dans les nuages.

Gill

___________________________________

 

 

jeudi, 23 mars 2017

Quel Au-delà?

En 30 minutes, écrire un texte sur le sujet :

Si l’au-delà existait, pour vous que serait-il ?

-------------------------

 

Un de nos jeune lecteurs, Mark, a été inspiré par notre consigne et c'est avec plaisir que nous vous invitons à découvrir son texte.

 

patient sur lit.jpg

 

PEETAYABLE,

VIENS

 

Une nouvelle de Mark K.

 

    Je me réveille, puis je vois que je suis allongé sur un lit d’hôpital. Mais soudain, j’ai du mal à respirer. J’entends le son continu émis par la machine qui indique mon pouls, ce qui veut dire que mon cœur a cessé de battre. Je pousse un long souffle, je sais que tout est fini, et tout disparait.

      Je suis à présent de nouveau allongé, mais sur un sol à la fois dur et tendre. Je ne sais pas comment, mais je me trouve dans une position assez confortable, très confortable même. Je peux, si je le veux, rester en cette position pendant des heures, des jours, des années peut-être … mais je décide d’ouvrir les yeux. Je vois que je me trouve dans un endroit familier, je le sais, mais je n’arrive pas à le reconnaître. En tout cas, il est doté d’étranges modifications. Il n’y a que la tendre herbe du printemps et les arbres autour. Soudain, une révélation m’apparait. Je reconnais la clairière. Ma clairière. Je m’y étais souvent rendu quand j’étais encore un enfant. Les balançoires, les bancs et les constructions alentour ont pourtant disparu. Il n’y a cependant aucune couleur, aucune ombre, ni aucune nuance. Tout est d’un blanc si éblouissant que j’ai difficulté à voir le contour des arbres et de l’herbe. Je me rends compte que je n’ai plus mes lunettes de vue et que je vois parfaitement de mes propres yeux. J’essaye de comprendre ce qui se passe quand je vois que je porte une vieille robe miteuse. La première chose que je remarque, c’est qu’elle ne me va pas du tout. Malgré mon agréable position, je décide de me lever afin de regarder ce qu’il y avait derrière moi. En me levant, je remarque que je n’ai éprouvé aucune difficulté à exécuter ce mouvement contrairement au moment où je me trouvais à l’hôpital. Derrière moi se tient une jeune femme, une très charmante jeune femme, je la reconnais tout de suite : c’est Marie, ma fille.

      Marie se tient droite, ses longs cheveux auburn ondulant sur ses magnifiques vêtements d’un goût exquis. Je vois qu’une rose blanche est posée dans ses cheveux, elle est magnifique et semble être en tellement bonne santé qu’on aurait cru qu’elle ne fanerait jamais. Mais un détail m’intrigue beaucoup :

-  Mais … tu es morte !

-  Papa … répondit Marie d’un ton calme

-  Alors … ça veut dire que moi aussi, je suis mort ?!

Marie ne répond pas. Elle se contente d’esquisser un léger sourire. Mais j’interromps le silence :

-  Mais … qu’est-ce que je dois faire ? Où suis-je ?

-  C’est une bonne question. D’après toi, où sommes-nous ?

Eh bien … on est dans la clairière où j’étais quand j’étais petit, mais pourquoi ? Tout est blanc, il n’y a que la nature, il n’y a aucune construction.

Je suis tellement désappointé que j’ai la grande maladresse de lui dire :

-  Explique-moi comment tu as fait ça !

Ce n’est pas moi qui ai fait tout ça. On ne se situe pas réellement au milieu de la clairière en ce moment même. On est là-haut. Là où tu sais. Nous sommes tous deux au paradis.

J’ai comme l’impression que le silence s’amplifie à une vitesse effrayante. Je crois que je suis resté bouche bée, mais qu’importe, mon grand bouleversement ne peut y remédier de toutes façons.

« Ce n’est pas possible … non … tout cela n’est pas réel, c’est sûrement un rêve que je suis en train de faire … » marmonnai-je.

Je ne peux pas croire à une telle chose, cela peut paraître bête, mais l’idée d’y penser m’effraie.

- Tu es morte ! Tu ne peux pas te tenir comme ça devant moi ! Et pourquoi moi je suis soi-disant mort si là je suis vivant ?! criai-je

- Je suis morte, oui. Toi aussi tu es mort à présent. Le paradis est réel, je t’assure. La seule chose fausse, c’est que les catholiques pensent que Dieu nous fait passer le jugement dernier avant de connaître notre destination. Comme tu le vois, tu es allé directement au paradis. C’est la même chose pour ceux qui sont allés en enfer, si néanmoins il existe. Il y a une rumeur qui circule parmi les gens d’ici, ils pensent que les gens qui sont censés aller en enfer ne bénéficient peut-être pas d’une seconde vie éternelle comme celle qu’on a. C'est-à-dire que dès qu’ils meurent, ils ne réapparaissent pas comme toi dans un autre endroit, c’est qu’ils ne sont plus rien, ils ne voient plus rien, ne sentent plus rien. Mais tu as la chance d’être venu au paradis, et cela ne m’étonne pas.

Je suis littéralement figé. Cette nouvelle me rend très heureux, tout joyeux. Et dire qu’il y a seulement quelques secondes, j’étais effrayé, pris de panique.

- C’est merveilleux ! Le paradis … il existe vraiment ! C’est fantastique ! Mais dis-donc ! Pourquoi as-tu de magnifiques vêtements, tandis que moi je porte une robe miteuse ?

- Il suffit de penser … de vouloir … me répond Marie

Qu’est-ce que Marie veut-elle dire par là ? Que veut-elle dire par penser ou vouloir ? Penser ? Comment faut-il le penser ? Qu’est-ce qu’il faut penser ? Cependant, le vouloir parait beaucoup plus facile que de le penser. Alors je dis ces mots dans ma tête :

« Je veux de beaux vêtements. »

Pourtant, rien n’apparait, aucun changement, j’ai toujours ma robe ridicule sur moi. Je jette un coup d’œil derrière moi, aucun vêtement en vue sur le sol. Je me demande alors comment faut-il le vouloir … je n’ai peut-être pas été assez poli ou précis. Je pense qu’il faut que je visualise les vêtements dans ma tête, je vais commencer par le haut. Le chapeau … j’aimerais avoir un béret noir surmonté d’un pompon blanc. Le haut … peut-être qu’une chemise blanche en lin à manches courtes m’irait bien, je n’en doute pas. Ensuite je porterai un jean et pour les chaussures … je pense que des mocassins d’un bleu pâle seraient une merveille ! Alors je visualise l’ensemble sur moi pour voir ce que cela donne. Soudainement, ma robe miteuse est remplacée par une chemise blanche en lin avec des manches courtes, par un jean et par des mocassins d’un bleu pâle, sans oublier mon joli béret noir avec un pompon blanc.

- C’est vraiment fantastique ! m’exclamai-je

- Ah … Il ne te manque plus que les lunettes ! répond Marie avec un petit gloussement

- Oh tu sais … Il est temps que je change d’apparence, je pense que mon visage sans lunettes n’est pas si terrible tout de même, il faudrait que je me voie !

Mais je me rends compte que je n’avais pas de miroir à portée. Alors je demande dans ma tête :

« Je souhaiterais avoir un petit miroir de poche et pratique. »

Alors un petit miroir apparait sur le sol à mes pieds. Il semble léger. Le contour du miroir est blanc, sûrement de l’argent mais extrêmement blanchi. Il est orné de pierres précieuses de toutes les couleurs, il y a de l’or, du Rubis, il y a également du diamant d’un bleu marin accompagné de quelques saphirs d’une exquise couleur violette, et pour finir de l’émeraude d’un vert printanier. C’était exactement le miroir que je rêvais d’avoir durant ma vie entière ! Il est luxueux et pratique. Alors je me regarde, je contemple mon visage sans lunettes.

« Oh ! Ça va ! Je ne suis pas si terrible que ça sans mes lunettes ! »

Je vois que Marie est en train de glousser. Se moque-t-elle de ma réaction ? Je lui jette un regard sceptique.

      Soudain, le décor change de couleur, le blanc éblouissant se transforme en un rouge de sang. J’entends également un son d’alarme, tel le son du réveil qui me met debout chaque matin. Je ne sais pas pourquoi la clairière blanche est devenue rouge, mais ce changement m’inquiète fortement.

« Que se passe-t-il ? » demandai-je

Marie ne me répond pas. Elle semble tout aussi tourmentée que moi. Son visage parait si apeuré qu’on aurait cru que son sang s’est glacé.

- Il faut vite que tu fasses ton choix ! s’exclame-t-elle

- Comment ?!

- Le décor est devenu rouge ! Le son d’alarme ! Tu dois faire le choix ultime pour ta deuxième vie !

Je remarque que la clairière rétrécit. J’essaye de courir, tentant de fuir ce rapetissement progressif, en vain, Marie me retient par les épaules. La clairière se découpe en un cercle parfait, et je me trouve au milieu de ce cercle.

- Explique-moi ! criai-je

- Pour le reste de ta vie éternelle, souhaites-tu qu’elle se déroule au paradis, avec les personnes qui te sont les plus chères, ou bien que tu deviennes un fantôme et que tu regardes les vivants ainsi que l’évolution du monde ?

J’entame un long moment de réflexion, je songe aux avantages et aux inconvénients de chaque possibilité. Tandis que le cercle se resserre, mes pensées se développent et se troublent à la fois. C’est à me rendre fou. Marie essaye de me parler, seulement, je ne saisis pas un mot de ce qu’elle dit. Mais elle est projetée en arrière et tombe hors de la clairière, dans le vide.

« Marie ! » ai-je crié de toutes mes forces

La rose blanche dans ses cheveux a été ôtée par la force de la projection, elle est éjectée et se fond dans le vide, partie définitivement. Pourquoi Marie a-t-elle été repoussée hors du cercle ?  Une réponse que je n’obtiendrai peut-être jamais.

      Le volume de l’alarme s’amplifie. Je dois faire mon choix, je le sais. Vivre à jamais ou bien devenir un fantôme ? Le choix m’est impossible. Je veux voir mes amis et ma famille en vie sur Terre, je ne pourrais pas passer une journée sans eux. Je veux devenir un fantôme, c’est décidé ! Mais je n’ai pas songé aux inconvénients. Je ne pourrai pas leur parler. Je ne pourrai pas les toucher. Et par-dessus tout, je ne pourrai pas les rejoindre au paradis quand ils seront morts, ils ne seront plus là. Finalement, je conclus que ma vie se déroulera au paradis. Certes, je ne pourrai pas les voir pendant un temps indéterminé. Je vais devoir faire preuve de patience. Mais pendant combien de temps ne pourrai-je pas les voir ? Des mois ? Des années ? Des décennies ?

      Le son de l’alarme me ramène à la réalité. Le rayon du cercle ne mesure plus que deux mètres. Terrifié, je crie :

« Vite ! Je veux vivre au paradis ! »

Seulement, rien ne change, rien ne se passe. Je rajoute ridiculement :

« S’il-vous-plaît ! »

Aucune réponse. Pourtant, je l’ai bien voulu, et poliment. Ils n’ont même pas le culot de me ramener au paradis ? Toutefois, je me rappelle que Marie m’avait dit :

« Il suffit de penser … de vouloir … »

      Je suis le milieu d’un cercle de rayon un mètre quand je comprends enfin ce que je dois faire. Mais l’alarme résonne tellement fort que je fais un début de migraine. Mes tympans sont percés et ma tête me fait souffrir. Il ne reste plus qu’une chose à faire. Si je tombe dans le vide, je serai un fantôme à jamais.

      Il faut que j’imagine ma deuxième vie. Je suis sur les nuages, auprès de Marie. Le bonheur, la satisfaction d’avoir fait le bon choix, la douceur et la saveur de cette vie seront présents même dans les temps les plus sombres. Mes pieds sont au bord du vide tandis que je suis élevé en l’air. Je me trouve comme au milieu d’une tornade. Je vole au cœur de cette tempête.  Le ciel pourpre se transforme en un vide bleuté dans lequel je suis projeté, puis tout disparait à nouveau.

      Je demeure tout à coup debout sur le sol. Je suis à deux doigts de tomber, mais je me rattrape à temps sur quelqu’un. Ce dernier pousse un petit cri puis s’écrie avec stupeur :

« Faites attention avant de vous appuyer sur une personne ! »

Marie me regarde d’un air abruti, avant de me reconnaitre et de s’excuser aussitôt.

- Tu as finalement choisi de vivre au paradis ? déclare-t-elle avec une certaine gêne

- Oui, mais j’ai failli devenir un fantôme et tomber dans le vide

Un spectre apparait devant moi, il émet un petit bruit puis déclare :

« Bonjour et bienvenue au sein du domaine des morts, dans le ciel serein, à l’Elysée céleste : le paradis. Je suis votre guide, vous allez découvrir ce somptueux monde avec moi. Je vais tout d’abord vous montrer votre maison. »

Marie prend ma main et dit au spectre :

« Amène-nous. »

      Nous sommes aussitôt transférés par téléportation. J’ai soudainement la tête qui tourne, je manque de vomir sur les souliers de Marie. Pour la première fois, je peux quand même vomir avec dignité, mais je me retiens. Nous nous trouvons dans un charmant paysage, sûrement dans un « beau-quartier ». Ma maison parait grande. Elle est entièrement blanche, comme la clairière où je me suis retrouvé auparavant. La demeure est entourée d’un jardin avec des plantes colorées, beaucoup de fleurs et un champ de roses blanches. Ces roses me frappent particulièrement, ce sont les mêmes que celle que Marie portait dans ses cheveux. J’éprouve une grande satisfaction, puis dis :

« Ensuite ? »

Le spectre commence alors son récit, il présente d’abord les jardins, les voisins, le quartier puis il précise que la nourriture est universelle, qu’il suffit de penser, de vouloir le plat pour l’avoir en main. Il présente ensuite les bâtiments dans lesquels nous pouvons apprendre ou améliorer nos pouvoirs que les vivants n’ont pas, comme la téléportation ou la demande par la pensée. Je trouve cela vraiment ingénieux, bien que je n’aie jamais assisté à une leçon. Lorsque le spectre termine ses descriptions, il finit par dire :

- Je suis disponible à tout moment, si vous ressentez le moindre besoin de ma présence, appelez-moi en disant « Peetayable, viens » et je viens vers vous instantanément.

- Merci beaucoup Peetayable, je réponds

- Au revoir, monsieur Patrice.

Le spectre disparait aussitôt en se fondant avec la couleur du paysage. Je trouve le nom du spectre vraiment amusant, même ridicule. Il n’est même pas fichu d’avoir un nom décent, son nom est même pitoyable. Je me mets à ricaner silencieusement. Je ris pendant un bon moment avant de prendre la main de Marie. Nous marchons ensemble au loin, je viens de quitter la vie, même si elle est réapparue différemment.

_______________________________________

 

 

 

au-delà,paradis,alarme,enfer,purgatoire

 

Post Mortem

Oui, oui, c’est bien comme on le raconte. Au début du moins. D’abord, je veux dire juste après le grand soupir et le noir, il y a eu cette montée à toute vitesse  jusqu’au plafond du bloc opératoire, et tous ces gens s’agitant en bas, autour de ce qui me semblait bien être mon corps, mais en bien plus mauvais état que la dernière fois que je l’avais aperçu, c’est-à-dire deux secondes avant l’accident. « Ah bon, je suis morte alors ? ». Mais pas le temps de m’apitoyer sur mon sort. Re-noir, puis, aussitôt, arrivée dans ce qui paraissait bien être un gigantesque hall d’aéroport, avec des guichets, à perte de vue, tout au fond. Et d’interminables files d’attente devant.

       «_ On en a pour longtemps ? » demandai-je au mec qui me précédait, un superbe hindou surmonté d’un non moins superbe turban bleu.

- Cela dépend des files. Certaines avancent dans la journée, d’autres pas. Moi, en temps terrestre, ça fait à peu près quatre-vingts ans que je suis là.

-Quatre-vingts ans !! Ouh, ça fait long !!

-Qu’’est-ce-que ça peut bien faire ? De toute façon, on a l’éternité devant nous, hein ? Et puis, finalement, je ne suis pas tellement pressé de connaitre le verdict…

-Le verdict ?  Ah oui, vous voulez dire le jugement ?

-Ouais. Vous savez, les mots varient selon les cultures.

-Dites-donc, vous avez l’air d’en connaitre un rayon ! Alors, en gros, ça se passe comment ?

-Hé bien, en arrivant devant l’ange, celui qui est derrière le guichet (ouais, c’est un ange, même s’il est en costard-cravate), vous allez remplir un tas de formulaires, de questionnaires, tout ça quoi, qu’un ordi va tout de suite analyser ; et de là, vous serez dirigée vers une des milliers de salles d’attente.

-Encore attendre ! Et ensuite ?

-Ensuite, une commission va statuer sur votre cas.

-Une commission. Composée de ?

-D’archanges, de prophètes de toutes les religions, de philosophes et même de quelques leaders politiques, je me demande bien pourquoi, d’ailleurs… et puis à la fin du débat, c’est le président qui décidera de votre sort en première instance. La décision finale revenant à Saint Pierre ou quelque soit le nom qu’on lui donne. Pour moi, je suppose que ce sera Vishnou…

-Et alors, et alors ?

-Hé bien, comme vous ne l’ignorez pas, l’Enfer, n’est-ce-pas, étant les Autres, soit vous faites le circuit en boucles, pour l’Eternité, soit vous revenez dans les files d’attente pour une période déterminée : c’est le Purgatoire, soit vous allez directement au Paradis…

-Au Paradis !!! Mais, attendez un peu, comment vous savez tout ça, vous ?

-Le mec devant moi, là, dans la file, il a écopé de six mille ans de Purgatoire, une broutille, quoi ! C’est lui qui m’a rencardé.

-Ben dîtes-donc !  Alors, vous disiez que le Paradis  existe vraiment ? Pas croyable !

-Je veux, oui ; Là-bas, on choisit sans cesse ce que l’on souhaite faire : revivre les meilleurs moments de sa vie,  rencontrer aussi les gens que l’on aime ou…

-Vous voulez dire que je pourrai revivre mon enfance …ou mes premières surprise-parties… et, quand ça me chante, aller tailler une bavette avec Mozart, Louise Michel ou Coluche, ou encore…

-Exactement. Mais dis donc, tu t’attendais à quoi, toi ?*

-Moi ? Oh, à …rien.

 

          El Pé

 

*Oui, bien sûr, le ton est devenu de plus en plus familier au cours de l’entretien, normal, non ? Comme disait Boris Vian : « Ce n’est pas une raison parce qu’on est mort.. »

____________________________________

lundi, 20 mars 2017

Femme, femme, femme

Cette consigne pour célébrer à notre manière la journée de la femme

 

Chacune cherche deux mots de 4 pieds

Chacune garde un de ses deux mots pour faire une liste commune

Criminologue            sérénité              démocratie

 Imaginable             abasourdi         métamorphose

En 20 minutes, écrire un texte sur le thème

« femme des années 2010 »

--------------------------

Jacqueline Auriol

wikimédia

 

Ma grand-mère avait 40 ans en 2010. Moi, je n’étais pas née, ma mère ayant attendu assez longtemps avant de trouver l’homme jugé idéal pour être mon père. Je suis donc née en 2040 et pendant mes 18 premières années, étant très proche de cette chère aïeule, j’ai entendu beaucoup parler de la condition des femmes de son époque.

Elles pouvaient être, sans problèmes pendant ces années-là, criminologues, pilotes de chasse, militaires ou même cosmonautes. Leurs aînées avaient acquis des droits que personne ne songeait à leur contester. La femme soumise des années 50 du XXème siècle avait fait place à la femme XXIème siècle, libre de ses choix. Ç’avait été une véritable métamorphose. Elle vivait dans une relative sérénité. Malheureusement, les femmes de cette époque se sont peut-être trop reposées sur ces acquis et ont relâché leur vigilance. Si ma grand-mère  pouvait voir ce que nous sommes devenues maintenant, en 2080, alors que j’ai moi-même l’âge qu’elle avait en 2010, elle serait abasourdie.

Plus de démocratie mais une dictature. Il n’est plus imaginable de jouir d’une quelconque liberté d’acte ou de pensée. Plus de postes à responsabilité mais, le corps enfermé dans de sombres vêtements et l’esprit enfermé dans un carcan d’obligations, l’obéissance, l’obéissance à tout : aux hommes, aux institutions, aux lois d’un autre âge. Quelle désolation, quelle amertume après tant de combats, après tant de victoires.

Ah, où est-elle la femme des années 2010 !

Gill

__________________________________